‹ OEuvres complètes de Pierre Augustin Caron de BeaumarchaisChapitre 12 sur 34 · KEPRESENT.VNT ICI TOUT LE CORPS DE L ADMINISTRATION · texte numérisé non relu

KEPRESENT.VNT ICI TOUT LE CORPS DE L ADMINISTRATION

ou'iL ENGAGE AVEC LUI , cfautre part.

» Lesquels ontdil et reconnu qu'il est rig'oureusement juste que les directeurs ries troupes de province ^ dont la fortune est fondée sur le soin de rappeler le public à leur spectacle par l'attrait des nouveautés sorties de la capitale, en partagent le produit avec les auteurs dans une proportion équitable, ainsi qu'il est reconnu juste à Paris que les auteurs prennent part à la recette de leurs ouvrages sur le théâtre primitif. La pièce d'un homme do lettres étant une propriété honorable et justement assimilée au produit d'une terre à lai, tons les comédiens qui la jouent sont, à son égard, comme le négociant des villes, qui ne vend au public les fruits de la culture qu'après les avoir achetés des plus nobles propriétaires, lesquels ne rougissent point d'en recevoir le prix; et de même que le g-ain des négociants sur les denrées serait un vol, s'ils cherchaient à s'en emparer sans rien rendre aux cultivateurs, il serait injuste que les directions de pi'ovince s'enrichissent a\ec les pièces des auteurs vivanis, .sans leur offrir une juste part du prolit avoué qu'ils eu ti icnt.

V Ces prinripes reconnus par les parties èsdiis noms ,

fissent représenter en me payant mes honoraires, m'a élé de nouveau volée , et que c'est i\ ce tilre seul qu'elle est jouée partout en France. Tels sont les droits des directeurs sur le Mariage de Figaro.

Il n'en est pas moins vrai aussi que j'ai réclamé

ET POSÉS COMME BASE du présent acte, elles sont convenues et ont arrêté ce qui suit :

^ Article premier.

» Que tout auteur dramatique , dont la pièce nouvelle , jouée à Paris , sera demandée par les directeurs ou actionnaires du spectacle de Marseille , enverra son manuscrit , avec les rôles copiés , aux directeurs , si la pièce n'est pas imprimée lors de la demande ; ou, si elle est IMPRIMEE , un des premiers exemplaires de l'ouvrage , afin que ces actionnaires ou directeurs fassent jouir au plus tôt le public de leur ville du spectacle nouveau dont

la capitale s'amuse.

» Que les directeurs ou actionnaires du théâtre de Marseille se rendent garants envers l'auteur, et sous tous les dommages de droit, de la non impression dudit manuscrit et de la préservation fidèle de toute entreprise à

cet égard.

» Que les directeurs ou actionnaires dudit tliéàlre se soumettent à payer à l'auteur, ou à son fondé de pouvoirs à Marseille , le septième net de la recelte brute qui se fera à la porte du spectacle toutes les fois qu'on jouera

liantemon! ronlre nn abus si manifeste , tant pour les ailleurs que pour moi. On ne peut donc point in'opposer e (.léraut de réclamation , et s'en iaire nn litre aujomd'hai pour continuer à nous dépouiller tous.

Mais à quoi pouvaient nous servir ces récla-

sa pièce; ou la recelte brute entière d'une représentation sur sept, au choix de l'auteur, sur quoi il aura soin de s'expliquer lorsqu'on devra jouer sa pièce. El dans le cas de son choix d'une représentation sur sept, les actionnaires et dii'ecleurs s'engagent à mettre ce jour-là sur l'alliche : Que celle représenlalion est entièrement consacrée A REMPLIR LES DROITS DE l'auteur ; u'exccplanl dc cc qu'ou nomme ici recelle brute que les seuls abonnements à l'année, lesquels, après un mûr e\;inien de leur état actuel, et pour éviter de plus longs calculs, nous paraissent devoir rester en entier aux directeux"S , en compensation des Irais journaliers du spectacle.

>■> Que si pendant le premier succès d'un nouvel ouvrage à Paris les directeurs ou actionnaires avaient négligé de demander à l'auteur le manuscrit , ou si quelque obstacle , des raisons de convenance ou d'intérêt avaient empêché l'auteur de le leur euvoyer avant l'impression de sa pièce, ce retard ne donnerait aucun droit auxdils actionnaires et directeurs de faire représenter l'ouvrage sur leur tliéàtre , iMPUiMÉ ou NON, et daus aucun l(Mnps de la vie de l'auteur, sans se soumetuc à toutes les conditions du

mations personnelles contre les cîirecleurs de troupes , quand le gouvernement lui - même ne pouvait s'en faire obéir? Témoin l' Honnête criminel ^ dont la cour défendit hi représentation , et qui fut joué dans toutes les provinces, quoique le ministre la Vvillierc eut ordonné expressément

présent acte : l'opinion qu'ils ont du bénéfice que doit leur rapporter la pièce étant toujours présumée pai' l'adoption qu'ils en auraient faite , en quelque temps qu'ils la fissent représenter; et celle adoption étant un titre suffisant pour faire entrer les auteurs dans les droits stipulés ci-dessus à leur égard toutes les fois qu'on jouera la pièce.

» MM. les auteurs dramatiques sont d'accord et conviennent que les mêmes conditions auront lieu à leur égard pour toutes les nouveautés de leur porte-feuille , qui n'auraient pas été jouées à Paris, dont les directeurs €t actionnaires de Marseille, désirant la primeur, seraient d'accord sur ce point avec les auteurs de l'ouvrage désiré.

» C'est ainsi que le tout a été convenu et arrêté entre les parties, èsdits noms et qualités, qui, pour l'ersécution des présentes, font élection de domicile en leurs demeures susdites.

« Fait et passé à Paris, l'an 1784, le 25 juin. Et le 21 septembre 179», expédition de l'acle ci-dessus, passé chez M. Moraet , notaire , a été délivrée par M. Dufouleur , son successeur , eic. , elc. a

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à nosseigneurs les intendants de s'opposer aux

représentations.

Qii'arriva-l-il de tout cela? Que le gouvernement ne fut obéi nulle part; que l'auteur fut volé partout, el que les directeurs s'enrichirent , en se moquant impunément des lois, du propriétaire et du ministre : ce qu'on voit encore aujourd'hui ; car , malgré la constitution et deux décrets consécutifs qui assurent nos propriétés , nos droits et nos réclamations sont nuls : c'est la cause que nous plaidons.

Dans ce même temps, à-peu-près, Messieurs les directeurs de Lyon , forcés par les citoyens de leur ville de contribuer aux charités publiques, pour son noble établissement en faveur des mères qui nourrissent y et dont j'avais été le très-heureux instigateur en en donnant partout l'idée , et envoyant , en diverses fois , mille pistoles ,, pour les joindre aux aumônes des généreux citoyens de Lyon : les directeurs de cette ville me demandèrent si je voulais qu'on jouât au profit des pauvres mères le Mariage de Figaro y qui n'était encore imprimé ni par moi, ni par ceux qui mêle dérobèrent aux représentations. Oui, vépondis-je^ à condition qu'après la séance des pauvres, vous ne jouerez jamais cette pièce, ni d'autres , qu'en payant aux auteurs vivants la rétribution de Paris , suivant un acte notarié

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pareil à celui de Marseille; et moi, pour vous y engag'er, je donne aux pauvres mères ce qui m'apparlient comme auteur.

Qu'ont fait les directeurs de Ljon ? Ne voulant point accepter celle condition , à laquelle les mères ou leurs vertueux protecteurs auraient donné une exécution rigoureuse, ils. ont joué une autre pièce au profit des mères qui nourrissent j et pour se bien veng-er sur moi de ce sacrifice forcé, ils m'ont volé la pièce de Figaro , et l'ont jouée depuis ce temps-là sans rien payer ni à l'auteur , ni aux pauvres mères qui allaitent. A ce récit des faits des directeurs de Ljon , j'ajouterai , Messieurs , que depuis les décrets qui nous assurent enfin la propriété de nos pièces, je me suis plaint au sieur Flachat , qui , de procureur du spectacle, a si bien fait, par ses journées , qu'il en est devenu premier propriétaire, et le sig-nalaire des injures que tous„|es directeurs nous disent. Je me plaignais à lui de ce que l'on continuait à y jouer, sans une permission de moi, le Mariage de Figaro j il m'a donné celte réponse , dont la citation curieuse est ici à l'ordre du jour.

Nous jouons VOTRE Mariage , parce qu'il noua

fournit d' excellentes recettes j et nous le jouerons

nialgré vous , malgré tous les décrets du inonde :

je ne conseille jnêmc à personne de vcnirnous en

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empêcher, il j passerait jnal son temps. Nous voilà menacés du peuple !

Ce principe adopté par lous les directeurs de troupe, les évasions des tribunaux , les dénis même de juslice , m'ont un jour arraché cette réllexion très-sévère : quel mérite secret a donc la comédie partout pour se soustraire ainsi aux lois ? Est-elle donc maîtresse universelle de ceux dont elle est la servante ? Est-ce la Seiva Padroiia du royaume? Les parlements, les nobles ont cédé; le clergé, tous les g-rands abus se sont anéantis à la voix du législateur : la comédie seule a trouvé d'injustes appuis de ses torts dans le peuple et les tribunaux , dans les rues et dans les ruelles ! Mais les auteurs ont la confiance que l'assemblée nationale à la fin en fera raison.

Ne se confiant pas trop aux principes dont ils se servent, les direoCiEurs de troupes veulent vous appitover , Messieuf^, Sur leur ruine, qu'ils disent certaine , si ces Jils ae Mcrciwe et de la nymphe Echo sont forcés de donner aux enfants d'Apollon , qui seuls font les pièces qu'ils jouent, une part modérée dans le produit de leurs ouvrages, après avoir levé les frais. J'ai bien prouvé , par la comparaison des marchands débitants d'étoffes , qui payent tous leurs fabriquants sans venir devant vous , Messieurs, débiter la haute sottise qu'ils sont

ruinés par ces paiemenls ( car qui voudrait les écouler ? ) ; j'ai bien prouvé que la comédie seule au monde ose déraisonner ainsi, pour intéresser l'auditoire par la voix de ses directeurs.

Je disais un jour à l'un d'eux : Mais si les temps sont si fâcheux que vous ne puissiez pas payer les ouvrages à leurs auteurs ( sans lesquels cependant il n'y aurait point de spectacle ) , comment donc pouvez-vous payer vos acteurs , vos décorateurs, les peintres , musiciens, cordonniers, chandeliers et perruquiers de vos théâtres ; car aucun d'eux n'est aussi nécessaire aux succès où vous prétendez^ que la pièce jouée qui les met tous en œuvre? Oh! mais , dit-il, ils Jiousj forceraient! Cette réponse si naïve me paraît juger la question. Cinquante auteurs bien isolés, loin des endroits où on les pille , n'ont jamais eu, pour obtenir justice, la force ou le crédit qu'ont des milliers de fournisseurs des accessoires de ces spectacles, qui, présents à l'emploi cpie l'on fait de leurs fournitures, obligent, par leurs cris, la justice à les écouter. Les auteurs ne l'ont jamais pu; ils ont toujours été volés.

Un autre directeur de troupe , acteur célèbre de Paris, me priait un jour d'engager quelques auteurs de mes confrères à lui laisser jouer leurs ouvrages presque pour rien , dans la semaine appelée sainte j à son spectacle de province.

Eh î r.iais, comment, lui cîls-je , oserais-je le proposer à des gens de lettres qui savent que vous menez à Rouen une de vos camarades , dont la grande réputation vous attirera bien du monde en cette semaine de récolte?

Oïl ! mais , dit-il , r>oiis savez bien que je suis forcé de payer vin^t-cinq louis par séance a la camarade que je menej elle ne viendrait point sans cela j ce qui emporte tout mon gain. Je lui répondis à mon tour : Si vous ne pouvez obtenir de voire propre camarade , qui n'est que d'un sixième dans le jeu de ma pièce , la plus légère diminution sur les vingt-cinq louis qu'elle exige pour aller y jouer un rôle, comment pouvez-vous demander à l'auteur, qui n'obtient pas de vous, pour sa composition entière, le dixième de ce que vous payez à votre belle camarade, qu'il réduise à rien ce dixième ? Il m'entendit, n'insista pas: ma réponse était sans réplique. Le vrai mot de l'énigme est donc que les directeurs de spectacles, forcés de tout paver bien cher , s'y soumettent sans murmurer, pourvu qu ils pillent les auteurs: c'est là la probité de tous.

Un autre directeur m'a dit, en hésitant , ces mots : Vous, M. Beaumarchais, que l'on prétend si riche , comment n'appréhendez-vous pas que l'on vous taxe d'avarice, en exigeant sévèrement un paiement pour vos ouvrages? Mon cher i^iou-

sieur, lui répondis-je , feu la maréchale d'Elrées avait 200,000 liv. de renie ; jamais je n'en ai pu tirer une bouleille de vin de Sillery , sans lui avoir RU préalable donné un écu de 6 francs, et personne ne l'accusa d'avarice ni d'injuslice; et cependant ma pièce est bien plus ma propriété que ^a vigne n'était la sienne. Et puis , connaissez-vous l'usage que je fais de cet argent-là? S'il m'aide à soutenir quelques infortunés, ai- je chargé ces directeurs d'être mes aumôniers secrets? Et les fillettes qu'ils confessent, sont-elles au nombre de mes pauvres? Biais, que je sois avare ou non, quelqu'un a-t-il le droit d'envahir ma propriété ? Si l'on croyait devoir s'appitoyer pour tous ces directeurs de troupes, qui se disent souffrants , en s'emparant de nos ouvrages , que fera-t-on pour les auteurs , dont la propriété presque nulle pendant leur vie , est perdue pour leurs héritiers cinq années après leur décès ? Toutes les propriétés légitimes se transmettent pures et intactes, d'un homme à tous ses descendants. Tous les fruits de son industrie , la terre qu'il a défrichée , les choses qu'il a fabriquées appartiennent, jusqu'à la vente qu'ils ont toujours le droit d'en faire, à ses héritiers , quels qu'ils soient. Personne ne leur dit jamais : Le pré , le tableau ,51a statue , fruit du ^ travail ou du génie , que voire père vous a laissé , ne doit p!us vous appartenir , quand vous aurez

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fauché ce pré, ou gravé ce tableau , ou bien moulé celle statue pend.int cinq ans aprèssamort; chacun alors aura le droit d en profiter autant que vous : personne ne leur dit cela. La propriélé des auteurs, par unecxceplion affîifî'eante, est la seule dont Ihérilag-e n'a de durée que cinq années , aux termes du premier décret. El pourtant quel défrichement , quelle fabrication pénible , quelle production émanée du pinceau , du ciseau des hommes , leur appartient plus exclusivement , plus légitimement , Messieurs , que l'œuvre du théâtre , échappée au génie du poêle, et leur coula plus de travail ! Cependant tous leurs descendants conservent leurs propriétés» Le malheureux fils d'un auteur perd la sienne au bout de cinq ans d'une jouissance plus que douteuse ou même souvent illusoire : celle trèscourte hérédité pouvant être éludée par les direc- -leurs des spectacles, en laissant reposer les pièces de l'auteur qui vient de mourir, pendant les cinq ans qui s'écoulent, jusqu'à l'instant où les ouvrages, aux termes du premier décret , deviennent leur propriété; il s'ensuivrait que les enfanls Ircs-malheureux des gens de lettres , dont la plupart ne laissent de fortune qu'un vain renom et leurs ouvrages , se verraient tous exhérédés par la sévérité des lois î

Voyez, Messieurs, ce qu'il en est de quelques

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vieillards gens de lellres ! Plusieurs ont perdu les pensions, dont ils vivaient, sur les journaux : l'un d'eux, chargé du poids de plus de quatre-vingts années, pour ne pas mourir de besoin , forcé de faire jouer deux tragédies qu'il gardait depuis très-long- temps , pour que sa nièce en héritât, va peut-être mourir avant qu'elles aient eu le succès qui peut substanter sa vieillesse ! S'il les fait imprimer , Messieurs, les directeurs de troupe les joueront sans lui rien payer. S'il les fait jouer sans qu'on imprime , il n'fen tirera presque rien : on les laissera reposer les cinq années qui le suivront. Puis, devenues alors une propriété publique , lui ni son héritière n'auront recueilli aucun fruit d'ouvrages qui peuvent enrichir après sa mort tous les spectacles qui voudront les représenter ; tandis qu'un directeur de troupe ayant gagné cent mille écus à ne rien payer aux auteurs, en fera jouir à perpétuité ses enfants ou ses héritiers , en leur laissant et pièces et spectacle. Lesquels sont les plus malheureux , des directeurs ou des auteurs?

Les gens de lettres sont presque tous mal-aisés, mais fiers; car, point de génie sans fierté : et cette fierté sied si bien à des instituteurs publics î Moi , le moins fort , peut-être , mais l'un des plus aisés , j'ai pensé qu'il me convenait de me rendre avare pour eux. Ce qu'ils dédaignaient tous de

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l'aire, j'ai cru devoir lu'en honorer. On ne m'a pas ùùi l'injuslice de croire que j'en fisse un objet d'intérêt personnel. Mais de cela seul que je me fis le mélliodisle d'une affaire qui jusque-là n'avait été que trouble , perte et que désordre , on sesl gendarmé contre moi ; des libelles , des inveclives sont devenues ma récompense. Je n'en veux tenir aucun compte : si ces considérations arrêtaient , on ne serait utile à rien.

J'ai promis de répondre un mot à Tabsurde argument qu'on fait sur le texte des permissions que l'on accordait aux auteurs cV imprimer et de représenter leurs pièces. Tous ces auteurs n'étant ni imprimeurs , ni comédiens , il est bien clair que celle permission était pour eux celle défaire imprimer et de faire représenter. La précaution prise en faveur des mœurs n'avait aucun rapport à leur propriété, ne la doiinait ni ne l'ùtail , mais n'en fesait part à nul autre. Comment ose-l-on exciper d'une formule uniquement morale, potîr usurper une propriété ? Si une telle loi existait , qui ôtàt aux auteurs la propriété de leurs pièces dès qu'ils les font imprimer ou graver , aucun auteur ne ferait imprimer ses œuvres; il ne resterait rien pour l'inslruclion publique; tous les imprimeurs et graveurs seraient ruinés par cette loi. Ces Iristcs raisonneurs, qui dirigent les troupoii et vivent du lalont des comédiens et des au-

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teiirs, en deviendraient plus mal-aisés eux-mêmes; car , indépendamment du prix de ces ouvrao-es qu'ils ne pourraient plus dérober aux auteurs , il faudrait qu'ils en fissent foire autant de copies à la main , à trois louis pour les pièces pariées , au lieu de 2^ ou 12 sous à quoi leur revient l'impression; au lieu de 18 francs que leur coûte la pièce en musique gnwée , ils dépenseraient 25 louis pour chaque partition avec les parties séparées. C'est bien alors , Messieurs , qu'ils jeteraient tous les hauts cris ! Cette impolitique mesure ayant pris la forme de loi, serait funeste à tout l'empire.

Je crois avoir bien répondu à toutes les fausses assertions des directeurs de nos spectacles.

En me présentant seul, j'ai délruit d'un seul mot la futile apparence d'une corporation sup-^ posée.

J'ai monlré, par mon seul exemple , qu'ils n'ont pas dit un mot de vrai sur notre conduite avec eux, relativement à nos réclamations. J'ai prouvé que tous les auteurs n'avaient jamais cessé d'en faire; et, qu'en ma qualité de leur représentant, je les avais faites pour tous.

J'ai prouvé que , malgré des actes publics et toutes mes réclamations , on m'avait volé mon ouvrage , après l'avoir déshonoré.

J'ai bien prouvé que nos réclamations ne de-

244^ rÉTITION A L'ASSEMBLÉE NAT.

valent avoir eu jamais aucun ellel , puisqu'un aiiinistre bien despote n'avait pu se faire obéir par ces direcleurs de province ; tant est sûre et puissante la secrète influence qu'ils ont partout à leur disposition !

J'ai prouvé qu'ils n'avaient nul droit de jouer en province , et sans les payer aux auteurs , les pièces qu'on ne jouait pas à Paris sans leur rendre un prix convenu , soit qu'elles fussent ou non imprimées.

J'ai bien prouvé , par la comparaison des débitants d'étoffes , combien devient risible cette doléance fondée sur la nécessité de payer l'ouvrage à l'auteur, surtout quand celui-ci, tous les frais prélevés , se contente de demander un septième sur le produit. Car , ce qui pourrait arriver de plus vraiment avantageux à ces perfides raisonneurs , ce serait d'avoir à payer à un au leur pour son septième , 70 mille francs ; ce qui prouverait seulement que la troupe a tiré de l'ouvrage 490 mille francs de profil net.

J'ai dit, sages législaleurs. Les gens de lettres, pleins de confiance, attendent avec respect votre dernière décision.

Signé Caron de Beaumarchais.

DE

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