‹ OEuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 4)Chapitre 18 sur 42 · DE L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

DE L'ÉDITEUR

j\l. DE Beaumjlrchais a composé peu de ces pièces qu'on nomme fugitives f il a fait peu de vers, peu de chansons ; rarement il les écrivait : il n'y mettait nulle prétention ^ et celles qui plaisaient le plus quand il les accompagnait de sa harpe j ont été perdues. Celles qui nous restent ont été conservées par la mémoire de ses amis : jamais nous n'avons pu le détermine*- à les écrire 5 l'occasion les fesait naître, et le peu de prétention qu'il y mettait les lui fesait oublier.

On n'a pu même retrouver le manuscrit et les couplets composés pour le Barbier de Séville , lorsque Beaumarchais le destinait à l'Opéra comique 5 je rCen ai retenu moi-même que ce couplet original , où Figaro contait par quel motif il préférait Vutile revenu du rasoir à l'honneur de composer une pièce de théâtre 5 car , disait-il ,

P'àbord il a fallu la faire;

Souvent ensuite la défaire ;

Au gré (les acteurs la refaire ; %t

Et n'obtenir pour tout salaire

Que les brouhahas du parterre ,

X^a critique du monde qntier,

I^'injure du folliculaire :

Ah ! le triste , le sot métier !

J'aime mieux être un bon barbier ,

Vu bon barbier, un bon barbier.

i5i AVERTISSEMENT.

Beaucoup d'autres couplets étaient plus originaux encore et plus gais. Je n'ai pu ni les retrouver ni me les rappeler.

Parmi les chansons qui suivront la petite pièce intitulée Gaitéj qui fut faite à Londres, et qui aurait été perdue comme tant d'autres, si elle n'avait pas été imprimée dans le journal de cette ville t/ie Morning Chronicle , on en trouvera deux qu'il n'a faites que pour ramener les idées du public sur sa grande affaire , et montrer que l'homme qui ne se laisse point abattre est supérieur aux événements, et que celui qui jouit à juste titre de sa propre estime obtient l'estime publique, et finit par se faire rendre la justice qu'on lui a long- temps refusée.

Une troisième est la douce vengeance qu'il prit d'un mandement ridicule, où, à propos d'œufs, on avait cité la Folle Journée ! Cette chanson , faite à l'instigation de ses amis, n'aurait pas dû sortir de sa société 5 mais sf s amis la chantèrent , les compilateurs d'anecdotes scandaleuses la recueillirent , l'imprimèrent, la défigurèrent, et nous obligent de la donner ici telle qu'elle a été faite.

La Galerie des Femmes n'est qu'une critique des égarements de quelques-unes , et non l'approbation de leurs folies , comme on affecta de le dire. Jamais Beaumarchais n'a fait une chanson dans le goût de celles que nous a données Collé , * et qu'on pardonne à la verve de cet auteur satirique et sans pudeur. Tels sont souvent les jugements du vulgaire : il condamne chez l'un ce qu'il approuve chez l'autre.

ATERTISSEMENT. i55

Collé s'était fait le chansonnier d'une cour licencieuse 5 on le prônait , on lui passait les pièces les plus obscènes ; tous les partisans des vices le protégeaient. Beaumarchais ne fut jamais le complaisant d'aucun prince, disait la vérité à tous, acquit Pamitiédu prince de Conti en le réprimant au sujet de quelques abus d'autorité commis à la chasse , et qu'il condamna comme présidant le tribunal de la Varenne : sévérité qui étonna d'abord ce prince, et qui plut à son cœur fier, mais franc et généreux.

Le dauphin , fils de Louis XV , dit un jour trop indiscrètement , que Beaumarchais était le seid qui lui dît la vérité. Ce mot fut l'origine secrète de toutes les calomnies qu'on répandit depuis contre lui. Dire la vérité à l'héritier même du trône , c'était déplaire aux courtisans 5 et depuis on ne lui pardonna rien.

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