SCÈNE première
Xe théâtre est obscur.
BARTHOLO, DON BAZILE, une lanterne de papier à la main.
Bartholo.
vyoMMENTy Bazile^ TOUS ne le connaissez pas! ce que vous dites est-il possible ?
Vous m'interrogeriez cent fois que je vous ferais toujours la même réponse. S'il vous a remis la lettre de Rosine ^ c'est sans doute un des émis* saires du Comte. Mais, à la magnificence du présent qu'il m'a fait, il se pourrait que ce fût le Comte lui-même.
Baktholo.
Quelle appsu'ence? Mais à propos de ce présent; ehl pourquoi l'avez-vous reçu?
Vous aviez Tair d'accord; je n'y entendais rien; et dans les cas difficiles à juger, une bourse d'or me parait toujours un argument sans réplique* Et puis , comme dit le proverbe , ce qui est bon
à prendre
Bartholo.
J'entends , est bon
A garder. '
Bartholo surpris.
Ah! ah!
Oui, j'ai arrangé comme cela plusieurs petits proverbes avec des variations. Mais, allons au fait, à quoi vous arrêtez- vous ?
Bartholo.
En ma place , Bazile , ne feriez-vous pas leV derniers efforts pour la posséder ?
Ma foi non. Docteur. En toute espèce de biens, posséder est peu de chose; c'est jouir qui rend heureux : mon avis est, qu'épouser une femme dont on n'est point aimé, c'est s'exposer.....
534 LE BARBJER DE 8ÉVILLE, Baktholo.
Vous craindriez les accideacs?
Hé hé, Monsieur on en voit beaucoup
cette année* Je ne ferais point violence à son cœur*
Bartholo.
Votre valet, Bazile. Il vaut mieux qu'elle pleure de m'avoir , que moi je meure de ne Tavoir pas*
Il y va de la vie? Epousez, docteur, épousez*
Bartholo,
Aussi ferai-jc , et cette nuit même,
Bazile,
Adieu donc. — Souvenez- vous , en parlant à la pupille, de les rendre tous plus noirs que Tenfer*
Baetiiolo*
Vous avez raison.
I^a calomnie, docteur, la calomnie! Il faut toujours en venir-là.