‹ OEuvres complètes de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (volume 4)Chapitre 32 sur 42 · C A L P I GI · texte numérisé non relu

C A L P I GI

Dans son devoir : il sert avec simplicité

Le Ciel, les malheureux, sa patrie» et son maître.

De tels vers seraient applaudis au théâtre français, dans les plus nobles de nos tragédies. Aussi ai -je vu les comédiens proposer à l'auteur de

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donner cet ouvrage à leur ihéâtre , lui répondre du succès, lui dire qu'il n'avait nul besoin de musique pour réussir.

On trouve aussi dans cet opéra des vers énergiques et pleins de fierté.

Calme ta fureur, Altamore.

Ce sombre feu , quand il s'allume , Détruit les forces, nous consume :

Le guerrier en colère est mort.

Qu'elle soit juste ou non, je demande la mort.

Je ne puis mourir qu'une fois :

Quand je m'engageai sous tes lois , Atar, je te donnai ma vie :

Elle est toute entière à mon roi.

Au lieu de la perdre pour toi , C'est par toi qu'elle m'est rayie.

J'ai rempli mon sort ; suis ton choix : Je ne puis mourir qu'une fois.

Les littérateurs qui aiment l'antiquité, ceux qui se plaisent à connaître ce qu'on lui emprunte , remarqueront que les quatre vers que je vais citer sont tirés de Ménandre dans sa comédie du Bouêlier. '

Va , l'abus du pouvoir suprême

Finit toujours par l'ébranler.

Le méchant qui fait tout trembler

Est bien près de treiol>ler lui-même.

ET DE LEURS CRITIQUES. sgS

Ils remarqueront encore que ces vers de Ménandre furent traduits sur le théâtre de Rome par Laberius, chevalier romain, que César força de jouer la comédie; il affaibUt ainsi la pensée de Ménandre :

Necesse est enim multos timeat , quem multi liment.

Get ouvrage a donc beaucoup plus de beaux vers que la plupart de ceux qu'on a offerts au public depuis Quinauty qu'on peut appeler le Racine de ce théâtre.

Tarare est trop inégalement écrit : l'auteur le sentait aussi bien que ses critiques. Il fit même beaucoup de suppressions lorsqu'on le remit en 1790. Mais s'il eût voulu y faire tous les changements désirables^ il eût fallu que le musicien en refît la musique : cela était impossible , Salieri était retourné à Vienne.

L'opéra fut repris avec succès en 1790. Beaumarchais avait ajouté au couronnement de Tarare plusieurs morceaux qu'il croyait propres à calmer l'effervescence de ce temps , en ramenant à des idées saines ce peuple qui commençait à se laisser égarer par de funestes agitateurs. On a cru devoir supprimer dans cette édition tous ces vers faits pour la circonstance ; je ne rappellerai que ceux-ci, pour montrer son intention :

Mes amis , plaignons leur erreur !

Victime de quelque barbare , Quand ce bon peuple est en rumeur , C'est toujours quelqu'uii qui l'égaré.

, Les événements devinrent trop graves; les persécutions que Beaumarchais éprouva hrent trop vives , pour qu'il pût s'occuper de faire un nouvel opéra. Cependant il tenta de hasarder un nouveau drame en juin 1792.

La date n'est pas indifférente ; deux mois plus tard il lui eut été impossible de songer aux jeux du théâtre ; lui qui n'avait pas voulu qu'on jouât sa JUblle Journée pendant le cours d'une guerre désastreuse. Mais en 1792, il cherchait à détourner les esprits de leur penchant aux factions , en les ramenant au goût du spectacle. C'est avec les plaisirs du cœur ( dit-il dans un écrit qu'il publia) , et ceux de la nature et des beaux arts ^ que nous devons nous consoler des maux inséparables de notre état actuel : et il fit don des produits de sa pièce aux soldats qui combattaient pour la pairie.

H présenta au public , non une pièce gaie , uneFolle Journée j mais le tableau d'une famille égarée par un fourbe hypocrite , et recouvrant la paix intérieure par la bonté et la justice de son chef.

ET DE LEURS CRITIQUES. sqS

Cel ouvrag-e , d'un grand palhétiqiie , a élé critiqué sévèrement par les gens qui, ont en haine les pièces sérieuses et les drames ; on lui a cherclié des défauts jusque dans son titre, la Mère coupable.

Le titre est déiectueux sans doute : cette pièce devrait être intitulée le Tartufe de 3Iœursj litre heureux dont M. Cheron ( regretté à si juste titre par ses amis et par les gens de lettres ) s'est emparé depuis avec succès, en exposant une troisième Ibis l'hypocrisie sur le théâlre. Mais Beaumarchais voulait faire porter l'intérêt sur une femme délaissée , coupable par. l'abandon d'un mari trop volage, et devenue mère par son infidélité; il crut devoir indiquer celte faute par un titre qui prévînt le spectateur sur ce qu'il allait eniendre.

Lorsque je lui disais : c'est VEpouse et non la Mère coupable. — Cela est vrai , me répondaitil ; mais il faut qu'on sache qu'elle est mère , afin qu'on ne s'imagine pas qu'on va voir une femme galante.

Quand on connaît le théâtre, on sent combien il est difficile de traiter un tel sujet d'une manière pathétique , devant un parterre dédaigneux , toujours porté à rire des infidélités des femmes, et qui aujourd'hui afFecle une sévérité inconnue au temps de Molière : sévérité nuisible à ses plai^

sirs, morlelle à l'art du théâtre, pédantesque, et donnant au parterre, si je Tose dire, bien plutôt Tair d'une assemblée de tartufes de mœurs, que d^une réunion de gens d'esprit et de vrais connaisseurs.

Le goût doit proscrire la licence , je le sais ; mais il admet la gaîté, lès jeux de l'esprit, et la peinture des mœurs , sans laquelle on n'offre au public que de vaines caricatures, un dialogue sans sel et sans chaleur , et le sermon d'un froid moraliste , indigne du théâtre.

Beaumarchais triompha encore une fois de ces. difficultés ; car jamais il n'avait traité un sujet facile : la situation est si forte qu'elle entraîne , et l'intérêt est si touchant qu'il arrache des larmes de tous les yeux. On ne joue point ce drame qu'il ne s'élève des cris au quatrième acte ; on est obligé d'emporter des femmes qui se trouvent mal , et d'autres ne se garantissent de l'évanouissement qu'en respirant de l'éther.

Ce ne sont pas des femmes coupables qui éprouvent de telles émotions : celles qui le sont, ont contracté l'habitude de se contraindre , elles saventsurmonter les mouvemenlsde leur conscience; ce sont des femmes sensibles et vertueuses que la vivacité de leur imagination transporte dans la situation de cette scène terrible , et qui s'avouent qu'elles mourraient si un tel événement leur art

rivait jamais : leur innocence ne les met point en garde, et leur naïveté manifeste l'impression qu'elles reçoivent.

Eh ! quel époux infidèle . en voyant cette situation , ne sera pas prompt à s'accuser luimême des désordres de sa maison , et ne sera pas plus porté à l'indulgence pour des fautes qu'il aura lui-même occasionnées ?

Combien cette scène si terrible et si touchante peut-elle, en frappant l'imagination^ préserver de jeunes femmes de se livrer à l'erreur d'un moment , à l'instigation des séducteurs , dont la jeunesse et la beauté ne sont que trop assiégées! Avec quel art elle a été préparée î

Ce drame fut joué pour la première fois , le 6 juin 1792, par une nouvelle troupe qui venait d'ouvrir son théâtre au Marais. Les comédiens français , qui ne voulaient point que cette troupe réussît, formèrent contre la pièce une puissante cabale, et furent vivement secondés par les perturbateurs du repos public alors si nombreux , et par les envieux de la fortune ou des talents de l'auteur.

Malgré leurs efforts et le tapage de ce premier jour, la pièce s'acheva, fut accueillie le lendemain avec transport , et se soutint avec bon-

neiir , quoique jouée faiblemeiit par des acteurs peu accoutumés à créer des rôles et à supporter les rumeurs du parterre.

Mais en s'elTorcant de faire tomber l'ouvrage, les comédiens français en sentaient le mérite ; ils sollicitèrent vivenrient l'auteur, pour en obtenir la permission de jouer ce drame; et quand ils la lui eurent arrachée , ils la représentèrent avec un succès qui les étonna peut-être eux-mêmes.

L'auteur du Cours de Littérature s'est élevé plus fortement encore contre cette pièce , que contre les autres drsimes de Beaumarchais, Il lui reproche non seulement quelques fautes de style ; mais par haine pour le genre il y relève des défauts qui n'y sont pas. Il trouve, par exemple , de l'invraisemblance dans l'empressement de Begearss , à précipiter une explication qui doit brouiller à jamais le comte avec sa femme ; mais Begearss fait précisément le contraire , il veut retarder l'explication ; il dit positivement : ne risquons pas ce soir un dénouement si scabreux j il sera temps demain ^ quand J'aurai bien serré le doux lien sacramentel qui va les enchaîner a moi. Cette explication se fait donc malgré Begearss , et non par son empressement; elle arrive par celui cfu jeune Zeo/z^ qui ne se soucie point de partir pour ses caravanes.

Il n'est point \rm c^Jlmcwiva s'obsline pendant vingt ans à se priver d'un héritier , puisqu'il avait un fils aîné; puisque cet enfant n'a été tué que depuis deux ans dans un duel : c'est à la mort de ce riche héritier , que le Tartufe de prohilé ( comme l'appelle Fauteur dans sa Préface ) convoite les biens de cette famille, et se détermine à brouiller tous ceux qui la composent, en révélant aux enfanls le secret de leur père, afin d'envahir toute leur fortune.

Les autres critiques ne sont guère mieux fondées. Mais je me hâte de venir à la seule qui soit importante, à celle que La Harpe fait avec emphase , au nom de la vertu. Il reproche à l'auteur d'avoir mis sur la scène un homme vivant, un homme, dit-il , qu'il a vu agir. Il emploie tous les grands mots pour montrer combien cela est inique, et invoque l'autorité pour qu'elle s'oppose à un tel abus de la verve comique.

Mais , où l'auteur comique prendra-t-il ses tableaux, si ce n'est dans la nature, et s'il ne peint pas les hommes «yz^^/Z a vus agir F San^doute il ne doit nommer ni calomnier ceux qu'il peint; et je n'approuvai pas Beaumarchais d'avoir composé le nom de son Tartufe de probité avec les lettres qui forment celui de son persécuteur, de l'homme qui , sans le connaître , se montra le |)ius acharné à lui nuire et à le décrier ; quoique

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cet homme ait été déclaré calomniateur par les arrêts des tribunaux, et que ce fût bien la vengeance la plus légère qu'il pût prendre d'un aussi grand oulrage. Mais je crois que l'auteur était en droit de peindre les vices et les intrigues de quelques hommes vivants , soit qu'ils eussent ourdi leurs trames contre lui ou contre d'autres. Mais les méchants voudraient qu'on ne jouât que les sols qui sont leurs jouets et leurs victimes.

Croit -on que Molière n'avait pas vu agir l'homme dont il composa son Tartufe F Ignoret-on que pendant le procès de Fouquet y madame deSévigné, en i664, signalait sous le nom de Pierrot métamorphosé en Tartufe ^ le chancelier de France ? qu'elle donnait le même nom au conseiller P us sort ^ ce dur et savant criminaliste? Etaient-ce eux que Molière avait en vue ? Car sa pièce, qui ne fut représentée que plusieurs années après , était déjà composée et assez connue pour que madame de Sévigné employât ce nom à désigner ces grands hypocrites.

Molière fit bien pis encore ; il peignit et joua sous les traits d'un lâche, d'un avare usurpateur de dot, un abbé connu par sa probité, surtout par son désintéressement, et dont il n'avait point à se plaindre. Cet abbé ne lui avait pas suscité un procès, ne l'avait pas injurié dans un factum^ n'avait pas été déclaré calomniateur par arrêt du

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parlement. Cet ecclésiastique n'approuvant ni les sarcasmes des comédies de Molière ni les saillies des satires de Boileau, s'en plaignit en mauvais vers; et cela suffit à Molière pour le jouerions son propre nom, qu'il ne déguisa qu'en y ajoutant une syllabe pour le rendre ridicule ! Sur les plaintes de cet abbé, Molière changea le nom de Tricotin en celui de Trissotin y qui accroissait encore le ridicule au lieu de l'adoucir. C'est assurément une méchanceté plus repréhensible que celle d'une anagramme ignorée du public, et qui pouvait n'être que l'effet du hasard.

Molière joua aussi Ménage sous le nom de Vadius. Il avait si bien vu agir ces gens là , qu'il mit sur le théâtre une dispute qu'ils avaient eue dans un cercle ; et qu'il y fit réciter les propres vers àe' Cotin.

Molière fut accusé d'avoir pris les principaux traits du Misanthrope, dans le caractère du duc de Montausierj et l'on sait que loin de s'en formaliser, le duc répondit avec sagesse à ceux qui voulaient l'irriter contre l'auteur , qu'il s'estimerait heureux s'il avait pu servir de modèle, au caractère àiAlceste.

On sait que Molière avait désigné un seigneur de la cour dans ce vers ,

Est-ce par l'ongle lon§^ ^u'il porte au petit doigt ?

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et que Louis JT//^ indiqua lui-même à Molière un Fâcheux de plus à dépeindre dans le caractère du (7/i«55ewA C'était certainement un homme que le roi et le poète avaient vu agir.

Racine^ le doux Racine ne- joua-t-il pas la comtesse de Crissé^ sous le nom de la comtesse de Pimbêche^ Orhecliey dans sa comédie des Plaideurs, en^ mettant sur la scène la dispute que madame de Crissé avait eue chez Boileau le greffier? Et ne la désigna-t-il pas par des fails connus alors de tout le monde, puisque le parlement avait défendu à cette comtesse de plai«lcr sans l'avis de deux avocats? De peur même qu'on ne la reconnut pas assez à ces traits, Factrice qui jouait le rôle de la comtesse ^Orbeche^ affecta de se vêtir d'une robe couleur de rose sèche, et de se mettre un masque sur l'oreille, parure et vêtement particuliers de la comtesse de Crissé.

Personne alors ne se scandalisa : c'est qu'il n'j avait alors ni tartufe littéraire, ni tartufe de salon, ni tartufe de journaux. Ce vice, renfermé dans l'église, commençait seulement à pénétrer dans la robe; mais partout ailleurs on riait franchement de ce qui était risible : on n'exigeait pas ce qui est contradictoire ; on ne demandait point que le poète commique peignît des personnages vrais qui ne ressemblassent à personne : on ne prétendait pas qu'un auteur

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fit rire, eu ne rappelant jamais à la pensée ce qu'il y a de plus gai dans la nature humaine; en ne parlant jamais de ce que tout le monde sail, et de ce qui est la source de presque toutes les ac lions comiques.

Depuis Racine y n'a- 1- on pas vu l'auteur de Turcarety Le Sage, jouer sur la scène les fermiers généraux, avec des traits qui fesaient reconnaître ceux dont il avait le plus à se plaindre? car cette pièce était une vengeance.

Boissjj, jouer le juif Du Lys et mademoiselle Pelissier dans sa comédie du Triomphe de V intérêt ^

Brety ds^ns sa pièce de la Confiance trahie^ avait inséré une aventure arrivée à Bouret^ financier célèbre par son luxe.

Dorât osa désigner un des plus illustres maréchaux de France par ce vers :

Des séparations au bout de quarante ans.

Voltaire avait joué sous le nom Wasp (guêpe) la sottise de beaucoup de journalistes. La fatuité de Fréron lui fit prendre un mauvais parti ; il cria que 7^0 Ztoi/'e l'avait immolé sur le théâtre à la risée du parterre : il eût été plus sensé de ne s'y pas reconnaître; et de faire croire ^ par son

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silence, que JVasp n'était qu'un personnage de fantaisie.

Palissot^ en jouant, sous le nom des Philosophesy quelques hommes célèbres que le public honorait de ce nom respectable, se nuisit beaucoup à lui-même, et ne les priva ni de l'estime des Français ni de celle des étrangers.

Ces différents traits, sans doute, ne sont pas conformes à la charité chrétienne, à la rigidité des principes de la morale, à l'austérité de la philosophie. Mais parmi les licences acaordées aux auteurs comiques , on a toujours compté celles de représenter sur la scène les originaux et les ridicules qui blessent la société. Sans cette liberté, la comédie ne corrigerait pas les mœurs; le poète comique ne peut atteindre que celles de ses contemporains, puisque l'avenir et le passé ne lui appartiennent point.

Les ridicules des particuliers doivent être abandonnés à la scène comique , comme les passions forcenées des tyrans à la scène dramatique. Malheur à qui s'en scandalise au lieu de se corriger î C'est vouloir lapider le prédicateur qui veut nous convertir.

Les limites de la hcence et de la décence sont peu marquées et faciles à franchir; mais elles ne sont pas indiscernables. La liberté réside sur ces limiles; ewlre l'anarchie et le des-

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polisDie, Jeux espèces de harpies également avides de la dévorer, pour peu quelle s'en écarte.

La verve de Beaumarchais y toujours exposée à leur voracité, se jouait avec elles, et remplissait en riant tous les devoirs imposés à l'auteur comique.

Nous avons vu si le plus instruit et le plus habile de nos critiques a rempli les siens avec la même véracité et le même courage; s'il ne s'est pas oc<îupé à chercher les défauts plus qu'à nous instruire à bien faire; s'il ne s'est pas contredis ; ^'il n'a pas blâmé dans l'un ce qu'il approutait dans l'autre; s'il n'était pas prévenu, surtout depuis la révolution, contre toutes les idées fortes , contre les conceptions hardies , contre les innovations; s'il ne haïssait pas les -drames et la philosophie.

Naturellement timide, dl nous a fort bien appris à marcher dans les sentiers battus. Mais ceux qui voudront s'en ouvrir de nouveaux trouveront plus de lumière dans la poétique de Diderat et dans les préfaces de Beaumarchais^ que dans \q Cours de littérature.

D'ailleurs Beaumarchais était son contemporain; nul autetir, depuis /^o/to^re, n'avait eu autant de succès au théâtre ; aucune de ses pièces n'était tombée ; on a retenu très-peu de v^çrs de

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La Harpe y tandis qu'une mullilude d'expressions originales de Beaumarchais^ devenus proverbiales, sont encore dans toutes les bouches. Il y avait de quoi en êlre un peu jaloux.

La Harpe y en outre , avait besoin de rétablir sa fortune; chaque volume de son Cours Ultéraire lui rapportait beaucoup; il les multipliait. Cet ouvrage serait par fait si, comme celui de Quintilien^ il ne renfermait que des choses utiles. Et quoique beaucoup trop long, son Cours est pourtant un des meilleurs ouvrages de notre langue.

C'est par une véritable estime que j'ai relevé ce qui me paraît injuste ou erroné dans cet ouvrage. Je n'ai pas fait le même honneur aux autres critiques ,

Ils sont loin de valoir l'honneur d'être nommés.

La Mère coupable fut le dernier ouvrage dramatique de Beaumarchais.

Je ne parlerai point de ses autres écrits.

Ses Mémoires sont des œuvres défensives. Il les composa tous malgré lui. Son génie les rendit mémorables. Le mérite en fut moins contesté. On en pense généralement comme Voltaire,

Voici ce qu'il en mandait à M. d'Alembert : « De tous les ouvrages modernes dont on ré- » gale le public, le seul qui m'ait plu est le

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» quatrième Mémoire de Beaumarchais, Quel » homme'. Il réunit tout, la plaisanterie, le sé- « rieux, la raison, la gaîté, la force, le tou- » chant, tous les genres d'éloquence, et il n'en « recherche aucun, et il confond tous ses ad- » versaires, et il donne des leçons à ses juges. » Sa naïveté m'enchante. »

Je crois que tout lecteur impartial trouvera le même mélange de choses fortes et touchantes, de scènes gaies et sérieuses dans ses pièces de théâtre.

Jie crois, comme La Harpe ^ qu'il avait plus de talents encore pour la comédie que pour le drame; mais il avait un fonds de moralité qui le ramenait toujours à peindre des situations pathétiques; toutes ses pièces, même son opéra, sont des plaidoyers en faveur des femmes.

Il condamnait hautement l'injustice des hommes à leur égard; il ne pouvait souffrir qu'on se jouât de leur innocence, et qu'on les aoandonnât après les avoir trompées; ou qu'on les tyrannisât après les avoir épousées , et qu'on les délaissât bien garrottées dans des liens dont on s'affranchissait en employant leur dot à entretenir des maîtresses.

Voilà le point de moraUté qu'il a débattu dans toutes ses pièces, tantôt en fesant pleurer sur

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lear sort, tantôt en fesant rire de leurs oppresseurs.

Jamais il n'a fait ni satire , ni épigrammes ; jamais il n'intenta de procès à personne : il a gagné tous ceux qu'on lui a faits. Souvent accusé, il a toujours été justifié, sous tous les réjpmes, par toutes les autorités , même par les plus malveillantes : il n'en est aucune qui ne l'ait trouvé intègre dans toutes ses voies.

Maintenant qu'on a sous les yeux ses lettres et la collection entière de ses œuvres, je ne doute pas que les lecteurs ne le jugent aussi favorablement que tous les tribunaux qui ont examiné sa conduite, et que les amis qui ont élé témoins de toutes ses actions publiques ou privées.

Sa vie est dans ses Mémoires et dans ses Lettres; sa franchise , sa fierté s'y décèlent sans cesse ; on y voit qu'il était supérieur aux événements , et que les plus désastreux ne troublaient point sa sérénité. Elle ne fut altérée que quand il craignit pour sa famille ou pour sa patrie. Sa vie a élé singulièrement tourmentée; mais combien a-t-il éprouvé de dédommagements î combien de passions douces ont fait le cliarme de sa jeunesse î L'accueil des Mesdames de France, l'estime du Dauphitî leur frère, la confiance du vieux Duvernejy l'amitié paternelle du prince de

ET DE LEURS CRITIQUES. Sog

Conti^ le succès prodigieux de ses Mémoires, les témoignages éclatants de l'estime publique , celle des Anglais qui l'appelaient le seul homme libre qu'il j eût en France ^ lesremercîments que lui adressa le congrès des Etats-Unis, l'amitié du comte de Maurepas ^ les éloges du comte d'jE'^taing^ de M. de Vergeîines, de tous les ministres qui l'ont connu; et, ce qui est plus satisfesant pour le cœur, ce sont les épanchements de l'amitié qu'il a reçus, la constance de ses amis d'enfance qui le chériren^ jusqu'à sa mort, qui en conservent un souvenir attendrissant. Il eut des partisans aussi zélés que ses ennemis étaient ardents. Il fut aimé avec passion de ses maîtresses et de ses trois femmes; ses sœurs étaient fières de l'avoir pour frère , sa fille l'aimait avec enthousiasme , et n'en parle encore qu'avec un sentiment mêlé de tendresse et de vénération. Quels maux ne sont pas compensés par de telles jouissances? Enfin , la nature lui épargna les chagrins d'une longue destruction et les angoisses de l'agonie : il fut frappé d'apoplexie pendant son sommeil, et sortit de la vie comme il y était entré, sans s'en apercevoir.

J'observerai encore une fortuite remarquable. Il \dnt au monde le 2^ janvier ijSa, dans la

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même année et le même mois où l'ordre du roi fit fermer le cimetière de Saint -Médard; et il mourut la nuit du 17 au 18 mai 1799, dans Tannée où le pape fut amené prisonnier à Valence. Toutes les époques de sa vie furent ainsi marquées par des événements singuliers.

riN MU DERNIER VOLUME.

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