A LA REINE
ce Madame ,
» Votée majesté s'est si souvent attendrie aux pièy> ces de Racine, tant de rapports existent entre votre 3> AUGUSTE PERSONNE et Ics traits dont il a peint les 5) vertus des grandes âmes , qu'ils soirt un sûr garant w de l'attention qu'elle daignera faire à ce court r> exposé.
5) Il existe encore des descendants de ce génie su- 3î blinae. Une mèi'c , petite-lille de ce grand homme , » et son époux j entourés de ti'ois enfants j languissent Y) à l'abbaye de Maubuisson.
3> Dénoncer à votre majesté l'infortune fie te et •j) discrète, c'est présenter à son cœur l'occasion la
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r 3> plus précieuse j et peut-être la plus rare ^ celle de 5> s'applaudir d'un bienfait justement appliqué.
3i Deux lioninies rivaux de gloire, l'orgueil de leur 5> siècle et de leur nation , qu'ils ont illustrée , Cor- 3) neille et Racine, ont eu dans leur postérité un sort 5j commun.
5) Nous avons vu le génie qui les remplaçait , 5i M. de Voltaire , s'empresser de ranimer dans la 3J petite-fille du grand Corneille le précieux l'este de 3) sa cendre prête à s'éteindre. La bienfesance royale » ne fut point alors instruite à temps. Votke majests 3î ne régnait pas encore.
3> Qui oserait en ce moment enlever à son cœur X» des droits qu'il semble si jaloux d'exercer?
3î L'auguste épouse du bienfaiteur des Dassas sa » plaît aussi à deviner et à secourir l'infortune qu 3) se cache.
3> Si VOTEE 3ÎAJESTÉ vcut bien le permettre , et » désire d'être plus instruite sur les malheurs de cette 33 famille illustre et modeste, une société de gens de » lettres, admirateurs et disciples de ce grand homme, 3> remettra sous ses yeux un mémoire plus circons- » lancié,
33 Si la société dramatique est exaucée , Madanne, 3» alors l'Europe entière dira : Pendant que le roi 33 de France décerne une statue au grand Racine, 33 LA- KEiNE étend ses bienfaits sur sa famille in- 3) fortunée.
3) De votre majesté , etc. 3>
A l'époque où le Compte Rendu qu'on vient de lire fut communiqué j le 26 août 1780 ^ aux auteurs
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clramatiques , î'afï'aire qui les intéressait semblait encore loin d'être terminée. Mais l'activité de M. de Beanmai-cliais ne se ralentit point 5 il surmonta encore plusieurs difficultés 5 et deux mois après, le 9 décembre 1780 , le roi, par un nouvel arrêt du conseil , reconnut la justice des demandes que lésaient les auteurs , approuva l'accord qu'ils avaient conclu à l'amiuLle avec les comédiens le n mars, et signé par eux , par leurs avocats , par les ducs de Richelieu et de Duras, gentilshommes de la chambre^ et par les quatre commissaires et représentants des auteurs dramatiques.
Le roi accorda d'abord, par cet arrêt du conseil, tout ce que les auteurs désiraient, et les favorisa encore en portant leur droit de rétribution sur la recette de la comédie , au septième effectif, au lien du neuvième qu'ils réclamaient.
Il fut spécifié, par les articles 11 et 13 de cet arrêt du conseil, que ce septième du aux auteurs serait prélevé non seulement sur la recette de la porte, mais aussi sur les loges louées journellement, sur les petites loges louées à l'année , évaluées selon le prix de leurs baux 5 sur les abonnements à vie 5 enfin , sur toutes les parties quelconques de la recette entière du spectacle , dans quelque forme et sous quelque dénomination qu'elle se fasse ou puisse se faire à l'avenir.
Il fut même fait, article 12, très-expresses inhibitions et défenses, tant aux auteurs qu'aux comédiens , de traitei- des pièces à forfait.
A-insi M. de Beaumarchais eut encore une fois raison, et fut encore une fois justifié de toutes les fictions que les comédiens et leur conseil avaient
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iinasinées pour semer la zizanie entre lui et les autres auteurs , et pour le brouiller avec les gentilshommes de la chambre.
Dans toute cette affaire de comédie, où de graves avocats avaient offert de si beaux modèles à la verve dramatique , M. de Beaumarchais n'avait travaillé que pour le bien général de ses confrères et pour celui des infortunés auxquels il abandonnait le produit de ses ouvrages : il restait étranger à tous les bénéfices du théâtre.
Il fit encore pour l'intérêt des gens de lettres un autre travail qui , ne lui étant point demandé par CQiix dont il était le représentant, n'en était que plus généreux et plus méritoire.
Sa comédie du Mariage de Figaro ayant eu un succès inouï, il eut soin de ne la point faire imprimer. Les directeurs des troupes de province, impatients , comme il l'avait prévu , de jouer une pièce si bien accueillie dans la capitale , et qu'ils ne pouvaient acheter des libraires, lui en demandèrent le mairuscrit. Il ne consentit à lem- en eirvoyer des copies qu'en les soumettant, par des actes notariés , .^aycr à tous les auteurs vivairts, dont ils joueraieirt ii l'avenir les ouvrages, la même rétribution que les comédiens de Paris, c'est-à-dire, le septième du bénéfice de chaque représentation, les frais prélevés ; et, pour les obliger plus efficacement , il laissa aux pauvres des villes où ses ouvrages seraient représentés ^ i<t léger profit qui lui en serait revenu.
Les directeurs s'y engagèrent , et ne payèrent pas. On verra le détail de ces manœuvres dans la pétrlion
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que M. de Beaninaichais lut an comité d'institution publique, le 20 déceaibre 1791.
Déjà les différents théâtres qui s'étaient hâtés de s'ouvrir àParis, d'après le décret de l'assemblée qui perînettait à chacun d'en élever à ses risques et périls , avaient traité avec les auteurs aux mêmes conditions.
Mais bientôt la comédie française, l'aînée de tous ces théâtres , revint contre Tarrêt du conseil de lySo. Ce fut le sujet d'un nouveau rapport de M. de Beaumarchais. Les auteurs , désirant toujours de bien traiter cette première de toutes les troupes , consentirent à lui accoider un sort plus favorable qu'aux autres , quoique cela ne fût pas rigoureusement juste. Mais l'amour de la paix , le désir de voir prospérer cet antique théâtre, d'être joués par ceux qui étaient encore les meilleurs comédieiîs , les firent consentir à un nouveau sacniice, comme on le verra dans le rapport que fit M. de Beaumarchais, en 1791? aux auteurs dramatiques.
Le temps , la liberté, l'émulation auraient pei'fectionné l'art théâtral 5 la trop grande multiplicité des théâtres se fût dissince d'elle-même ; il n'en fût resté que le nombi-e nécessaire à une grande ville , et ils seraient devenus dignes de rej)résonter les chefsd'œuvi'e de nos grands maîtres, soit dans la tragédie ou dans la comédie.
Mais les comédiens français , dont le sort était le plus avantageux et la réputation le mieux établie , eurent l'art d'attirer à leur troupe tous les acteurs qui montraient quelques talents sur les autres théâtres. Elle aima mieux doublei- le nombi-e de ses ac-
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tenrs, ave d'avoir à coiiibattre d'émulation avec ceux qu'elle voyait prêts à rivaliser avec elle.
C'était en quelque façon détriurej à l'instar des Anglais , les manufactures pour accaparer les acheteurs. Cette politique élait très-bonne pour étouffer les talentSj pour s'enrichir avec moins de travail, mais non pour perfectionner l'art de la déclamation. Les grands acteurs, qui jouaient dans l'aucien temps trois fois par semaine, et souvent quatre, parurent moins sur la scène : les chefs-d'œuvre des grands maîtres , pour lesquels ils se réservèrent, furent offerts plus rarement au public : un plus grand nombre de pièces du second ordre leur fiirent substituées.
Les autres théâtres ne se perfectionnèrent pas : on n'eut que les inconvénients d'une chose bonne en ellemême, mais étoutfée sous les obstacles.
Cependant, malgré la vicissitude de tant d'événements contradictoires , il en résulta quelque bien pour les auteurs dramatiques, et même pour les musiciens. Ils reçurent un peu plus des comédiens de la capitale: ceux des provinces furent obligés de leur payer le prix de leurs ouvrages.
Leur sort amélioré, ne le fut pas assez pour leur permettre de se livrer à la dissipation et pour les mettre en état de vivre du revenu d'un seul ouvrage j mais il fut tel qu'un homme épris de son art , et continuant à travailler avec succès , pouvait subsister avec moins de difficulté du fruit de son travail.
C'est à M. de Beaumarchais seul que les auteurs et les musiciens furent redevables de cet avantage. On connaîtra par ses lettres qu'il contribua aussi à faire cesser l'usage barbare de tenir debout les spec-
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tateurs du parterre, et qu'il plaida pour leur procurer la commodité d'être assis.
Les comédiens ont reçu de lui des pièces très-toucliautes, et d'autres très-comiques, qui leur vaudront loii2;-temps de riches recettes.
Ainsi , autenrs j musiciens, acteurs et spectateurs , tous lui ont des obli^iations. Comment donc ne fut-il payé de tant de travaux utiles que par des flots d'injures? ou plutôt comment n'en aurait-on pas dit du mal? Depuis Socraie Jusqu'à Voltaire, n'est-ce pas le sort de totit particulier qui sert le public sans antre autorité que son génie? Il faut à l'envie un grand laps de temps pour qu'elle pardonne à un homme d'avoir fait tant de bien.