‹ Œuvres complètes de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (volume 2)Chapitre 86 sur 174 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

MÉLAC fils, en habit de ville, PAULINE.

Pauline,. avec une gatté affectée.

x ouR quelqu'un qui a fait une aussi belle toilette, vous avez Une terrible humeur.

M É L A c fils.

C'est votre çaî té qui me la donne, mademoiselle ; c^est ce retour précipité. Saint-Alban doit rester trois mois en tournée; il en passe \m ici; et à peine est-il parti, qu'on le voit revenir.

Paulin e.

S'il a des affaires à Paris? -

M ÉLAC fils.

La Fleur dit qu'il n'y va pas. Un tel empressement neregarde que vous, Mademoiselle.

a34 LES DEUX AMIS,

Pauline, en riant.

Depuis quand suis-je Mademoiselle? les doux noms de frère et de sœur,-.

Mélac fils, ayec feu.

Saint- Alban vous aime : il est riche, en place , estimé j je vois tout mon malheur. 11 vous aime, il vous obtiendra , et j'en mourrai de chagrin.

Pauline gatment.

Dites-moi , je vous prie , où vous prenez toutes les folies qui vous échappent?

M £ L A c fils.

Ecoutez, Pauline. Vous faites profession de sincérité ; assurez-moi qu'il ne vous a rien dit, et je serai calmé.

Pauline.

Que voulez-vous qu'il m'ait dit ?

Mélac fils.

Que vous êtes belle ; qu'il vous aime.

Pauline.

C'est une phrase si commune; et vous aussi, vous me l'avez dit : tous les jeunes gens reçus dans cette maison ne se donnent-ils pas les airs de tenir le même langage ? \

Mélac fils.

Ancun d'eux , sans doute , ïi'a pu vous voîr avec indifférence ; mais s'ils tous . connaissaient comme moi.**^

Pauline.

Ils me verraient bien haïssable*

Mélac fils.

Us n'auraient plus besoin de vous trouver si belle^ pour vous aimer éperdunient. Revenons....

Pauline.

Dans un homme conmie Saint *- Alban ^ ces propos que vous redoutez ne sont que des ga^ lanteries d'usage et sans conséquence ; de la part des autres , c'est pure étourderie.v de la vôtre...^

Mélac fils.

De la mienne ?

Pauline gcdment.

De la vôtre..... Mais je voudrais bien savoir pourquoi vous vous donnez les airs de m'interroger? Il faut avoir de grands titres pour user de pareils privilèges.

Mélac fils.

Ah î Pauline ! il arrive , et vous plaisantez !

P A u i^i N E sérieusement.

Brisons-là , je vous prie. Peut-être auriez-vous à vous plaindre de moi y si qtielqu'auire avait lieu de s'en louer.

M é L A c fils , ai^ec feu.

Ce Saint- Alban me £ût trembler; ôtez-moi cette inquiétude.

Pauline.

Que vous êtes importun !

M É L A c fils.

Défendez-moi seulement d'en avoir.

Oh ! quand il veut une chose î ( Etourdi-

ment. ) Si Je vous le défends , m'obéirez-vous ?

Mélac fils , lui baisant les mains avec transport.

Ma chère Pauline !

Pauline s' échappant.

Toujours le même ! on ne peut dire un mot , sans être forcé de quereller ou de vous fuir.

{Elle sort.)

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