ACTE II
ce que vous dédaignez; j'ai vu les plus honnêtes gens près d'^n être accablés. Croyez qifil n^y a pas de plate méchanceté , pas d'horreurs , pas de conte absurde, qu'on ne fasse adopter aux oisifs d'une ^ande ville en s*y prenant Bien : et nous avons ki dés gens d'une adresire !..;.. D*abord un bruit léger , rasant le sol comme hirondelle avant l'orage , pianissimo murmure et file , et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille, et piano y piano vous le glisse en l'oreille adroitement. Lie mal est fait, il germe , il rampe , il chemine , et rinforzando de bouche en bouche il va le diable ; puis tout-àcoup, ne sais comment , vous voyez calomnie se dresser, sîfler , s'enfler, grandir à vue d'œîl. Elle s'élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arjache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au ciel , un cri général , un crescendo public , un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait ?
Mais quel radotage me faites -vous donc -là, Bazile ? Et quel rapport ce piano - crescendo peut-il avoir à ma situation ?
Bazile.
Comment , quel rapport ? Ce qu'on fait par-
46o LE BARKIER DE SÉVILLE,
loutpout* é<!:arter son ennemi^ il £iut le £dre id pour empêcher le vôtre d'approcher.
D'approcher? Je prétends biea épouser Kor siae araot qu'elle apprenne seuleiveot que ce comte existe»,
En ce cas , tous n'avez pas un instant à perdre»
Et à qui tient-il , Bazile ? le tous ai chargé de toUs les détails de cette aflfaire.
Bazile.
Oui. Mais vous avez lésiné sur les frais; et dans l'harmoniç du bon ordre , un mariage inégal^ un jugement inique , un passe-^oit évident, sont des dissonances qu'ion çlpit toujours prépj^ rer et sauver par l'accord p>arfait d^ l'or. ,
BARTHOX.Q lui donnant de V argent.
Il faut en passer par où vou5 voulez?; -mais finissons. ...
Bazile.
Cela s'appelle parlçr. Deipaip tout sera terminé: c'est a vous d'empêcher que personne y aujourd'hui y ne puisse Instruire la pupille.
Bartholo.
Fiez-vous-en à moi. Viendrez - vous ce soir ,
Bazile? ^
N'y coiçpte^ pas^ Votre mariage seul m'occupera toute la journée ; li'y comptez pas. Barthùio raccompagne.
Serviteur. f
• - ^ Bazile.
Restez 9 docteur, restez donc.
' Non pas. Je veux' Fermer sui^ vous la porte de la^e. ^ '
s G EN ^ IX., • '. - :-:
FIGARO, seul y sortant du cabinet.
H ! la bonne précaution ! Fermé, ferme la porte de la rue, et moi je vais la rouvrir.au comte en sortant. C^eSt un grand nlaraud que ce Bazile I heureusement il estiéncore plus sot. Il faut un état , une famille , ' un nom , :un râtng ^ de la consistance enfin , pour faite sensation dans le monde en calomniant. Mais un Bazile I il médirait , qu'on ne le croîi^it pas*
nOSmE accourant; TIGAKO.
i^DOi! TOUS êtes encore là, monsieur Figaro?
Figaro.
Très-heureuseipentpourvou^, Mademoiselle.
Votre tuteur et votre maître à chanter^ se croyant seuls ici, viennent de parler à cœur ouvert...»*
El vous les avez écoutés , monsieur Figaro ? Mais savez-vous que c'est fort mal.
Figaro.
. D'écouter ? C'e^t pourtant tout ce qu'il y a de mieux pour bîéd entendre. Apprenez que votre tuteur se dispose à vous épouser demain.
Ah ! grands dieux !
Figaro,
Ne craignez rieji ; nous lui donnerons tant
Ax: T F I i.i . 465
dWvrage^ qu'il n'aura pas le lemps^del songer à
celui-là. / ,. '
Rosine.
Le voici qui revient ; sortez donc pay le petit escalier. Vous me faites mourir de frayçur.
( Figaro s^ enfuit. )