FLAVA
— C'est cela, à loisir, plaisantez ! Vous grimacez, Champavert, votre rire n'est pas un rire qui part du cœur, c'est un rire de supplicié. Tout à l'heure vous vous êtes trahi.
Pendant ces causeries, sous la salle d'ombrage, la lune était montée à l'horizon, et ses rayons, perçant au travers le feuillage vacillant des marronniers, semait le sable de nacres et l'obscurité de phalènes d'argent. Le rossignol ne chantait pas encore son nocturne, et l'on n'entendait rien dans l'immensité, sinon le son amoureux de leur voix qui s'élevait comme le soupir d'une Gnomide.
Oait\nation,
— La plaine est obscure et solitaire, lève-toi, ma grande amie, et descendons le clos ; viens errer, là-bas, près de la citerne ; il y a bien longtemps que je ne me suis agenouillé sur cette terre; le houx ombrageant son berceau mortuaire, a peut-être été brouté? Allons voir.
— Oh ! non pas, ce houx est vert et touffu et l'herbe haute et belle ; mes pleurs sont une pluie féconde, et je les en arrose chaque nuit.
— Chaque nuit, tu descends à la source?
— Oui ! chaque nuit ! quand tout dort en la maison, je me lève et descends faire ma prière sur sa tombe ; quand j'ai bien prié et bien pleuré sous
le ciel, je me sens plus calme. La nature semble me pardonner mon crime ; il me semble entendre dans le silence universel une voix partant des étoiles, qui me crie : — Ton crime n'est pas le tien, faible enfant de la terre, il est aux hommes ! à la société ! que son sang retombe sur eux et sur elle !... Je rentre avant l'aurore, et je goûte alors un sommeil plus paisible et sans rêves affreux.
— Mystérieuse ! pourquoi ne me parlas-tu jamais de tes visites nocturnes? je m'y serais trouvé aussi, moi, je serais venu prier et pleurer avec toi !
— Garde-t-en, Champavert, garde-t-en bien, tu me perdrais ! Plusieurs fois, mon père soupçonneux m'a suivie, j'en suis sûre, je l'ai vu, là, caché derrière le mur de la citerne, il m'écoutait ; nous nous serions trahis. Aussi, ai-je bien soin de prier bas, de peur qu'il n'entende pourquoi je prie. Il m'a demandé plusieurs fois, avec un sourire d'intelligence, si je n'étais pas somnambule : j'ai feint de ne pas comprendre, et, sans me déconcerter, j'ai répondu que cela pouvait bien être.
Ils étaient presque au bas du sentier rapide qui conduit à la source ; la lune avait disparu, le ciel était noir, quelques éclairs passaient comme des phosphores à l'horizon, Flava était appuyée sur le bras de Champavert, qui froissait dans sa main une branche de verveine.
378 CHAMPAVERT.
— Quelle odeur plus suave que cette verveine des Indes ! Aimes-tu les fleurs, Flava?
— Beaucoup.
— Toi, aimer les fleurs, Flava, c'est de l'amourpropre ! aimes-tu les parfums?
— Beaucoup.
— Pour moi, je les aime follement ! on dit que cela sied mal à un homme, que m'importe ! je n'en suis pas plus efféminé pour cela. Si je me laissais aller, je remplirais mon logis de plantes balsamiques, je me chargerais de senteurs comme une petite maîtresse. Quand je suis accablé, une branche de chèvre-feuille odorant est pour moi toute une consolation.
Bien des cavaliers montent la garde pour une belle, à son balcon ; moi, je la monterais pour une fleur ; bien des cavaliers font de longs chemins pour causer d'amour, j'irais en Espagne pour une bergamote, en Orient pour du benjoin ; bien des cavaliers vendent leur manteau pour en jouer le prix, moi, je troquerais le mien contre un flacon d'essence de roses.
Mais, pour moi, pardessus tout, Flava, tu es le flacon le plus odorant, le réséda le plus suave, le baume arabique le plus précieux ! Aussi, pour toi, je ferais plus que de guetter sous un balcon, je ferais plus qu'un pèlerinage, je ferais plus que de
me dépouiller de mon manteau, je vivrais, si tu l'exigeais !...
— Tu te trahis encore, Champavert, serais-tu prêt? dis-le-moi, je t'en prie, souviens-toi de ta promesse !
— Oh ! non pas cela, je veux dire que si j'étais décidé au néant, et que tu voulusses que je vécusse, je vivrais.
— Champavert, tu blasphèmes en parlant ainsi de néant, tu me fais mal infernalement!... Regarde donc ce ciel sillonné, cette plaine, ces monts, cette majestueuse nature ! regarde-moi ! et après cela, crois au néant si tu peux?
— Comme toi, Flava, j'aimai jadis les poëmes et les phrases.
— Hélas ! si nous ne devions pas renaître heureux pour l'éternité, ce serait bien atroce!... Une vie de souffrances et de misères et plus rien après?..
— Le néant.
— Oh ! tu ne le crois pas !
— Si ! je le crois ! C'est par lâcheté que les hommes reculent devant l'anéantissement : ils se façonnent à leur guise une vie future, se bercent et s'enivrent de ce mensonge qu'ils se sont fait à eux-mêmes ; et, tous contens de cette trouvaille, quand ils agonisent, comme des fous sur le lit de fer, avec un rire niais sur les lèvres, ils vous disent : — Adieu ! au revoir, je pars pour un
380 CHAMPAVERT.
monde meilleur, nous nous retrouverons là-haut ! et puis, avec un rire encore plus niais, les héritiers, joyeux dans le cœur, répondent : — Adieu ! bon voyage ! nous nous rejoindrons avant peu, préparez nos places dans l'hôtellerie du paradis. Eh bien ! non ! idiots que vous êtes ! vous
allez où vont toutes choses, au néant ! Et c'est
face à face avec la mort, et le pied dans la fosse, lâches, que je vous dis cela ! Je ne veux pas d'une autre vie, j'en ai assez de vivre, c'est le néant que j'appelle !...
— Taisez-vous, taisez-vous, Champavert, ne blasphémez pas ainsi ; si vous saviez, votre regard est affreux ! Mais quelle serait donc,mon ami, la récompense des malheureux torturés ici-bas?
— Qui dédommagera le cheval de ses sueurs, la
forêt de lahache, de la scie et du feu? Sans
doute, il y a une autre vie aussi pour les chevaux et les chênes?... Un paradis !...
— Vous êtes égaré, taisez-vous, Champavert, Dieu vous entend ; ne craignez-vous pas son tonnerre?
— S'il était un Dieu qui lançât la foudre, je le défierais ! Qu'il me lance donc sa foudre, ce Dieu
puissant qui entend tout, je le défie ! Tiens, je
crache contre le ciel ! tiens, regarde là-bas, vois-tu ce pauvre tonnerre qui se perd à l'horizon? on dirait qu'il a peur de moi. Ah ! franchement, ton
Dieu n'est pas susceptible sur le point d'honneur : si j'étais Dieu, si j'avais des tonnerres à la main, oh ! je ne me laisserais pas insulter, défier par un insecte, un ver de terre !
Du reste, vous autres chrétiens, vous avez pendu votre Dieu, et vous avez bien fait, car, s'il était un Dieu, il serait pendable.
— Oh ! laissez-moi fuir, la terre s'entr'ouvre sous vos pas ! Satan, tu me fais horreur !... laissez-moi, Champavert, moi, je n'ai pas fait de pacte ; je vous en prie, taisez-vous, je suis morte, si vous blasphémez plus ! Faut-il donc que je baise vos pieds?...
— Jusqu'à cette heure, j'avais gardé mon
sang-froid, mais tant de misères m'enragent !
Oh ! si je tenais l'humanité comme je te tiens là, je l'étranglerais ! Si elle n'avait qu'une vie, je la frapperais de ce couteau, je l'anéantirais ! si je tenais ton Dieu, je le frapperais comme je frappe cet arbre ! si je tenais ma mère, ma mère qui m'a donné la vie, je l'éventrerais ! C'est une chose infâme qu'une mère !... Ah ! si du moins elle m'avait étouffé dans ses entrailles, comme nous avons fait de notre fils Horreur! Je m'égare...
Monde atroce ! il faut donc qu'une fille tue son fils, sinon elle perd son honneur !... Flava ! tu es une fille d'honneur, tu as massacré le tien !... lu es une vierge, Flava ! Horreur !
382 CHAMPAVERT.
Ote-toi de dessus cette fosse, que je creuse la terre de mes ongles ; je veux revoir mon fils je veux le revoir à mon heure dernière !
— Ne troublez pas sa tombe sacrée....
— Sacrée ! Je te dis que je veux revoir
mon fils à mon heure dernière ! laisse-moi fouiller cette fosse !
La pluie tombait à flots, le tonnerre mugissait, et quand les éclairs jetaient leurs nappes de flammes sur la plaine, on distinguait Flava, échevelée ; sa robe blanche semblait un linceul, elle était couchée sous les touffes du houx. Champavert, à deux genoux sur terre, de ses ongles et de son poignard fouillait le sable. Tout à coup, il se redressa tenant au poing un squelette chargé de lambeaux : — Flava ! Flava ! criait-il, tiens, tiens, regarde donc ton fils ; tiens, voilà ce qu'est l'éternité !... Regarde !
— Vous me faites bien souffrir, Champavert,
tuez moi ! Tout cela pour un crime, un seul, ah!
c'en est trop....
— Loi ! vertu ! honneur ! vous êtes satisfaits ; tenez, reprenez votre proie !... Monde barbare, tu l'as voulu, tiens, regarde, c'est ton œuvre, à toi. Es-tu content de ta victime? es-tu content de tes victimes?... — Bâtard ! c'est bien effronté à vous, d'avoir voulu naître sans autorisation royale, sans bans ! Eh ! la loi? eh ! l'honneur?...
Ne pleure pas, Flava, qu'est-ce donc? rien : un enfanticide. Tant de vierges timides en sont à leur troisième, tant de filles vertueuses comptent
leurs printemps par des meurtres Loi barbare !
préjugé féroce ! honneur infâme ! hommes ! société ! tenez ! tenez votre proie !... Je vous la rends ! ! !...
En hurlant ces derniers mots, Champavert lança au loin le cadavre qui, roulant par la pente escarpée, vint tomber et se briser sur les pierres du chemin.
— Champavert ! Champavert ! achève-moi ! râlait Flava, froide et mourante ; es-tu prêt, maintenant?...
— Oui î...
— Frappe-moi, que je meure la première !... Tiens, frappe là, c'est mon cœur !... Adieu ! ! !
— Au néant ! ! !
A ce dernier mot, Champavert s'agenouilla, mit la pointe du poignard sur le sein de Flava, et, appuyant la garde contre sa poitrine, il se laissa tomber lourdement sur elle, l'étreignit dans ses bras : le fer entra froidement, et Flava jeta un cri de mort qui fit mugir les carrières.
Champavert retira le fer de la plaie, se releva et, tête baissée, descendit la colline et disparut dans la brume et la pluie.
Oc ptofiinbie.
Le lendemain, à l'aube, un roulier entendit un craquement sous la roue de son chariot : c'était le squelette charnu d'un enfant.
Une paysanne trouva près de la source un cadavre de femme avec un trou au cœur.
Et, aux buttes de Montfaucon, un écarisseur, en sifflant sa chanson et retroussant ses manches, aperçut, parmi un monceau de chevaux, im homme couvert de sang ; sa tête, renversée et noyée dans la bourbe, laissait voir seulement une longue barbe noire, et dans sa poitrine un gros couteau était enfoncé comme un pieu.
Le texte de cette édition est strictement conforme à celle publiée par Renduel en 1833. Sans toutefois nous astreindre à un fac-similé servile, nous avons tenu à respecter l'ordonnance typographique de l'édition originale, à reproduire l'orthographe spéciale et jusqu'à la ponctuation de l'auteur. Tout au plus avons-nous rectifié quelques coquilles d'impression, résultat manifeste d'une négligence de collation.
A la différence cependant du concept de Renduel, qui n'admettait pour ses éditions qu'un frontispic e unique ou une vignette de titre, nous avons voulu rehausser ce volume d'une illustration plus copieuse. Les scènes pathétiques de l'ouvrage s'y prêtaient d'ailleurs à merveille, et la pointe de M.André Hofer en a tiré, croyonsnous, un excellent parti. Grâce au procédé lithographique spécial qu'il a si heureusement employé, ses planches hors-texte, ses en-tête et ses culs-de-lampe s'allient de la façon la plus harmonique au texte imprimé, en conservant au volume toute sa saveur romantique. La lecture de Champavert exige en effet, plus qu'aucune œuvre de cette période, d'être soutenue par tout ce qui peut restituer l'atmosphère de sa publication. Ce manifeste
truculent risquerait d'être mal jugé si Ton ne se plaçait délibérément dans l'ambiance fiévreuse oii il fut conçu. Les amateurs sans doute nous sauront gré de n'avoir rien négligé pour les y maintenir.
Titre : Champavert, Contes immoraux. Ce sous-titre, évidemment accolé par Pétrus Borel, comme une étiquette de scandale, pour l'effarement du bourgeois trouvait à peine sa justification dans certaines scènes ou quelques détails un peu osés de Monsieur de VArgentière ou à"" Andréa Vesalius. La censure, cependant assez ombrageuse, de l'époque ne paraît point s'en être émue et la critique se plut à défendre le livre contre le préjugé que pouvait faire naître cette enseigne provocatrice : « C'est par dérision, sans doute, écrivait Paul Lacroix dans la Revue de Paris (tome XLVIII, 1833, p. 144), que l'auteur a nommé immoraux ses contes, qui moralisent la société actuelle, dans ses vices et ses crimes ; car il n'y a pas plus d'adultère et de sang qu'ailleurs, par la littérature qui court : çà et là sont de bonnes vérités, bonnes à dire et dites avec rudesse, bien saturées d'amertmne et brûlantes comme un fer rouge. »
(A). Page 8. Le rappel de cet homonyme, que fait ici Pétrus Borel, et qu'on retrouve encore dans Three Fingered Jack, ne tend pas sans doute à établir lui lien de parenté entre l'auteur et ce savant du xv^ii^ siècle. Rien ne permet, au surplus, de relier la faniille de Pierre Borel, de Castres, aux souches ancestrales de notre poëte, que nous nous sommes efforcé ailleurs de découvTir. Mais il n'est pas douteux que le jeune Pétrus, dévoré de bonne heure par la passion philologique ou paléographique, n'ait trouvé, dans les ouvrages de l'érudit de Castres, un aliment précieux. Citons, parmi les œuvres de ce savant,
explorées sans doute par Pétnis : Bibliotheca chimicaseu catalogus librorum philosophicorum henneticorum, auctore Petro BorelUo. Parisiis, apud C. du Mesnil et F. Jolly, 165-i; un IHctionnaire des termes du vieux français ou Trésor des recherches et antiquités gauloises et françaises, par Borel (nouvelle édition), suivi du patois de la France, recueil de chants, noëls, fables, précédé d'une étude sur Vorigine du patois : enfin le Discours nouveau prouvant la pluralité des Mondes, que les astres sont des terres habitées et la terre une étoile, qu'elle est hors le centre du monde, dans le troisième ciel, et se trouve devant le soleil qui est fixe, et autres choses très curieuses, par Pierre Borel.
(B). Page 12. Idiosyncrisie. L'auteur souligne à dessein ce mot, pour bien marquer que cette orthographe est voulue. On retrouvera, dans la suite de son œuvTe, maintes autres singularités d'écriture et bon nombre de néologismes dont l'emploi sans doute s'autorise pour lui de ses études philologiques. Nous n'aurons garde de les discuter et avons respecté, comme il convenait, si étrange qu'elle semble parfois, cette orthographe insolite.
(C). Page 38. André-François-Joseph Borel, né à Lyon le 3 juillet 1812, c'est le plus jeune frère de Pétrus, le généalogiste et magister du blason, connu plus tard sous le nom d'André Borel d'Hauterive. Ce nom et cette particule dont se pare, peut-être par goût professionnel, cet expert en héraldique, ne paraissent guère avoir séduit le Lycanthrope, qui volontiers exerce sa verve à l'encontre des poètes blasonnés. Plus tard cependant, par condescendance peut-être pour ce frère qu'il affectionnait entre tous, le poète, devenu fonctionnaire, consent-il à s'appeler M. Pétrus Borel d'Hauterive.
Sous le pseudonynae de Matephile Borel, nous voyons
André Borel collaborer à la Liberté, Journal des Arts, fondée par Pétrus en 1832, et plus tard à VAne d'Or, recueil littéraire que celui-ci institua dans les bureaux de la Revue pittoresque. Mais c'est surtout aux recherches de généalogie nobiliaire qu'il consacre son activité. De 1843 à 1850, il publie son Annuaire de la noblesse de France et des Maisons souveraines de V Europe. Nous trouvons enfin de lui, cataloguée à la Bibliothèque Nationale, une suite de notices, précis, ou mémoires qui ne comprend pas moins d'une trentaine d'articles. Nous y relevons tuie Notice sur Hauterive en Dauphiné (Pion frères, 1848), où le généalogiste s'abstient de justifier la descendance qu'il s'attribue de cette illustre souche.
(D). Page 43. Cette louange du « roccoco », ce salut aux maîtres du xviu^ siècle, n'est-ce pas, à l'époque de Champavert, une originale protestation contre le discrédit où cet art était alors tombé? Exclue et honnie depuis la Révolution par le sectarisme de l'École de David, la gracieuse pléiade des Fêtes galantes ne devait pas être mieux comprise des romantiques, férus du moj^en-âge et de la Renaissance. C'est seulement dans le cénacle éclectique de la Bohème galante que nous voyons Gérard de Nerval et Théopliile Gautier réagir contre cette aveugle exclusion. La voix contemporaine de Pétrus Borel, clamant son enthousiasme pour les gentils maîtres dédaignés, est bien l'écho le plus vibrant de cette réaction et fait honneur au goût et à la clairvoyance du Lycanthrope.
(E). T'age 55. Monsieur de VArgentière, que Pétrus place en tête de son recueil, est sans doute aussi le premier en date des contes de Champavert. C'est \Taisemblablement entre deux épures, svu" une table de l'atelier Garnaud, que l'apprenti architecte composa sa nouvelle. Un banal
fait-divers, une suppression d'enfant par une fille-mère de ce quartier, en fournit le thème que le frénétique jouvenceau agrémenta de circonstances d'un romanesque puéril. La minutie qu'il apporte à décrire les lieux nous place bien dans ce quartier Saint-Germain-des-Prés, où Antoine Garnaud tenait, rue de l'Abbaye, son école d'architecture.
(F). Page 11 2. Avec une indulgence qui surprend un peu de la part de l'irascible Pétrus, celui-ci fait ici allusion à certain procédé que les mœurs littéraires de l'époque suffisent à peine à excuser. Il apparut sans doute à Amédée Pichot que le ton un peu libre et l'originale saveur d'Andréa Vesalius convenaient peu aux lecteurs de la Revue de Paris. Mais, au lieu de rendre à Pctrus son manuscrit, il s'en appropria l'idée pour composer une autre histoire de sa façon, qu'il publia sous ce titre : Une autopsie, conte anatomique (Revue de Paris, 1^^ série, 35e volume, février 1832, pp. 20-22). Est-il besoin de dire que l'adaptation incolore de Pichot est loin de valoir la verve goguenarde d'Andréa Vesalius ?
(G). Page 120. Il plaît à Pétrus Borel, pour la cruauté de son histoire, de faire d'Aiidré Vésale un vieillard parvenu à la suprême décrépitude. A dessein peut-être oubliet-il que l'illustre chirurgien, né à Bruxelles en 1514, avait à peine touché la cinquantaine lorsqu'il mourut, en 1564. Or ce fut au début du règne de Philippe II, soit vers 1556, que Vésale dut quitter l'Espagne pour son pèlerinage expiatoire en Terre Sainte. A l'époque donc où Pétrus lui prête, devant sa jeune épouse, l'attitude embarrassée que l'on sait, Vésale était encore im solide quadragénaire que l'histoire nous montre délaissant volontiers l'ouvroir de dissection pour les somptueux galas de son hôtel de
Madrid. A moins qu'il ne faille voir ici un effet de l'optique vieillissante des jeunes romantiques : pour ceux qui n'admettaient d'héroïnes amoureuses au delà de trente ans, il était logique de fixer à quarante l'échéance de la sénilité masculine.
(H). Page 219. A remarquer qu'ici l'auteur fait résider son héros à Lyon, rue des Quatre- Chapeaux, c'est-à-dire la rue où lui-même est né, mais que, par une fantaisie plus étrange, il le déclare « fils de défunte Madeleine Garnaud » : or ce nom est celui de sa propre mère, alors cependant bien vivante.
(I). Page 310. CarleSand, étudiant allemand, poignarda le 23 mars 1819, à Manheim, le dramaturge Kotzebue et fut exécuté dans cette ville le 20 mai 1820. Ce meurtre incité par la haine que la j exmesse des Universités vouait à Kotzebue comme à l'adversaire de l'indépendance et des libertés allemandes, fut longtemps un objet d'intérêt pour les romantiques. Gérard de Nerval a fait dans LoreZï/ le récit du pèlerinage qu'il accomplit avec Alexandre Dumas, en 1838, sur le théâtre du crime, et qui devait inspirer 11 drame de Léo Burckart.
Pages.
Notice sur Champ a vert 7
Monsieur de l'Argentière, l'accusateur 37