‹ OEuvres complètes de Pierre Augustin Caron de BeaumarchaisChapitre 14 sur 34 · LETTRE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

LETTRE PREMIÈRE

A la Duchesse />***•

Ce 1 1 juin 1771.

Madame la Duchesse,

Une fade adulation, que vous mépriseiriez sûrement, n'est pas le sujet de cette lettre; il s'agit d'un objet plus important. Votre amour pour les arts , l'étendue de vos connaissances en tout genre, la justesse de vos idées sur le théâtre, les grâces de votre esprit, le charme de votre langage, et surtout le noble zèle que je vous vois pour le rétablissement du spectacle national, ont échauffé en moi l'idée presque éteinte, et plusieurs fois abandonnée, de m'y consacrer entièrement.

Libre sur le choix de mes occupations, j'allais, en faveur de mon fils, tourner mes vues sur des.

objels de finance, utiles à la vérité, mais mortels pour un homme de lellres. Vous me rendez à mon xillrail : eh ! quel homme y résislie ? J'aime le théâtre français à la fohe , et j'adore votre beau zèle , Madame la duchesse.

Apres vous avoir allcnlivement écoulée, après avoir bien rélléchi , je vois tous les secours qu'un homme aimant sincèrement le bien peut espérer de votre i>énie, de vos lumières et de voire influence naturelle sur les chefs nés du théâtre; et si votre courage n'est pas l'effet d'une chaleur momentanée, mais un désir réel de soutenir de tout voire pouvoir celui qui brûle de seconder un si noble projet, accordez-moi la faveur d'une courte audience particulière.

J'aurai l'honneur d'y mettre sous vos yeux de quelle importance est le plus profond secrel pour Ja réussile de cet ouvrage. Tant de gens sont intéressés à ce que le désordre actuel subsiste, et même s'accroisse , que les cris , les clameurs, les noirceurs, les obslacles de toule nature étoufferaient avant sa naissance un projet déjà trèsdifficile, mais qui n'en est qtie plus digne d'intéresser en sa faveur la proleclrice des arls. J'aurai l'honneur de vous communiquer mes idées sur la marche qu'on peut tenir. Vous clés jeune, j'ai de la patience, l'avenir est à nous, tout dépend aujourd'hui de n'élre point prcssenli. Si la confiance

que vous m'avez inspirée vous-même a le bonheur de ne vous pas déplaire , il ne me restera qu'à vous prouver, par une conduite soutenue, avec quel attachement respectueux et quel parfait dévouement

Je suis , Madame la duchesse ,

Votre , etc.

Je n'oublie point que vous voulez effrayer le g-ibier de nos plaines, et je m'occupe essenliellement du projet de vous le voir mettre en fuite de temps en temps. Heureux si je puis réussir à vous être agréable en cjuelque chose. J'attends votre bailli.

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