‹ OEuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 28 sur 41 · O U A T II I E M E · texte numérisé non relu

O U A T II I E M E

» Comment, Messieurs, nous manquons d'armes ! Soixante mille fusils seraient depuis long-temps en •France si chacun eut fait sort devoir. Moi , seul , je l'ai fait vainement; et vaas. ne f/dtez pas l'instant de connaître les vrais coupables ! Je vous ai répète , Messieurs, que j'offrais ma tête en otage des soins ipie je me suis donnés , des sacrifices que j'ai faits pour amener ces grands secours : je vous ai dit que je mettais l'horrible malveillance au pis ; et parce que j'ai demandé le nom de mes viîs délateurs , et le bonheur de les confondre , au lieu de continuer mon interrogatoire à peine commencé , vous m'avez fait rester -trente-deux Iteures complètes , sans voir revenir au bureau ceux qui devaient m' interroger! Et, sans la douce compassion qui a pris quelque soin de moi , j'aurais passé deux jours et une nuit sans savoir' oit poser ma tête ! Et l'affaire des fusils est là saus aucun éclaircissement ! Et le seul homme qui puisse vous éclairer , vgus l envoyez f Messieurs , au secret dans une prison , quand V ennemi est à nos portes ! Que feraient de plus , pour nous nuire, nos implacables ennemis? In comité prussien ou autrichien ?

» Pardonnez la juste douleur d'un homme qui attribue ces torts plutôt à de grands embarras qu'à la mauvaise volonté. Mais c'est qu'on ne fait rien sans ordre , et que pendant ces cinq malheureux jours j'ai clé effrayé du désordre qui reçue dans l'administration de celte ville J »

Signé Caron Beaumakchais.

Le lendemain, 29 août, sur les cinq heures du soir, nous philosophions tristement. M, d'uéfjry , ce vieillard vénérable, était sorti, la veille, de

l'Abbaye. Un guichetier vient m'appeîer î Monsieur Beaumarchais , on vous demande! — Qui me demande, mon ami ? — M. Manuel, avec quelques municipauoe. 11 s'en va. Nous nous regardons. M. Thierry me dit : IVest-il pas de vos ennemis? — Hélas ! leur dis-je', nous ne nous sommes jamais vus : il est bien triste de commencer ainsi ; cela est d'un terrible augure ! Mon instant est-il arrivé? Chacun baisse les yeux , se tait; je passe chez le concierge, et je dis en entrant :

Qui de vous tous , Messieurs , se nomme M. Manuel? — C'est moi, me dit un d'eux en s'avançant ! — Monsieur, lui dis-je, nous avons eu, sans nous connaître, un démêlé public sur mes contributions. Non seulement, Monsieur, je les payais exactement , mais même celles de beaucoup d'autres qui n'en avaient pas le moyen* 11 faut que mon affaire soit devenue bien grave pour que le procureur-syndic de la commune de Paris , laissant les affaires publiques , vienne ici s'occuper de moi?

Monsieur, dit-il, loin de les laisser là , c'est pour m'en occuper que je suis dans ce lieu ; et le premier devoir d'un officier public , n'est-il pas de venir arracher de prison un innocent qu'on persécute ? Votre dénonciateur , Colmar , est reconnu un gueux ! sa section lui a arraché l'é-

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charpe dont il est indigne : il est chassé de la commune , et je le crois même en prison ! l'on vous donne le droit de les suivre tous en justice. C'est pour vous faire oublier notre débat public que j'ai demandé à la commune de m absenter une heure pour venir vous tirer d'ici. Sortez a l'instaist de ce lieu ! -

Je lui jetai mes bras au corps, sans pouvoir lui dire un seul mot : mes yeux seuls lui peignaient mon âme : je crois qu'ils étaient énergiques, s'ils lui peignaient tout ce que je pensais! Je suis d'acier contre les injustices, et mon coeur s'amollit , mes yeux Tondent en eau sur le moindre irait de bonté! Je n'oublierai jamais cet homme ni ce moment-là. Je sortis.

Deux officiers municipaux (les deux qui avaient levé mes scellés) m'emmenèrent dans un fiacre. Devinez où? Lecteur !..... Non: il faut vous le

dire; vous le chercheriez vainement! Chez

M . Lebrun , ministre des affaires étrangères , qui sortit de son cabinet et me vit....

Arrêtons-nous encore une fois. Ma cinquième et dernière partie ne laissera rien, citoyens, à désirer sur ma justification promise, et, j'ose espérer , attendue.

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