LETTRE XXXIV
En réponse à Vou^^rage qui à pour titre : sur li:s
ACTIONS DE LA COMPAGNIE DES EAUX DE PaRIS j PAR M. LE GOMTE DE MiRABEAU , UveC CettC
épigraphe :
Tauvres gens ! je les plains ; car on a pour les foux Plus dé pitié que de Courroux.
La Fontaine.
POUR LES ADMINISTRATEURS de la Compagnie des Eaux de Parisi
En recherchant quel est le but du véhément auteur auquel nous répondons, il semblerait que son projet est d'éclairer la commission créée par l'arrêt du conseil du 2 octobre dernier, pour régler les marchés à terme sur la valeur qu'on doit donner aux actions des eaux de Paris. Le nôtre à nous «era d'examiner froidement s'il est resté fidèle S'
cet objet, et si celle plume brillante, entièrement livrée à des joueurs connus pour avoir un grand inlérêt à la baisse de ces effets , n'eût pas écrit tout le contraire engagée dans l'autre parti.
O vous, pères de famille, pour qui l'auteur a l'air de s'attendrir, vous a-t-on fait accroire quelque chose ? A-l-on rien imprimé sur les actions des eaux qui pût en faire monter subilement le prix? Et ces mêmes joueurs, qui chargent du poids de leurs intérêts un homme aussi rempli de talent que de complaisance, n'ont-ils pas mis tout en usage pour avancer de quelques années le prix où l'on voit ces actions ? S'ils essayent aujourd'hui d'en provoquer la chute, c'est parce qu'ils ont des engagements connus d'en livrer beaucoup à bas prix dans un certain terme fixé. Que si nous assignons un tel but à l'ouvrage d'un homme distingué jusqu'à ce jour comme éloquent et courageux^ c'est que nous osons croire que de nobles motifs n'auraient jamais permis de décrier, dans un écrit public , un établissement national , fruit d'un courage infatigable, sanctionné du gouvernement, et qui , s'il n'est pas encore aussi lucratif aiux actionnaires qu'on peut le démontrer pour la suite, est au moins d'une utilité publique incontestable et reconnue.
En effet, l'entreprise des eaux de Paris a un caractère qui la dislingue de toutes les autres
spéculations : elle est établie sur un objet de consommation indispensable , et des siècles ne verront pas l'époque où ses produits cesseront de s'accroître.
Aussi ceux qui ont spéculé sur ces principes ont-ils pu porter les actions des eaux à toute la valeur où on les a vues, sans qu'on dût les accuser de folie , comme le l'ail M. de Mirabeau; et, si l'on osait se permettre avec lui d'adapter une épigraphe badine à une question aussi sérieuse, n'appliquerait-on pas bien à lui, à ses amis, ces autres vers de La Fontaine? ^
Maître Renard , peut-être on vous croirait ; IVfais , par malheur , vous n'avez point de queue.
Ici la ^wewe dont il s'agit , c'est quelques cents actions des eaux. Voyez comment l'écrivain fonde son généreux mépris pour elles ; ses conseils de n'en point acheter , sur la feinte persuasion qu'on veut engager de malheureux pèresde famille à se charger d'actions à 3,6oo livres, sans se rappeler que beaucoup de capitalistes , obligés par état d'en savoir au moins plus que lui, en^ont acquis un grand nombre à ce prix, et ne sont point du tout curieux de s'en défcu're. Ce souvenir n'eùt-il pas dû le mettre en garde contre les calculs de ces joueurs, sur lesquels nous allons prendre à notre tour la licence d'argumenter?
Oit sont y dilril, :/e5 comptes ^ les devis dressés par des experts instruits y par des hommes dé-
sintéi'essésP On a des aperçus : je les ai
en horreur. Nous, qui n'avons pas aulant que lui la grande horreur des û5ype/!Gw«,:i^ous répondons qu'il n'y a point d'entreprise qui n'ait été fondée sur des aperçus. Encore faut-il offrir un tableau des travaux qu'on projelLe et des fruits qu'on espère, pour obtenir les fonds qu'on a dessein d'y employer; qu'ainsi les aperçus ne sont ni la logique des sots y. niV oreiller de la paresse, ni le germe de la présomption ^ ni tant de phrases vagues et sonores, dont le sens indécis s'applique à tout et ne définit rien ; mais que nos aperçus sont ce que l'auteur appelle, en d'autres termes, des comptes et des devis, qu'on lui eut fait voir comme à nous, s'il était, comme nous , intéressé dans cette affaire.
Nous convenons, sans peine et sans détour ^ que les dépenses de l'entreprise se sont élevées audelà des premiers devis* MM. Perrier, d'accorxl avec la compagnie, et par des motifs dont ils ont rendu compte, ont cru devoir augmenter la prO^ portion de leurs machines ; et s'ils n'ont pu prévoir d'avance le prix qu'on exigerait du terrain , la dépense des épuisements , toujours exceptée des devis et marchés de constructions , enfin le prix des fers en Angleterre à l'époque de la guerre, et
celui du fret de ces fers , doit-on leur reproche]^ durement cette augmentation dans la mise, comme le fruit de leur inexpérience ^àe leurs mécomptes ^ de leurs fautes j et de leurs tâtonnements ?
D'ailleurs il n'est pas vrai que la compagnie ait dépensé quatre millions et demi : encore faut-il soustraire des sommes employées par elle à construire , la valeur de trois cents actions , qui a payé aux actionnaires les intérêts de leurs avances, jusqu'au 5i décembre lySS.
MM. Perrier ont pris l'engagement d'élever une quantité d'eau donnée , avec des machines à feu, qui ne consommeraient qu'une telle quantité de charbon : ils ont tenu rigoureusement parole sur ces deux objets capitaux , qui font la base de la spéculation.
Et si la compagnie a jugé le succès du premier établissement assez démontré , pour qu'elle se décidât à entreprendre ceux de l'autre bord de la rivière , comme elle a fomié elle-même les lois de son entreprise ; qu'elle en est législatrice et propriétaire, quel auteur de brochure pourrait lui contester le droit, en assemblée générale, de changer ou de modifier ces lois, selon l'exigence des cas, et comme elle le juge à propos?
Quittons la trace de l'auteur , laissons-le s'égarer seul et perdre de vue son objet ; car ce n'est plus sans doute aux commissaires du ici qui}
destine , en forme d'instruction ( pag. 6,7,8,9 et 10 ) , ses diatribes contre V erreur ^ V intrigue et la charlatanerie y qui y dit-il , ont succédé à la première opinion que les gens sages et les bons citoyens avaient conçue de l'affaire des eauxj et ses reproches d'agiolage à MM. Perrier, qu'il n'a l'air d'excuser que pour les montrer plus coupables ; et les reproches plus sévères qu'il adresse à la compagnie pour avoir modifié dans une assemblée générale ce qu'elle avait réglé dans une *atre ; et sa mercuriale un peu lesle aux administrateurs des Invalides et de l'École militaire , qui se prélent , dit-il , aux vues intéressées d'une compagnie d'agioteurs, pour lui payer trop cher la même eau , qu'ils obtiennent presque sans dé^ pense chez euxj et son calcul fautif sur la cherté des abonnements , la consommation des charbons; et ce doute odieux jeté sur la bonté des eaux par les machines à feu ; et ce soin obligeant de prémunir la ville contre les traités insidieux que peut lui proposer la compagnie des eaux; tout cela-5'adresse-l-il aux commissaires du roi ? Comttienl des marchés trop avantageux pour la compagnie , l'insalubrité de ses eaux , le surhaussemént de la vente, seraient-ils des considérations à présenter aux commissaires, pour obtenir la résiliation des engagements relatifs aux actions deâ eaux , ou pour en opérer la baisse ? En sup^
posant ces reproches fondés , ils seraient autant de motifs pour en soutenir le haut prix. On sait bien que les gens adroits qui livrent de mauvaise marchandise, avec le privilège de la vendre cher au public, ne font que des bonnes affaires. En pareil cas , ce qui détruit l'estime , augmente la sécurité : les usuriers font rarement banqueroute. On peut donc supposer , sans offenser l'auteur , qu'indépendamment du projet de faire lomber le prix des actions , pour servir ses amis les joueurs , d'autres motifs de haine contre cette entreprise ont dicté la plupart de ses observations.
Mais laissons là les aperçus y tant ceux de l'auteur que les nôtres. Donnons les calculs positifs de nos travaux et de nos espérances.
La cpmpagnie des eaux , qui ne force personne à s'abonner chez elle, a déjà posé quatre mille huit cent soixante toises de conduites principales en fer, et douze mille toises de conduites en bois; elle a fondé soixante-dix-huit bouches d'eau pour laver les rues , quinze tuyaux de secours gratuits pour les incendies, et six fontaines de distribution: tel est son véritable état relativement au pubhc.
L'eau coûte à celui qui s'abonne pour un muid d'eau par jour, 5o francs une fois payés, pour indemniser la compagnie de la pose du tuyau qui passe devant la maison du preneur; plus , 5o francs par aa , pour la valeur de l'eau. Il convieat d a-
joiiler sans doiile au prix de rabonnement, Imlérêt des 5o livres de la pose ; et comme la compagnie se fait payer l'année d'abonnement d'avance, il faut encore porter l'intérêt des5o francs annuels pendant six mois, ce qui compose en tout 55 liv. X 5 sous par muid. A l'égard de la dépense des réservoirs, et des tuyaux de distribution dans l'intérieur des maisons , elle varie suivant le local et la volonté des particuliers : plusieurs des abonnés n'ont dépensé que 5o francs; ils ont pris ua tonneau pour réservoir et l'ont placé près de la rue pour épargner la longueur du tuyau de plomb qui conduit l'eau cliez eux.
Lorsque la compagnie reçoit un abonnement d'un muid, indépendamment des 5o francs qu'elle touche pour la pose des tuyaux de bois , elle partage au bout de l'année , en défalquant les frais» annuels, un dividende de 53 livres 1 5 sous; elle acquiert donc 53 liv. i5 sous de rente, qui re^ présentent 1,075 liv. d-ans son actif Le produif; fl'une année s'ajoute à celui de la précédente , ainsi des autres pour la suite. Voilà le fonds de l'entreprise.
Mais quand toutes les maisons dç Paris seront fournies d'eau nécessaire, est-il déraisonnable de penser que , de nouveaux besoins croissant avec la facilité de les satisfaire, avec le temps, avec le, boa niaFché, Tusage des bains, deviendra plu5
fréquent ; .qu'on multipliera les lavages ; que les boulangers se lasseront de faire le pain à l'eai^ de puils, presque toujours empoisonnée par l'infiltration des latrines; qu'on sentira la différence extrême d'abreuver ses chevaux d'eau de rivière , à ces eaux crues, séléniteuses , qui les accablent de coliques et les font périr presque tous ; enfin , que l'eau deviendra pour les gens riches un objet d'aisance , de luxe et de plaisir , comme l'étendue des logements , le chauffage, les voitures; et que les particuliers qui d'abord ont souscrit pour une quantité d'eau bien stricte , en voudront bienlôt davantage ?
Lorsque, dans le siècle dernier, une compagnie exclusive s'étabht pour couler des glaces , chacun avait un petit miroir bien chétif et bien cher , dont alors on se contentait. L'entreprise fut eriliquée : en acquérant , dans l'origine , ses actions au prix de mille écus, prévoyait-on qu'un jour on les vendrait 5oo,ooo livres ? C'est leur valeur après cent ans. Et quoiqu'une gjace ne soit pas un objet de nécessité première , la facilité d'en avoir , l'accoutumance , le bas prix en ont multiplié l'usage à tel point , que les descendants du Pauvre fou qui prit alors dans cette affaire une action de 3,ooo francs , ont aujourd'hui, pour celle action, 20,000 liv. de rente effectives.
4u commencement de ce siècle , on crut qu'il
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serait agréable de se picoler lé nez avec une poudre ammoniacale plus inutile que des glaces, moins nécessaire que de l'eau. D'abord on rit de la poussière : son premier affermage exclusif ne rendit que 5oo,ooo livres; il rapporte 28; millions. De nous il en sera de même , et dans trente ans chacun rira des critiques de ce temps-ci , comme on rit aujourd'hui des critiques de ce temps-là. Quand elles étaient bien amëres, on les nommait des Philippiques, Peut-être un jour quelque mauvais plaisant coiffera-t-il celles-ci du joli nom de Mirabelles y venant du comte de Mirabeau , qui mirahiliafeciU
En demandant pardon de cette digression légère, nous revenons aux actions des eaux, et nous allons établir leurs produits, contre les principes de l'auteur.
Cet auteur n'approuve point que la compagnie donne de l'eau de Seine aux Invalides et à l'Ecole militairCjCn ce que ces maisons ont de l'eau que fournit un puits-, au moyen d'une machine à chevaux, plus quelques voitures à tonneaux qui vont chercher l'eau de rivière pour le service des cuisines. Mais l'auteur ne sait pas que l'administration des Invalides dépense annuellement pour ce service ingrat , la somme de io,o55 liv. \l\ sous 9 deniers, sans comprendre les frais de l'entretien de sa machine. La compagnie des eaux a cru se faire bon-
nenr , en offrant aux hommes respectables qui adminislrent cet hôtel, toute la quantité d'eau de rivière dont ils ont besoin , à un prix même au-dessous de ce que leur coûte Teau de puits.
C'est la même eau, dit-il ( note de la page 9 ). Pardon nez- no us , Monsieur , ce n'est point la même eau.
L'eau de la Seine que la machine à feu n'altère point en l'élevant , est légère , dissout le savon et cuit les légumes , ce que les eaux d'aucun puits de Paris ni des environs ne peuvent faire ; et cette considération , qui intéresse la santé des hommes, était seule assez forte pour déterminer de sages administrateurs à préférer l'eau de la compagnie , indépendamment de l'économie qu'ils y trouvent.
Mais on a dit à cet auteur, que l'aspiration de nos pompes fesait remonter contre le courant, les eaux dégorgées par le grand égoùt. Quoique ce ne soit qu'un ouï dire , on voit qu'il pèse avec plaisir sur cette objection ridicule, et la prolonge complaisamment dans une note d'une page. Mais quand il ne se permettrait pas de rapprocher de plus de cinquante toises le dégorgement de l'égoût, qui se fait à cent une toises au-dessous de notre acqueduc , l'allégation d'un tel mélange n'en serait pas moins une absurdité palpable qu'on rougirait de relever. Au surplus; la société rojalc
,de médecine a fait l'analyse comparative des eaux prises au milieu de la Seine , dans le bassin où puisent les machines , dans les réservoirs sur le haut de Chaillot , aux fontaines de distribution , et dans les réservoirs particuliers. Ce rapport imprimé peut être consulté, si l'on a quelques doutes sur la salubrité des eaux que fournit la compagnie : on va le mettre à la suite de cette réponse, pour la commodité du public.
Nous remarquerons , en passant , que M. de Mirabeau n'avait aucun besoin d'attaquer la qualité de l'eau des machines à feu , pour critiquer \me spéculation de finance ; et c'est une légèreté d'autant plus répréhensible , que si le ton tranchant de l'auteur en imposait assez au pubUc pour faire prendre confiance en sa brochure, il pourrait inquiéter sur l'usage d'un élément de première nécessité, dont partie de Paris fait déjà sa boisson.
Passons à des objections moins frivoles , aux alarmes que feint l'auteur, de voir l'administration de la ville obhgée de traiter avec la compagnie des eaux , pour remplir ses engagements.
La ville ne peut être contrainte de traiter avec la compagnie des eaux ; mais elle peut tirer un très - grand parti , pour son administration et four le service du public , de l'établissement des rnachines à feu. Ce moyen , quoi qu'en dise
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l'auteur, est le plus sûr et le plus étendu de tous. Elles s'établissent partout , se multiplient à volonlé. Le seul établissement de la ville qui puisse être nommé , est la pompe de Notre-Dame. En les comparant Tune à l'autre , il est prouvé que la machine à feu, de proporlion à donner une, quantité d'eau égale au produit de cette pompe, ne coûterait pas plus de chaufïiige et d'entretien que la seule réparation annuelle de cette ancienne machine ; que l'établissement en serait beaucoup moins dispendieux ; qu'elle aurait surtout l'avantage de ne point gêner la navigation , et de donner un produit d'eau constant. On sait que la pompe Notre-Dame cesse son mouvement dans les eaux basses et dans les gelées , et que la machine à feu de Chaillot n'a pas interrompu son service depuis son établissement , quoiqu'on ait vu des froids très-rigoureux , ou la Seine presque tarie.
A peine cette pompe de la ville élève- 1- elle soixante pouces d'eau , quand nos machines à feu en donnent quinze cents : et toutes les injures de l'auteur ne peuvent empêcher de voir que la ville et ses cessionnaires feraient une affaire ex-, cellente , en s'arrangeant avec la compagnie , pour qu'elle remplît tous ces engagements. Sans que personne mérite aucun reproche , unique-r m^ent par le peu d'effet de la pompe , et la chq^;
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tiveté de son produit , au lieu de fontaines publiques répandant l'eau et rafraîchissant Tair, on n'en trouve partout que ie simulacre immobile ; des mascarons bien altérés , bouche béante et qui ne versent rien. Loin d'offrir l'eau qu'on attend d'eux , leur vue dessèche le gosier. Rien ne rappelle mieux ce que raconie madame d'Aunoj, du roi d'Espagne Charles II , lequel voulant se promener avec la reine sur le fleuve Mançanarez, à Madrid , près du fameux pont de Tolède^ fesait arroser la rivière , de peur que ses mules de trait n'eussent, dit-elle, le pied brûlé. Dé même ici l'on est lénté d'arroser le socle des fontaines. Mais , qu'on donne à la compagnie des eaux ce devoir public à remplir , l'immensité de ^es machines et leur produit intarissable amèneront des torrents d'eau ; et les Français un jour se vanteront d'avoir vu couler leurs fontaines.
L'eau devenant ainsi très-abondante , aucun service ne manquera plus. Les particuhers gagneront l'entretien très-coûteux des tuyaux qui sont à leur charge , ainsi que la première dépense de tant de plomb qui forme le Irajet de la fontaine publique à leurs maisons. La ville sera débarrassée des réclamations éternelles de ceux qui payent son eau , sans en avoir ; et la compagnie aura peu de dépenses à faire , puisque , dans la distribution générale , ses tuyaux passent devant toutes ces maisons.
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Mais ce seraient des maisons de plus à fournir, et l'auleur , qui nous accuse déjà ( page ii ) de dissimuler dans nos comptes le nombre prodigieux des maisons de Paris , impossibles à servir^ trouverait dans cette fourniture un moyen d'aggraver son reproche.
Loin de^e dissimuler, le nombre prodigieux des maisons de Paris est précisément ce qui a donné lieu à l'établissement des eaux. Quelle difficulté trouverait-on à les servir , quand les conduites sont posées? Point de maison qui n'ait une cuisine , et point de cuisine où il n j ait la place d'une fontaine ; comme il ne faut, pour un abonnement d'un muid , qu'un réservoir de deux pieds carrés sur qualre de hauteur , contenant seize pieds cubes, ce petit emplacement peut se trouver partout. On ne connaît que quelques maisons de la rue Saint-Honoré et autres rues marchandes où les cuisines , situées dans les étages élevés , permettraient difficilement d'y conduire l'eau.» Mais la compagnie n a jamais compté que ces maisons, ni même les gens du peuple, prendraient des abonnements. Que lui importait qu'ils en prissent ! Na-t-elle pas desliné pour eux ses fontaines publiques? Pour ne pas s'abonner, consomment-ils moins d'eau? Les porteurs d'eau la leur fournissent , et ces derniers la payent aux fontaines ; ce qui revient au même pour la compagnie.
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Qu'élail-il besoin d'objecler qu'il faut beaucoup de tuyaux pour conduire Feau dans toutes le^ rues de Paris ? Cela n'est-il pas démontré ? On fera voir plus loin si l'on doit considérer cette dépense comme des frais en pure perte. Il faut sans doute aussi beaucoup de surveillance et d'ordre dans une entreprise comme cfeUe de désaltérer tout Paris ; mais quelles que soient les eaux qu'on y conduise , ne faut-il pas cette surveillance , cet ordre , cette quantité de tuyaux ^ et, par conséquent, cette dépense? Tout cela peut-il effrayer la tête d'un calculateur F C'est changer les moyens en obstacles, que de faire entrer l'ordre et la surveillance dans les objec* lions à former contre le succès d'une affaire.
Cependant l'ennemi des aperçus ^ qui sont la logique des sots ^ se hasarde d'en glisser un terrible , en faveur des joueurs à la baisse. Il suppose ( par aperçu) que, sur trente mille maisons > 'dont Paris , dit-il , est composé , vingt mille maisons prendront chacune un seul muid d'eau par jour, et qu'au moyen de cette fourniture, Paris se trouvera suffisamment baigné , désaltéré , lavé, etc.7 etc. , mais que la compagnie sera ruinée. Pour étayer cette assertion , prodig^jant le combustible autant qu'il économise l'eau , il fait généreusement dépenser ( page i5) à la compagnie , pour Tentretien d'un feu perpéluel
LÈÏTKËS. if
à ses trois établissements à machines , plus de cinquante mille écus en charbon par année, poui* ces vingt mille muids d'eau par jour. Le relevé de cette erreur disposera l'esprit de nos lecteurs à l'attention que nous leur demandons pour toutes les réfutations qui vont suivre.
Il est prouvé qu'une seule des ciachines de Chaillot élève, à cent dix pieds, près de soixante mille muids en vingt-quatre heures, et qu'à peine elle dépenserait par an cinquante-quatre mille francs en charbon , si elle Iravaillait sans cesse^ Donc, à vingt mille muids par journée, elle abreuverait seule Paris, en travaillant de trois jours l'un* Donc elle ne consommerait alors que le tiers du charbon ci-dessus, ou pour moins de vingt mille francs par an. Donc , si l'aperçu des vingt mille muids d'eau était juste, celui des cent cinquante mille francs de charbon serait faux. Donc la contradiction est partout manifeste. Donc enfin , sur le seul agent de nos pompes , et d'après les calculs de M. le comte de Mirabeau , la compagnie gagne déjà i56,ooo livres de rente.
Posons maintenant le cas très -probable où, forcés par l'étendue de nos fournitures de faire travailler sans cesse nos trois établissements à la fois, nous brûlerions, dans une année, pour i5o,ooo fr. de charbon. Alors , au lieu de vingt mille muids f^T jour, nous en élèverions plus de cent cin-
iB LETTRES,
quanle mille; lesquels, à 5o francs le muid, nous donneraient un revenu de 7,600,000 livres. Car, un des biens de celle afiPaire , est de n'user de combustible qu'en proportion de l'eau vendue ; et nous, administrateurs yb/i^/ew/*^ ( ainsi que l'écrivain nous nomme), avons Tort bien prouvé aux actionnaires que le fourneau le plus dispendieux dépense à peine , en combustible , x liv. 5 s. 4 d. pour élever la quantité d'eau que l'on nous paie 5o franco.
. Suivant partout le même procédé , nous/rendron$ à la compagnie les autres revenus que le dur auteur lui retranche , et qui sont si justement <lus à ses travaux et à son courage. Nous prions ici nos lecteurs de redoubler d'attention.
Par un relevé très-exact du nombre des maisons actuellement abonnées avec la compagnie , et de la quantité de muids d'eau qu'elles prennent enlre elles (ceci n'est point un aperçu), nous trouvons que chaque maison, mesure commune, A DÉJÀ pris , pour sa consommation , trois muids ET DEMI d'eau PAR JOUR. On uc comprcud point dans ce calcul plus de quarante millb voies x>'eau distribuées chaque jour aux fontaines de la compagnie , ce qu'elle fournit aux places de fiacres, l'eau consacrée aux arrosages, celle des bouches destinées aux lavages des rues, etc. , etc.
Observons en passant que le produit de cinq
fontaines, à quarante mille voies par jour, est <léjà bien loin du calcul insidieux des quati^vingt-sept fontaines de l'a u leur (page 25), nécessaires ^ dit-il, pour distribuer deux cent cinquante mille uoies par jour. Si cinq fontaines livrent déjà plus de quarante mille voies par jour, vingt-unesuffirontpour deux cent cinquante mille; et leur dépense , comme leur nombre, exag-érée à deux millions six cent mille livres , se trouvera réduite à moins de cinq cent mille francs. Tous les calculs, dans cet écrit, sont de celle justesse admirable.
. Supposant donc . avec Tau leur, que vingt mille maisons prissent de l'eau, ce qui s'écarte peu des probabilités, à trois miûds et demi par maison , ou soixante-dix mille muids par jour, cela ferait à la compagnie un revenu de trois millions CINQ. CEINT MILLE LIVRES. Cette évaluaiion n'est pas forcée; le relevé de tous nos abonnements vient d'en donner la preuve sans réplique. D'ailleurs, on sait que les maisons de Londres, quoiqu'infiniment plus petites , en usent beaucoup davantage : on y lave, il est vrai, les maisons; mais qui peut assurer qu'on ne les lavera pas à Paris , lorsqu'on y aura l'eau abondamment et à bas prix? Donc, trois millions cinq cent mille LIVRES DE hente. Et s'il cst juslc de confondre dans ce produit annuel celui des fontaines pu-
Jiliques, qui, dans ce cas, en fait partie, on doit en outre y ajouter celui des arrosages, des bouches d'eau pour le nettoiement des rues et des cgoûts; cependant nous les élaguons, vu la modicité des profits que la compagnie se propose en remplissant ces objets d'utilité publique : donc ,