‹ OEuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 4)Chapitre 28 sur 42 · COUPLET · texte numérisé non relu

COUPLET

Faut-il toujours d'un fade éloge Bercer le sexe en nos chansons ?

Tout n'est qu^un plat martyrologe De Tirciset de Céladons 5 Quittons de P^riette imbéoiHe Le jargon trop accrédité 5 Ramenons l'ancien vaudeville , Qui dit gaîinent la vérité.

Oser tout dire , oser tout faire , etc.

Traitons , sans méthode suivie , Quelque point joyeux et moral ; Toujours le même style emiuie y Eût-on la plume de Pascal.

Chantons les belles , leurs maximes , Galants forfaits , goûts délicats ; Et quant à leurs vertus sublimes j liisons beaucoup monsieur Thomas <

Je vois ce grand panégyriste Couvert de baisers et de fleurs ; Et moi j trop badin coloriste , L'éternel objet des rigueurs.

Qui le craindrait ne connaît guère Ce sexe et ses retours flatteurs 5 L'art de provoquer sa. colère Conduit souvent à ses faveurs.

Rose , timide , tendre et bonne , ^ Reçoit son amant dans ses bras : L'amant admire, et ma friponne Devient vaine de ses appas :

N'est-il donc qu'un bon juge au monde ? Dit-elle en trahissant l'Amour.

Rose fait si bien qu'à la ronde, Chaque homme l'admire à son tour.

Au sortir de l'Académie ,

Le cœur gonflé de sentiments ,

On maudirait sa douce amie

Au seul soupçon d'un autre amant j

N'est-il pas plaisant qu'on prétende

Etre aimé seul , et le dernier ,

Parce qu'une femme lest friande

Des premiers feux d'un écolier ?

Tant de larmes pour une belJ« ,

Jeune homme , est bien loin de nos moeurs :

Rose a changé , çhi».ugez comme elle 5

Elle est volage aimez ailleurs.

Nos darqes ne sont point cruelles 5 Une obligeante urbanité Tient lieu d'amour et fait che» elte Les honneurs de la chasteté.

D'un lien ôter l'importance j Jouir de tout, voilà leur mot 5 Aux yeux des femmes la constance Est preque l'affiche d'un sot 5 On vous courait, on tous évite , D'un autre on a les sens épris 5 Et qu'importe que l'on nous quitte !

Le grand objet c'est d'ôtre pris.

Dès qu'un jeune homme s'achalande , La coquette veut l'asservir 5 Pendant que la prude marchande , La galante court s'en saisir.

Au lieu d'un temple où l'Amour brille , Cythère aujourd'hui n'est qu'un bois Où sans pudeur on vole , on pille Comme aux finances de nos rois.

Ici la fermière opulente Défraye un galant de la cour ; Plus loin 5 la marquise indigente S'affuble d'un financier lourd.

La noble vend , la riche achète

O temps ! ô mœurs ! Amour n'est plus ! Toute femme adore en cachette Le dieu de Lampsaque ou Plutus.

DiSTiNGUOifS la fille ingénue De la femme au hardi maintien :

L'une a tout notre sexe en vue , L'autre ignore même le sien 5 L'une ne rougit pas encore , L'autre ne sait plus qu'on rougit j L'une nous peint la douce aurore , L'autre un jour ardent qui finit.

Un goût s'éteint , un autre perce , Pendant qu^iui troisième a son cours 5

Joignez les paiis de traverse

Voilà les femmes de abs jours.

J'en connais même une si tendre , Si délicate dans ses choix j Qu'elle fait scrupule de prendre Moins de quatre amants à la fois.

J'en sais une autre plus sensée , Qui ne s'effarouche de rien 5 Un soir une foule empressée Voulut déranger son maintien 5 Sans étonnement , sans surprise , Elle s'adresse au cercle entier :

Messieurs , sommes-nous dans l'égUse?

Me prend-on pour un bénitier ?

Les femmes sur leur contenance

Ont le plus absolu pouvoir ;

On porte au cercle une décence

Qu'on méprise dans le boudoir.

C'est là qu'on donne et prend le change

Sur l'amour et la volupté 5

Là tout plaît, pourvu qu'on s'y venge

Des ennuis de l'honnêteté..

Dans cet oubli de la nature , Au fprt de ses galants ébats , Si l'on voit rentrer la Wture De l'époux qu'on n'attendait pas ^ Eteignez vite 5 on range , on serre 5 L'une est morte y l'autre s'enfuit.

Ainsi l'on voit im commissaire Effrayer des tendrons la nuit.

Mais que les fêtes sont cruelles î Vieux époux , je plains votre sort Si vous y conduisez vos belles 5

Les confier c'est pis encor.

La poule alerte , aisée à vivre , Perce la foule en arrivant 5 Le coq usé , qui ne peut suivre , Gratte sa tête en l'attendant.

Aux cris que le vieux singe élève y On la lui rçnd tout comme elle est 5 Tout comme elle est il vous l'enlève Aux vœux ardents de vingt plumets , ÎPlus ravissante qu'Aphrodise , Traînant tout le bal après soi , Lui coiffé comme on peint Moyse Chargé des tables de la loi.

if

Voyez cette dévote altîère ,

Au teint pale j au front sourcilleux j

Déchirer la nature entière

D'un ton humblement orgueilleux 5

Bien est-il vrai que plus parfaite ,

Fuyant le monde et ses attraits j

EU© ne brûle , en sa retraite ,

Que pour Dieu seul...... et son laquais.

Du même désir animées

De tromper amants et maris y

Peux belles s'étaient tant aimées ,

Qu'on les citait dans tout Paris :

Un fat survient : elles s'abhorrent : *^

L'intérêt rompt ce qu'ail a joint. ^ TtroU

Ma foi, d^ux belles qui s'adorent , '^' '

Tout bien compté ne s'aiment point. '^"

Chez une duchesse en colère , L'autre soir un mauvais plaisant Disait d'une voix de faux frère :

L'auteur est un grand médisant :

Médisant , lui? c'est cent fois pire.

Pensez-vous qu'un tel chansonnier Se fût contenté de médire , S'il eût pu nous calomnier?

igS CHANSONS.

Point de belles que l'on n'acquière Ou par de l'or ou par des soins 5 La moindre ou la meilleure affaire Coûte toujours-, c'est plus, c'est moins :, Et quant aux mœurs, la différence Des filles aux femmes d'honneur , Est celle qu'on remarque en France JEntre l'artiste et l'amateur.

Oh ! si chacune osait écrire

Les bons tours qu'elle se permet ,

Quel plaisir on aurait à lire

Cet ouvrage utile et follet !

On y verrait du gai , du leste 5

Pour du sentiment , serviteur !

Car la femme la plus modeste [rî>b xo

N'est qu'un vrai page au fond du cœili?*

Vous changeriez bien de système , Me dit un Céladon diamant ,

Si je nommais celle que j'aime

Ah ! c'est une ame , un sentiment î C'est la vertu la plus auguste.......

Je reconnais son pavillon :

La friponne s'est peinte en buv'îte ;

Tu n'as vu que son médaillon.

Vous , jeune homme qvie je conseille ,, Gardez- vous bien de me citer 5 Ce que je vous dis à l'oreille Ne doit jamais se répéter.

Retenez ce bon mot d'un sage , Des mœurs il est le grand secret :

Toute femme vaut un hommage 5 Bien peu sont dignes d'un regret.

Pour égayer ma poésie , Au hasard j'assemble des traits ; J'en fais , peintre de fantaisie , Des tableaux^ jamais des portraits.

La femme d'esprit qui s'eiL;moque Sourit finement à l'auteur ^ Pour l'imprudente qui s'en, choque , Sa colère est son délateur.

Sexe charmant 5 si je décèle i

Votre cœur en proie au désir ,

Souvent à l'amour infidèle ,

Mais toujours fidèle au plaisir ,

D'un badinage , ô mes déesses ! yyiv'C

Ne cherchez point à vous venger :

Tel glose , hélas ! sur vos faiblesses , , iif«^»^

Qui brûle de les partager l ./i

3oa ' CHANSONS.

CHANSON naïve,

ojt CANTIQUE DO PONT-NEUF,

Sur le beau Mandement ou Von damnait ^ à propos d' œufs y Voltaire ^ le Mariage de Figaro, et l'opéra de Tarare , et les amusements des Dames ^ etc, ^ etc, ^ etc.

5iir l'air nia,is : A Pan^ il y a deux lieutenants Quels lieutenants !

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