‹ OEuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 3)Chapitre 27 sur 41 · BILLET · texte numérisé non relu

BILLET

« Colmar, officier municipal , et celui qui a dit en votre présence avoir des preuves contre vous , est cause du nouvel ordre. ( Celui qui m'avait remis au secret. ) Le comité n'a pas voulu prendre sur lui de le décerner ; il a exigé une réquisition écrite du sieur Co]mar. Je l'ai vue. Elle est sans désignation de motifs. On nous promet de s'occuper de vous sans délai. Votre portefeuille est scellé comme vous l'avez désiré. Ecrivez avec force au comité que je ne quitte pas. »

Ce billet de mon neveu me fut remis par le concierge , à l'honneur duquel je dois dire qu'il adoucissait de son mieux le sort de tous ses prisonniers.

Je demande à mes compagnons d'infortune la liberté d'écrire , dans un coin et sur mes genoux , un fort Mémoire au comité de surveillance de la

M aine. M. Thierry me prêta du papier. M. d'Affn ', sou portefeuille pour me tenir lieu de bureau. Le jeune Montmorin, assis par terre, le soutenait pendant que j'écrivais. M. de Tolendal disputait avec l'abbé de Bois-Gélin ; M. Gide me regardait écrire : M. Leuoir , à genoux , priait avec ferveur; et moi, j'écrivais ma requête , ■plus fibre , hélas! peut-être , que ce temps ne le comportait. Je ne fais cette réflexion qu'en faveur de Le coi ntre 9 qui vous a dit, ô citoyens , que j'écrivais avec bassesse sur cette épouvantable affaire ! La voici , ma bassesse , à ceux qui me tenaient le couteau sur le sein.

A Messieurs du Comité de Surveillance de la Mairie.

Ce a8 août 1792.

Messieurs,

« Si je rassemble , au fond de ma prison , le peu de mots que j'ai pu recueillir sur l'objet trop public de mon étrange arrestation ,[]e juge qu'un ardent désir de voir entrer en France les soixante mille fusils achetés par moi en Hollande, et cédés au gouvernement, vous fait ajouter foi aux viles accusations de quelques calomniateurs aussi lâches que mal instruits du très-grand intérêt que j'ai à vous procurer ces secours.

» Mais, laissant là mes intérêts, comme négociant et comme patriote , et d'après leurs imputations , permettezmoi , Messieurs , de vous observer de nouveau que la conduite qu'on tient envers moi , est diamétralement oppo-

sée , quelle nuit en tout sens au bien que tous prétendez faire. Ce qu'il y a de plus pressé , n'est-il pas d'éclaircir les faits , de poser des bases solides qui puissent régler votre conduite , et vous faire juger la mienne ?

» Au lieu de cela , Messieurs , depuis cinq jours , je traîne alternativement du corridor obscur de la Mairie à la prison infecte de ï 'Abbaye , sans que l'on m'ait encore interrogé sévèrement sur des faits d'un telle importance , quoique je n'aye cessé de vous le demander, quoique j'aye apporté et laissé dans votre bureau le portefeuille qui contient ma justification entière , fait ma gloire de citoyen, et peut seul vous montrer le succès après les travaux !

» Cependant ma maison , mes papiers ont été visités, et la plus sévère recherche n'a fourni à vos commissaires que des attestations honorables pour moi ! Mes scellés ont été levés : moi , seul , je suis sous le scellé d'une prison incommode et malsaine, par l'affluence trop excessive des prisonniers qu'on y envoie.

» Forcé , Messieurs , de rendre à la nation le compte le plus rigoureux de ma conduite en cette affaire , qui ne devient fâcheuse que par les torts d 'autrui , j'ai l'honneur de vous prévenir que , si vous refusez îa justice de m'en— tendre en mes défenses et mes moyens d'agir , je me verrai forcé , à mon très-grand regret , d'adresser un Mémoire public à V assemblée nationale , où, détaillant les faits , tous appuyés de pièces inexpugnables et victorieuses , je ne serai que trop bien justijié ; mais la publicité même de mes défenses sera le coup de mort pour le succès de cette immense affaire. Et m'emprisonner au secret , ne pourra garantir personne de mes réclamations pressantes , puisque mon Mémoire est déjà dans les mains de quelques amis.

Epoques. V. iq

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