SCÈNE V 1 I L LE BARON, Madame MURER, EUGÉNIE
Madame Mtjrer avec horreur.
Il nous a trompés indignement ! Ma nièce n'est
pas sa femme«
l4o EUGÉNIE,
EuGÉMi fi les bras iepés.
Dieu tout puissant ! {Elle tombe dans unfau" teiiîL )
Madame Murer.
Son Intendant a servi de ministre , et toute la race infernale , de complices.
Le Baron frappant du pied.
Rage ! fureur ! 4Ô femmes^ qu'avez-vous fait?
Madame Murer effrayée.
Mon frère, par pitié, suspendei vos reproches. Ne voyez^vous pas Fétat où elle est ?
Eugénie se relevant.
Non , ne l'arrêtez pas. Je n'ai plus rien à craindre que de vivre Mon père , j'implore votre colère....
Le Baron hors de lui.
Et tu Tas méritée.... Sexe perfide ! Femmes à jamais le trouble et le déshonneur des familles ! Noyez-vous maintenant dans des larmes inutiles... Avez-vous cru vous soustraire à mon obéissance? Avez-vous cru violer impunément le plus saint des devoirs?.... Tu Tas osé; toutes tes démarches se sont trouvées fausses; tuas été séduite, trompée , déshonorée; et le Ciel t'en punit par l'abandon de ton père et sa malédiction.
Eugénie s^ élançant vers le Baron ^ ei le retenant d bras le corps.
Ah mon père ! ayez pitié de mon désespoir ; révoquez Tépouvantable arrêt que vous venez de prononcer.
Le Baron attendri^ la repousse doucement.
Otez-vous de mes yeux : vous m'avez rendu le plus misérable des hommes. ( // sort. )
Madame MURER, EUGÉNIE.
Eugénie courant dans les bras de sautante.
XX H, Madame ! m'abandonnerez- vous aussi?
Madame Murer.
Non ^ mon enfant; écoutez-moi.
Eugénie.
Ah ! ma tante , venez , secondez - moi : courons nous jeter aux pieds de mou père , implorons ses bontés, et sortons tous d'une odieuse maison..*.
Madame Murer.
Ce n'est pas mon avis : il faut y rester au con-
i42 EUGÉNIE,
traire , et écrire au Comte que vous Tattendez ici ce soir.
Eugénie ai^ec horreur.
Lui !.... moi !.... vous me faites frémir.
Madame Murer.
Il le faut. Il viendra , vous Taccablerez de reproches, j'y joindrai les miens; il apprendra que votre père veut implorer le secours des lois :. la crainte ou le repentir peut le ramener.
Eugénie outrée.
Et je serais as?ez lâche, après son indignité !..• Je devrais respecter un jour celui que je ne peux plus estimer ! J'irais aux pieds des autels jurer la fidélité au parjure, la soumission a Thomme saus foi , et une tendresse éternelle au perfide qui m'a i?acrifiée ! Plutôt mourir mille fois î
Madame Mvrv^b. fermement.
Prenez garde , Miss , qu'ici l'opprobre serait le fruit du découfagemeat.
Eugénie au désespoir.
L'opprobre ! m'en reste-t-il encore à redouter ? Dégradée par tant d'outrages , abandonnée de tout le monde , anéantie sous la malédietioâ: de mou père , en horreur à moi-même , je n'ai plus qu'à mourir. ( Elle rentre dans sa chambre. )