‹ Œuvres complètes de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 154 sur 174 · LE BARBIER DE 3ÉVILLE , . B A R T H O L · texte numérisé non relu

LE BARBIER DE 3ÉVILLE , . B A R T H O L

Ne fût-il qu^incommodé : marchez der ant , je vous suis.

Le Comte embarrassé.

,. Monsieur, J^étais chargé*... P^souncne peutil nous entendre ?

Bartholo.

( à part.) C'est quelque fripon. (Aa«^ ) Eh non, monsieur le mystérieux ! parlez sans vous Irou^ bler y si vous pouvez.

Le Comte.

( à part.) Maudit vieillard ! ( haut. ) Don Bazile m'avait chargé de vous apprendre....

B A R T HO L o.

Parlez haut, je suis sourd d'une oreille.

r Le Comte' élevant ta ifoix.

Ah ! volontiers. Que le comte Almaviva^ qui restait à la grande place«.o

Bartholo effrayé.

Parlez bas ; parlez bas.

Le -Comte plM haut.

.... En est délogé ce matin. Comtoe cî'est par moi qu'il a ^u.qW le comte Almativa....

Bas; parlez bas , je vous prie.

Le Comte du< même ton.

.... Etait en cette ville , et que j'ai découvert que la Signora Rosine lui a écrit....

Bartholq,

Lui a écrit? Mon cher ami, parlez plus bas, je vous en conjure I Tenez, asseyons-nous,, et jasons d^amitié. Vous avez découvert, dites-vous, que Rosine....

Le Comte fièrement.

Assurément. Bazile , inquiet pour vous de cette correspondance, m^avaîtpriéde vous montrer sa lettre; mais la manièfedont vous prenez les choses....'

Bartholo.

Eh mon Dieu ! je les preuds^ Wen* Mais nfe vous est-il donc pas possible de parler plus bas?

Vous êtes «ourd d'une oreîlfe , iaVez-vous dit !

Bartholo.

Pardon , pardon , seigneur Alonzo , si vous m'av^i trouvé méfiant et dur; mais je suis tel-

494 ^^ BAliBIER DE SÊYILLE,

lement entouré d'intrigants , de pièges^, et pois TOtre toomure , YOtre âge ^ votre air... Pardcm , pardon. Eh bien ! tous ayez la lettre?

Le Comte.

A la bonne-heure sur ce ton^ Monsieur. Mais je crains qu'on ne soit aux écoutes.

Bartholo.

Eh ! qui voulez-yous? tous mes valets sur les dents ! Rosine enfermée de fureur ! Le diable est entré chez moi. Je yais encore m'assurer...

(Il va oui^rir doucement la porte de Rosine.)

Le Comte à part.

Je me suis enferré de dépit. Garder la lettre a présent I il faudra m^enfuir : autant vaudrait n'être pas venu... La lui montrer !.•• Si je puis en prévenir Rosine , la montrer est un coup de maître.

Bartholo reçient sur la pointe du pied.

Elle est assise auprès de sa fenêtre^ le dos tourné k la porte, occupée à relire une lettre de son cousin Tofficier, que j'avais décachetée^... Voyons donc la sienne.

Le Comte lui remet la lettre de Rosine,

La voici, (à part.) C'est ma lettre qu'ellexelit.

Bàrtholo lit.

w Depuis que vous rn^avez appris votre nom I) et votre état. » Ah, la perfide ! c'est bien-là sa main* r

Le Comte effrayé.

Parlez donc bas à votre tour.

Bàrtholo.

Quelle obligation, mon cher !••.

Le Comte.

Quand tout sera fini , si vous croyez m'en devoir , vous serez le maître. D'après un travail que fait actuellement don Bazile avec un hoinme de loi...

Bàrtholo.

Avec un homme de loi , pour mon mariage ?

Le Comte.

Vous aurais-je arrêté sans cela? Il m'a chargé de vous dire que tout peut être prêt pour demain. Alors si eUe résiste...

Bàrtholo.

Elle résistera.

Le Comte veut reprendre la lettre, Bar^ tliolo la serre.

Voilà l'instant où je puis vous servir : nous lui

montrerons sa lettre., et s'il le fciut ( plus mystérieusement ) j^irai jusqu'à lui dire que je la liens d'une femme à qui le comte Ta sacrifiée ; vous sentez que le trouble , la honte , le dépit peuvent la porter sur-le-champ...

Bartholo riant.

De la calomnie ! mon cher ami y je vois bien maintenant que votis venez de ta part de Bazile ! Mais pour que, ceci n'eût pas l'ait concerté, ne serait-il pas bon qu'elle vous connût d'avance ?

Le Comte réprime un grand mouvement de joie.

. C'était a9se2^ l'avis de do» Baisile^ Mais comment faire? il est tard... au peu de temps qui' reste.

fi A R T H o L o.

Je dirai que vous venez en sa place. Ne lui donnerez-vous pas bien une leçon ?

Il n'y a rien que je ne fasse pour vous plairez Mais prenez-garde que toutes ces histoires de maîtres supposés sont de vieilles fia esses,, des moyçns de comqdie : si elle va se douter?..*

. ïrésaité par aïoi»? Q^dje appateanctel Vous

ayez phis Fair d'im amant dégiiisé p que d^un ami officieux.

ii £ C O M T E.

Oui? Vous croyez donc que mon air peut aider à la tromperie?

Bàrtholo.

Je le donne au plus fin à deviner. Elle est ce soir d'une humeur horrible. Mais quand elle ne

ferait que vous Toir son claTecin est dans ce

cabinet. Amusez- vous, en Tattendant : je rais faire l'impossible pour l'amener.

Le Comte.

Gardez-Tous bien de lui parler de la lettre.

Baatholo.

Avant Tinstant décisif? Elfe perdrait tout son effet. 11 ne faut pas me dire deux fois les choses: a ne faut pas me les dire deux fois. (// s^en ^à).

LE COlMhTE, seul.

jSjL e Toilà sauvé. Ouf! Que ce diable d'homme est rude à manier I Figaro le connaît bien. Je me voyais mentir; cela me donnait un air plat et Théâtre. L 3a

DigitizGd by

4g8 LE BARBIER DE SÉVILLE,

gauche ; 6i ri a.des y^ux !..• Ma foi sans Fînspîratîon subite de la lettre, ilfautFavouer, j'étais éconduît' comme un sot. O ciel ! on dispute là dedans. Si

eye;^;llait s'obstiner^papas. venir I Ecoutons

Elle refuse de sortir de chez elle, ' et Ys^i perdu le fruit de ma ruse, (il retourne écouter.) La voici; ne nous montrons pas d'abord. ( // entre dans M cetbinet.) ' *.

s C È N E. lY: , .;^

Page 1