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utile à ses grandes négociations et au progrès de l'esprit humain.
H doit donc appréhender tout ce qui tend à détério**^ rer l'idiome; cet idiome dans lequel on a clianté en' -vers si magnifiques le passage du Rhin, les hataillés d'Ivry, de Fontenoy, de LaAvfelt , et destiné à célé'-^ trer un jour, dans des vers plus sublimes, les hataillés plus mémorables des Pyramides, de Marengo, d'Austerlitz, d'Jena, d'Eylau , dé Friedland , remportées dans tant de climats divers, et qui ont porté les aigles françaises dans des contrées où l'aigle romaine n'a jamais étendu son vol.
Quel héros, quel Français ne serait pas jaloux de conserver la langue du prinCê et des vainqueurs qui ont opéré tant de prodiges! Et lorsque les vers de Corneille, de Racine, de Voltaire, ont élevé le génie à une telle hauteur, accoutumé l'oreille à l'har-' monie, l'esprit à bien juger, les auditeurs à se bien exprimer, à ne tolérer ni phrases louches , ni mot impropre, quel homme sensé ne verrait • pas '"â'vec chagrin tout ce qui tendrait à dégrader le goût et le langage, à rabaisser Pesprit, à substituer le giâcievix au sublime, de petites compositions aux grandes conceptions du génie; et ne s'affligerait pas en voyant: l'opéi-a comique et les petits théâtres envahir la capitale et les provinces, y porter le mauvais goût, y iaire revivre les expressions vicieuses , et corrompre à la fois le style, la langue et les mœurs ? Le grand opéra était moi us dangereux. Quinaut et Jean-Jacques Rousseau ont parlé purement.
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La musique exige, dit- on, qu'on lui sacrifie la langue, qu'on l'ap[)auvrisse, qu'on la tronque, qu'on la torture, qu'on la détériore 5 elle donne je ne sais quel charme à tout ce qui est à peine ébaiiché, à tout ;ce qui est informe, sans plan et sans style. On se rapproche à son aide, et sans s'en apercevoir, des anciens mimes , et du pur batelage. Le grand opéra donne déjà aujourd'hui^ avec succès, des ballets-pantomimes. N'est-ce pas l'exécution de ce plaisant projet, imaginé il y a cinquante ans , par des critiques malins qui ne songeaient qu'à rire lorsqu'ils proposèrent de f3.ire un opéra sans paroles?
M. de Voltaire et tous les auteurs dramatiques ont toujours désiré que les préjugés n''écartasserit ■pas de l'étude de la déclamation des jeunes gens bien nés , bien élevés et nourris de bonnes études. Ils ont toujours cru que des acteurs instruits par une bonne éducation, et formés aux bonnes mœurs, en seraient meilleurs comédiens , sentiraient mieux le prix des talents littéraires , et concourraient avec les auteurs à faire fructifier le bon goût.
Car, si les auteurs doivent bien écrire , les acteurs doivent bien prononcer. Ils sont spécialement chargés de conserver l'accent national , la pureté des tons, la douceur des inflexions, et, si j'ose le dire, la mélodie du discours. Ils devraient être considérés comme les disciples, j'ai pensé dire comme les apôtres de l'Académie française , destinés à répandre ses préceptes, et à les faire connaître à toutes les nations. J'ai entendu mademoiselle Claiioii consulter des aca-
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démicieiis, je l'ai vue en suivre les conseils et n'en être que plus applaudie.
L'Académie maintient la langue écrite , et les acteurs doivent conserver la pureté de la diction , les bonnes locutions , les formes de la langue verbale, si cette expression peut être hasardée.
Sous ce point de vue , les acteurs acquerraient une juste considération : on priserait davantage l'utilité de leurs travaux 5 ils se respecteraient plus euxmêmes 5 et sentant mieux le besoin de l'estime , ils se permettraient moins ce qui les dégrade.
Dans le dessein de rendre plus générale l'haLitude de se Lien exprimer , il serait nécessaire qu'il y eût à Paris au moins deux grands théâtres où l'on jouât les ouvrages tragiques et comiques de nos grands maîtres 5 bientôt une noble émulation accroîtrait les talents de l'un et de l'autre.
Je ne sais même pourquoi , dans les provinces , où il est plus nécessaire encore qu'à Paris d'offrir les modèles d'une bonne prononciation , on n'introduirait pas l'usage de jouer chaque jour une pièce bien écrite avant de donner un opéra comique, ou tell« autre farce.
Voilà le fond de ce qui se disait dans les assemblées des autenrs dramatiques 5 et tandis que les comédiens et leurs avocats criaient contre nous et nos projets, qu'ils ne connaissaient point; nous prêtaient des intentions qui n'étaient point les nôtres , nous ne «ongions qxi'ù écarter l«s préjugés, à faire liouorer
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les acteurs j à faire fleurir le théâtre sous le double rapport de la composition et de la déclamation.
Si Pon m'objecte que les talents ne se multiplièrent point, que la tragédie ne fut pas jouée sur différents théâtres ^ lorsqu'il fut permis à tout le nionde de la jouer, je demanderai ce qu'on pouvait obtenir dans ces temps de révolution où tous les talents pacifiques s'éteignaient? Je dirai que ce fnt la faute des circonstances ; qu'on joignit de puériles intrigues aux malheurs publics j qu'on aima mieux doubler la troupe des comédiens français que de laisser se former des talents sur d'autres théâtres ; mais une troupe , fût-elle de cent acteurs , ne se fait entendre que dans un seul lieu, n'a point d'émulation , et ne compte pas un plus grand nombre de jours dans l'année pour ses représentations, que n'en compte une troupe de vingt-trois à vingt-quatre acteurs, telle qu'était l'ancienne. Elle jouerait peut-être plus de pièces diverses , mais aussi elle donnerait moins souvent les chefs-d'œuvre qui ont besoin d'être représentés fréquemment pour la conservation de l'idiome et la connaissance de l'art. La multiplicité des acteurs ferait que les talents de chacun d'eux seraient moins exercés 5 que la tradition des grands acteurs se perdrait ; et que la décadence de l'art arriverait plus tôt.
Lorsque les talents manquent dans un genre quelconque, ce n'est jamais la nature qu'il en faut accuser. Elle prodigue toujours ses dons avec une égale abondance ; elle produit , en renouvelant chaque
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génération ^ un nombre à peu près égal cPenfants de l'un et) de l'autre sexe j et dans une proportion constante des sots et des gens d'esprit , des hommes robustes ou cacocbimes, des femmes belles ou laides 5 mais elle ne met pas toujours les talents ou la beauté en évidence. Il y eut des temps où la cour n'avait pas une belle femme 5 la nature avait caché la beauté dans des cabanes : il en est aiiisi du génie , il faut le chercher.
L'émulation, la considération, et je ne sais (jiiel accueil flatteur dans la société ramèneraient au genre noble les esprits et le goût du public, qui semble s'en éloigner de plus en plus.
L'assemblée des auteurs offrait plusieurs avantages qui pouvaient concourir à le ranimer. Leurs conférences, comme celles des autres Académies , auraient prévenu bien des inconvénients, appaîsé bieu des divisions 5 on se respecte plus soi-même quand on yeut faire respecter son corps, et qu'on ue veut point rougir devant ses collègues. L'estime de tous, nécessaire à chacun, eut réveillé les talents qui languissent dans l'isolement 5 elle leur eût donné plus de considération , et en eût donné aux comédiens , dont ils eussent vanté plus solennellement les talents et distingué ceux d'entre eux qui, joignant des vertus personnelles aux dons de la nature, se seraient montrés des hommes estimables. C'était un moyen doux de mille rapprochements précieux , et dont il ne pouvait résulter aucun mal. Jamais les Acadé-
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mies n'ont nui à aucun iiitéiêtj et elles out produit une foule de biens inestimables.
Pendant le peu de temps que les auteurs dramatiques se sont assemblés, les enfants de Nericault Destouches, et les petits enfants .des iilles de Racine se sont adressés à eux, comme on le verra par la lettre que M. de BeaurnarcJiais adressa à la reine au nom des auteurs dramatiques. Quel recours pouvait être plus honorable? quel encouragement pouvait être plus efficace?
Ne recevant dans cette espèce d'Académie que des auteurs qui auraient eu quelque pièce jouée , c'était n'y admettre que des talents éprouvés, et même indiqués par les comédiens, puisque eux seuls étaient les juges des pièces qu'oBi leur présentait, et qu'ils étaient les maîtres de les recevoir ou de les rejeter.
Si ce corps eût pris quelque consistance, et s'il eût voulu publier des mémoires à l'instar des autres corps littéraires , les travaux ne lui auraient pas manqué 5 il avait à faire l'histoire de l'art dramatique chez tous les peuples qui Font cultivé , anciens et modernes: des observations sur tout ce qui peut en accroître les progrès: sur les passions théâtrales j sur la variété et la vérité des costumes 5 sur les rapports de la société avec l'art dramatique 5 sur la diversité des mœurs*, sur la manière de construire des théâtres et de décorer la scène.
Ces recherches faites par les auteurs les plus instruits , et lues devant tous , auraient certainement étendu les idées ^ varié le spectacle , multiplié L-s
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plaisirs du public, augmenté l'instruction générale j car beaucoup de gens qui n'ont pas le temps de lire, n'acquièrent qu'en fréquentant le théâtre beaucoup d'idées , de connaissances , de principes , de morale et de conduite, qu'on n'apprend pas dans le cercle des compagnies fiivoles où ils passent leur vie. TJne source puissante d'émula4;ion qu'auraient eue la plupart des membres de ce corps, et qui eût concouru à perfectionner l'art d'écrire , était le désir d'être admis dans l'Académie française.
Ainsi , ce corps littéraire pouvait être d'une grande utilité et n'avoir aucun inconvénient 5 il ne pouvait nuire qu'à la paresse, à l'ignorance , à la sottise 5 et c'est, je crois, ce qui l'a empêché d'être constitué.
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