ACTE II. a
M É L A c fils.
C'est que cela pourrait déranger.* ••
M É L À c père.
Rieu; rien. Quelle heure est-dl?
Mélac fil$.
Il n'est pas midi.
Mélac père* Ayant deux heures je suis en route.
Mélac fils.
Vous ne me donnez aucun ordre, mon père?
Mélac père.
Laissez-moi seul un moment; je ne puis vous écouter en celui-ci.
Mélac fils, en sortant.
En poste à Paris Si promptement.... Un
air glacé !•••• Je ne comprends pas, moi.... (// se retire lentement en eocamînantson père.)
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se È N E I V.
MÉLAC père , se promenant.
Jljntre une action criminelle et un acte de vertu p Ton n^est pas incertain.... Mais avoir à choisir
24a LES DEUX AMIS,
entre deux devoirs qui se contrarient et s'excluent.... Si je laisse périr mon ami ^ pouvant le sauver , mon ingratitude.... son malheur.... mes
reproches..*, sa douleur la mienne.... Je sens
tout cela.... Mon cœur se déchire. Si je dispose un moment y en sa faveur, des fonds qu'on me
laisse Après tout ils ne courent aucun risque.
( // soupire. ) Scrupules ! prudence ! je vous entends : vous m'éloignez du malheureux qui souffre, mais la compassion qui m'en rapproche est si puissante !...Voudrais-je être plus heureux, à condition de devenir dujr> inhumain, ingrat?.... • — C'en est fait; où la raison est insuffisante, le sentiment doit triompher : s'il m égare, au moins je serai seul a plaindre ; et mon ami sauvé , mou malheur ne me laissera pas sans consolation.
MELAC père , DABINS arnVe avec un gros paquet de lettres-de-change dans une main , un papier dans Vautre.
M É L A € père. .
XjE compte est-il juste, monsieur Dabins? Dans le trouble où soûs sommes , on se trompe aisément. Rappelons les articles , ava»t de nous se-
parer. Sept mille cinq cents louis en or que tous avez passés vous-même par le jardin.
Monsieur, le bordereau des sommes est en tête de ma reconnaissance.
( // la lui remet. )
M É L A c père lit.
» Je soussigné , caissier de monsieur Aurelly , » ai reçu de monsieur de Mélac , receveur gé- » néral des fermes , à Lyon , la somme de six
» cent mille livres » Cela va bien ; disposez
vos payements sans éclat, comme si vos effets eussent été négociés à Paris : moi , j'attends ma chaise pour partir.
Et vous insistez sur ce qu'il ne sache pas ?....
Mélac père.
Quelque soit son danger, je le connais; la^ crainte de me nuire lui ferait tout refuser^
Ainsi vous le quittez de la reconnaissance. Mélac père.
Exiger de la reconnaissance, c'est vendre ses services; niais ce n'est pas ici W cas. Aurelly Théâtre. I. 16
m'a souvent donné Texemple de ce que je fais pour lui.
Oh î Monsieur ! votre vertu s^'exagèrc.... M É L A c père.
Non, cher Dabîns; depuis trente ans que je lui dois mon état et mon bien-être , ¥oici la seule occasion que j'aye eue deprendre ma revanche. Je quittais le service, où j'avais eu bientôt consumé le chétif patrimoine d'un cadet dç ma province. Je f^venais chez moi, blessé, réformé, ruiné, sans biens, ni ressources. Le hasard me fit rencontrer ici ce digne Aurelly, mon ami dès Fenfance. Avec quelle tendresse il m'offrit un asyle ! Il sollicita , il obtint , à mon insçu , la place que j'occupe encore ; il fit plus , il vainquit ma répugnance pour un état aussi éloigné de celui que j'avais embrassé. )) Prenez , prenez , me dit-il ; jet si vous craignez » que ré tat'n honore pas assez l'homme , ce sera » rhomme qui honorera l'état. Plus l'abus d'un » métier est facile , moins il faut Tétre au choix I) des gens qui doivent 1- exercer ; et qui sait , » dans celui-ci , le bien qu'un homme vertueux }> peut faire ? tout le mal qu'il peut empêcher ? » Son zèle éloquent me gagna; il m'instruisit au
travail, il me servît de père, ô mon cher Aurelly I
Vous m'avez interdit toute représentation*
M É L A c père. '
N'ajoutez pas un mot. Les cent mille francs que vous tenez, en lettres de chaûge , sont à moi; puis*JQ en user mieui au gré de mon cœur? A Pçggrd du reste. Saint- Alban est en tournée poijr trois mois..., Aiirelly aura Iç temps nécessaire**.*
Mais y d^m moment à Fautre, il peut vous venir tel ordre..**
M É L A c père.
Je vous ai dit que je vais à Paris : j'y aurai bientôt recouvré les effets d'Aurelly ; j'en ferai de l'argent, si Ifon m'en demande; Ce n'est ici' qu'un bon office , comme vous voyez.
Monsieur , je Vous admire.
M É L A c père.
Allez ; mon ami, qu'il pe vous retrouve point avec moi.
il44 LES JOEUX AMIS,