RÉSUMÉ
Dans la première partie ,
J'ai montré que trente ans d'aigreur et de querelles avaient absolument éloig-né les auteurs des comédiens français; que lespremiers se plaignaient d'être trompés de plus de moitié dans le compte rendu de leur neuvième , atténué par tant d'abus accumulés, qu'il n'était plus même aujourd'hui le vingtième effectif de la recette.
J'ai montré comment, invité par M. le maréchal de Pùchelieu, en 1776, d'étudier, d'éclaircir une question qui tenait à l'examen des livres de recette et dépense du spectacle, et porteur d'une lettre de lui, pourquoi! me montrât ces registres, je n'ai pu obtenir des comédiens une communication aussi essentielle au travail demandé par leurs supérieurs.
On a vu comment j'ai attendu que le produit acquis d'une de mes pièces de théâtre, me donnât le droit d'exiger un compte exact de la comédie ;
Comment je l'ai demandé pendant un an, sans
AUX AUTEURS D1\AMAT;[QU£S. 161 pouvoir l'arracher; les moyens que je n'ai cessé d'indiquer pour faire ce compte ; et la continuité des subterfuges dont on a usé pour s'y soustraire.
J'ai montré comment les comédiens, ne pouvant plus éloigner une assemblée qu'ils avaient demandée eux-mêmes (avec tous leurs conseils à la vérité, Irès-inutiles à la signature d'un compte en règle) , ont été se plaindre à M. le maréchal de Duras, leur supérieur, et l'engager à les sauver par sa médiation de leur ruine entière qu'un méchant méditait; et ce méchant, c'était moi.
J'ai fait voir ensuite comment M. le maréchal, mieux instruit par moi de l'état des choses, m'a proposé d'abandonner ma demande d'un compte exact, attendu qu'il pouvait jeter les comédiens dans les plus grands embarras vis-à-vis des anleurs mécontents; et m'a invité de travailler avec lui à la réforme du théâtre, dont le premier point serait l'amélioration du sort des auteurs , du neuvième atténué , au cinquième elTecLif de la recette.
On a vu avec quel respect je me suis soumis aux vues de M. le maréchal, et comment l'affaire â tout-à-coup changé ainsi de nature ;
Comment, d'accord avec M. le maréchal ,] 'ai invité tous les auteurs dramatiques à s'assembler
i62 COMPTE REKDU
chez moi , pour m'aider de leurs travaux dans
celle utile réforme ;
Comment chacun d'eux, renonçant à tout ressentiment particulier , et à toule demande personnelle , a travaillé de bonne grâce à la formalion d'un nouveau règlement relatif aux auteurs et aux comédiens ;
Comment MM. les maréchaux de Duras et de Richelieu ont honoré nos travaux d'observations de leurs mains , d'après lequelles nous les avons réformés;
Comment on a exigé que ces travaux fussent communiqués aux comédiens , mais détachés des motifs qui les avaient fait adopter, ce qui tendait à ramener des dispules éternelles;
Comment en effet, trois ans, depuis juillet 1777 jusqu'en août 1780 , se sont passés en travaux perdus , en commerce de lettres oiseux , en démarches inutiles; et comment, après trois ans , fatigué de nosimportunilés, on nous a renvoyés k la iiremiere question qu'on nous avait tant priés (T abandonner , la demande d'un compte exact aux comédiens j
Comment, révolté de ce badinage cruel, j'allais enfin employer la voie juridique contre les comédiens, lorsqu'on m'a proposé, pour m'appaiser , de me remettre enfin les étals de receltes et dépenses de la comédie pendant trois ans , pour en
AUX AUTEURS DRAMATIQUES. i65 exlraire les données d'un comple en règle à l'amiable , qui pûl servir de modèle à tous les décomples futurs ;
Comment , l'afFaire ayant ainsi de nouveau changé de face, il m'a fallu oublier tout ce que j'avais appris , rapprendre tout ce que j'avais oublié ; et , renonçant à toute amélioration de son sort, promise aux auteurs, me contenter de plaider de nouveau contre les usurpations accumulées sur le plus modique des droits , le neuvième de la recette.
Enfin ^ j'ai montré comment, avant reçu les anciens et nouveaux règlements, et l'état de trois années de la comédie , j'ai commencé à travailler un peu fructueusement à l'aiFaire des auteurs mes confrères et mes constituants. D'où l'on peut juger si j'ai bien prouvé que les procédés des auteurs ont toujours été modérés , et s'il est vrai, comme je l'ai dit , que je suis un modèle de patience devant les comédiens.
Il me resle à rappeler au lecteur que ma conduite a élé un continuel effort de conciliation devant eux et leurs supérieurs : c'est ce que je vais faire.
Daivs la seconde partie ,
Après des études et des recherches infinies sur •les vraies données des droits d'auteur au spec-
i64. COMPTE RENDU
lacle français , j"ai loiil ramené au principe simple , et reconnu que Vauteur a un choit rigoureux au neuvième de la recette y tous Jiais prélevés j et a la jouissance de ce neuvième ^ jvsqu'a ce que LES COMÉDIENS is' AYENT FAIT EN PRODUIT BRUT QUE LEURS FRAIS DEUX FOIS DE SUITE ^ OU TROIS FOIS SÉPARÉMENT , avec sa piecc.
Ensuite j'ai montré comment, à force d'abus, d'une part , et de bonhomie de l'autre , les comédiens ont successivement détourné le vrai sens du principe , et porté sans cause de 5oo à 1200 liv. la somme de recette , où l'auteur perdrait sa propriété ;
Comment les comédiens ont abusé de la créalion des petites loges pour raccourcir de deux tiers le nombre des séances où les auteurs partagent ; de même qu'ils ont diminué d'un tiers le produit journalier de ces séances , par des évaluations arbitraires de frais et de produits ©bscurs, dont ils ne rendaient aucun compte;
Comment , sur le seul impôt levé pour les pauvres , au spectacle , les comédiens ont porté l'usurpation jusqu'à me compter dans le bordereau de ma pièce J 9,542 livres, payées aux pauvres, pour les trente -deux représentations où j'avois partagé , lorsque cet impôt ne leur coûtait à eux, pour ces trente-deux représentations , que 5.920 liv. , en sorte qu'ils me lésaient pajer l'im-
AUX AUTEURS DRAMATIQUES. i6d pot sur le pied de 198,000 liv. par an, lorsqu'ils ne le payaient eux-mêmes que 60,000 liv.
J'ai fait voir par quel sophisme badin leur éloquent défenseur, M^ Gerbier , avait voulu les excuser de cette lourde erreur, et comment , dans plusieurs assemblées pacifiques , je les ai amenés tous à convenir de la justesse de mes principes , et de la modération des conséquences que j'en lirais.
On a dû remarquer aussi comment , passant de l'évidence à une évidence plus forte , des preuves aux démonstrations , tant sur les dépenses abusivement comptées aux auteurs , que sur les envahissements de leur propriété dans les produits , j'ai forcé tout le monde à nous avouer que, depuis trente ans , les auteurs avaient été lésés de plus d'un tiers dans tous les comptes rendus , ee qui leur donnait le droit incontestable en juslice de réclamer plus de 200,000 livres sur les comédiens ;
Gomment sur-tout, en faveur de la paix qu'on invoquait , j'ai promis de porter les auteurs au sacrifice de toutes les usurpations précédentes , et consenti pour eux à celui de passer à l'avenir aux comédiens pour 600 liv. de frais par jour , quoique je n'en reconnaisse que pour environ 620 liv.; comment j'ai fait le sacrifice de passer la chute des'piëces dans les règles à 1200 hv. de
j66 compte rendu
recelte enlière, quoique la masse des faux frais, ( le quart des pauvres prélevé) n'allât pas mêuie à 800 liv. par jour ;
Et comment enfin, laissant subsister tous les articles des anciens règlements qui ne contrariaient point les clauses de l'accord à l'amiable que nous arrêtions , cet accord , fondé sur nos sacrifices , a été signé de tous les comédiens^ de leurs conseils et de leurs supérieurs.
J'aurais bien désiré pouvoir finir, à cette époque, le compte que j'avais à rendre; mais il a fallu montrer , malgré moi , comment , lorsque nous supposions toutes les querelles éteintes, nous avons appris que , dans le même temps , dans le même lieu et par les mêmes personnes avec qui nous sortions de traiter à l'amiable , il venait d'être fait et envoyé au ministre , pour être expédié , un arrêt du, conseil et un règlement secret y par lesquels on reprenait sur les auteurs deux fois plus quon n avait été obligé de leur restituer en comptant avec moi.
Il a bien fallu montrer comment on avait trompé le ministre , en lui disant et lui fesant écrire que j'étais d'accord , pour les auteurs , de toutes les clauses de l'arrêt qu'on le priait d'expédier , quoiqu'on se fût bien gardé de m'en dire un seul mot ;
Conmicnt, à celte nouvelle, les auteurs m'ont
AUX AUTEURS DRAMATIQUES. 167 accablé de reproches, sur l'abandon de leurs inléréls que j'étais accusé d'avoir trahis; el comment, à cette injure qui devait m'éloigner d'eux , redoublant de courage et de soins , j'ai détrompé les auteurs, le ministre , et même ramené M. le maréchal de Duras à réparer tout le mal qui s'était l'ait sans doute contre son intention , à écouter nos observations sur les clauses de cet arrêt et de ce règlement non communiqués, et de les admettre comme équitables ;
Comment , de concert avec lui et par son ordre , donné devant huit auteurs , j'ai fait le projet d'un autre arrêt du conseil;
Comment les articles en ont été discutés contradictoirement avec M. le maréchal , avec l'inlendant des menus, et deux comédiens français;
Comment ensuite la rédaction de cet arrêt a été reconnue bonne et fidèle , approuvée , signée , paraphée et envoyée par M. le maréchal de Duras à M. Amelot , avec une lettre pour en solliciter une au nom du roi qui forçât les comédiens à s'y soumettre en silence ;
Comment , dans son consentement , M. le maréchal de Duras a bien voulu soumettre à mes observations le règlement secret , comme il y avait livré l'arrêt secret ;
Comment , devant quatorze auteurs et l'intendant des menus , ce règlement a été lu et arrclé ,
iG8 COMPTE KETS^DU
signé ne varietur ^ et paraphé sur toutes les pages et correc lions en marge par M. le maréchal de Duras, avec ce mot si obligeant pour les auteurs , que, puisqu'ils étaient contents y ce jour était le plus beau de sa viej et comment ce règlement a été envoyé par lui à M. Amelot , pour être annexé à l'arrêt du conseil qu'il fesait expédier alors ;
Comment le ministre a envoyé deux expéditions en parchemin de ce second arrêt du conseil, l'un à BI. le maréchal de Duras pour les comédiens , l'autre à moi pour les auteurs , ainsi que la lettre au nom du roi , demandée par M. le maréchal , pour empêcher les comédiens d'y faire aucune observation.
Puis j'ai montré comment les comédiens et leurs conseils , furieux de n'avoir pu conserver leurs nouvelles usurpations , n'ont plus gardé de mesure , et ont déclaré qu'ils ne voulaient plus avoir affaire à moi ;
Comment les auteurs ont reçu , en riant , cet éloge naïf de ma vigilance; et comment les comédiens ont tenté de m'écarter d'un nouvel essai d'accommodement, en invitant à une assemblée chez M<^ Gerbier , deux commissaires des gens de eltres, à mon exclusion ;
Conunent ils ont comj>romis le nom res'pcclable de M. le maréchal de Duras, en écrivant que
AUX AUTEURS DRAMAtlQUES. 169 c'était par son ordre que cette exclusion avait lieu ;
Comment ils ont répandu que j'avais trompé M. le maréchal sur les rédactions d'arrêt et règlement ; qu'il m'avait fait fermer sa porte , et avait remis l'afFaire à d'autres conducteurs ; et comment ce bruit faux et absurde était devenu public.
On a vu aussi comment MM. Marmontel, Brety Sauririj ont refusé toute assemblée où M^ Sedaine et moi ne serions point appelés; et comment on a changé l'assemblée particulière de M* Gerbier en une assemblée générale chez M. le maréchal de Richelieu , où j'ai été invité par M. le maréchal de Duras , qui n'était pour rien dans tout ce qu'on vient de lire ;
Comment M^ Gerbier, qui ne se mêlait de rien , se mêlait de tout, et est arrivé à celte assemblée avec un mémoire pour les comédiens et un troisième projet d'arrêt du conseil ;
Comment ce troisième arrêt, destructeur du deuxième, était fait sur les données du premier que nos observations avaient anéanti ;
Comment l'arrêt du 12 mai, signé, paraphé par M. le maréchal de Duras , et expédié en parchemin depuis deux mois et demi , a été traité dans cette assemblée d'arrêt suhreptice et surpris j
Comment, après neuf à diy heures de débat;,
Jjo COMPTE RENDU
j'ai été obligé de prolester contre les innovations que M^ Gerbier avait l'éloquence et le succès de faire approuver de presque toute l'assemblée ;
Comment on a pris ma protestation pour une offense, et comment on a passé outre à l'envoi de cet arrêt au ministre , comme si je l'eusse adopté;
Comment on m'a donné partout pour un homme dur, injuste, intraitable, et duquel on ne pouvait espérer aucun accommodement;
Comment en effet , voyant qu'on prétendait regarder l'arrêt du i2 mai comme non avenu, et que la promulgation d'un autre arrêt allait me laisser sous fodieux soupçon de m'êlre donné de coupables libertés dans la rédaction de celui qu'on anéantissait, j'ai fait signifier cet arrêt du 12 mai à la comédie , afin de le bien constater , et de laisser le reproche public à ceux qui fauraient mérité;
Et comment enfin la persuasion que j'avais fabriqué ou falsifié arrêt et règlement, s'est tellement répandue et confirmée, que M. le maréchal de Richeheu s'est cru obligé à me proposer de signer une déclaration qu'il a écrite et libellée lui-même, où j'attestais, sous peine de déshonneur, qu'il n'j avait pas un mot différent entre Ja minute de l'arrêt du 12 mai et le règlement y annexé, signés et paraphés par M. le maréchal
AUX AUTEURS DRAMATIQUES. 171 de Duras, et l'expédition que j'ai fait signer aux comédiens français.
On a vu avec quelle fierté j'ai signé cette déclaration, quelle indignation m'en est restée, et comment enfin , malgré tant de dégoûts , et l'ordre exprès de mes confrères et constituants de rendre un compte rigoureux de toute l'affaire , je n'ai pas cessé de travailler à l'arranger, en fesant à M. le maréchal de Duras, par écrit, les propositions d'accommodement les plus acceptables et les plus modérées.
Mais enfin, ne recevant plus de réponse de personne, et l'affaire prenant moins que jamais la tournure d'un arrangement, j'ai continué mon travail, et l'ai d'autant plus hâté, que j'ai reçu de M. Amelot la lettre suivante :
a Paris, le 21 août 1780.
» Yous ne m'avez point encore remis, Mon- » sieur, le mémoire que vous m'avez annoncé il « y a plus d'un mois, et que vous paraissiez disî> posé à me remettre incessamment. Je l'attends ^> avec d'autant plus d'impatience , que l'intention » du roi est de ne pas différer de prendre un » parti sur l'objet dont il s'agit.
« Je suis très-parfaitement. Monsieur, voire, ele.
Signé Amelot.
J'ai eu l'honneur de lui répondre en ces termes:
« Monsieur ,
» Recevez avec bonlé les aclions de grâces de » lous les '^''ens de lettres; il ne pouvait leur être » annoncé rien de plus heureux que l'intention » où est S. M. de prononcer enfin sur le différend 3> qui, depuis trente ans, subsiste entre eux et w les comédiens français.
« De ma part , je serais inexcusable si j'avais mis 3) le plus léger retard volontaire dans la rédaction » du mémoire auquel je me suis engagé pour eux, y> puisque vous avez la bonté de suspendre l'examen et le rapport de Taflaire jusqu'à cette instruction indispensable. Mais , Monsieur , il est impossible que vous vous fassiez une idée de l'excès où l'on s'est porté contre moi dans le récit calomnieux que les comédiens , leurs conseils et leurs amis, ont fait à tout le monde de ma prétendue audace au sujet du dernier arrêt du conseil.
•» Me voilù donc, Monsieur, engagé solennellement à prouver l'honnêteté de ma conduite, > ou à rester courbé sous fimpulation d'une odieuse calomnie.
» Depuis ce jour, mes confrères, instruits de ce qui se passait, ont exigé de moi qu'au lieu d une discussion simple des articles de l'arrêt
AUX AUTEL KS DRAMATIQUES. 17S M du 13 mai, sur les droits des auteurs, que « j'avais faite avec soin , je rendisse un compte » public de l'afFaire entière, appuyée de toutes M les pièces justificatives, ainsi que de ma con- » duite et de la leur, si méchamment calomniées. « J'ai donc été obligé de refondre mon ouvrage, M et il est devenu plus long. M. le maréchal de » Richelieu m'en demande un exemplaire pour » chacun de MM. les premiers gentilshommes de » la chambre.
w II en faut un à chaque ministre du roi; nous « désirons même que les comédiens et leurs » conseils en soient pourvus ; car aujourd'hui , » non seulement les auteurs sont au point de » supplier le roi de vouloir bien nous donner » une loi qui fixe enfin leur sort au théâtre , mais 3» aussi de demander à S. M. justice des indignités » auxquelles la discussion de celte affaire vient de » les exposer; ce que je vais faire en leur nom, « si vous l'approuvez , Monsieur , par une re- » quête au roi , à laquelle le compte rendu que » je viens de terminer , et qui sera signé samedi î> par tous les auteurs , servira de preuve et 5J d'appui ; et si le roi le permet , rauthenlicilé , » la fidélité reconnue de l'arrêt du 12 mai 1780, « tel que je l'ai fait signifier , remplira le premier » objet de sa justice; et la publicité de notre » mémoire apologétique et modéré , sera la seule
ij^ COMPTE RENDU
3j peine infligée à nos calomniateurs, ponrremplir » le second.
« Je suis avec le plus profond respect, » Monsieur,
» Voire , etc.
Signé Caron de Beaumarchais.
J'ai fiiit écrire ensuite à tous mes confrères et constituants, pour les prier de s'assembler chez moi aujourd'hui samedi 2G août 1780.
Vous m'avez tous lait l'honneur de vous y rendre ; car c'est à vous , Messieurs , que j'ai l'honneur de parler , et à qui j'ai du d'abord présenter le compte de l'affaire entière dont vous aviez confié le soin à MM. Saurin y Marmontel ^ Sedaine et moi , en qualité de vos commissaires et représentants.
Toutes les pièces justificatives sont sous vos yeux ; il vous reste à délibérer sur le l'ond , la forme et le contenu de ce récit ; à l'approuver et le signer tous , si vous le trouvez exact et modéré; vous aiTeterez ensuite sous quelle forme il doit être remis aux ministres du roi , soit comme instruction pure et simple de l'affaire à juger par le conseil ; soit pour vous servir de mémoire et d'appui à une requête au roi , par laquelle vous
AUX AUTEURS DRAMATIQUES. 176 supplierez S. M. de fixer, dans une loi émanée du trône , le sort et l'étal de la littérature française , dans tous ses rapports forcés avec la comédie.
Et ont signé, Caron de Beaumarchais j Sedaine , Marmontel , Barthe ^ Rousseau ^ Blin de Saint More j Favart j Cailhava j Sauvi^nj ^ Gudin de la Brenellerie , Leblanc j Laplacc ^ Ducis J Champfort , La Harpe ^ Le Mierre , Rochon de Chahannes et Lefevre.
Mais avant que vous preniez un dernier parti , Messieurs, sur l'usage que vous devez faire de ce compte rendu , je dois vous communiquer une seconde lettre de M. Amelot , en réponse à la mienne , par laquelle vous connaîtrez l'intention où est S. M, de vous faire justice , en vous recommandant d'oublier le ressentiment des injures, et de renoncer à la publication de vos défenses jusqu'à nouvel ordre. Voici la lettre du ministre.
« Versailles, ce 25 août 1780'
» J'ai, Monsieur, communiqué à M. le comte » de Maurepas la lettre que vous avez pris la n peine de m'écrire le 25. Nous pensons tous » deux que vos plaintes concernant les discours
« lenus à M. le maréchal de Riclielieu , ne doivent » point être confondues avec les objets sur les- ^ quels S. M. est dans l'intention de prononcer ; « que ces plaintes sont un incident étranger à M l'affaire principale , et qu'il serait d'autant plus j' inutile d'en faire la matière d'une requête , qu'il 5» ne s'agit au fond que de propos vagues dé- 5> Iruils par les explications que vous avez eues ï> avec M. le maréchal de Richelieu , et sur les- ■n quels S. M., suivant toute apparence, ne croi- » rait pas pouvoir rien statuer.
» Nous pensons aussi que, l'affaire principale « devant être traitée en pure administration sans » aucune forme contentieuse, il n'y a point de >• motifs pour multiplier les copies de votre r^é- » moire , au point où vous paraissez dans le desw sein de le faire : qu'à la rigueur , il suffirait que w l'original m'en fût remis , et que vous pouvez >* cependant en faire f^iire une copie pour Mes- M sieurs les premiers gentilshommes de la cham- » bre, si l'ordre des procédés vous paraît l'exiger; » mais qu'il est surtout convenable que vous ne « fassiez rien imprimer dans celte affaire.
» Vous ne devez pas douter que le roi ne rende ») aux auteurs la justice qui peut leur être due; îj mais il serait contre toutes les règles de donner >i de la publicité à une discussion qui n'est §ou-
AUX ACTEURS DRAMATIQUES. 177 >» mise qu'a S. M. seule, el qu'elle doit décider par î> une loi de son propre mouvement.
« Jesuislrès-parfaitement, Monsieur jVotre^ elc. »
Après la leclure de celle lellre, chacun lom-
' banl d'accord de mériter la justice entière que
le roi nous promet , parle sacrifice entier de nos
ressentiments, nous avons unanimement voté dans
la délibération suivante , ainsi qu'on va le voir.
Aujourd'hui 26 août 1780, nous étant assemblés en la forme accoutumée chez M. de Beaumarchais, l'un de nos commissaires perpétuels et représentants ; et nous étant trouvés le nombre compélentpour discuter désintérêts delà société, nous avons délibéré et arrêté ce quit suit , savoir : que,
M. Caron de Beaumarchais nous avant fait lecture du compte que nous l'avions chargé de rendre de notre conduite et de la sienne, des principes sur lesquels nos droits d'auteurs au spectacle français sont établis, des usurpations énormes que les comédiens n'ont cessé dy faire , ainsi que des discussions profondes qui les ont constatées el ont amené l'accord à l'amiable entre les auteurs et les comédiens du 11 mars 1780, et l'arrêt du conseil du 12 mai suivant;
Nous reconnaissons que le compte rendu qui
vient de nous être lu , ne contient que des faits
exacts, véritables et connus de nous tous ; qu'il est
ijS COMPTE RE^^DU
écrit avec modération; et nousTadoplons comme un ouvrage indispensable à noire défense contre les comédiens, intéressant à notre honneur, et Irés-ulile à nos intérêts. En conséquence nous l'avons tous signé.
M. de Beaumarchais nous a fait ensuite la lecture d'une lettre de M. Amelot, du 25 août , par laquelle nous apprenons que M. le comte de Maurepas ellui désirent que nous fassions le sacrifice entier du ressentiment légitime que nous avons tous, des discours outrageants tenus tant contre nous que contre nos commissaires , au sujet do la rédaction de l'arrêt du 12 mai dernier; et de plus , que les copies de notre mémoire apologétique ne soient pas répandues.
Pour donner aux deux respectables ministres, qui veulent bien nous assurer de l'intention où est S.M. de nousfairc justice, la preuvela plus complote de notre respect , de noire reconnaissance et de noire soumission, nous avons arrêté qu'il ne sera fait, quant à 'présenl, quune seule copie du compte rendu , pour être remise à M. /Vmelot uniquement, et que nous allendrons que les deux ministres en aient pris lecture, pour savoir de M. Amelot s'ils jugent que nous devions en envoyer une semblable à Messieurs les premiers gcnlilshommes de la chambre; mais que M. de Beaumarchais fera un mémoire fort court pour le
ministre, qui tiendra lieu, quant à présent, de la requête où nous devions exprimer en raccourci tous les objets de nos demandes : auquel mémoire ce compte rendu servira d'appui, éiant fondé lolalement sur des pièces justificatives; et il ne sera fait rien autre chose quant à présent.
Mais, en mettant ainsi nos justes ressenîimenls aux pieds du roi, nous supplierons S. M. de recevoir les supplications de la littérature entière pour l'élévation d'un second théâtre et la deslruction des misérables trélaux élevés de toutes parts à la honte du siècle ;
Et de vouloir bien permettre qu'en cas de nouvelles difficultés de la part des comédiens, etd'une obhgation de la nôtre d'employer contre eux les voies juridiques, soit pour l'exécution de l'arrêt, soit pour d'autres réclamations légilimes , notre mémoire apologétique puisse nous servir de moyens publics de défenses , comme contenant les preuves les plus authentiques de nos droits attaqués, et de notre conduite modérée en les défendant.
Signé Caroîi de Beaumarchais y Marwontel y Sedaine , Le Blanc , Blinde Saint-Mort , Bousseau y Cailhava y Gudin de la Brenellerie y Sauvignj y Favait y La Place y Barllie y Ducis y Champfcrt y La LLarpe y Le Mierre y Bochon de Chah amies y Lefevre.