SECONDE PARTIE
DROITS DES AUTEUllS USURPÉS PAU LES COMÉDIENS.
Avant de chercher si la comédie rend ou relient aux auleurs ce qui leur appartient sur les représentations de leurs ouvrages , il laut savoir en quoi consistent leurs droits; quelle loi les a fondés; en quel temps celle loi fui donnée > quel était l'état du spectacle lors de sa promulgation ; si cet élat est le même, aujourd'ui qu'on dispute sur l'exécution de la loi. Toutes ces données sont indispensables, et la question à juger en découle nécessairement.
Il paraît que la première loi fut la convenance réciproque des conlractanls ; ce fui même par une suile de cette libre convenance que les comédiens, craignant de trop pajer une pièce présentée en i653, par Quinaut , jeune encore, crurent la mettre au plus bas rabais , en lui offrant le neuvième du produit des rcprésenlalions qu'aurait sa pièce. Or, ce plus bas rabais d'un ouvrage dédaigné, celle olîre du neuvième de la recette, n'en est pas moins l'arrangement qui a subsisté depuis entre les auteurs et les comédiens.
AUX AUTEURS DRAMATIQUES. gS
Alors il dut paraître essentiel de fixer au moins jusqu'à quel terme ce neuvième de recelle appartiendrait à l'auteur. Le plus naturel était celui qu'on choisit.
Les comédiens dirent aux auteurs : nous avons Vété pour 5oo Iw. de frais par jourj et lliiver ils montent à 5oo li%>. y a cause du feu j de la lumière et de U augmentation de la gajde aux portes. V^ous avez droit au neuvième de la recette j mais ^uand nous ne fesons de recette que nos frais y vous sentez qu'il n'j a rien a partager : et lorsqu'après plusieurs essais nous vojons que la recette ne remonte plus y et que le goût du public est usé sur un ouvrage j vous devez consentir à ce que nous cessions de le représenter.
Cette règle était si simple et si juste, que les auteurs l'avaient adoptée sans conteste : aussi les premiers règlements qui furent envoyés aux comédiens par madame la Dauphine , en i685 , ne firent que sanctionner une convention si naturelle.
Il est vrai que les comédiens ne parlèrent point alors à l'auteur de ce qui lui reviendrait s'ils reprenaient un jour sa pièce , et si le goût du public , échauffé de nouveau sur l'ouvrage , lui donnait un jour des recettes abondantes. De ce silence , les comédiens ont conclu depuis que les fruits de la reprise des pièces étaient une hérédité
prémalurée, qu'on ne devait pas leur disputer du
vivant même des auteurs.
En 1697 ,un nouveau règlement, donné pour réformer quelques abus, confirma l'ancien arrangement du neuvième. Ainsi, la loi d'une convenance réciproque , sanctionnée par plusieurs règlements , a mainlenu les auteurs , depuis i655 jusqu'en 1707, c'est-à-dire, pendant plus de cent ans , dans le droit modéré de toucher le neuvième de la recette ^ les frais ordinaires et journaliers "prélevés} et de jouir de ce neuvième jusqu'à ce que la comédie leur eût prouvé j par deux recettes consécutives au-dessous de 5oo liv. l'été et 5oo liv. r hiver y qu'elle n'avait retiré que ses frais , et que le goût du public était usé pour l'ouvrage.
Mais il paraît que l'année 1767 fut un temps de haute faveur pour les comédiens français. A celte époque, ils avaient fait un tel abus du privilège de se gouverner eux-mêmes , qu'ils devaient 487,000 livres; et ils n'en obtinrent pas moins de la bonté du roi que S. M. pajat à leur décharge une somme de 276,000 livres ; et au mojen d'une autre déduction également de faveur , ils se trouvèrent , en 1767 , ne plus devoir que 179,000 livres.
Ils obtinrent de plus la permission de vendre à vie cinquante entrées au spectacle, lesquelles,
AUX AUTEURS DRAMATIQUES. gS
à 3ooo livres chacune , devaient leur rendre i5o,ooo livres, et réduire ainsi leurs dettes à 5o,ooo livres.
Pendant qu'ils étaient en train d'obtenir , il ne leur en coûta pas plus de faire glisser dans un règlement intérieur , et non communiqué , que les auteurs qui jouissaient depuis cent ans an neuvième de la recette de leurs pièces , jusqu'à ce qu'elles fussent tombées deux fois de suite à 5oo liv. l'hiver et 3ooliv. l'été, c'est-à-dire, jusqu'à ce que les comédiens n'eussent fait que leurs frais deux fois de suite , ils firent, dis-je, glisser facilement gue les auteurs cesseraient à l'avenir de jouir du neuvième aussitôt que la pièce aurait tombé deux fois de suite au-dessous de 1200 liv. l'hiver et 800 liv. l'été.
C'était plus que couper en deux leur propriété ; car si une pièce , pour tomber à 5oo livres de recette , avait pu jouir de douze représentations, on sent qu'elle ne devait plus prétendre qu'aux fruits de cinq représentations , dès que les comédiens la retireraient à 1200 hv. de recette.
On se garda bien de communiquer alors ce règlement aux auteurs qui en étaient pourtant l'unique objet. Mais les comédiens osaient tout, parce qu'ils se semaient protégés , et qu'ils agissaient contre des gens isolés, dispersés , sans réunion , sans force et sans appui ; contre des gens
q6 compte rendu
qui avaient plus d'inlellig'ence de leur art que
de connaissance des affaires, ou plus d'amour
de la paix que de fermeté pour défendre leurs
droits.
Cette usurpation , ou cette heureuse distraction des comédiens, fut le signal d'une foule de distractions de la même espèce , qui se succédèrent depuis sans interruption.
Par exemple, une pièce un peu suivie pouvait ne pas tomber assez tôt au gré des comédiens, en deux représentations de suite, au-dessous de 1 200 livres de recette , parce qu'un grand jour succédant à un petit jour, il arrivait souvent que ia pièce se relevait. Les comédiens , féconds en distractions, trouvèrent moyen de communiquer les leurs au rédacteur d'un nouveau règlement; il oublia d'écrire après les mots , deujc représentations, ces petits mots, de suite, qui se trouvaient dans le premier règlement non communiqué : alors l'alternative seule des grands et des petits jours devant amener en peu de jours deux représentations séparées au - dessous de 1 200 liv. , la pièce se trouva bientôt perdue poui l'auteur.
Il est impossible d'assigner le moyen dont ils se servirent pour opérer dans la tête du rédacteur un oubli qui tcntlait à raccourcir encore la propriété des auteurs ; ce qu'il y a de vrai , c'e.'>l
que ces derniers n'entendirent pas plus parler du second rég-Iement , que du premier qui les avait coupés en deux.
On murmiH\iit beaucoup cependant ; mais chaque auteur pouvant 'à peine attraper le rang d'une nouvelle pièce , en cinq années d'allenle , on sent avec quelle facilité un corps permanent asswrait Je fruit de ses distractions , en les exerçant toujours sur de nouveaux individus.
Après avoir beaucoup lu , beaucoup étudié les principes de l'ancienHe convention quia duré un siècle et a été confirmée par divers règlements adoptés , et les avoir appliqués à l'état des recettes et dépenses de la comédie, au bordereau remis par la comédie en 1776 pour le décomple du Barbier de Séi^iUe , je suis parvenu à former un résultat si exact sur le droit d'auteur ,: qu'il ma paru Irèsnimporlaat de 4e cominuniquer aux comédiens.
-Enfin, après bien des diftieultés combattues, et six nouveaux mois de patience encore écoulés à solliciter une. conférence où ces objets pussent éfre^^examinés , je suis parvenu à faire assembler ^ le 22 janvier 1780, chez M*= Gerbier , avocat, tout le conseil de la comédie, dont il est membre, composé de trois avocats au parlement, deux au conseil; six comédiens français, un intendant des
menus; et les quatre commissaires de la iiltcra-
lure, dont j'étais, s'y sont rendus de leur côté.
Pour disposer l'auditoire à me porter une atrtenlion favorable et nécessaire , j'ai commencé •îpar lui mettre sous les yeux l'exposé de ma conduite modérée , tel qu'on l'a lu dans la première partie. Puis cessant de montrer ces pièces justificatives de ma patience exemplaire, je leur ai dit :
Pour que la littérature et la comédie , Messieurs , aient également à se louer de mon exactitude, je vais , en vous montrant mes travaux , vous indiquer jusqu'aux procédés mêmes que j'ai employés pour arriver au décompte le plus certain du droit d'auteur.
1» Par l'état de recette et dépense de trois ans, -que la comédie m'a fait remettre, j'ai vu que trois • années de spectacle n'avaient produit que neuf cent soixante-treize représentations à la comédie. J'ai divisé ce nombre en trois, pour obtenir celui des représentations d'une année commune prise sur trois; ce qui m'a montré que l'année théâtrale n'était pas composée de 565 jours, comme Tannée civile, mais seulement de 32^ jours. J'ai donc pris ce nombre pour diviseur de la somme de toutes les dépenses et receltes annuelles delà comédie ; ce qui donnerait au quotient la dépense
DU la recelte journalière du speclacle dans leurs justes relations avec les totaux annuels.
2° Ce point d'appui trouvé, Messieurs, j'ai cherché quels objets dans la recelte et la dépense annuelle de la comédie étaient assez invariables pour qu'on pût en former la fixation journalière par le diviseur 324-
Dans la recette, j'ai reconnil^ue, diaprés l'état remis par la comédie , les petites loges rendent par an , sur le pied de leurs baux, 269,000 livres, lesquelles, divisées par 524, fout par jour 800 hv. de recette assurée à la comédie , qu'on doit regarder comme un démembrement de la recette casuelle de la porté , et qu'il y faut ramener.
Sur la dépense, j'ai trouvé que l'abonnement fait avec les hôpitaux pour la redevance appelée quart des pauvres j coûte par an à la comédie 60,000 livres, lesquelles, divisées par 52^, fixent le coût journalier de cet impôt à i85 liv., dont l'auteur doit payer le neuvième.
ù^ J'ai examiné la dépense de trois années , montant, suivant l'élat fourni par la comédie, q un million 24,000 livres, en nombres ronds. Si l'état est juste, il n'y avait qu'à diviser celle somme en trois pour avoir la dépense annuelle, laquelle ensuite divisée par 524 > nombre établi diviseur commun, donnerait juste la dépense journahère de ce speclacle : rien n'élait si simple encore.
If Un seul objet, Messieurs, ne pouvait pas être soumis à celle division générale : c'était la recette journalière et casuelle qui se fait à la porte de la comédie, parce que le plus ou moins d'affluence met une variété infinie dans cette recette ; mais comme on en lient des registres fidèles , le relevé de cliaquqj^our, mis dans toutes ses différences en colonne additionnelle, suivant le nombre des jours où chaque pièce nouvelle a été jouée, donnerait fidèlement la recelle casuelle sur laquelle un auteur doit prélever son droit acquis du neuvième.
5° J'ai remarqué que, par l'arlicle 26 de l'acte de société des comédiens , en 1757, et des lettrespatentes enregistrées en 1761 , la comédie avait obtenu du roi la permission de vendre à vie cinquante abonnements personnels , à 3,goo livres chacun. Sans savoir con:ibien il existait de ces abonnements, j'ai conclu que tous ceux qui avaient été vendus étant un démembrement des recettes de la porle, ainsi que les petites loges , aulanl il s'en trouverait sur les registres , autant il s'en compterait par jour de représentalion ; sur quoi l'auteur prendrait son neuvième.
Bien assuré de toutes ces données, je me suis proposé, Messieurs^ de comparer en votre présence le bor||ereau que la comédie m'a envoyé en 1776, de trentc-ticux représcnlalions du Bai^
AUX AUTEURS DRAMATIQUES. îoi hier de Séville, d'après lequel il revenait, disaiton à l'auteur, 5, 4i8 livres. Je vais le comparer avec les vrais éléments de ce compte, tels que je viens de les établir, en observant que la comédie avait joint à son bordereau un^e lettre qui portait que ce bordereau était fait suivant l'usage constant de la comédie avec MM. les auteurs; d'oii il résulte que si ce compte offre une somme exacte d'après les données dont nous venons de tomber d'accord , tous les auteurji qui avaient sourdement réclamé , depuis trente ans, contre de prétendues usurpations de la comédie, seront reconnus dans leur tort; et que, dans le cas contraire, ce sera la comédie : c'est ce qu'il fallait essaver de fixer une bonne fois pour remédier au mal, de quelque part qu'il, vînt, et tacher de ramener la paix et la bonne intelligence entre les deux partis.
Copie du bordereau envoyé par la coînédie.
PART d'auteur.
M. de Beaumarchais ^ pour trente-deux représcnlations du Barbier de Séville ^ comédie en , quatre actes.
Recettes journalières pour
trente-deux représentai. 68,566^
Abonnements des petites ^ 78,16^^
loges, à 3oo liv. par jour. 9,600
IQ2 COMPTE RENDU
D'autre part. , , 78,166^
Sur quoi à déduire :
Quart des hôpitaux. 19,541^ 10*
Frais ordinaires et journaliers , à Sooliv.par jour. . 9,600 » V r ^ , a
128 soldats assis- / y' y/
lants , à 20* 128 ]
Frais extraordinaires par jour 128
Reste net de la recette 48,768 10 »
Dont le neuvième pour le droit
d'auteur est de 5,4 18 i4 5
Alors , fesant mes rapprochements , j'ai dit i Vous voyez , Messieurs , au premier article du bordereau , pour trente-deux représentations du Barhler de Séville , reçu à la porte , 68,566 liv. Il n'y aurait pu avoir ici qu'une erreur d'addition ; mais comme elle s'est trouvée sans faute , je passe aux autres points du bordereau.
Deuxième article. Pour l'abonnement des petites loges, 5oo liv. par jour, pour trente-deux représentations, font 9,600 liv.
Comparant cette somme de 3oo livres avec le produit de 800 livres par jour que porlent au quotient les 259,000 livres de recelte annuelle , morcelée par le diviseur 524, j^ demande, Messieurs, quelle explication l'on peut donner de la
AUX AUTEURS DRAMATIQUES. loTr différence des ooo livres du bordereau de la comédie, au produil réel de 800 livres par jour?
M*^ Gerbier a répondu, pour la comédie , que si les pedlçs loges n'étaient portées sur le bordereau qu'à 3oo liv. par jour, quoiqu'elles en rendissent réellement 800, c'est qu'on offrait à l'auteur une compensation raisonnable , en ne lui comptant aussi les frais journaliers que sur le pied de 3oo liv. , quoiqu'ils coûtassent beaucoup davantage à la comédie : ce qu'on reconnaîtrait à l'examen de l'article des frais.
Je me suis permis de répliquer qu'il me semblait plus convenable , en présentant un compte , d'j porter la recette et la dépense à leur valeur exacte , que d'altérer l'une et l'autre par une compensation obscure ou arbitraire ; question sur laquelle je me proposais de revenir à Farticle des frais. El j'ai continué l'examen avec eux.
Dans le bordereau , Messieurs , la comédie porte le quart des hôpitaux , sur la recelte des trente -deux représentations du Barbier de Se'*' ville y à 19,542 liv., dont le neuvième, supporté par l'auteur, est de 2,171 liv. 8 sous. Je ne puis m'empêcher d'observer ici que , suivant Eélat général des dépenses fourni par la comédie , elle convient ne payer aux hôpitaux que 60,000 1, par an , lesquelles, divisées par 32^ , donnent une dépense journalière de i85 liv. au profit des pau-
io4 COMPTE RENDU
vres. Si, mullipliant, ai -je dit, ces 180 liv. par Irentc-deiix représen talions , on trouve en résultat les 19^542 liv. portées au bordereau de la comédie, ce bordereau sera exact; mais trente-deux fois i85 liv. ne font que 6,920 , dont le neuvième à payer par Tauleur est 667 liv. La différence de celle somme à celle du bordereau, 2,171 1., forme donc encore au dommage de l'auteur une erreur, de 1,5 1 4 livres. Que d'erreurs , Messieurs ! que d'erreurs î
M^ Gerbier a répondu, pour la comédie , que, l'abonnement qu'elle avait l'ait avec les pauvres ne pouvait profiler à MM. les auteurs; qu'rc Ut vérité , ils prenaient part pour un neuvième dans> la société le jour de cliaque représentation de: leurs pièces y mais c^uib n étaient pas associés h la comédie ni aux comédiens : d'où il résultait que l'abonnement annuel qu'elle avait lait avec les pauvres , était son affiiire particulière; que si elle y gagnait , c'était un bénéfice qui n'avait rien de commun avec celui des représentations dans lesquelles les auteurs ont droit; que si elle y perdait , MM. les auteurs seraient bien fondés à rejeter cet abonnement comme une chose étrangère; en un mot, que ce traité était un marché particulier que toute persomae aurait pu faire avec les hôpitaux , et qu'il était conti-e tout principe de vouloir en faire une ferme commune entre les auteurs et la comédie.
AUX AUTEURS DRAMATIQUES. io5 Je me suis permis de répliquer, i*' que M^ Ger-^ bier.sayait aussiibiejl que moi qu il ny avait arrêt ni réglemeiît qui soufo.îti l0s ajuleurs!»!. payer ni L'orchestre, ni les bail els , ni l'illuniinalion , ni les pauvres ;; mais qu'il est dit seulement, dans les règlements, ij a après tou^ les^ objets de dé- ^ pense journalière, accjuittée par la comédie y la somme qui, reste en recette sera dii^isée en neuf parts y d&fU hait appartiendmnjtau^. comé-T dienSj et la neuvième à l'autmu^ :■ d où il résiillç que le neuvième de l'auteur doit se prélever net. aur la recette entière apparlenante aux comédiens, tous frais journaliers, a,cqjLiillé& par eux, Gr , une portion de ces frais journaliers étant cette somme de, i85 liv. que la comédie paye aux pauvres, je n'entends pas bien par quel principe les comédiens prétendraient faire passer à l'auteur , dans leurs frais jiournaliers , sur le pied d@ 610 liv:. i4 s, 7 dien. de dépense , un impol qui ne leur coûte à cux-nîi^'iin.es q^e i85 liv. paix jour. C'est faire payer aux atiite^^urs , sur le piçd, de 198,000 liv. i>ar an, ce qti'ils ne payent que 6q,ooo liv. Il j a 1, 58, 000 liv. d'erreur snr cet article , au préjudice des auteurs,
2^ Qne si les cotmédienis se sont rendus fermiers des pauvres sujp le débet de leur quart, ils se sçnnj, aussi rendus fermiers des ricbes sur la recette des petites loges ; or , on sait bien qu'afia de louer ces
io6 COMPTE RENDU
loges pour tous les jours de l'année , ils donnent/ sur le pied de 2 liv. 10 s. par jour, trois cent vingt places, dont plus de la moitié aurait rendu 6 liv. chacune, toutes les fois que les nouveautés attirent du monde , si ces places eussent été laissées au public ; et si l'argument de M« Gerbier est bon , qui dit qu'ew cas de perte sur un abonnement annuel j que la comédie voudrait faire partager aux auteurs y ceux-ci seraient bien fondés a re~ jeter l'abonnement comme chose étrangère à eux y ils ont donc le droit rigoureux, suivant M« Gerbier lui-même, de rejeter cet abonnement de petites loges , et de demander compte aux comédiens de trois cent vingt places , partie sur le pied de 6 liv. , qui rendraient de 16 à 1800 liv. par jour, au lieu de 800 liv. que la comédie leur passe ; car il n'y aurait ni raison ni équité de prétendre forcer un auteur à entrer dans l'abonnement annuel des petites loges , qui lui fait perdre gros , en refusant de l'admellre à celui des hôpitaux où il y a quelque bénéfice à faire.
Ne trouvez donc pas mauvais, ai-je conlinué, ffue nous usions de votre propre argument pour démontrer que notre réclamation sur le quart des pauvres est non seulement juste , mais toute entière à l'avantage de la coniédie ; car si l'on nous renvoyait en l'étal de payer les hôpilaux , et de toucher franchement toute la recette , sans
enirer dans aucun affermage des pauvres ni des riches, il y aurait 100 pour 100 de gain sur le marché pour les auteurs.
Quatrième article du bordereau de la comédie.
A 3oo livres de frais par jour , trente-deux représentations font 9,600 liv.
Je me rappelle ici , Messieurs , ai-je dit , que la comédie, dans sa première réponse , a proposé la modicité de cette dépense comme une compensation du même prix de 3oo livres , auquel elle réduisait vaguement le produit des petites loges par jour; et ma réplique fut qu'un compte exact de la dépense valait mieux qu'une altéralion obscure de la recelte, pour servir de compensation à cette dépense aussi vaguement altérée : je crois donc devoir en fixer arithmétiquement les rapports devant l'assemblée.
En examinant le compte de la comédie , j'ai trouvé pour trois années, au total de la dépense , 1,020,476 livres , fesant pour chaque année 54i,i581iv. en nombre rond , dont j'ai cru devoir retrancher douze articles abusivement portés en dépense , fesant ensemble une somme de 107,402 liv. 5 ce qui réduit la dépense réelle de chaque année à 255,756 livres. Alors, usant du diviseur 024 établi pour extraire de tout ce qui est annuel la recette ou la dépense journalière , j'ai cru reconnaîtro évidemment que les frais
io8 COMPTE RENDU
journaliers dans lesquels les auteurs doivent entrer pour un neuvième , iwonleot à 72 1 livides , le quart des panures compris j et en supposant encore que tous les, articles portés sur l'état soient exacts , ce que je me propose d'examiner. Puis retranchant de cette dépense journalière de 721: liv. la somme de iS5 liv. pour le quart des pauvres,, je suis arrivé à la solution exacte du problême,, des- frais intérieurs de la comédie , qui se jiîontenl; î^, 5^6 bv. par jour.
Ainsi la çonaédie , selon moi , se proposant, de compenser les petites Ip^es par la dépense journalière, sans le quart des pauvres, se trompe encore, au préjudice des auteurs , de 264. livres par jour. Eh, quoil Messieurs, pas un seul article sans perte ?
A cela M*^ Gerbier a répondu, pour la comédie, que sur les douze articles retranchés par moi , de la dépense, et montant par année à 107,400 liv., la coipéd,iç= passait condamnation sur six , comme [usl^emcnt lax^.s par m,oi d'erçeur , de double ou de faux emploi; lesquels sont :
Soldais assistants 4,5 iS^ 6« 8''
Jetons du répertoire . . . . 9^01 " "
Jetons de lectures 7^92 " "
Parts d'auteurs i4,386 » »
.A^ojages à la cour 7,027 6 8
D'autre part 42,524^ i3* 4'^
Capitalion , et frais y attachés 1,542 M >•
Mais il a observé que les six autres articles , qui sont:
Pensions d'auteurs retirés. . 18,902^ 8* "^ »*'
Pensions d'employés retirés ùSj » »
Renies constituées . ..... 2l^,j^'^ 6 8
Intérêts des Tonds d'acteurs. 8,'58o j» »
Feux d'acleurs 9>iiC) 6 8
Jetons aux pensionnaires. . 1,800 " "
Il a, dis-je, observé que ces six articles devaient rentrer dans les dépenses journalières.
Mais ce n'étaient pas de simples aperçus qui pouvaient militer contre l'élude approfondie que j'avais faite des objets 'mal pôrlés en dépense aux auteurs, et qu'ifén fallait soustraire.' Pour le prouver , je me hâtai d'en discuter le pkis fort ïirticle en leur présence , celui des 25,ooo Uv. de rentes consliluées par la comédie.
Vous vous rappelez, Messieurs, qu'en 1761, lors de l'eDregistrement de l'acte de société des comédiens , et des lettres-patentes , le roi étant venu au secours de la comédie qu'un désordre
antérieur avait endellée de J^Sy ,000 liv . , elle se liouva, grâce à la générosité de sa majesté, ne plus devoir que 179,000 liv. Vous vous rappelez aussi que les abonnements à vie , vendus 5,ooo liv. chacun par la comédie , avec la permission du roi ( et qu'on dit être au nombre de dix), ont fait rentrer alors à la comédie une somme de 5o,ooo liv. applicable au paiement du reliquat de ses dettes, ce qui les réduisaient, en 1764, à 1^9,000 liv. , sans compter tous les fonds destinés par les lettres-patentes à ce même aquittement, et qui sont provenus depuis des parts ou portions de parts de comédiens morts ou retirés , mises en séquestre jusqu'au remplacement des acteurs ; ce qui , en seize années , a du éteindre , et au-delà, les 149,000 liv. que la comédie redevait alors.
Néanmoins la comédie présente aux auteurs , en 17S0 , pour 26,000 liv. de renies par elle constituées, au paiement desquelles elle prétend les forcer d'entrer pour un neuvième , d'où l'on voit Messieurs , qu'au lieu d'avoir payé les 1^9,000 liv. qu'elle devait en 17G4 , la comédie a fait depuis pour 600,000 liv. de dettes en quinze ou seize ans , malgré une recette annuelle de plus de 720,000 liv. Qu'en doit-on conclure?
Ou ces 600,000 1. empruntées ont un emploi fructueux, et alors cet emploi compense, et au-delà.
AUX AUTEURS DRAMATIQUES. m l'intérêt de rempruntj ou cet emprunt est le fruit d'un nouveau désordre : alors il devient encore plus étranger aux auteurs. Un pareil abus pourrait se propager à l'iniîni; il dénote un vice actuel et toujours subsistant dans l'administration du spectacle : aussi, loin d'entrer dans ces dépenses abusives , les auteurs sont-ils en droit de les écarter, tant qu'on ne leur expliquera pas clairement à quel titre on a emprunté 600,000 liv. en quinze ans , et ce qu'elles sont devenues ! Voilà pourquoi je les ai rejetées de l'état des dépenses.
Si tous les autres articles , Messieurs , étaient soumis au même examen , il pourrait bien se trouver sur chacun d'eux un pareil abus. Jetons un coup d'œil sur l'article :x^\)ft\é feux d'acteurs^ montant à 9,110 liv. Ou ce nom sert à couvrirune rétribution que chaque acteur prend sur la maisse des bénéfices , alors c'est un article de recette pour la comédie , et non une dépense : \\\y a taux emploi; ou ce sont réellement des voies de bois achetées pour le chauffage, celaeri fait environ quatre cents voies, sans les feux généraux des foyers, des poêles, etc., qui se montent, suivant l'état de la comédie, à 5, 000 liv. ou cent trente voies de bois; cela ferait donc , en tout, cinq cent trente voies pour chaque hiver à la comédie I Chose aussi improbable que les Çoo,ooo 1. de dettes contractées en quinze ans.
Enfin, profitant du silence de rassemblée que celte manière austère et juste de compter étonnait un peu , j'ai ajouté , sans m'arrêter : Un mot aussi , Messieurs , sur les pensions d'acteurs retirés. Cet article, qui monte à i9,:ooo liv. , est égale-
ment étranger aux auteurs.
La comédie gagne par an (y compris le neuvième des auteurs, et ses dépenses pajées;) 433,677 liv. 12 s. Si les auteurs vivants partageaient tous les jours de l'année le neuvième de celte recette , ils loucheraient par an 53,742 liv,; mais, suivant les comptes donnés par la comédie, pour trois ai^îïées, lès auteurs vivants n'ont touché , par an , que 1 4,386 liv. de neuvième : il est donc resté aux comédiens pour leur héritage des auteurs morts, ou "Ue parlagéant plus, et en pur gain alors sur tous les neuvièmes d'une année, 5g, 556 liv.' Celte somme , prise S4ar:ks auteups;ï7elirés , est plus <rfto 'suffisante! pour payer rg^oc&oil. de pension aw^ea^ieurs relipés ;!.car ici l'emploi se trouve identique :il resteencore sur cCt objet plus de 20,000 liv. de bénéfice aux côuiédietis en exercice; ainsi du reslc.
Mais je ni aperçois , leur dis-je en me reprenant, que la comédie voit avec chagrin qu'on porte une inquisition aussi sévère sur ses aiïaircs intérieures; je lui avoue à mon tour que c'est avec peine que je m'y livre, et que j'entrerai vo-
AUX AUTEURS DRAMATIQUES. 1 1 5 îontiers clans tous les moyens décents de lui épargner celte recherche , qui pourrait se renouveler désagréablement pour elle à chaque décompte d'auteur; car ils en ont le droit rigoureux.
Il ne fut rien conclu dans cette séance , non plus que dans beaucoup d'autres conférences particulières entre les conseils de la comédie et moi. M^ Gerbier, voyant qu'il n'était pas possible de m'enlamer en détail, proposa de trancher en gros sur t(}utes les difficultés , en fesant une masse de la différence que tous les objets contestés pouvaient produire, et se relâchant ensuite de part et d'autre de la moitié de celte masse.
Je n'acceptai point cette offre, parce qu'elle ne présentait aucun point fixe qui pût servir, dans la suite , de base aux comptes qui seraient à faire avec les auteurs, ce qui était le principal but de mes travaux ; et parce que ceux-ci avaient trop à perdre dans le sacrifice qu'on leur demandait.
Après avoir cherché , proposé, débattu plusieurs autres idées de conciliation , y avoir même appelé de nouveau les autres membres du conseil et les députés de la comédie, pour en délibérer avec eux, on s'est enfin unanimement fixé dans le conseil de la comédie à me proposer de faire justice aux auteurs ,
1° Sur les six premiers articles par moi retranchés des dépenses, et montant à peu près à 44;O0o 1.
ii4 COMPTE RENDU
2^ De convenir avec moi d'un examen ultérieur sur l'article des 600,000 liv. de dettes de la comédie, et autres articles retranchés par moi, pour juger en connaissance de cause s'ils font partie, ou non , de la dépense que les auteurs doivent supporter.
5" De ne faire supporter aux auteurs le neuvième du quart des pauvres, que sur le pied de l'abonnement annuel.
4.** De leur tenir un compte exact du produit des petites loges , suivant la teneur de leurs baux; au moyen de quoi MM. les auteurs n'élèveraient plus de difiîcullés sur tous les articles de dépense , qui demeuraient fixés par mon examen : le droit d'examen de tous les chefs de dépenses , m'ajant fait accepter les conditions offertes.
M^ Gerbier a conseillé à toule la comédie de beaucoup réfléchir sur cet exposé , sur le vœu de ses conseils et des comédiens dépulés qui ont eu la connaissance la plus détaillée de tous mes calculs ; et de prendre une déhbération qui , dans la position des choses , ne pouvait plus être que de souscrire à ce plan d'arrangement, ou de plaider avec les auteurs.
Sur quoi, le premier mars 1780, la matière mise en délibération , il a été arrêté à l'unanimité absolue de la comédie et de ses conseils, que , pour donnera MM. les auteurs une preuve
AUX AUTEURS DRAMATIQUES- 1 1 5 du désir qii'onl les comédiens de vivre en paix avec eux , et d'éviler loute espèce de procôs , la comédie adopte le plan d'arrang-ement ci-dessus; mais on a \eibalement ajouté que son engag-ement à cet ég-ard ne peut avoir lieu que pour les comptes à (aire parla suite, et pour les comptes seulement qui restent à finir avec ceux de MM. les auteurs qui n'ont pas encore touché leur neuvième.
J'ai observé à mon tour que , d'après la discussion que je venais de faire des articles du bordereau de la comédie pour le Barbier de Séville y il était évident qu'il en résultait pour l'auteur une perle de plus d'un tiers pour ses droits; et que , sur l'assurance que la comédie m'avait donnée que ce décompte était modelé sur tous les décomptes passés, envoyés par elle aux auteurs , on devait conclure que depuis trente ans chaque auteur ayant reçu un pareil bordereau , avait; souffert ime pareille perle.
Que , dans tous les tribunaux du monde oii l'erreur de compte ne se couvre point , et Tusurpation ne prescrit jamais , la reslilution que j'obtenais pour moi devenait un titre de réclamation pour tous les auteurs qu'on avait trompés sciemment ou par erreur , dans tous les comptes rendus de leur droit de partage ; que le sacrifice que l'on demandait de toutes les distractions que
i 16 COMPTE RENDU
la comédie s'était permises à leur préjudice, élait un objet trop considérable pour que je prisse sur moi de l'imposer aux auteurs , à l'instant môme où je venais d'en démontrer et l'existence et l'étendue; qu'en conséquence , je ne prenais en leur nom d'engagement à cet égard que pour Tavenir , laissant à chacun des auteurs qui avaient terminé leur compte avec la comédie, le droit de réclamer, s'ils le jugeaient à propos, ce qui leur a été retranché injustement de leur part dans les produits, ainsi que je venais de le faire pour moimême; ce qui, j'espérais^ n'arriverait pas, si l'accord à l'aftiiable s'exécutait de bonne foi.
Cette assemblée n'a rien terminé de positif.
Mais le dimanche 5 mars 1780 , la comédie ayant député sept de ses membres, pour assurer aux quatre commissaires de la littérature , en présence de tout son conseil assemblé chez M*^ Gerbier, que l'intention de la comédie était de terminer à l'amiable à ces conditions , dont il serait fait un exposé très-exact , j'ai répondu qu'en acceptant cet arrangement pour les auteurs, je voyais avec peine subsister encore dans ce plan même le germe de perpétuelles diftlcullés , parce que l'on ne pourrait ôter à chaque auteur le droij, d'examiner tous les chefs de dépenses en comptant avec la comédie; qu'à la vérité, il n'y aurait plus de conleslalion sur les objets de rc-
AUX AUTEURS DRAMATIQUES. 1 1 7 celles qui n'étaient que des dénienibremenls de celle de la porte, dans laquelle ils rentraient tous, suivant le produit réel , et comme en ayant été abusivement retranchés; mais que j'aurais bien désiré qm'une pareille fixité pût être établie sur Jes objets de dépense , afin de tirer la comédie du danger d'une inquisition fature, qui ne pourrait que lui déplaire et lui susciler souvent beaucoup d'embarras.
Enfin, frappé comme d'un coup de lumière, j'ai proposé à l'assemblée de chercher une somme moyenne , et d'y fixer les frais journaliers de la comédie , dont chaque auteur , à l'avenir , supporterait le neuvième sans examen ni conteste ; au moyen de quoi le décompte de chaque pièce se ferait très-aisément.
Tout le monde applaudit : on me demande quel est mon mot? Je réponds que mes calculs m'ayant donné 620 liv. de frais journaliers , je propose celte somme comme la plus juste qui me vienne à l'esprit.
M*^ Gerbier prie les quatre commissaires de la littérature dépasser dans une autre pièce, pour que les sept comédiens puissent délibérer avec leurs conseils.
Mais en rentrant , on se trouve plus éloigné que jamais , et M^ Gerbier soutient le refus des comédiens par l'argumeat que la masse totale
ii8 COMPTE RENDU
des frais , lels que la coméilie les a loiijonrs comptés aux. ailleurs , se moule à pins de i ooo liv. par jour; (;ue ma plus grande rcdurlion les portant à 520 liv. , le moyen terme ne pouvait èlre celle somme ainsi réduite , mais un milieu entre les deux sommes.
El moi qui vois qu'on oublie le principe, je me haie de leur rappeler qu'ils prennent labus pour la loi : que, par les données et discussions qu'on a vues , la surpaye da quart des paui>reSj la pet te résultante pour Fauteur d'une fausse compensation entre la reeette des petites log'^s et la dépense journalière , les six objets retranchés par eux de la dépense comme faux ou double emploi, devant être proscrits puisqu'ils étaient le fondement trop réel de justes réclamations des auteurs dramatiques , il ne fallait cherclier un moyen ferme entre mon résultai el celui de la comédie , qu'après que tous ces objets , reconnus ■vicieux , seraient absolument rejetés du compte ; que MM. les comédiens étant de plus convenus prudemment d'en retrancher aussi les intérêts de l'emprunt abusif de 600,000 liv., je trouvais, moi , que leur résultat donnait pour la dépense journalière (non compris le quart des pauvres) 556 liv., qui pourraient encore se trouver réduites lorsque j'en scruterais avec soin les détails; que pour Unir à Tamlable je consenlais à porter les
AUX AUTEURS DRAMATIQUES. 1 19 frais journaliers pour l'avenir à 56o liv., mais que je n'irais pas au-delà.
Alors M. Jabineau y V avocat . s' étant écrié : Messieurs f 600 lii^. ! c'est le double de ce qui est Jixé par V ancien arrêt du conseil y pour les frais journaliers y et les comédiens seront contents ! Chacun s'est réuni à son cri de 600 liv. , même les trois autres commissaires des auleurs, qui ont voulu faire un dernier sacrifice à la paix ; en sorte que , malgré ma résistance trop bien fondée, je me suis vu forcé d'y accéder, et de passer les frais à 600 liv. par jour.
L'on est convenu de proposer à la comédie le résultat de cette dernière assemblée, pour qu'elle réfléchît encore une fois sur le parti qu'elle devait prendre.
Ce qui suit est copié sur l'acte conciliatoire entre les auteurs et les comédiens y tel quil est annexé a la minute de Varrêt du conseil du 12 mai 1780*
« Cejourd'hui onze mars 1780, la matière mise » en délibération, il a été arrêté a V unanimité M absolue de la comédie et de ses conseds : que , » pour donner à MM. les auleurs une preuve 5> d'égards , de considération , et du désir sincère » qu'ont les comédiens de leur faire justice, et
120 COMPTE RENDt)
« d'éviter Ion tes sortes de procès el de difficiillës 5> avec eux , la comédie adopte en entier le plan 5j d'arrangement concerté entre son conseil , ses 5J propres députés, et MM. Saurin j Marmontel ^ 3> Sedaine et Caron de Beaumarchais y comme jî commissaires et députés de MM. les auteurs, » dont ils ont été priés de joindre à cet acte les 3) pouvoirs de transiger en leur nom ; en con- « séquence il a été arrêté et fixé ce qui suit :
« 1** A compter de ce jour, soit pour les pièces yt nouvelles qui seront jouées à l'avenir , soit pour > celles dont les auteurs n'ont pas encore touché i>» leur neuvième, tous les frais journaliers et or- 3> dinaires de la comédie demeureront fixés par >» chaque jour de représentation , à la sonmie de i»j 6oo livres , laquelle somme sera prélevée sur 3J la recette brute du spectacle , ainsi que le quart ») des pauvres, dont il va être parlé; et le neua> vième, douzième, ou dix-huitième du restant » du produit net (suivant l'étendue des pièces) >j appartiendra à chaque auteur," tant qu'il aura 5> droit au partage avec les comédiens.
î) 2^ Par rapport aux frais extraordinaires, la » comédie en traitera avec l'auteur à l'amiable, 3j lorsqu'il sera question de mettre la pièce k l'é- 3> lude pour la représenter; et , dans le cas où s» l'auteur croira ces frais et embellissemenls néw cessaires au succès de son ouvrage, il est arrêté
» qu'il entrera pour un quinzième dans lesclils » frais exraordinaires : et cette convention sera » inscrite sur le registre des lectures , et signée « par l'auteur.
» ô° Les auteurs si'ipporteront en outre le rieu- » vième de la somme journalière à laquelle se » trouvera monter l'abonnement présent ou futur » que la comédie a fait ou fera du droit des pau- » vres avec les hôpitaux, en le divisant par Irois M cent vingt -quatre représentations , nombre » commun des jours de spectacle d'une année.
» /i° La masse de la recette journalière sera » composée non seulement de ce qu'on reçoit w casuellement à la porte , mais de ce que pro- « duiront les loges louées par représentation , les « loges louées à l'année sur le pied de leurs baux « annuels, ramenés au produit journalier par le 3) même diviseur 524, comme à l'article précé- » dent, le produit évalué sur le pied de l'intérêt 3> à dix pour cent des aboimemenls à vie ; et enfin, 3>- de tout ce qui forme les parties intégrantes de « la recette entière du spectacle, sous quelque M dénomination qu'elle se perçoive , suivant la w lettre et l'esprit de tous les règlements; dans » laquelle masse l'auteur prendra son neuvième » net ( déduction faile des frais expliqués ci- » dessus), tant qu'il aura droit au partage avec N les comédiens, suivant le présent décomple.
« 5° Que, dérogeant à tous usages contraires S) à la présente délibération , sur tous les points >j contenus en elle, et pour servir d'exemple et » de modèle à tous les décomptes futurs (*) , soit
(*) Résiuné du. compte de ce qui relaient à l'auteur du. Barbier de Séville , sur le produit de quarante-six représentations de cette pièce.
HECBTTE BRUTE.
Produit des receltes à la porte , pour les 46 représentations. . . . 95,961' i5' »'^
Produit des petites loges, idem 34,265 » 10
Abonnements à vie, au nombre de neuf, à 5,000 livres de principal , et représentant chacun une rente viagère de 5go liv. , ou , au total , tine somme annuelle de .7,700 livres, laquelle divisée par 524 i cliviseur commun des dillérents articles de recette ou dépense annuelle , donne un produit journalier de
8 C 81 : pour 46 représentations. . . .
i5o,Go8' 2' G'
AUX AUTEURS DRAMATIQUES. 12.I M des auteurs donl on donnera des pièces nou- » velles, soil de ceux qui n'ont pas encore reçu
D'autre part i5o,Go8^ 2' 6'