‹ Œuvres complètes de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 146 sur 174 · SCÈNE XL BARTHÔLO, ROSINE · texte numérisé non relu

SCÈNE XL BARTHÔLO, ROSINE

V ocs étiez ici avec quelqu'un ^ Monsieur ?

Don Bazile que j'ai reconduit, et pour cause*

Vous eussiez mieux aimé que c'eût été monsieur

Figaro?

Rosine.

Cela m^est fort égal , je vous assure.

Je voudrais bien savoir ce que ce barbier avait de si pressé à vous dire ?

Rosine.

Faut -il parler sérieusement? Il m'a rendu

compte de F^isit de Marceline ^ qui même Vt'esî pas trop bien y a ce qu'il dit.

Bartholo.

' Vous rendre compte ! Je vais parier qu'il était chargé de vous remettre quelque lettre*

Et de qui, s'il vous plaît ? ^

Oh , de qui ! De quelqu'un que les femmes ne nomment jamais. Que sais-je , moi ? Peutêtre la réponse au papier de la fenêtre.

Rosine à part. " *

11 n^en a pas manqué une seule. ( Haut. ) Vous mériteriez bien que tela fâti *

Bartholo regarde les (mains de Rosine.

Cela est. Vous avez écrit.

Rosine- Qvecr^ embarras.

11 serait asjsez plaisant que vous eussiez le projet de m^en faire convenir.

Bartholo lui prenant la main droite.

Moi ! Point du tout ; mais votre doigt encore taché d'encre I Heiii ? rusée Sîgnora î

R o s I N B à part.

j' Maudît hoariïiieJ - ^ : t ' ^ •

Bartholo lui tenant toujours la main.

Une fçmme se croît bieu eh sûreté^ parce •qu'elle esr seule*

Rosine.

Ah ! sans doute... La belle preuve !... Finissez donc , Monsieur , vous me tordez le bras. Je me suis brûlée en chiffonnant autour de cette bougie j et Ton âi'a toujours dit qu'il fallait aussitôt tremper dans Fencre ; c'est ce que j'ai fait.

Bartholo. ^

C'est ce que vous avez fait ? Voyons donc si un second témoin confirmera la déposition du premier. C'est ce cahier de papier où je suis certain qu'il y avait six feuilles ; car je les compte tous les matins , aujourd'hui encore.

Rosine à parte

Oh ! imbécille !

Bartholo^ comptante

Trois , quatre , cinq«....

Rosine*

La sixième

BARfiIOLO«

Je vois bien qu'elle n'y est pas , la sixième^ Thédtœ. L ^ 5o

466 LE BARÉIER ÏDË SÉYILLE,

R o d I n fi baissant le» ytux.

Lc) sixième ? Je Pai employée à faire un cornet

pour des bonbons que j'ai envoyés à la petiMr

Figaro.

Bartholo.

A la petite Figaro ? Et la plume ^i était tputie neuve 9 comment est-elle devenue noire ? Ëst*cç en écrivant l'adresse de la petite Figaro ?

(^A part.) Cet homme a un instinct de )alou« aie I.... ( Haut. ) Elle m'a servi à retracer ime fieur effacée sur la veste que je vpu? brode au tambour.

Bartbolo.

Que cela est édifiant I Pour qu'on vqijs crut, mon enfant y il faudrait ne pas rougir en déguisant coup sur coup la vérité ; mais c'est ce que vous ne savez pas encore.

R O $ I lî E.

Eh I qui ne rougirait pas. Monsieur, de Voir tirer des conséquences auissi malignes des choses le plus innocemment faites ?

Certes , j'ai tort ; se brûler le doigt , le tremper dans l'encre , faire des cornets aux bonbons

pour la petite Figaro,, et dessiner ma veste, au tambour! quoi^de plus innocent? Mais que de

mensonges entassés pour cacher un seul fait !

Je suis seule y on ne me voit point; je pourrai mentir à mon aise. Mais le bout du doigt reste noir ! la plume est tachée , le papier manque ; on ne saurait penser à tout* Bien certainement, Signora , quand j'irai par la TÎUe^ un bon double tour me répondra de vous.

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