‹ OEuvres complètes de Pierre Augustin Caron de BeaumarchaisChapitre 23 sur 34 · LETTRE XXIII · texte numérisé non relu

LETTRE XXIII

A M. le Comte de Maurepas.

Paris, ce ii novembi^e 1779»

Monsieur le Comte ,

Si je n'ai pas encore assez de force pour sauler du lil el vous aller remercier, il n'y a pas non plus de faiblesse qui puisse m'eaipêclier de vous parler de jna reconnaissance.

On veut me voler 53, 000 livres ; et, joignant l'intérêt d'un silence de vingt ans , on double la somme : cela ÏaiX 66,000 livres. On y ajoute pour 12,000 livres de frais, et me voilà forcé de payer 80,000 livres à des gens qui, depuis vingt ans , m'en doivent 4^, 000 , et dont le seul titre est que je les ai laissés tranquilles , par horreur des procès.

Vous avez entendu mon ami avec bonté. Je demande à consigner et à compter : je n'ai jamais eu que ce mot. On s'y refuse, en m'opposant des arrêts obtenus par défaut dans mes absences ; ef la forme, la forme, ce terrible patrimoine de la justice, sert de couverture à l'iniquité d'une demande atroce.

ôGo LETTRES.

Consigner et compter , voilà ma .requête ; payer comptant, si je dois, voilà quelle grâce je sollicite.

Vous m'avez promis vos bontés ; j'y compte : il n'y a jamais de détours en vos paroles. Vous faites le bien sans faste, et quand vous le pouvez: c'est ce que j'adore en vous.

Si mon pauvre prince de Conti vivait, comme ie le ferais rougir de ses injustices à votre ég-ardl Craignez, mon ami, sur toutes choses, me disaitil, de vous attacher à M. de Maurepas. Comme la passion aveugle les hommes! Il ne se doutait non pins de votre ame douce et gaie , que s'il ne vous eût jamais vu. Il m'a empêché pendant deux ans de me présenter devant vous. Et vous, Monsieur le Comte , quoique vous sussiez très-bien que j'étais un de ses plus chers affiliés, vous ne m'avez jamais montré que bonté, loyauté, douce protection et franche adjudance. Et moi, plus îouché que je ne puis le dire , je regrette bien que cet obstiné, cet injuste ennemi n'existe plus; la q-rande confiance qu'il avait en mon caractère l'eût enfin converti, et le plus reconnaissant de tous vos serviteurs vous eût certainement ramené ce cœur aveuglé sur votre compte

Pardon, Monsieur le Comte, j'aime à parler de hii , parce qu'il m'avait voué un atlachement pafernel; et j'aime à en parler devant vous, parce

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que, sans l'avoir mérilé , je reirouve sans cesse en vos procédés pour moi tout ce qui lui avait enchaîné mes afFeclions.

Je prends la liberté de joindre à cette lettre un court mémoire instructif sur la requête qui sera rapportée samedi par M. Amelot au conseil des dépêches.

Je viens d'envoyer à M. de Vero^ennes un travail faiblement composé , parce que je suis souffrant; mais au moins propre, par la vérité de tous les fails qu'il contient, à repousser victorieusement les insidieux reproches du cabinet de Saint- James sur nos prétendues perfidies.

Ma reconnaissance et mon respect pour vous sont deux sentiments aussi doux à mon cœur qu'ils sont inaltérables.

Votre , elc. .

Caron de Beaumarchais.

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