‹ OEuvres complètes de Pierre Augustin Caron de BeaumarchaisChapitre 24 sur 34 · LETTRE XXIV · texte numérisé non relu

LETTRE XXIV

A M. le Comte de M AU REPAS.

Le 24 mais i j8o.

Monsieur le Comte ,

De f|iielque part que sorte une fausse imputation , il me semble qu'on ne peut trop tôt la détruire. M. le marëclialde Duras , ce matin, m'a dit qu'on lui a dit, que vous avez dit , que je vous ai dit, que c'est mal fait d'asseoir le parterre à la comédie.

Si vous avez pu me suivre à travers ce tourbillon de paroles , et repêclier le fait no} é dans tous ces on dit , vous savez très-bien , Monsieur le Comte , que tout cela n'est qu'une grosse calomnie qui circule à Paris comme tant d'autres, et qu'on a fait arriver jusqu'à l'hôtel de Duras, pour me faire une tracasserie. Loin d'oser ouvrir un avis contraire à l'idée la plus raisonnable, <|ui est d'asseoir le parlcrre au spectacle , je vous supplie de vous rappeler que celte demande est un des premiers articles du projet de règlement théâtral, que j'ai eu l'honneur de vous soumettre cet été au nom et comme commissaire de toute la littérature française.

Mais pour qu'il ne resle aucun doute sur mes principes à cel é^ard , daignez encore, Monsieur le Comle, recevoir ma profession de foi sur ce point dëbatlu de va ni vous.

Aucune autre nation que la française n'a la barbarie de supplicier les auditeurs d'un spectacle établi pour leur délassement , en les tenant debout, froissés, étouffes et serrés à disloquer les corps les plus robustes. On est assis en Italie, en Espaj^'-ne , en Angleterre , et partout. Les seuls gens à Paris qui aient à se louer de notre pénible façon d'exister au spectacle , sont les cal)aleurs et les filous , qui n'étant là que pour faire le mal ou prendre le bien d'aulrui , rempliraient bien plus difficilement ces deux objets dan- un parquet assis, qu'au parterre incommode elindccent de Paris , tel qu'il existe aujourd'hui : ce qui est selon moi d'une grande considération.

Mais , plus je sens l'utilité de cette sage et désirable réforme , plus je crains qu'en manquant de prendre une précaution essentielle , un essai légèrement combiné et précipitamment exécuté , ne ruine , dans l'opinion publique , le désir et l'estime d'un plan aussi salutaire , avant qu'on en ait senti le bon effet.

Votre, etc. ,

Carox de Beauma.rghais.

56/f LETTRES.

LETTRE XXV, ^ 31. Neker.

Paris, ce 18 juillet 1780- I^IONSIEUR ,

Vous avez fait à mon ég-ard un acle de justice, et vous l'avez fait avec grâce ; ce qui m'a plus louché que la chose même. Je vous en remercie. Je puis vous devoir des remercîments plus importants , sur l'indemnilé que le roi a bien voulu' me faire offrir pour les pertes énormes que m'a causées la campagne d'Estairiir. Si quelques éclaircissements peuvent hâter l'effet de la justice du roi, parlez, Monsieur ; mes affaires exig-ent que je supplie S. M. de m'accorder proinptement un à-compte que j'ai refusé il y a un an, parce que je n'en avais pas besoin. Le relard inoui de mes vaisseaux, et peut-être leur perte enlière, rend ma sollicitation plus pressante. Je suis, de tous les sujets du roi, le moins a charge à lElat. Je n'ai demandé ni fortune, ni honneur , ni emploi , ni traitement , et je n'ai jamais désiré d'autre récompense de mes travaux que de n'être jugé sur rien sans cire entendu. Jusqu'à présent, j'ai

obtenu des mltiislres du roi ce premier des biens pour celui qui marche à travers une foule d'ennemis, et je me trouve heureux que leur justice m'ait toujours mis à portée de me défendre quand on m'a calomnié. Mais ce n'est point une grâce que je demande aujourd'hui , quoique je sois disposé à recevoir à ce litre la justice rigou reuse que le roi a reconnu qui m'était due. Quel que soitl'état des finances du royaume, Tà-compte que je sollicite ne peut en diminuer l'aisance , ni en accroître la gêne; car de ce que mes vaisseaux ont fait à mes dépens , on en eût payé à leur place qui eussent coûté au roi plus que je ne lui demande. /

Je vous porterai l'état de la mise-hors de cette flotte, aujourd'hui presque anéantie, et je prendrai tous les tempéraments qui conviendront à S. M. , si je le puis sans périr. Je vous remercie de nouveau des cent mille francs Nassau que vous m'avez remis avant l'époque , et je suis en attendant le rendez-vous , avec une reconnaissance aussi franche que respectueuse,

Monsieur ,

Voire, elc.

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