LOU GAL REMENO L'ALO
mais je ne puis mentir ; à votre vue je me sentis touchée et assaillie d'un sentiment nouveau ; je m'étais aperçue de votre trouble et j'interprétai votre courtoisie. Quand nous nous levâmes au départ, vous étiez debout appuyé contre une palissade ; vous étiez tellement absorbé que nous passâmes près de vous et que mon père vous salua sans que vous l'aperçussiez ; je me retournai plusieurs fois en chemin et je ne vis personne. C'est peut-être messéant d'avouer tout cela ; mais cependant, c'est la vérité. Votre souvenir m'agita toute la nuit. Je fis tous mes efforts pour retarder le départ de mon père, dans l'espoir de vous revoir aux sérénades, mais ce fut en vain : mon père qui fait le commerce des pierreries, était venu à Avignon pour affaires et se trouvait par elles impérieusement rappelé à Lyon. J'ai bien souffert aussi depuis ce temps !..
La pauvre enfant essuyait quelques larmes.
— Hélas ! je ne pouvais me familiariser avec cette pensée qui me disait : Tu ne le reverras jamais. Pourtant, je devais dans quelques mois retourner à Avignon, et j'espérais
— O Dina, Dina, que je suis heureux ! Oh ! combien je vous aime ! oh ! que votre esprit me plaît ! Je vous adore, croyez-moi, vous êtes ma Rachel, vous êtes mon bon ange visible ! Dina, jusqu'à l'heure où vous m'apparûtcs, j'étais passé
fier et dédaigneux parmi les femmes, et j'embrasse vos pieds !
— Oh ! si tout ce que j'éprouve pour vous... Mais dites-moi donc votre joli nom, que je vous nomme aussi.
— Aymar de Rochegude.
— ■ Oh ! si tout ce que j'éprouve pour vous, mon Aymar, si tout ce que je ressens est de l'amour, croyez que j'en ai bien de l'amour!
Dans ces épanchemens mutuels, nous arrivâmes au seuil de la maison de Dina ; alors, je lui demandai un rendez-vous prochain.
— - Eh ! pourquoi? me dit-elle.
— Pour nous voir et nous parler d'amour !
— Aymar, il n'est besoin de rendez-vous : Vous êtes un cavalier distingué, vous m'aimez, je crois bien que je vous aime ; venez chez mon père quand vous voudrez, si vous désirez même, montons de suite. Je dirai à mon père, voici venir le jeune cavalier qui vous parla, un soir de sérénade, sur le rempart d'Avignon ; le reconnaissezvous? Je viens de le rencontrer, étranger en cette
ville; il m'aime beaucoup, je l'aime aussi Et
mon père vous salueraet vous aimera pour l'amour de moi.
Je montai; ce bon vieillard, Judas, me reçut avec aménité et me présenta à sa compagne Léa ;