SCÈNE XL BARTHÔLO, ROSINE
V ocs étiez ici avec quelqu'un ^ Monsieur ?
Don Bazile que j'ai reconduit, et pour cause*
Vous eussiez mieux aimé que c'eût été monsieur
Figaro?
Rosine.
Cela m^est fort égal , je vous assure.
Je voudrais bien savoir ce que ce barbier avait de si pressé à vous dire ?
Rosine.
Faut -il parler sérieusement? Il m'a rendu
compte de F^isit de Marceline ^ qui même Vt'esî pas trop bien y a ce qu'il dit.
Bartholo.
' Vous rendre compte ! Je vais parier qu'il était chargé de vous remettre quelque lettre*
Et de qui, s'il vous plaît ? ^
Oh , de qui ! De quelqu'un que les femmes ne nomment jamais. Que sais-je , moi ? Peutêtre la réponse au papier de la fenêtre.
Rosine à part. " *
11 n^en a pas manqué une seule. ( Haut. ) Vous mériteriez bien que tela fâti *
Bartholo regarde les (mains de Rosine.
Cela est. Vous avez écrit.
Rosine- Qvecr^ embarras.
11 serait asjsez plaisant que vous eussiez le projet de m^en faire convenir.
Bartholo lui prenant la main droite.
Moi ! Point du tout ; mais votre doigt encore taché d'encre I Heiii ? rusée Sîgnora î
R o s I N B à part.
j' Maudît hoariïiieJ - ^ : t ' ^ •
Bartholo lui tenant toujours la main.
Une fçmme se croît bieu eh sûreté^ parce •qu'elle esr seule*
Rosine.
Ah ! sans doute... La belle preuve !... Finissez donc , Monsieur , vous me tordez le bras. Je me suis brûlée en chiffonnant autour de cette bougie j et Ton âi'a toujours dit qu'il fallait aussitôt tremper dans Fencre ; c'est ce que j'ai fait.
Bartholo. ^
C'est ce que vous avez fait ? Voyons donc si un second témoin confirmera la déposition du premier. C'est ce cahier de papier où je suis certain qu'il y avait six feuilles ; car je les compte tous les matins , aujourd'hui encore.
Rosine à parte
Oh ! imbécille !
Bartholo^ comptante
Trois , quatre , cinq«....
Rosine*
La sixième
BARfiIOLO«
Je vois bien qu'elle n'y est pas , la sixième^ Thédtœ. L ^ 5o
466 LE BARÉIER ÏDË SÉYILLE,
R o d I n fi baissant le» ytux.
Lc) sixième ? Je Pai employée à faire un cornet
pour des bonbons que j'ai envoyés à la petiMr
Figaro.
Bartholo.
A la petite Figaro ? Et la plume ^i était tputie neuve 9 comment est-elle devenue noire ? Ëst*cç en écrivant l'adresse de la petite Figaro ?
(^A part.) Cet homme a un instinct de )alou« aie I.... ( Haut. ) Elle m'a servi à retracer ime fieur effacée sur la veste que je vpu? brode au tambour.
Bartbolo.
Que cela est édifiant I Pour qu'on vqijs crut, mon enfant y il faudrait ne pas rougir en déguisant coup sur coup la vérité ; mais c'est ce que vous ne savez pas encore.
R O $ I lî E.
Eh I qui ne rougirait pas. Monsieur, de Voir tirer des conséquences auissi malignes des choses le plus innocemment faites ?
Certes , j'ai tort ; se brûler le doigt , le tremper dans l'encre , faire des cornets aux bonbons
pour la petite Figaro,, et dessiner ma veste, au tambour! quoi^de plus innocent? Mais que de
mensonges entassés pour cacher un seul fait !
Je suis seule y on ne me voit point; je pourrai mentir à mon aise. Mais le bout du doigt reste noir ! la plume est tachée , le papier manque ; on ne saurait penser à tout* Bien certainement, Signora , quand j'irai par la TÎUe^ un bon double tour me répondra de vous.