‹ Œuvres complètes de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 155 sur 174 · LE COMTE, ROSINE, BÀRTHOLO · texte numérisé non relu

LE COMTE, ROSINE, BÀRTHOLO

Rosine ai^ec une colère simulée.

I OUT ce q^e voy&îdirez est inutile,. Monsieur, j'ai pris mon- parti; je ne veux. plus entendre^ parler dq musique.

Bartholo.

Ecoute donc, mon enfant ; c'œt le seigneur Alonzo , rélève et Vami de don Bazile , choisi par lui pour être un de nos témoins. — La musique te calmera , je t'assure.

Rosine...

Oh ! pour cela , vous pouvez vous en détacher ; sî^e chante ce soir!..... Où donc est-il ce maître

A C T E I ï I. 4gg

que vous craignez de renvoyer? je vais, en deux mots, lui donner son compte, et celui de Bazile. ( jE//e aperçoit son amant: elle fait un cri) Ah !

Bartholo.

Qu'avez-vous ?

Rosine les deux mains sur son cœur^ avec . un grand trouble.

Ah ! mon dieu , Monsieur.... Ah ! mon dieu p

Monsieur ,

Bartholo.

Elle se trouve encore mal I Seigneur Alonzo!

Rosine.

Non , je ne me trouve pas mal mais c'est

qu'en me tournant Ah !

Le Comte.

Le pied vous a tourné, Madame?

Ah oui , le pied m'a tourné. Je me suis fait un mal horrible.

Le Comte.

Je m'en suis bien aperçu.

Rosine regardant le Comte.

Le coup m'a porté au cœur.

5oo LE BARBIER DE SÉVILLE, Bartholo.

Un siège > un siège. Et pas un fauteuil ici? {Il va le chercher. )

Le Comte.

Ah Rosine !

Rosine.

Quelle imprudence !

Le Comte.

J'ai mille choses essentielles à tous dire.

Rosine.

Il ne nous quittera pas.

Le Comte.

Figaro Ta Tenir nous aider.

Bartholo apporte un fauteuil.

Tiens , mignonne , assieds-toi. — Il n'y a pas

d'apparence , Bachelier, qu'elle prenne de leçon

ce soir; ce sera pour uiLautre jour. Adieu.

V R o s i N E a2^ Comte.

Non , attendez ; nia douleur est un peu appaisée. ( A Bartholo. ) Je sens que j'ai eu ton aTec TOUS , Monsieur : je tcux tous imiter^ ea réparant sur-le-champ..... ^

Bàetholo.

Oh! le bon petit naturel de femme ! Maïs après une pareille émotion , mon enfant , je ne souffrirai pas que tu fasses le moindre effort. Adieu , adieu^ Bachelier.

Rosine au Comte,

Un moment , de grâce ! ( ^ Bartholo. ) Je croirai , Monsieur, que vous n'aimez pas à m^obliger^ si vous m^empêchez de vous prouver mes regrets , en prenant ma leçon.

LÉ Comte à part à Bartholo.

Ne la contrariez pas , si vous m'en croyez.

Voila qui est fini ^ mon amoureuse. Je suis si loin de chercher a te déplaire , que je veux rester là tout le temps que tu vas étudier.

Rosine.

Non , Monsieur: Je sais que la musique n'a nul attrait pour vous.

Bàetholo.

Je t'assure que ce soir elle m'enchantera.

RosiNEy au Comte j à part.

Je suis au supplice.

5o2 LE BARBIER DE SEVILLE,

Le Comte prenant un papier de musique sur le pupitre.

Est-ce là ce que vous voulez chanter. Madame.

Rosine.

Oui, c'est un morceau très-agréable de la Pré- ^ caution inutile.

Bartholo.

Toujours la Précaution inutile ?

C'est ce qu'il y a de plus nouveau aujourd'hui. C'est une image du printemps , d'un genre assez vif. Si madame veut l'essayer...

Rosine regardant le Comte.

Avec grand plaisir : un tableau du printemps me ravit; c'est la Jeunesse de la nature. Au sortir de l'hiver, if semble que le cœur acquière un plus haut degré de sensibilité : comme un esclave enfermé depuis long-temps, goûte, avec plus de plaisir, le charme de la liberté qui vient de lui être offerte.

Bartholo bas au Comte.

Toujours des idées romanesques en tête.

Le Comte bas.

Et sentezrYOus ra^T)]î^^»î<Hi2

Parbleu! (// oja s'asseoir dans le fauteuil qu'a occupé Rosine.

Rosine chante.

(i) Quand, dans la plaine.

L'amour ramène Le printemps.

Si chéri des amants;

Tout reprend l'être > Son feu pénètre

Dans les fleurs.

Et dans les jeunes cœurs»

On voit les troupeaux Sortir des hameaux^ ' Dans tous les coteaux , Les cris des agneaux

(i) Cette Ariette , dans le goAt espefgnol , fut chantée îe premier jour à Paris, malgré les huées, les rumeurs et îe train usités au parterre éii ces jours de crise et de combat. La timidité de l'actrice l'a depuis empêchée d'oser la redire, et les jeunes rigoristes du théâtre l'ont fort louée de cette réticence* Mais si la dignité de la Comédie Française y a gagné quelque chose, il faut convenir que le Barbier de Sés'ille y a beaucoup perdu. C'est pourquoi , sur les théâtres où quelque peu de musique ne tirera pas tant à conséquence , nous invitons tous directeurs à la restituer, tous acteurs à la chanter , tous spectateurs à l'écouter , et tous critiques à nous la pardonner , en faveur du genre de la pièce et du plaisir qiie leur fer^ le morceau.

5o4 LE BARBIER DE SÉVILLÈ,

Retentissent ;

Us bondissent;

Tout fermente;

Tout augmente ;

Les brebis paissent

Les fleurs qui naissent |

Les chiens fidèles

Veillent sur elles; Mais Lindor enflamme,

Ne songe guère Qu'au bonheur d'être aimé

De sa bergère. ,

Loin de sa mère , Cette bergère

Va chantant^ Oii son amant l'attend.

Par cette ruse , L'amour Tabusef

Mî^s chanter, Sauve*t-il du danger^ Les doux chalunifau;ic , Les chanta des c^seaiix y Ses ctiarmes naissants, Ses quinze ou 0et^ ans^

ToutTci^cilej

Tout l'agit»;

La pauvrelte

S'inquiète \ De sa retraite y , Liodor la guette;

Page 1