TROIS MILLIONS CINQ CENT MILLE LIVRES DE RENTE
En comprenant le bénéfice qu'un tour de force peu digne d'éloge vient d'ajouter au prix de nos actions déposées au trésor de Sa Majesté, les fonds faits par la compagnie montent à six millions six cent quatre-vingt mille livres, sur lesquels un million est déjà destiné à faire l'avance des frais des conduites de bois; et l'on ne doit pas omettre ici Vd jonglerie d'un administrateur qui a porté , dans l'assemblée dernière , ces actions déposées au prix de trois mille six cent trente livres, en offrant de les prendre toutes. On sent bien qu un tel procédé n'a pu manquer de mettre en fureur les malheureux joueurs à la baisse, surtout quand ils ont vu {pour cette jonglerie) la compagnie décerner à M. de Sainte -James, son auteur, l'honneur de voir porter son nom à Tune des fontaines du peuple que nous poserons dans les Halles.
Suivons en un seul point les données de l'auteur , qui s'accordent à peu près avec celles de la
compagnie : nous comptons avec lui cent mille six cents toises de rue a garnir; mais trois mille loises au plus , dans quelques rues très-larg-es , exigeront qu'on pose des tuyaux en doubles lignes; et nous demandons pardon à l'auteur, si, l'abandonnant quelquefois dans ses calculs exagérés, nous n'augmentons la ligne simple de nos tuyaux que de trois mille et non de cent mille toises, comme il lui plaît de les porter, lui, l'ennemi des aperçus I ce qui nous fait en tout cent trois mille six cent loises de tuyaux , à 5o livres . 5, 1 08,000 ^
Ajoutons quarante mille toises d'embranchement de plomb , en prenant le dfemètre moyen de ces tuyaux à dix lignes, à raison de neuf livres quinze sous la toise, et vingt mille ajoutoirs 55o,ooo
^n tout. 5,658,000
Déduisant sur cette dépense les fonds déjà faits et destinés à cette partie 1,000,000
Il reste à trouver. ... ..... 2,668,000
Ajoutez à ceci les fonds faits par la compagnie. . 6,680,000
Total des fonds nécessaires. . . 9,558,ooo
Sans les motifs cruels qui ont dirigé la plume de l'auteur , lequel a pourtant sous les jeux nos^ prospectus y il aurait vu que la compagnie reçoit par chaque muid d'abonnement, outre le prix annuel de l'eau, comme nous l'avons dit plus haut , une somme de cinquante livres une fois payée , qui l'indemnise en partie des frais de la pose des tuyaux de bois qui passent devant la maison désabonnés. Soixante-dix mille muids, à 5o livres, font trois millions cinq cent mille livres. Ainsi la dépense des tuyaux de bois est presque entièrement couverte , et les fonds à faire par la com-^ pagnie se trouveront réduits, par ce remboursement successif, à 5,838,ooo livres.
Donc les six millions six cent ijuatre- vingt mille livres faits par la compagnie suffiront , et fort au-delà.
On a vu plus haut que les revenus de la compagnie seront un jour ^ de 5,5oo,oo<>^
Sur lesquels à déduire les frais de régie , évalués, dans le cas d'un succès complet, à. . . 62,700^
La consommation des charbons pour les trois machines à feu , quatrevingt-dix mille muids,
d'autre pari . . . 62,700^
à cause des pertes et
coulages io5,i2o
L entrelien et les réparations, danslesquels il faut comprendre le
renouvellement des tuyaux de bois , estimé à cinq pour cent de la
dépense 182,900
On observe que cette dépense n'a pas monté à deux pour cent jusqu'à présent, y compris Y inexpérience y les fautes et les mécomptes de MM. Perrier.
Nous porterons encore , pour l'entretien des bâtiments , des conduites de fer, etc., un pour cent du prix de leur construction; cette dépense est forcée. . . 58,38o
A déduire donc 409,100
Reste net en revenuv ^,090,900
A partager à quatre mille quatre cent quarantequatre actions , à cause de celles dues à MM. Perrier; celafiût pour chacune 696 liv. 8 sous^ den. Ce dividende porte la valeur de l'action à iSgoSL 1 1 s. 8 den. , et Ton ne peut trop répéter qu q^ ne fait pas entrer ici les établissements de tout# espèce qui peuvent se former par la facililé de se procurer de l'eau , comme les bains , les lavoirs, Jes arrosages , etc.
Il n'est pas étonnant que le nombre des abonnements ne soit pas bien considérable. Toutes les choses nouvelles , les modes exceptées, prennent difficilement en France : il semble même que les «entreprises qui ont pour but l'utilité publique , aient une marche moins rapide ; mais elle est en même temps et plus solide et plus constante. On a remarqué que la première année de l'établissement des conduites, il a été très-difficile de se procurer des abonnements: les premières maisons abonnées n'avaient la plupart souscrit que pour un an ; mais, malgré toutes les critiques que des gens aussi bien intentionnés que l'auteur de la brochure, se sont permis de répandre sur la qualité de nos eaux, toutes ces maisons , sans exception, ont continué leur engagement , et même ont demandé des augmentations d'eau. Actuellement que le public ^ sous les yeux beaucoup d'exemples qui donnent
la cerlilude d'un service exact, les souscripteurs viennent en foule.
La compagnie n'est donc plus dans le cas de hasarder aucune dépense , dans l'espoir incertain d'un produit; au contraire, elle a décidé l'an passé qu'il ne serait posé de conduite dans aucune rue, qu elle ne fût assurée d'avance d'un revenu de vingt pour cent au moins des frais de la conduite; celte marche depuis s'exécute à la rigueur.
Non qu'elle ait cru, comme nous l'avons dit, que les petits ménages s'abonneraient ( voyez les letlres-patentes accordées à MM. Perrier ) ; au coniraire, considérant que bien des pauvres gens ne peuvent et ne doivent pas payerla pclitequantité d'eau qu'ils consomment, elle a ordonné à ses fontainiers que loule personne qui se présenterait pour boire ou pour en emporter, ne la payât point : en effet , ne vendant à la plupart de ses dépôts que trois deniers la voie d'eau composée de deux seaux, quelle monnaie exigerait-ellequi représentât moins d'eau qu'elle n'en donne pour un liard?
Nous convenons que les calculs sur la quantité d'eau que doit consommer chaque habitant de Paris, sont sujets à beaucoup d'erreurs; mais il n'en est pas moins cerlain que les consommations de tout genre augmentent en proportion que les denrées abondent el sont à bon marché. lise
consomme moins de sel dans les pays de gabelle que dans les provinces franches» Avant les établisseinenis de la compagnie , Teaii valail dan» les sécheresses et les glaces, jusqu'à lo sous la voie dans beaucoup de fauxbourgs :ilest sûr que dao* ces moments l'indigent l'économisait; souvent le peu qu'il en avait se corrompait en la gardant l'été : de là les fièvres*, les maladies* Grâce à la compagnie des eaux, c'est un mal qui n'arrivera plus : tous auront de l'eau abondanle , bien saine, au plus bas prix possible; et notre seul charlatanisme , pour attirer grands et petits au piège de nos fournitures , sera de prouver aux gens^ riches que nous donnons pour 5o francs la même quantilé d'eau qu'ils payaient plus de lOô écus; aux pauvres , que nous vendons un liard ce qui coûtait deux et trois sous; et c'est ainsi que , prenant chacun par son propre intérêt, nous forcerons la main à tout le monde.
El si quelque écrivain passionné vient noua reprocher avec aigreur que nous sommes de mauvais citoyens, qui, par des gains peu délicats, coupons la bourse aux joueurs à la baisse , et la bretelle aux porteurs d'eau , nous rirons du premier reproche , et nous répondrons au second que, loin de nuire aux porteurs d'eau, l'élabhssement de nos fontaines rapprochées des divers quartiers, assurera la subsistance d'un grand nom-
bre de ces porteurs , bien plus marchands de temps qu'il* ne sont vendeurs d'eau , en leur offrant un puisenient aisé toujours voisin de leur service, et surtout exempt du danger qui les menace à la rivière.
Que si l'augmentation de nos abonnements en diminue le nombre par la suite , nous lui dirons qu'il n'est pas encore bien prouvé que vingt-cinq mille hommes vigoureux soient plus utiles avec deux seaux , qu'ils ne le seraient au labour ; nous lui dirons qu'il y avait dans le royaume quarantecinq mille tricoteuses, quand un mauvais citoyen, comme nous , fit les premiers bas au métier; qu'on ne peut former rien de grand ni d'avantageux au public, sans choquer un moment quelque intérêt particulier ; enfin nous lui dirons mais
plutôt nous ne dirons rien ; car il n'y a pas d'apparence que nous ayons deux fois à disputer sur une semblable matière.
On ne contestera pas les détails que M. de Mirabeau donne sur les établissemens de Londres ; on ne les connaît pas assez.
Mais, s'il fallait juger de ces aperçus étrangers par la fidélité de ceux que l'auteur avait sous les yeux , et qu'il a négligés , on serait peu tenté d'examiner ceux-ci. Cependant on peut observer :
1** Que la compagnie anglaise de la nouvelle
rivière fait des bénéfices considérables, parce qu'ayant acheté les intérêts de Midieton à bas prix, ce canal ne lui coûte pas plus que rétablissement de machines à feu , qui fournirait la même quantité d'eau. Nous donnerons la preuve de cette vérité par un calcul comparatif du projet de M. de Parcieux, avec celui des machines à feu.
2^ On a vu, par ce que nous avons dit, qu'il n'est pas nécessaire que la compagnie de Paris ait acheté à perte ses actions des eaux, pour faire les mêmes bénéfices que celle anglaise de la nouvelle rivière,
3** Que les frais ne peuvent pas être moins considérables à Londres qu'à Paris; on ne sait pas du moins sur quels fondements rauteur^ourrait en appuyer la différence , si ce n'est sur les tuyaux de métal , qui sont plus chers que ceux tde bois , employés seuls à Londres. A l'égard du charbon pour le chauffage des machines, l'administration des eaux de Paris prouve, comme nous l'avons dit, qu'elle dépense au plus 25 sous 4 deniers en combustibles , pour une quantité d'eau qu'elle vend 5o francs.
4® On ne sait quelle raison pourrait donner l'auteur, pour établir que l'usage de l'eau ne s'augmentera pas à Paris, comme il s'est étendu à Londres,
6° Que la compagnie anglaise de la nouvelle rivière a six autres compagnies en concurrence avec elle pour fournir la ville de Londres , et que la compagnie de Paris n'en a aucune , à moins que M. de Mirabeau ne veuille présenter la belle fontaine épuratoire du quai de FEcole comme une rivalité dangereuse. Les eaux qui appartiennent au gouvernement ne forment point de concurrence avec celle de la compagnie : la ville n'en peut point vendre a<iluellement , et la totalité de ses moyens réunis aux eaux du roi , ne forme pas la dixième partie de ce que la compagnie peut fournir avec le seul établissement de Chaillot.
6*^ Que Teau que la compagnie fournit est au moins égale en bonté à toutes celles qu'on peut se procurer dans la capitale j c'est de l'eau de Seine, en ^un mot , toujours limpide et jugée excellente par la Société royale de Médecine; et l'auteur de la brochure mérite un reproche trèsgrave , lorsqu'il insinue le contraire pour relever pompeusement les petits établissements des fontaines épuratoires , qui ne donnent aucun profit à leur compagnie , qui ne sont d'aucune utilité publique, et n'ont enfin d'autre avantage que d'éviter au porteur d'eau (moyennant de l'argent) le court chemin du quai à la rivière.
Pour décrier notre entreprise, l'auteur parle
3o LETTRES,
souvent du canal de l'Yvette, dont le projet a eu beaucoup de célébrité : nous allons le comparer à celui des machines à feu , avec la tranquille impartialité qui doit accompagner la discussion de tout objet qui intéresse le public.
Supposons qu'on. pourrait construire actuellement le canal de l'Yvette , malgré l'augmcntaliou des matériaux et des journées d'ouvriers , pour la somme de 7,826,209 livres , suivant les devis faits il y a quinze ans , par M. Perronet : ou plutôt ne supposons rien. Tout étant augmenté de plus d'un cinquième depuis les devis fails par M. Perronet, posons que ce canal, à sa valeur actuelle, coûterait au moins 10,000,000; et qu'il conduirait à Paris quatorze cents pouces d'eau dans les eaux basses : il est bien vrai qu'on estime le produit moyen de ce canal à deux mille pouces; mais s'il ne doit fournir que quatorze cents pouces dans les eaux basses, et le momeat des sécheresses étant celui où l'on consomme le plus d'eau, ce que produirait de plus ce canal, dans les autres saisons de l'année, devèent à peuprès inutile.
Voilà donc 10,000,000 dépensés , qui produisent quatorze cents pouces d'eau, amenés jusqu'à la rue de la Bourbe , près de l'Observatoire. Quant aux dépenses des conduites et celles que la compagnie. a faites ou doit faire pour dis-
LETTRES. 5x
tribuer l'eau dans Paris, nous ne les ferons point entrer dans nos calculs, puisqu'elles sont nécessaires à toutes les distributions deau, par quelques moyens qu'elle arrive.
Supposons maintenant qu'une compagniç entreprenne le grand ouvrage d'amener l'ivelle à Paris , comme l'Anglais Hugh Midleton a entrepris de conduire la rivière Neuve à Londres : son capital de 10,000,000 employé; lui coûtera en
intérêts annuels.. 5oO;QOO ^
Evaluons les frais d'entretien^ de nettoiement , de surveillance , d'un canal de dix-sept mille trois cent cinquante-deux toises de longueur, qu'il doit avoir, suivant les plans dressés par M. PerroneL; estce trop estimer ces frais que les
porter à 5o,ooo
Ce n'est pas tout : les dix millions seront entièrement dépensés avant que la compagnie soit à portée d'en retirer le moindre produit; et $i, comme le veut M. de Mirabeau, il ftuit trente ans pour établir les distributions dans tout Paris, il convient d'ajouter au capital de ce canal, le montant de ces intérêts; non pour trente ans, parce
3i LETTRÉS.
d'autre part 55o,ooo ^
qu'on suppose un produit graduel, mais pendant quinze ans seulement; ce qui fait sept millions cinq cent mille francs perdus, dont l'intérêt
perpétuel est de 075,000
Il convient d'ajouter encore l'intérêt des sommes employées à la construction du canal, pendant dix ans que peuvent durer ces travaux; mais ces dépenses étant successives, les dix millions ne seront déboursés que graduellement. Donc l'intérêt entier perdu pendant cinq ans , forme un capital de deux millions cinq cent mille livres, dont l'intérêt perpétuel est de 126,000
Total de la dépense annuelle pour quatorze cents pouces d'eau i,o5o,ooo
Voyons actuellement ce que coûtera la même quantité de pouces d'eau par les machines à feu.
Le pouce d'eau fournit soixante-douze muids par vingt-quatre heures; les quatorze cents pouces donnent cent mille huit cents muids par jour. Les deux machines qui existent à Chaillot donnent chacune cinquante mille muids dans ving*t-une à
Tingl-deux heures ; ce qui fait un peu plus que le canal de l'Yvette. Nous regarderons cependant le produit comme égal.
Les deux machines de Chaillot ont coûté la somme de 3i5,i23l 7* 2*^
Le terrain sur lequel sont construites ces machines est beaucoup plus grand qu'il ne faut : une partie est occupée par les ateliers de MM. Perrier, qui ne sont utiles à l'établissement qu'à cause des travaux dont ils sontchargés pour les distributions de l'eau -, malgré cela , nous le portons pour la somme qu'il a coûté a^g^i^g i3 5
Le bâtiment des machines , ainsi que les réservoirs . . , , 191,845 16 5
La conduite de fonte qui porte l'eau dçs machines aux réservoirs 207,854.
Total de l'établissement. . . 951,972 17
Dont l'intérêt est de. . . . 47?599
Entrelien et réparation à un pour cent , comme il a été dit
plus haut 9?5i9 12
d'autre part 67,118 12
Les mêmes in téréts des fonds avant la jouissance complète pendant trente ans , prenant le moyen terme de quinze ans , comme dessus . ..... . . . ^5,699
L'intérêt des sommes cidessus employées à la ' construction , perdu pendant le moyen terme de trois ans , à quarante-sept mille cinq cent quatre-vingt-dix-neuf liv. par an , fait cent quarante-deux mille sept cent quatre-vingtdix-sept livres, dont l'intérêt perpétuel comme dessus. ... 7,159
Huit hommes pour le service des machines. ' 6,46o
Consommation annuelle du charbon pour quatorze cents pcmcas d'eau 106,120
On voit d'après cela que les quatorze cents pouces d'eau de l'Yvette couleraient annuellement ini miUion cinquante mille livres ; et les mêmes quatorze cents pouces "d'eau fournis par lés ma-
chines à feu , deux cent onze mille cinq cents liv. en nombres ronds. C'est quatre cinquièmes de moins. Outre l'économie de ces quatre cinquièmes, que présentent les calculs en faveur des machines à feu , elles ont bien d'autres avantages.
1° On peut les établir partout, les multiplier à son gré , comme. npus l'avons dit; par conséquenl^ on n'est borné sur la quantité d'eau ^élever que par l'étendue des besoins du consommateur. Et comment comparer un moyen qui ne peut jamais fournir que quatorze cents pouces d'eau, avec celui qui, par les trois établissemenis, en donner fi de trois à quatre mille poi|Ge§;,?, La compagnie fournirait le^olump entier, delà Seine^ sije publiq offrait de le payer. ■', ■
2® Il y ,a de grands inconvénients à faire p.arli|d'un; , seul poii^t , et d'un seul niveau , toutes .1^^ eaux qui;doivent se répandf-e dans Paris, çonimi^j on serait obligé de le faire si fpp y fimenail le^ eaua^ de l'Yvette. Les conduites alors. doivent, avoir uil plus grand diamètrcv et ;&ont beaucoup plji,s,diSt pendie.uses. Si le niveau ^eq est trop élevé , iJt iexig<j une résistance plus grande dans, les conduites, ,% fe^;f9^^eJ>pis; si , ;au çonlraire, il ne Fes,li pa^ assez , il laisse des quarti^érs sans .eau.
Lesî^^^chines ^ feu pouvant s'élfiblir paiHout^ comme on l'a dit , chacune élève l'eau à la hiuUçMr néces^^re pour fournir les quartiers qiijeljg^oit
approvisionner ; et chacune a ses conduites proportionnées, par leur diamètre, à la quantité d'eau quelles doivent fournir, et, par leur épaisseur^ à l'effort qu'elles ont à soutenir.
5<* L'établissement des machines à feu employant pour son exécution un capital assez modique , offre peu de risques aux actionnaires; les autres dépenses, qui sont annuelles, sont toujours, à très-peu de chose près, dans la proportion des recettes. La machine de Chaillot a marché la première année six heures tous les quinze jours; la deuxième année, douze heures seulement pat' semaine, etc.; enfin les deux marcheront plus souvent et plus long-temps, à mesure que le débit de l'eau augmentera ; et la dépense du combustible suivra toujours celte progression. Le seul danger que la compagnie aurait couru , si elle eût été obligée d'abandonner l'entreprise , était donc une perle de 5 à 600,000 livres ; caries terrains, les tuyaux, les matériaux, ont toujours une valeur; et, sans l'aperçu d'un succès certain dès la première année de la distribution de l'eau , la compagnie n'aurait point placé le nombre des conduites qui exislent à présent. En exposant celte légère somme de 5 à 600,000 livres, elle a donc tenté une entreprise qui lui rapportera plus de trois millions de revenu.
Une compagnie qui entreprendrait d'amener
l'Yvelle à Paris, s'exposerait bien davantage : elle aurait à payer, pendant beaucoup d'apnées, des travaux considérables; et, après une attente bien longue , un capital immense dépensé , elle pourrait trouver de la répugnance dans le public pour les eaux de cette petite rivière , qui sont véritablement, et d'après les rapports des chimistes publiés par M. de Parcieux lui - même , moins bonnes que les eaux de la Seine, et chargées d'une vase très-fine tirée du propre fonds du terrain, dont il est impossible de les dégager entièrement par la filtration. Alors tous les fonds seraient perdus.
4® Les réparations d'une machine à feu sont peu de chose, si elle est soignée, comme cela ne manque jamais d'arriver à toute machine qui remplit un service journalier. La précaution peu dispendieuse d'avoir une machine de relais pour parer à tous les accidents, assure pour toujours un service exact et sans interruption. Peut-on raisonnablement espérer la même sûreté d'un aqueduc de dix-sept mille toises ? Si les réparations sont moins fréquentes, lorsqu'elles deviennent nécessaires, elles peuvent suspendre pendant plusieurs mois le service ; et qu'on imagine ce que deviendrait Paris, si, privé tout-à-coup de quatorze cents pouces d'eau , il fallait créer tons les porteurs d'eau nécessaires pour aller chercher à
la rivière toute Teau que le public consomme? Les gelées ne peuvent -elles pas, sinon arrêter totalement le cours de Faqueduc, au moins en diminuer considérablement le produit?
Entre ces établissements aussi nationaux l'un que l'autre, mise de fonds, capitaux, intérêts, risques, travaux, produits, entreliens, renouvel- *lemenls, qualité d'eau, tout est à l'avantage des machines à feu. Mais n'est-ce pas une dérision , que l'auteur nommersi'it jonglerie ^ de porter l'apparence des frayeurs, comme le fait M. de Mirabeau, jusqu'à paraître redouter que la consommation de nos machines ne fasse aug-menter le 'prix courant de charbon dans la France , qui en est une grande minière?
O divine éloquence ! est-ce là ton emploi ?
Et conçoit-on que, pour prouvij^ uniquement que des actions sont chères, on ait employé tant de verve à dénigrer la compagnie qui le^ possède ; -à garantir de ses prétendus pièges les diverses administrations qui pourraient traiter avec elle ; à -préférer un canal de sept heues et de dix millions, ^^i n'existe pas, à des réservoirs toujours pleins dans Paris, qui n'ont pas coûté le cinquième; enfin qu'on ait été jusqu'à gourmander le gouvernement d'en avoir permis l'entreprise?
O divine élocjuence ! est-ce là ion emploi ?
Nous avouons aussi que , malgré nos efforts , nous n'avons pas saisi (page 4i ) comment un faible dividende est une jonglerie manifeste j ni quel rapport existe entre des associés réglant leujc sort commun, et le propriétaire d^une maison non bâtie qui demanderait des lojers a son architecte.
Ce;qui étonne ilotre esprit dans cette comparaison subtile , c'est l'analogie que l'on trouve entre ce que la compagnie fait avec elle et sur ellemême , et les intérêts différents d'un propriétaire et de son architecte. La compagnie nous paraissant être à la compagnie ce que nul homme n'est à son architecte , identiquement , collectivement le même être, et n'ajant qu'un même intérêt, nous crpjons bonnement qu'elle a pu , d'elle à elle , s^ns jonglerie ni tromperie, changer l'intérêt de cinq pour cent qu'elle s'attribuait dans l'avenir sur ses dépenses consommées, en un dividende réel, moindre, il est vrai, que l'intérêt, mais analogue à ses profils naissants.
Elle a lellement pu, selon nous, former ce dividende , que si , ne voulant pas alors étendre ses travaux, auggttnter ses dépenses , elle se fût contentée du produit qu'elle en retirait , elle avait réellement un et demi pour cent dé ses fonds, de toute l'eau qu'elle distribuait ; c'est ce qu'elle a nommé et pu nommer un dividende : en quel sens.
4o LETTRES,
est-ce une jonglerie!* L'entente ici reste au diseur, qui mirabilia dixit.
Il nous rcsle un dernier reproche à faire à Fauteur de récrit ; mais c'est le plus grave de tous , celui qui montrera le mieux quel esprit a conduit sa plume, et combien on doitse défier de ce qu'il affirme le plus. En effet, croirait-on qu'ayant sous les yeux nos acles et farrét du conseil , il ait jugé nécessaire au couronnement de son attaque, de faire une injure gratuite au gouvernement, qui la dédaigne, et à MM. Perrier, qui s'en affligent, à ces deux citoyens utiles , aussi dignes d'éloges par leurs talents que par leur modestie ^ en fulminant contre le monopole exercé par eux sur les éléments y contre leur privilège exclusif de vendre de Veau a Paris F
Quand on le voit (page 58) , avec Fair indigné d'une si grande oppression , sonnerie tocsin contre la compagnie , et prononcer ces mots terribles : prolongera-t-on un privilège exclusif qui raidirait au peuple le bénéfice de la concurrence.'^..^.. Qu'on ne s'y trompe pas ^ il s'agit ici de l'eau ^ de cet aliment qui y avec V air ^st presque le seul bienfait que la nature ait voulu soustraire a la
tyrannie Le privilège de la compagnie des
eaux est proscrit par la nature même de son objet. Il n'est point de gouvernement sur la terre qui
puisse continuer long-temps le privilège lixcLtr-
SIF DE VENDRE DE l'eAU.
Quand on le voit tonner ainsi , s'altendrait-on à la réponse ? Elle sera comme lotîtes les autres, sans prétention , sans tard , aussi simple que vraie. Nous le disons donc nettement ^ puisqu'il le faut ^ et c'est ici le cas d'emplojer cette expression de Fauteur ( pag*. 6 ) qui , dit-il , a remonté plus haut qu'on ne pense y mais à qui personne n'avait imposé la loi de nous attaquer , comme il nous a imposé celle de nous défendre : Nous n'avons