‹ Œuvres complètes de Petrus Borel Le LycanthropeChapitre 41 sur 43 · FLAVA · texte numérisé non relu

FLAVA

d'un condamné. L'absence ne détruit pas l'amour, tu le sais. Je suis peu assidu, c'est vrai, que veux- tu que je vienne faire ici plus souvent? Souffrir!... Toujours gardée à vue, comme une criminelle d'État, je ne puis seulement te presser la main, te dire un mot bas à l'oreille ; à peine si nos regards peuvent s'entendre ; cela me fait trop de mal, je ne puis le supporter ! Que de fois j'ai été tenté de frapper ton père, tes geôliers, de te prendre le bras et de te dire fuyons ! Ah ! si tu étais libre, ou si du moins nous pouvions nous livrer à de douces causeries, tu ne te plaindrais pas de l'infréquence de mes visites.

— Mais, qu'importe !... puisque ta vue seule me remet tant de courage au cœur. Ah ! c'est cruel, Champavert, de haïr ainsi une femme, et puis de sortir de terre comme un démon, deux ou trois fois l'année, pour venir lui mentir, lui dire qu'on l'aime ; ah ! c'est cruel, Champavert !

— Flava, tu me traites durement, tu me tortures à plaisir ! Faudra-t-il donc toujours, comme un débutant, renouveler mes aveux d'amour? toujours faire de nouvelles protestations? Tu devrais au moins me connaître depuis six ans que nous sommes liés. Si je ne suis pas assidu, suis-je pas fidèle amant? Je sais que tu as le droit de douter de moi; qu'autrefois, tout enfant, j'ai été mauvais, mais ma constance n'a-t-elle pas

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racheté tout cela? Je t'aime, Flava, je t'aime profondément, à tout jamais ! Veux-tu encore un serment? je t'aime, Flava! et je te le jure sur le corps...

— Silence ! Champavert, silence ! n'invoquez pas son ombre !

— Ne pleure pas, Flava ! ne pleure pas, bonne mère, tes larmes ont assez creusé tes joues, tes larmes sont amères à mes lèvres ; ne pleure pas, bonne mère ! il est plus heureux que nous, il n'est pas .

— Plus heureux que nous, iln'estpas Champavert, tu dis vrai : que j'aime cette pensée !... Oh ! dis-moi, serais-tu prêt?

— Non, ma toute belle, attendons encore, peut-être des jours meilleurs vont se lever pour nous; si jeunes encore, nous avons un long avenir! Attendons encore, nous avons bu l'absinthe avant le festin, attendons, après le deuil de la nuit, le jour et la rosée.

— Champavert, quand un arbre a été atteint de la foudre, nul printemps ne saurait le reverdir ; il dessèche sur pied, jusqu'à ce qu'un bûcheron le renverse de sa hache; Champavert, attendronsnous le coup de hache de la mort, tardif bûcheron? Ce serait une lâcheté !

— Il est téméraire de préjuger l'avenir : ma belle, dépouillons-nous de cette sombreur, soyons moins élégiaques, s'il vous plaît?

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