‹ Œuvres complètes de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 39 sur 174 · SCÈNE V 1 I L LE BARON, Madame MURER, EUGÉNIE · texte numérisé non relu

SCÈNE V 1 I L LE BARON, Madame MURER, EUGÉNIE

Madame Mtjrer avec horreur.

Il nous a trompés indignement ! Ma nièce n'est

pas sa femme«

l4o EUGÉNIE,

EuGÉMi fi les bras iepés.

Dieu tout puissant ! {Elle tombe dans unfau" teiiîL )

Madame Murer.

Son Intendant a servi de ministre , et toute la race infernale , de complices.

Le Baron frappant du pied.

Rage ! fureur ! 4Ô femmes^ qu'avez-vous fait?

Madame Murer effrayée.

Mon frère, par pitié, suspendei vos reproches. Ne voyez^vous pas Fétat où elle est ?

Eugénie se relevant.

Non , ne l'arrêtez pas. Je n'ai plus rien à craindre que de vivre Mon père , j'implore votre colère....

Le Baron hors de lui.

Et tu Tas méritée.... Sexe perfide ! Femmes à jamais le trouble et le déshonneur des familles ! Noyez-vous maintenant dans des larmes inutiles... Avez-vous cru vous soustraire à mon obéissance? Avez-vous cru violer impunément le plus saint des devoirs?.... Tu Tas osé; toutes tes démarches se sont trouvées fausses; tuas été séduite, trompée , déshonorée; et le Ciel t'en punit par l'abandon de ton père et sa malédiction.

Eugénie s^ élançant vers le Baron ^ ei le retenant d bras le corps.

Ah mon père ! ayez pitié de mon désespoir ; révoquez Tépouvantable arrêt que vous venez de prononcer.

Le Baron attendri^ la repousse doucement.

Otez-vous de mes yeux : vous m'avez rendu le plus misérable des hommes. ( // sort. )

Madame MURER, EUGÉNIE.

Eugénie courant dans les bras de sautante.

XX H, Madame ! m'abandonnerez- vous aussi?

Madame Murer.

Non ^ mon enfant; écoutez-moi.

Eugénie.

Ah ! ma tante , venez , secondez - moi : courons nous jeter aux pieds de mou père , implorons ses bontés, et sortons tous d'une odieuse maison..*.

Madame Murer.

Ce n'est pas mon avis : il faut y rester au con-

i42 EUGÉNIE,

traire , et écrire au Comte que vous Tattendez ici ce soir.

Eugénie ai^ec horreur.

Lui !.... moi !.... vous me faites frémir.

Madame Murer.

Il le faut. Il viendra , vous Taccablerez de reproches, j'y joindrai les miens; il apprendra que votre père veut implorer le secours des lois :. la crainte ou le repentir peut le ramener.

Eugénie outrée.

Et je serais as?ez lâche, après son indignité !..• Je devrais respecter un jour celui que je ne peux plus estimer ! J'irais aux pieds des autels jurer la fidélité au parjure, la soumission a Thomme saus foi , et une tendresse éternelle au perfide qui m'a i?acrifiée ! Plutôt mourir mille fois î

Madame Mvrv^b. fermement.

Prenez garde , Miss , qu'ici l'opprobre serait le fruit du découfagemeat.

Eugénie au désespoir.

L'opprobre ! m'en reste-t-il encore à redouter ? Dégradée par tant d'outrages , abandonnée de tout le monde , anéantie sous la malédietioâ: de mou père , en horreur à moi-même , je n'ai plus qu'à mourir. ( Elle rentre dans sa chambre. )

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