ET DES COMÉDIENS FRANÇAIS
Par PIERRE - AUGUSTIN CARON DE BEAU- MARCHAIS j Viin des Commissaires des Gens de Lettres y et chargé de leurs Pouvoirs.
On répand dans Paris que , depuis quatre ans (i) , je fais tous mes efforts pour entrer en procès avee ]a comédie française, parce qu'elle est injuste envers les auteurs; et moi , je vais montrer tout ce que j'ai tenté depuis quatre ans , pour éviter d'avoir ce procès avec la comédie, quoiqu'elle soit très-injuste envers les auteurs.
On ajoute avec un espoir malin, que je vais
(i) Une intrigue, un incident grave, enfin une accusation bizarre, expliquée dans le cours de cet ouvrage, a forcé la société des auteurs dramatiques d'exiger de l'un de ses commissaires , qui travaillaii à la discussion de quelques points de l'arrêt du conseil du 12 mai 1780, demandée par le minisire , de changer le plan de son travail, et de justifier, avant tout, la conduite des auleuis et la sienne , en établissant clairement le principe el la loi
faire un mémoire fort plaisant contre les comédiens; et parce qu'on rit quelquefois aux jeux du lliéâlre , on croit qu'il faut rire aussi des affaires du théâlre : on confond tout dans la société. Mais que les comédiens se rassurent ! le plus simple exposé de notre conduite réciproque , est le seul écrit qui sortira de ma plume ; il tiendra lieu de ce plaisant mémoire que je ne ferai point.
Oh dit aux foyers des spectacles, qu'il n'est pas noble aux auteurs de plaider pour le vil intérêt, eux qui se piquent de prétendre à la gloire. On a raison , la gloire est attrayante, mais on oublie que pour en jouir seulement une année, la nature nous condamne à dîner Irois cent soixantecinq fois ; et si le guerrier , l'homme d'état , ne rougit point de recueillir la noble pension due à ses services , en soUicilant le grade qui peut lui en valoir une plus forte , pourquoi le iîls d'Apollon, l'amant des Muses, incessamment forcé de compler avec son boulanger , négligerait-il de
des droits d'auteur au spectacle; en développant bien les iisTifpalions de toute espèce que les comédiens n'ont cessé de faire sur ces droits ; les procédés pacifiques des auteurs Douren obtenir la restilulion ; et tout ce qu'on a tenté, de l'autre part , pour conserver ces usurpations et les accroître encore. Le commissaire qui tient la plume a sous ses yeu^ toutes les pièces justificatives, et se fait un devoir de satisfaire en ces termes au désir de ses amis.
compler avec les comédiens? Aussi croyons-nous rendre à chacun ce qui lui est dû, quand nous demandons les lauriers de la comédie au public qui les accorde ; et l'argent reçu du public, à la comédie qui le retien L
On prétend surtout qu'au lieu d'arranger l'affaire des auteurs , qui m'était confiée depuis quatre ans, je me suis rendu redoutable aux comédiens, et montré dur, injuste, intraitable, au point d'offenser personnellement messieurs les premiers gentilshommes de la chambre ( *), qui se portaient conciliateurs. Ce dernier trait m'oblige à ne composer mon récit que des lettres et réponses de chacun , c'est-à-dire, à réduire l'afliure aux seules pièces justificatives.
Si cette façon d'exposer les faits est sèche , sans
(*) Les quatre premiers gentilshommes de la ctamliredu roi , chargés de l'adrainislration des théâlves, étaient alors:
M. le maréchal duc de Richelieu, i l'un et l'autre de l'A-
M. le maréchal duc de Duras, ) cadémie française j
Le duc d'Aumont ,
Le duc de Fleury.
Il y ayait aussi des intendants des menus plaisirs et affaires de la chambre du roi , tels que MM. de La Ferté et Des Entelles, qui, sous ces quatre premiers gentilshommes, dirigeaient les détails des spectacles de la cour.
Il semble qu'avec de tels chefs aucun désordre n'aurait dû s'introduire :
Mais à l'hiimanité , quelque parfait qu'on fût , Toujours par quelque faible on paya le tribut.
, grâce , et peu propre à soulenir l'allention du lec:-' \ leur, au moins n'en est-il aucune aussi propre h montrer qu'après m'être assuré du bon droit des auteurs, je suis depuis quatre ans un modèle de patience devant les comédiens, et ma conduite j un effort de conciliation devant leurs supérieurs. A la vérité , mes confrères n'auront pas en moi l'avantage d'un défenseur aussi éloquent que M^ Gerbier, qui conseille et dirige, et défend les comédiens; mais la cause des auteurs est si juste, qu'elle n'a pas besoin de prestige. Des principes bien posés , des faits accumulés , une discussion exacte, un peu de saine logique, il ne faut pas d'autre éloquence à la vérité.
Procédés des Auteurs envers les Comédiens; Droits des Auteurs usurpés par les Comédiens ;
Telle est ma division. Si mes confrères, instruits cles vues dans lesquelles je fais cet exposé , le reconnaissent exact, ils en signeront la conclusion. Si les comédiens y trouvent à reprendre, ils nieront les faits ou disputeront sur les conséquences : alors nous espérons que le roi, bien informé du véritable état d'une question que tant de gens ont intérêt d'obscurcir, daignera nous juger dans son conseil , ou nous renvoyer aux tribunaux établis par lui-mcme pour veiller sur la propriété des citoyens : ce qui nous est également avantageux.