‹ Œuvres complètes de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 43 sur 174 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Le baron, Madame MURER.

Madame Murbu d^un 4on sombre.

JliHbien^ Monsieur, êtes -vous satisfait? Il s'en est peu Êdlu que votre fille ne soit morte de fipayeur.

Lb Baron s^asaieji sans rien dire près de la table y et s^ appuie la tête sur les mains d'un air accablé.

Madame MurIer continuant.

Des éclats I dé la fureur ! sans chois: de personnes.

Le Baron soufdetnent.

Ceux qui ont ftut le md lé i^prochei^t aux autres.

Madame M u r b r.

Un homme livré à ses emportements I

Le Baron désespérée

Vous abusez dé mon état et de tna patience. Vous ave» juré dé mé faire mourir de chagrin.

i48 EUGENIE,

Laissez-nous , gardez votre héritage ; il est trop cher : aussi bien ma malheureuse ûlle n'en aura* t-elle peut-être bientôt plus besoin. ( // se tèpe et se promène avec égarement. )

Madame Murer.

Vous n'avez jamais su prendre un parti.

Je l'ai pris mon parti !

Madame Murer.

Quel est- il?

Le Baron m,archant plus vite et gesticulant s violemment.

J'irai à la Cour oui, je vais y allgf Je

tombe aux pieds du Roi : il ne me rejètera pas* ( Madame Murer hoche la tête ) Et pourquoi me rejèterait-il ? Il est père Je Tai vu embrasser ses enfants. .

Madanie. Murer.

La belle idée ! Et que lui direz-vous ?

Le Ba^on $^ arrêtant devant elle.

Ce que je lui dirai l Je lui dirai : Sh-e

Vous êtes père , bon père je le suis aussi ;

mais j'ai le cœur déchiré sur mon fils et sur ma fille. Sire, vous êtes hi^main, bien&isant... Quai^d

un des TÔtres fut eu danger y nous pleurions tous de vos larmes; vous ne serez pas insensible aux miennes. Mon fils s'est battu ^ mais en homme dTionneur;.il sert Votre Majesté comme son bisaïeul ^ qui fut emporté sous les yeux du feu Roi; il' sert comme mon père y qui fut tué en défendant la patrie dans les derniers troubles ; il sert comme je serrais lorsque j'eus Thonneur d'être

blessé en Allemagne J'ouvrirai mon habit

il verra mon estomac... mes blessures. Il m'écoutera > et j'ajouterai : un suborneur est venu en mon absence violer notre retraite et l'hospitalité ;

il a déshonoré ma fille par ur? faux mariage Je

vous demande à genoux , Sire y grâce pour mon fils et justice pour ma fille.

Madame M v n e r^

Mais ce suborneur est un homme qualifié y puissant.

Le Baron vipement.

S'il est qualifié y je suis gentilhomme Enfiu

je suis un homme Le Roi est juste ; à ses

pieds toutes ces différences d'état ne sont rien : ma sœur, il n'y a d'élévation que pour celui qui regarde d^en-bas; au-dessus tout est égal ; et j'ai vu le Roi parler avec bonté au moindre de ses vSujets comme au plus grand.

(Il a>a et vient).

i5o EUGÉNIE,

Madame Myiusa d^un ton ferme.

Croyez-moî, Monsieur le Baron ^ nous su£Srons à notre vengeance.

Lk Baron n^a entendu que le damier mot.

Oui, vengeance !••• ei q(u'oa le Uvrçà toute la riguew des lois*

Madame Murbr trèe-fermê.

Les lois ! la puissance et le crédit les étouffent souvent ; et puis c'est demain qu'il prétend se marier. Il feut le prévenir : incertitude ! lenteur! est-ce ainsi qu'on se venge ? Eh ! la justice naturelle reprend ses cboits partout où la justice civile ne peut étendre les siens. ( Après un peu de silence , d^un ton plus bas. ) Enfin , mon frère , il est temps de vous dîire ipon secret : avant deux heures le Comte. sera votre gendrç, ou il est

mort.

Comment cela?

Madame Murer s^approçhe de lui.

Ecoutez^moi. J'ai envoyé à Milprd Duc un détail très-étendu des atrocités de son neveu , sans néanmoins lui rien dire de mon projjet; ensuite.... votre fiUe n'a jamais voulu s'y prêter ; mais j'ai écrit pour elle au scélérat^ qu'elle l'attend ce soir.

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