Oeuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de Bourdeille
Voici le livre d'aucune* Rodomontades et Rencontres espaignolles que de long tempe je vous ay deadié, et promis dernièrement Ion que j'eus l'honneur de vous faire la reveratice à l «on.
Je les ay toutes mues eu leur langage, tans m'amuser à les traduire , autant par le commandement que m'en Asie*, que par ce que vous en parlez et entendez la langue aussi bien que j'ai jamais veu la feu reyne d'Espaigne foatre *ceur; car rostre gentil esprit comprend tout et n'ignore rien, comme deapuis peu je l'ai encor mieux
Ce fust esté aussy autant de superflu i té pour vous, mai* non pour d'autres personnes qui sont novice* en cette langue : et leur fust esté un fort grand plaisir et commodité d'en faire une petite traduction; car telles en pensent parler et entendre bien la langue, qui s'y treu- Vent bien empressées. Aussy je n'ay faict ce livre pour elle*, que pour voua.
Que s'il vous plaitt , Madame, lea vous faire lire, car Toa beaux yeux ne (ont dignes de porter leur belle veue sur chose si basse, je croy que vous y prendrez quelque plaisir ; car II y a de la seriosité et de la joyeuselé meslées ensemble. Voua priant, Madame, de n'en faire part à personne, ny les mettre en lumière; car si elles vous agréent , j'en seray très ayse , ne désirant plaire à d'autres qu'à vous : sinon ,t qu'y trouviez à redire , j'espere tant
de vostre borné généreuse, que rot» en couvrirez me* faute* , et en cacherez mon imperfection, en considérant qu'en pensant bien faire j ay entrepria cet œuvre pour vous donner quelque plaisir.
Que si vous en trouvez aucun , j'en «eray d'autant plu* glorieux et hardy de voua présenter tous les au Ires, desquels je vous en ay monstre les suscriptions, qui août lea pièces entières dont ce*tuy cy en est reacbantillon ; lequel je n'ay tant remply de son subjecl que je n'en aye faict une bonne reserve dans le* autre* livre*, non seulement en ce qui touche le* Espaignols, mais les brave* François vos subjecis, qui, en beaux exploits et bien dire, ont surmonté tousjours toutes les autres nations du monde.
Recevez donc, Madame, je voua supplie, ce livre qui vous est offert du meilleur de mon âme, ne pouvant mieux ; et , comme dit l'Kspaignnl : recïAa f'uestra Majestad lo que yo offresco , que es lu poco que puedo par lo mucho que deseo ,y le place dar tal liutre que, cobierto del nombre y bondad de Sua Majestatl , saïga sin verguen a à sus pies '.
Sur ce, Madame, je vous baise tics humblement les mains, et vous supplie me tenir tousjours en qualité de vosire obeyuant subjecl, et 1res affectionné serviteur,
1 Que Voitre Maj1 tii reçoive ce que je lui offre. C'est peu en comparaison de ce que je désirerais ; mai» qu'il luy plaise d«. l'en rendre lisez digne , en sorte que, couvert de son nom et de sa bonté, il se présente a elle avec plus de confiance.
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RODOMONTADES ESPAIGNOLLES.
Les Rodomontades espaignolles certes elles surpassent toutes les autres, de quelque nation que ce soit; d'autant qu'il faut confesser la nation espaignol le brave, bravaschc et valeureuse, et fort prompte d'esprit, et de belles parolles profferées à l'improviste.
Je commanceray donc lors que le grand marquis de Pescayre , après la chasse des François hors de Testât de Milan, eut bravement forcé et pris la ville de Gennes, qui tenoit pour les François. Il ne faut demander quelles richesses il y avoit trouvées, et de combien l'armée espaignolle s'en emplit ; si bien que, quel-
que* jours après, la mettant aux champs, il la trouva si chargée, embarrassée de bagages, de carcages, mulles, mullcts et chevaux, que le marquis fut contraint de faire un bandon 1 , pour faire cesser cet embarras , bagages et careages, et empeschemens, comme les nomme Gesar. Parquoy fut commandé que les capitaines de chasque bande n'eussent chascun que quatre chevaux poursoy,et deux pour l'a! fier2, et nul pour soldat qui fust sain, mais ouy bien.
1 Ordonnance.
* Gnseirne
TROISIESME DISCOURS
que les malades en eussent chacun le leur pour ies porter; cncor fa!loii-il qu'ils fussent visités par les médecins pour voir s'ils estoicnt vrayment malades, et qu'ils eussent tousjours sur eux leur patente pour faire foy , signée et de son capitaine et de son médecin.
Ce bandon faict , il y cul un capitaine nommé Yega , grenadin, cl quai, con arrogancia y con gesto y palabras desbaratadas de enojo,en un corillode soldados , commenzô , quasi razonando en publico y braveando : que si hallaba liombres semejantes à si en aninio yjuicio, que trabajaria de modo que los soldados no lui iesen necessidad de aquella païen le, los quales siendo debilitados por la sangre derramada en lardas balallas y victorias, merecian , por la Itonra de su valor, no solamenle ser llcvados à cavallo, mas en carros triumphales , émanera de los antiguos consules y emperadores rotnanos en sus glorias y Iriun/os '. Voyez quelle brave superbilé !
Moy, estant un jour au Ixnivrc, je vis entrer deux soldats espagnols , braves et bien en poinct, et de fort belle façon. Je cognus aussy tost qu'ils estoicnt Espagnols; et, d'autant que mon humeur a este tousjours de les aymer, les practiquer et entretenir, comme certes parmy les gens de guerre il me semble n'e.stre point plus brave entrelien que du soldat espagnol, car il triumphe de discourir de son art, je me mis a les accoster et à raisonner en espagnol; car j'ai veu que j'avoisceste langue aussi fanùllicrc que la mienne, et telles gens sont fort aises quand ils rencontrent un eslrangcr qui parle leurlaiif^e. Je leur demandé dont ils venoient; ils me respondirent : De Flandes, serlor. — Y que nuevas ? leur repliquay-je. — No otras,
1 Lequel, avec une arrogance militaire, el avec des gestes et des paroles toutes remplies de colère, commença a dire dans une assemblée de soldats, en parlant presque tout haut, et en menaçant : que s'il se irouvoil des nommes semblables à luy en courage et en jugement, il feroit en sorle que les soldats n'auroient aucun besoin de cette ordonnance; eux, qui estant affoiblis parle sang qu'ils avoienl répandu en taut de h. -t'ailles el de victoires, mrritoienl, pour l'honneur du à leur valeur, non seulement d'eslre portés par dos chevaux, mais encor d'est re conduits dans des chars de triomphe, comme les anciens consuls el empereurs romains dans leurs jour» de gloire et de triomphe.
sehor, me dirent-ils, sino quando somos par
tido, ay sels dias, vinieron al principe de Parma mil y docientos nombres de armas de las viejas compahias de Napoles , las mas bravas de valor y de cavallos que sa~ lieron jamas del reyno, tan bien armados tan lucidos de oro y de plata , tan bien ataviados y emplumados de grandes y gentiles panachos, à manera de los antiguos soldados y legionarios romanos, à los quales se puede n igualaren todo : de modo que ahora la Flandes no ha que temer , pues que esta brava cavalleria estajuntada en nuestra infanleria cspahola, que se puede decir la flor de lodas las otras naciones, sin gastar (digo yo) la fionra de los soldados fran~ ceses, que en verdad bravos son. Mas adonde son los soldados espa fioles , todos con razon deben callar, como Vueslra Merced, lo puede bien saber, puesque los habeis praficados y tratados , como yo lo conosco en su trage y liablar soldadesco 1 .
Considérez, s'il vous plaist, où ces gens m'allerent faire et prendre leur comparaison ! Comme de vray, parmi ces belles antiquités de Rome, il n'y a rien cncor de si beau à voir que ces braves légionnaires romains avec leurs liabillemens de teste, tant couverts de plumes, les unes bâtissantes, les autres penchantes. Et si telle veueesloit agréable, elle estoit bien autant effroyable par la représentation des horribles testes et grandes gueules de lions, et autres bestes espouvan tables, qu'ils porioent naifves avec leurs peaux, ou faisoienl engr«ver
1 De Flandres, monsieur. — Et quelles nouvelles? leur repliquai-jc — Il n'y en a point d'autres, monsieur, me dirent-ils, sinon que, quand nous sommes partis, il y a six jours, il arriva au prince de Parme douze cens hommes des vieilles compagnies de Naples, les plus braves et les mieux montés qui sortirent jamais du royaume, si bien armés, si briilans d'or et d'argent , el si bien ornés et empanachés de grandes et belles plumes, à la manière des anciens soldais et légionnaires romains, auxquels ils se peuvent égaler en toute manière ; de sorte qu'à présent la Flandre ne peut plus tenir, puisque celle brave cavalerie est jointe avec noire infanterie espaignollc, qu'on peut appeler la fleur de toutes les autres nations, sans faire tort pourtant aux soldats françois, qui cerlaincment sont braves; maison sont les soMals espaignols, tous les autres doivent céder avec raison, comme vous le pouvez bien savoir, puisque vous les avez vu» et pratiqués, comme je le commis à votre maiulien et à votre discours soldatesque.
RODOMONTADES ESPAIGNOLLES.
pour les représenter sur lesdits habillemens et casques.
j Par ce dire de ce soldat, vous voyez, et par cesle rodomontade précédente , comme les soldats espaignols se sont donnés et assurés de tout temps la gloire d'estre les meilleurs de toutes Dations. Et certes ils ont raison d'avoir ceste opinion et créance, car les effets s'en sont ensuivys.
Ce sont esté eux qui depuis cent à six vingts ans en ça ont conquis par leur valeur et venu les Indes occidentales et orientales, qui sont tout un monde complet.
Ce sont esté eux qui nous ont tant de fois combattus, battus et rebattus, au royaume de Naples , et puis nous en ont chassés.
Ce sont esté eux qui en ont tout de mesmes faict en Testât de Milan, qui nous avoiteousté tant de sang et de moyens pour l'avoir , et nous en ont frustré en nous oslant nostre ancien patrimoine.
Ce sont esté eux qui, non contens de ces biens ravis à nous, ont passé en Flandres, et venus en France pour essayer à nous chasser de nos foyers; mais, ne pouvant, nous ont faict de grands maux, nous ont pris de nos villes, nous ont donné des batlailles et gaigné sur nous, et nous ont faict mourir je ne scay combien de cens mille hommes : aussi leur en avons-nous bien faict mourir des leurs.
Ce sont esté eux qui sont venus au bout des Allemans, et leur ont mis le joug en la guerre d'Allemaignc, chose non encor ouye ny veue ni faicte des le grand Jules César , ny des autres grands empereurs romains.
Ce sont esté eux qui , suivant la devise de leur grand empereur Charles, de passer plus oultre, ont traversé les mers, ont donné dans l'Afrique, pris leur principale ville et forteresse, Tunis et la Gollette.
Ce sont esté eux qui ont passé en Barbarie, ont pris leroyaume d'Oran, les villes d'Afrique et de Tripoly, Belys et son Pignon , et qui eussent faict davantage sans le barbare élément de mer et du ciel, non pas plus doux ny piteux que l'autre, qui les empescha soubs leur empereur, ostant occasion de prendre le royaume d'Alger, qui estoil emporté, ne faut point douter, si ces deux elemens tant soit peu eussent voulu favoriser et incliner à ces entreprises.
Ce sont esté eux lesquels, par petites poignées de gens enclos dans les citadelles , rocques etchasteaux, tiennent et ont tenu en bride, et ont donné les loix aux potentats de l'Italie et aux estats de Flandres, et en plusieurs endroicts de la chrestienté jusques à la Barbarie, Morée et autres pays infidellcs, voire jusques en la Transylvanie , soubs ce brave Castaldo , et Hongrie et Boesme.
Cesont esté eux lesquels l'empereur Charles, au plus fort de ses affaires et combats, quand il s'en voyoit enlourné seulement de quatre ou cinq mille, se tenoit du tout invincible, et ha* sardoit et sa personne et son empire, et tous ses biens soubs leur valeur seulement; et disoit souvent que la suma de sus guerras era puesta en las mechas encendidas de sus arquebuzeros cspafloles l. Car certainement, de ce temps, ils en ont emporté le prix, et si nous en ont appris l'art et les premières leçons; car avant eux, nous n'usions que d'arballestcs, et n'avions pas l'esprit de nous accommoder et aproprier des arquebuses.
Ce sont esté eux qui , en nostre temps et à nos veues, ont remis, soubs la conduite de ce grand duc d'AIbe, qu'ils appelloient leur pere, en un tour de main , toute la Flandres rebellée à leur seigneur.
Ce sont esté eux desquels environ raille à douze cens, eu ceste mesmes guerre en Zellande, traversèrent un bras de mer d'un quart de lieue large, estant basse, sans autres armes que leurs espées qu'ils tenoient en leur bouche, allèrent deffairc environ quatre ou cinq mille Zcllandois de commune, qui les attendoient sur le bord de propos délibéré, et les mirent tous en pièces. Grand miracle de main, certes!
Ce sont esté ceux là qui ayderent don Jehan d'Auslrie à gaigner cesle belle et signallée battaille de Lepanthe. Ce sont ceux là encor qui, avec ce grand capitaine le prince de Parme, ont faict trembler toute la France, et longtemps tenue en allarme.
Ce sont esté ceux pour lesquels ce grand et mesmes empereur Charles s'humilia à l'Espaigne, lorsqu'estant parly par mer de Flandres, pour y aller finir ses jours convertis , s'estant
» Le sucrés de se» Ruerre* reposoil Mir les mesches allumées de ses arquebusiers espagnols.
TROISIESME DISCOURS
desembarqué à l'Are d'O port vers Biscaye et y prist terre , on dict qu'il s'agenouilla aussy tost, et remercia Dieu de ce qu'à ses derniers jours il luy avoit faict ceste grâce de pouvoir encor revoir ce pays, lequel par dessus tous autres il avoit aymé, pour iuy avoir aydéà cstre parvenu à l'empire, et à une si haute grandeur qu'il avoit eu en son temps ; attribuant, après Dieu, à la nation espaignolle toutes ses victoires et triumphes ; et proffera ces paroi les : Dios os salve y guarde, o mi que rida madré. Como desnudo soysalido del vient re de mi madré , y como desnudo tambien me vuelvo à //, como à mi segunda madré, à laquai, en favorde tangrandes merecimientos que yo /te recebido de tit no podiendo por ahora , ni mas , nimejor. yo le hago un présente de este pobre cuerpo enfermo , y de estos pobres huesos secos y debilitados 2.
Ainsy, ayant parlé les larmes aux yeux , il salua très courtoisement tous les seigneurs qui estoient venus au devant de luy ; et , s'achemina ni peu à peu par terre à son monastère , il passa à Vailledollid. où il veid son petit-fils et filleul, Charles le prince d'Espaigne, à qui il fit de fort belles leçons pour ensuivre ses prédécesseurs. Considérez, s'il vous plaist, l'humiiiation de ce grand empereur! luy qui , en son temps, avoit cru, par manière de dire, que la terre n'estoit pas assez digne de le porter, s'agenouiller à elle ! Mêlas ! il ne l'eus! pas faict, si la vieillesse, la malladie, et l'indisposition , qui font humilier les plus orgueilleux, ne l'y eussent poussé.
Ce sont esté ceux , et sont encor, par lesquels le grand roy d'Espaigne donne terreur à tous ses ennemys, soient cachés, soient descouverts, que quand on parle qu'il y a en son armée seulement huict mille Espaignols naturels, on state de là, et faict -on place.
Et , ce qui est plus & remarquer en toutes ces
1 Laredo.
• Dieu tous garde et vous maintienne, ô ma chere mère! Comme je mus sorti nud du rentre de ma mrre, de mesme nud je me tourne vers vous comme vers nu seconde mère, à qui, eu recounoissanec de tant de orands bienfaits que j ay reçus de vous, ne pouvant pour le prescrit faire ni mieux ni davantage, je fais présent de ce pauvre corps infirme et de ces pauvres os secs
belles factions, c'est qu'ils n'y sont allés, ny ne les ont exploitées par des montaignes, grands monceaux et nouées d'hommes, mais par de petites troupes; car il ne s'est jamais trouvé dix mille Espaignols naturels tout à un coup ensemble, que la plus grande ne mon toit pas i plus de huict à neuf mille; desquels, en quelques combats désastreux pour eux et bat tailles infortunées, quelque grand carnage qui ait esté, jamais on n'a veu, ny leu, ny ouy qu'on ait trouvé estendus morts sur la place trois mille Espaignols, et n'en desplaise aux baltailles dt Ravenne et de Cerizolles, assez malencontreuses et sanglantes pour eux. Certes, il en mourut près de trois mille à Sainrie-Maure en Dalmatie, assiégés des Turcs; mais ce fut par une longueur de siège, par une grande fatigue et famine du dedans , et par faute de secours, après avoir faict si bien ; mais pour le coup de main, il en mourut peu , je dis en combattant. Au siège et prise de Castromoro, il en mourut aussy force, fust ou du fil de l'espée ou a la cadene. Au siège de Metz, il en mourut aussy une grande quantité; mais le ciel leur fit bien autant de mal que les hommes; si bien que l'on dict que l'empereur Charles estant devant, et ayant demeuré environ quinze jours dans son lict, mallade de ses gouttes, sans visiter ses tranchées , et s'estant levé pour les voir, et recogneu la batterie et les bresches qui a voient esté faictes, s'est onnant et bien rasché, il se mit à dire assez hault : Y como no se entra alla dentro? Hal bien veoyo que no tengo mat hombres 1 !
Il y eut quelques soldats là presens qui ouvrent cela ; et , fort faschés de telles paroi les , respondirent : Sacra Magcstad, no os que* jeis de nosotros. Si,teneis aun algunos hombres y de los bravos ; mas no podemos corn* bâtir el cielo como los hombres 2. L'empereur, les regardant en pitié, haussant les espaulles, dict seulement: V.s verdad ; Dios es mas poderoso que nosotros* ; et leur fit donner le vin.
• Ft comment n'entre-t-on point là dedans? Ah! je vols bien que je n'ay plus d'hommes à coté de moi !
•Sacrée majesté, ne vous plaignez point de nous autres: vous avez encor quelques uommes, et des plus braves: mais nous ne pouvons pas combattre le ciel comme* 1rs lionirrw s.
» Cm la véiiié; Weu est plus puissant que nous.
RODOMONTADES ESPAIGNOLLES.
Mais de quoy m'amuse- je tant à escrire la louange de ces braves hommes, veu que d'euxmcsines ils le savent publier à mon advis, et ne les cachent nullement; car, si leurs beaux faicls s'estendent seulement d'un doigt , ils les rallongent de la coudée. Ils ont raison ;aussy, à bien faire bien dire. Et si j ay veu remarquer à des grands personnages et capitaines que peu .souvent eux, estans en troupes, ont failly de leur devoir et vallcur, sinon dernièrement à la prise de la Gollette, faicte par l'Ouchaly >, qu'il priât en trente et un jours , comme l'Espaignol I l'avoit gardée trente et un ans; en quoy l'Ouchaly avant qu'y aller le dict au grand seigneur: qu'il la prendrait en autant de jours comme on l'avoit gardée d'années, qui estoient trente et une (j'en fais le discours ailleurs 2); à quoy il ne faillit. Mais certes les Espaignols pour le coup y eurent un grand blasme , et offensèrent grandement leur belle et antique valeur et réputation ; car tout à coup sortirent de la garniton quatre cens Espaignols ( c'estoit trop ), qui s'allèrent jetter dans le camp de l'Ouchaly, et se renièrent.
Et ne tiens ce conte de moy, mais de feu M. de Savoye (et qu'il est assez commun aussy); car, luy estant à Lyon, ayant accompaigné le roy à son retour de Pouloigne , nous l'estant allé voir un jour, M. de Strozze et moy, et luy ayant demandé des nouvelles de la Gollette, car en ceste saison elle estoit assiégée, il nous dict : a Venez vous- en demain au matin disner • avec moy vous deux, et disnerons à part tous a seuls ensemble. J'ai tons mon courrier, qui «sans faillir viendra i ce soir ou ceste nuict , et a je vous en dira y. » Lendemain nous n'y fallismes , qni nous conta la prise, et la faute grande de ces Espaignols ainsy retirés de leur devoir et réputation, dont il enestoit très despit:et dict que les soldats espaignols en une si grande multitude n'avoient erré jamais, ny faict telle veillaquerie que celle-là, et qu'ils faisoient grand tort à leurs compaignons; et pour une telle si énorme faute, il ne falloit blasmer le reste, car ils a voient tousjours si bien faict en toutes parts qu'ils a voient esté, qu'à jamais ils raeritoieut une éternelle gloire; et que, de ce que de ses yeux il avoit veu , il ne pouvoit dire
1 Oc~hiali, corsaire turc.
» Voy. k 1" volume, à l'article L'Occham, p. 113.
autrement : que c'estoient les meilleurs soldats du monde, et plus dignes pour la guerre et pour en porter mieux toutes les fatigues: et allégua qu'à la guerre d'Allemaigne il veil huict cens soldats espaignols desfaire douze cens chevaux en campaigne et plcne rase; cela se lit aussi.
Je n'aurais jamais faict si je voulois par trop marrester sur les vertus et louanges de ces gens-là. Je retourne à mon prix faict de leurs rodomontades.
Lorsque nous autres François fusmes à Malte pour le secourir, le roy d'Espaigne, comme bon catholique, brave prince certes, y envoya neuf à dix mille hommes de guerre pour le secours, soubs la conduicte du marquis de Pcs» cayre, dernier mort , brave et gentil seigneur, nostre capitaine gênerai, et tenant fort de ses prédécesseurs. Je vins à demander à un soldat espaignol qui me paroissoit galant par dessus tous les autres : Senior, de quantos soldados es compuesta esta armada? — Seiior , me respondit-il, yo lo dire: haytres mil Italianos, très nui Tudescos, y seis mil soldados '.Voyct un peu et cousiderez quelle responce; car les Italiens et Tudesques, il ne les compte poinct pour soldats. Quelle gloire pour eux, et quel mespris pour les autres! Si est-ce nue les Italiens leur firent la honle toute entière à ceste expédition de la Gollette; car, estans resserrés dans un fort tout auprès, qui avoit esté faict à la haslc, et commandés par Pagan Doria et Gabrio Cervellon, et eux peuvans eslre de cinq à six mille , tindrent bon, longtemps après la Gollette prise, et combattirent très bien, et y acquirent grand honneur, ainsy que monseigneur de Savoye nous conta, et que ce seul coup les pouvoit advantager sur les Espaignols et non jamais d'autre. «Cela, disoit-il, fort à la gloire desdicts ËspaignoKs;n disant et affirmant que les Italiens ne les avoient jamais surpassés que ce coup; mais ouy bien les Espaignols, les Italiens en mille endroicls.
Surquoy il nous fit un conte qu'il tenoit d'aucuns vieux capitaines, que, lorsqu'il fallut à Antboine de Levé s'aller jetter dans Pavic, que
1 Monsieur, de combien de soldais eut composée celte armée? — Monsieur, me rfpondit-il, je vous le dirai. Il y a trois mille Italiens trois mille Allemands, et six mille soldats.
TROISIESME DISCOURS
le roy Françoys I allait assiéger, il demanda surtout à M. de Bourbon, à Charles de Lannoy et au marquis de Pescayre , que sa garnison fust complet te et parfaicte du tout dos bandes espaignolles; mais on ne luy octroya que quatre cens Espaignols, et le reste Tudesques et Italiens; et mesmes les capitaines et soldats espaignols lui refusèrent a plat qu'ils n'y iraient point, encor qu'il fust fort aymé et cogneu d'eux ; car, disoicnt-ils que las compas/as espatlolas en ninguna manera debianse repartir porguardias de ciudad;si no, que debian ser adjuntadas en un cuerpo de orden invencible, guardadas por las cosas incierlas, dificiles y escabrosas de la guerra K
C'est bien se louer cela ; mais aussy ils avoient raison; car , tant que ce corps de soldats espaignols a esté bien ferme, solide et bien joint ensemble, ils s'en sont bien faict accroire; et mesmes ceste fois là, car ils furent le principal gain de la bai (aille de Pavic, conduicts par leur brave marquis de Pescayre. Aussy, lorsqu'il eut fait rompre le parc, et qu'ils commencèrent paroistre dans le champ de battaille, ils commencèrent tous à crier : Aqulestael marques con sus Espafioles 2.
Aussy eux et luy se raporloient si bien ensemble en toutes façons, que jamais ils n'ont esté battus ensemble , tant leurs créances des uns et des aulres se correspondoient ; si bien qu'ils ne se conlredisoient en rien quand il falloit quelque chose de beau. Si que souvent , estans presls à se amnliner pous leurs payes, aussy tost qu'il les avoit arraisonnés le moins du monde ils estoient aussy lost gaignés: mesmes qu'un jour, les voulant mener à une entreprise en Testât de Milan contre nous, et aucuns se mutinans, et demandans deux payes avecques les Tudesques qui en demandoient de mesmes, M. le marquis ne leur ayant dict que ce seul mol: qu'il nes'altendoil nullement d'eux, ny de leur brave courage, aucun refus, non pas seulement para luxeer tremar la Italia y la
1 Que le* compagnies espagnoles ne dévoient, rn aucune manière, être employées a la garde des villes; mais qu'on en devoil faire un corps d'un ordre invincible , et les carder pour les choses incertaines, difficiles cl périlleuses de la guerre.
» Voici le marquis avec ses Espafjnols.
Francia, mas para ponet leyes »; soudain tous d'une voix se mirent à crier : Vayamos , vayamos adonde quereis : que los soldadot espafioles no van à la guerra como obreros, segun el uso de los soldados mercenarios; sino à ganar gloria, triunfos, viclorias y reputacion
Parlons un peu d'aucuns particuliers.
Je vis à la cour de Madrid un brave soldat qui avoit une très belle façon. Il estoit Gascon, mais fort espaignollisé, et nourry de longue main parmy les bandes espaignolles, et s'estoit desbandé de sa compaignie pour quelques affaires qu'il avoit à la cour, ce nie disoit-il : et, le voyant ordinairement se pourmener dans la cour et parmy la ville sans espée, je luy demandis pourquoy il ne portoit point l'cspée, luy qui estoit soldat. Il me respondit en espaigno! : Seîlor, yo tengo miedo de lajusticia, porque mi espada esta tan carnicera , que à cada paso me daria priesa de sacarla fuera ; y, sacada una vez , no haria otra cosa que carne y sangre 3.
Celuy là n'est pas mauvais, et l'espée encor plus mauvaise. Aux premières guerres civiles, que nous tenions Orléans assiégé, un jour que nous passions par le cartier des Espaignols , M. de Maisoufleur, qui esloit un fort gallant el gentil cavallier , et moy , nous vismes un soldat espaignol qui avoit un débat avec une pauvre femme revanderesse d'harans, et y avoit plus de crieriea entre luy et elle, que vous eussiez dict qu'il estoit question d'une grande somme : enfin, c'estoit pour deux harans blancs, si bien qu'il vouloit frapper la pauvre femme. Maisonfleur se voulant faire de feste , s'advança pour luyen dire un mot de remonstrance. Luy, regardant desdaigneusement Maisonfleur, ne luy dict autre chose, sinon que: Pues, quien sois, os que hablais * ? Maisonfleur, qui parloit fort
« Pour faire trembler l'Italie el la France, mais encore pour leur faire la loy.
* Allons , allons où vous voudrez : les soldats espagnols ne vont point à la Ruerre en ouvriers, selon la coutume des soldats mercenaires, mais pour gaigner de la Gloire, des triomphes, des victoires et de la réputation.
* Monsieur, c'est que je crains la justice, parce que mon espée est si rarnaciere, qu'à chasque pas elle me donneroit la peine de la tirer hors du fourreau, et, une fois tirée, on ne verroit que carnage et q* sang.
* Qui estes-vous donc, vous qui m'adressez la paroln
RODOMONTADES
ESPAIGNOLLES.
bonespaignol, luy respondit : Yo soy capital. L'autre luy répliqua, après avoir songé un peu en soy et regarde en terre : Pues, vayase à todos los diablos con sus capUanerias , y no me digais nada2;et passe oultre. Maisonfleur demeure estonné, et non pourtant sans en faire colère face, mais riante. Car moy je luy dis aussy tost : a Par Dieu ! il la vous a donné belle, «et vous a faict vostre compte prestement en «trois getlons. il n'a pas faict grand cas de «vostre qualité. Aussy estiez vous bien à loysir «de vouloir, vous François, entreprendre de «corriger un soldat espaignol en son cartier!»
Je vis une fois à Crémone un soldat espaignol de fort belle façon, qui ne porioit point d'espée par la rue; et ainsi que nous nous vinmes arraisonner, je luy demande pourquoy il n'en portoit, et si la justice de la ville le luy avoît prohibé ; il me respondit : IVo seftor ; la justicia de esta ciudad no lia que ver sobre mi, porque soy soldado viejo serialado, y en compahias bien adventajado; mas , yo mismo me soy ordenado la pragmatica, porque soy tan presto de mano, que por el mener viento que me posa por las orejas, yo luego vueh'o, y meto la mano à la espada, y lo primero que se me topa muere à su mal hora, como quatro à cinco veces me ha acontecido as/ por las calles paseando me. De manera que , por no caeren las manos de nuestro alguazil ,yen peligro tle vida, he hecho voto à Dios de no traer masespada, si no quando vamos à la guérira , à éntramos de guardia 3.
Un soldat canarien de i'isle des Canaries, mais pourtant espaignollisé, el affiné par les bandes espaignolles, allant en un assault , son
'Je suis capitaine.
* Eh bien, allez- vous-en à tous les diables avec vostre capilaineiie , et me laissez en repos.
* Non, monsieur; la justice de celle ville n'a que voir PUT moi, parce que je suis un vieux soldat qui me suis signalé et bien distingué dans nos compagnies; mais je me suis à moi-mesme lait celte loy, parce que je suis si prompt à la main que , pour le moindre vent qui me passe par les ore illes, je me tourne sur-le-champ, je mets la maiu à l'espée, et le premier qui se rencontre meurt à son malheur, comme cela m'est arrivé quatre ou cinq rois en me promenant par les rues. De sorte que, pour ne point tomber entre les mains de notre alguazil, ni en péril de ma vie, j'ai fait vœu a Dieu de ne plus porter l'espée que quand j'irai eu campagne, ou quand je monterai la garde.
capitaine le voyant pasle et tremblant, luy reprocha qu'il trembloit et qu'il avoit peur. Il luy respondit d'une belle asscurance : Tremen las carnes , porque como humanas y sensibles , el mi bravo, valiente, y determinado corazon las lleva y las trae al postrero paso, donde mas no ha de volver Ce soldat e>toit bien dissemblable à plusieurs qui font bonne mine allansaux combats, mais dans l'unie ils tremblent .
Unautre soldat en menaçant un autre, luy dicl: Si yo te tomo, yo te echaré tan alto , que mas presto sentiras la muerte que la caida 2.
L'autre disoit mieux : Que de tantos Moros que mataba, les corlaba las cabezas, y despues las echaba tan alto, que antes que volvieaen, venian malio comidas de moscas3.
Un autre loueit encore sa force d'une autre façon. En tomaiulo un hombre, dandole un punta-pie , lo enviaré dos ô très léguas hàcia arriba ; y antes que vuelva , quiero que quede un arto*. Pensez qu'il l'eust si bien éndormy de sa boulade, qu'il luy eust fallu aulant de temps à s'esveiller et se remettre.
Ceste force n'est pas moins grande que l'autre qui dict après la battaille de Lepanthc : En la batalla de Lepanto , don Juan estando en su real, envestimos con la gale ta real del Turco;yo no meti granfuerzaen mi brazo.y tiré con mi montante una pequefla cuchillada, que fué tan hàcia alfondo de la mar, que profundiô el infierno, y cogiô la punta de la nariz à Pluton s.
* Mes chairs, comme humaiues et sensibles, tremblent parce que mon cœur, brave, vaillant cl déterminé , les conduit et les entraîne dans un péril d'où il n'y a plus à revenir.
• Si je le prens, je te jetterai si haut, que lu trouveras la mort avaut la chute.
» Qu'à tous Us Mores qu'il luoit il leur coupoit le* testes, et puis les jeltoil si haut, qu'avant qu'elles retombassent elles estoient à demi mangées des mouclies.
4 En prenant un homme el lui donnant un coup de pied, je l'enlèverai de deux ou trois lieues, et, avant qu'il en rciombe , je veux qu'il se passe une année.
1 En la battaille de Lepante, lorsqu'etanl avec dora Juan dans sa gallere, nous investismes la gallerc royale des Turcs, je ne ramassai point toute la force de mon bras : cependant de mon espadon je poussai une petite estocade qui fut si avant au fond de la mer, qu'elle pénétra jusqu'aux enfers, et y fri>a la moustache de riuion.
TROIS1ESME DISCOURS
Taisons ces ridicules et fausses rodomontades, et parlons d'une vraye et de faict. Du temps de nos guerres de Lombardie, que les impérialistes avoient assiégé, soubs Prospère Columno, le chasteau de Milan, M. de Lautreq vint de dehors pour donner secours ; et ce fut lors que ledict Prospère fit ce beau traict pour l'empescher , dont j'ay parlé ailleurs faisant mention de. luy 1 : et , ne pouvant , se campa devant, faisant quelque forme de forcer la tranchée de l'ennemy, ce qu'il ne fit. Cependant qu'il demeura là devant campé, l'ennemy estant en soucy de prendre langue de l'ennemy, duquel il n'en avoit aucune, il fut faict cas audict Prospère qu'il y avoit là parmy les bandes espaignolles un soldat espagnol qui s'appelloit Lobo, qui estoit le meilleur ingambe et le plus grand coureur qu'on sceust voir; car, ayant un mouton sur ses cspaulles, ileust couru contre le meilleur coureur quiconque, fust sans aucune charge. Cela pleut audict Prospère; et, pour ce, l'ayant envoyé quérir, luy desclare le service qu'il desiroil tirer de luy pour le service de l'empereur, et qu'il falloit qu'il essayasl avec ses bonnes jambes sçavoir ce que l'ennemy faillit. Soudain Lobo luy promit qu'il tarait merveilles, et prit avecquesluy un sien compaignon d'armes, gentil soldat espaignol, bien ingambe aussy comme luy, et sur tout fort adextre et prompt à charger son harquebuse et à tirer une barquebusade. Ledict Lobo va près du camp de l'ennemy de nuict , et là rencontre en sentinelle perdue un grand et démesuré advanturier français, qui ayant demandé : Qui va là? Lobo soudain à luy, et le saisit, et le charge sur ses espaulles comme un mouton , et soudain reprend sa route vers son camp, et s'y retire avec l'escorte de son compaignon, qui tira trois fois avant II arrive seureraent avec sa charge au sieur Prospère, qui, le voyant arriver, se mit à rire, et tous les capitaines, d'un tel exploicl, bien admirable certes. Et, ayant interrogé l'advanturier, prit telle langue et advis qu'il peust de luy; après le renvoya à son camp snns luy faire mal , et fit bien rescompenser Lobo et son compaignon. Voylà une belle force d'homme et une belle dextérité, et de son compaignon et tout. Ceste rodomontade
1 f 'oy. le 1er volume. a l'article Prosper Colonnk.
vaut bien autant que les autres de paroles, et voylà aussy de terribles forces îj'aimerois autant ouyr parler des forces d'Hercules, ou bien du rhinocéros de l'amphithéâtre de Martial , qui se jouoit d'un taureau comme d'une pelotte, et le jettoit aussy haut, ainsy que le porte le vers:
Quantu» erat cornu cui pila taurin orat.
Un autre, ayant querelle contre un autre, alloit disant partout : Conoces un tal, ô es su amigo? Ruegue à Diospor el, porque tiene peiulencias conmigo x.
Comme l'autre, qui disoit : Estas son mis misas, hacer cuclUUadas , y maiar hombres , y quebrar las muelas â una puta %. Ce dernier est une grande vaillance !
Lorsque l'empereur passa par France, il y eut un capitaine espaignol avec luy, qui , voyant entrer un jour le chevallier d'Ambres, bravasche autant ou plus comme luy, et avec cela trèsvaillant, il vint demander à un autre: Seiïor , estecavalleroestan valientecomo es bravo*?
Et luy estant respondu qu'ouy : Juro à Dios , que se puede igualar â mi 4.
Ce chevallier d'Ambres, ayant entendu ceste parolle, vouloit fort s'aller esprouver contre luy, sans la drffense que le roy avoit faicte de ne quereller aucun Espaignol. M. de Bussi avoit cela, que s'il fust venu à la cour quelque brave nouveau, de le quereller et se battre contre luy.
Un soldat espaignoi disoit : Yo harto tengo que hacer en consolar esta mi espada , que no se quexe de ml y désespère, /wrque ha tantos dias que la hago iolgar , y que no saca fruto de sus enemigos s.
Yoyià une bonne espéc, et aussi bonne que de l'autre, qui disoit de la sienne, en la tirant
1 Connoisscz vous un tel, ou estes- youk son ami? Priez Dieu pour lui, car il a pris querelle contre moi.
* Ce sont mes messes que de faire des balafres, de tuer des boinmes et de casser les mâchoires à une
* Monsieur, ce cavalier est il aussi vaillant qu'il est fier?
4 Par Dieu , dit-il , il peut donc se comparer a moi.
* Je ne sçai que faire pour consoler mon espée, qui se plaint de moy, et qui se désespère de ce qu'il y a si longtemps que je la fais reposer, et qu'elle ne remporte aucun
avantage sur ses ennemis.
RODOMONTADES ESPAIGNOLLES.
i demy : O espada , si supieses hablar, Hixeres quant os hombres matas tels
Un autre, que l'on louoit devant lu y, il dit : No hay necesidad de contar mi valoryvlrtudes, que todo el mundo las sabe ».
Un autre, qui contoit ses vaillantises, disoit : En Sicilia he muerto dos salteadores , en Sarde fia très , en Napoles dos, y très en Lombardia ; de mariera que, segun buena rue h ta, son diez. Pues no los escribi, mas acuerdome bien de etlos , porque tengo exrelente me f non a : de /nattera que no se habla de otra cosa que de mi vlrtud, de mis acciones y hazailas , que me hacen temer de los hombres y amar de las mugeres ; de mariera que paseando por las colles todas tiraban mi muchacho por la capa, y las en te ru lia coma por de tras lepedlan : « Quien es este cavaliero tan bravo , y dispuesto, y /termoso? Es don Juan de Mendoza ?— -Not respondia el muchacho , slno su hermano. • Y ellas respondia n : « Mira como se asclentan bien los cabellos y la barba. O quan dic/iosas son las que a le an z an su amor !* Y todas rogaban mi mucltacho que hallase forma como entrase en sus casas . de tal guérie que me son importunas de me rogar tanto y amar, porque para cumpllr sus ruegos, descuydo mis négocias y mis guerras *. Voilà un bel Adonis 1 Et pensez qu'il estait aussi laid qu'un beau diable.
J'ayroerois autant un autre, lequel battait
« 0 espée! si m sçaToU parler, Ut diroU combien tu •S tué d'hommes!
• H n'est pas nécessaire de raconter ma râleur et mes exploits, parce que tout le monde les sçait.
« En btciita j'ai toé deux voleurs, en Sardaigne trois, à Naples deux, et trois en Lombardie -, de manière qu'à bien compter ce sont dix. El puis je ne les escris point, mais je m'en souviens bien, parce que j'ay une excellente mémoire; de manière qu'on ne parle d'autre chose que de ma venu, de mes gestes et de mes actions, qui me font craindre des hommes et tellement aimer des femmes, qu'en passant dans les rues elles tirent toutes mon valet par le manteau, et on les entend lui demander par derrière : • Qui est ce cavalier si beau ? Est-ce dom Juan de Mendoza?— Non, répond mon valet, mais c'est son frère. Et elles repondent : Voy ez comme ses cheveux et sa barbe conviennent bien ensemble. Oh ! qu'heureuses ront celles qui possèdent son amour! » El enlr'elles elles prient mon valet de trouver moyen de m'Introduira chez elles; de sorte qu'elles me sont importunes de me prier et aimer, parce que, pour accomplir leur» désirs, je dérange mes affaires et mes combats.
son page ou laquais, et lu y disoit : a Dl, vellacol quan tus veces te he yo mandado que no and es â cada paso publicando my valor; porque, oyendolo las mugeres no se plerdan por ml; de suerte que mas me eues ta mostrarias la magnlficencla de ml animo , que no en tomar las ciudades,y matarenemigos 1 ? » Voilà un plaisant badin.
Feu M. de Strozze et moy, ainsy qu'une fois en Italie nous interrogions un soldat espaignol qui nous vint accoster, et luy demandions son nom, il nous dict qu'il s'appeloit don Diego Leonis, porque habia en Berberla matado très' leones •« Je vous asseure qu'il ne s'en alla pas sans nous donner bien à rire, non scullemcnt pour ce coup,mais pour beaucoup de tempsaprès.
J'aymerois autant ecluy qui se vantoit et disoit : que en las Induis habia quebrado un brazo à un elephante ; y aun osarla jurar, que si hublesse puesto mas fuerza, hubiese pasado el brazo al elephante por el cuero y por las entraftasy las hublese sacado por la boca 3.
Un jeune soldat espaignol estant interrogé comme, estant si jeune, il avoit desjà les moustaches de sa jeune barbe si grandes , il r es pondit : Estos bigotes fueron hechos al humo del canon, y por esto crecen tan grandes y tan presto *.
J'aymerois bien autant un capitaine espaignol , auquel esiant demandé si sa compaignie estoit composée de vieux soldats, il dict : que si; hacia él los soldados nuevos luego vlejos. No era con las pagas de muchosaflos, como acostumbraban los otros capitanes, sino en muchas peleas continuas y escaramuzas, con honrada y provechosa disciplina deguerra 6.
» Ris, bélître? combien de fois t'ai-j* défendu de publier à chaque pas ma valeur, de peur que les femmes en i en tendant ne se perdent pour moy, et que je ne fusse plus empescuéa leur faire commit re la grandeur de mon courage qu'à prendre des villes et tuer des ennemis?
* Parce qu'il avoit tué trois lyons en Barbarie.
1 Oue dans les Indes il avoit cassé la jambe à un ele pliant ! encore osnit-tl jurer que, s'il avoit mis un peu pus de force, il auroit poussé son bras jusqu'au co?ur et aox entrailles de l'elepbant, et les lui auroit fait sortir par ta bouche.
4 Ces moustaches sont venues à la fumée du canon . et c'est par cette raison qu'elles sont si grandes, et qu elle* croiwient si vite.
» Oue oui ; qu'il avoit l'art ds faire vieillir promptement
TR01S1ESME DISCOURS
Il avoit raison de dire cela ; car, coustumiei rmcnt, ce ne sont les longues années que I on faict aux armées qui font les bons soldats, niais les continuels combats et ordinaires exercices des escarmouches, et menemens de mains. Dont *e désespère souvent, quaud j'oy dire tels et tels sont aux armées , et mesmes aucuns grands. Et qu'y font-ils , si non aller voir le gênerai au matin, et luy donner le bon jour, s'en aller au cartier, jouer tout le long du jour, faire bonne clierc, se donner du bon temps? Et tels y aura-il qui auront esté six ou sept fois en des voyages, qui n'auront tiré espée du costé; et eux arrivans à la cour, ou à leur patrie et maisons , font la mine ; et eux et leurs gens publieront qu'ils ont fait mons et merveilles, et auront tué Mardi-Gras. Au diable s'ils ont lué une mouche. Voylà comment le» longues fréquentations des guerres ne font pas les capitaines ny les bons soldats , mais le continuel maniement des armes, et la continuelle recherche des combats et des hasards.
Mais comment me suis-jc perdu en cestc digression, et m'esgare de mon premier thème de rodomontades? c'est tout un. Elle n'est point mauvaise, puisqu'elle est venue à propos : une autre fois je l'eusse oubliée au bout de ma plume. Or, retournons à une plaisante et ridiculle rodomontade d'un soldai espaignol, lequel se trouva au desarmer et au despouiller du roy François, à sa prise de Pavie; car il n'estoit pas fils de bon pere, ou de bonne mère, qui n'en eust quelque lopin , les uns pour recompense d honneur, et les autres pour celle du proffil. Or il advint que le bonheur tumba à ce soldat d'oster les espérons du roy; dont il s'en sentit si glorifié, que, partout où il alloit , il disoit : Serlor, no tiabeis entendido nombrary renombrar aquel que sacô las espuelas doradasdel rey Francisco en Pavia, quando fuëpreso? Yo soy aquel '.
C'est tout de mesmes d'un qui disoit : Grandes palabras dixà el rey don Hernandes d
le* nouveaux soldats, non pal par la paye de plu sieurs années, comme faisoienl d'autres capital nés, mais en les exerrant par beaucoupdecombalset par de coniiuudlrs escarmouches dans une honorable et profitable discipline de
1 Monsieur, n'avez- vous point entendu nommer el renommer celui qui osta les éperons dores du roy François, quand il fut pris a Pavie? C'est mo> raesrae.
don Juan miabuelo : *Saca mis bot as ». » Voylà de belles rodomontades, et fort am bilieuses! Laissons- les là, et parlons-en d'autres.
Lorsque l'empereur Charles eut pris la Gollelte, et qu'il fallut marcher parmy les sables chauds et stériles et avec grandes incommodités vers Tunys, s'aparurent à l'audeYant de luy, pour lempescher, environ trente raille Mores , tant à cheval qu'à pied. Il y eut un jeune soldat espaignol qui, s'estonnant de voir tant de gens tout à coup , commença à s'escrier : Jésus l Y con tantos Moros hemos de pelear 2 ? Soudain uu vieux soldat, marchant près de luy , luy remoustre : Calla, bisofio; à mas gente y Moros, mas ganancia ygloria3.
Un soldat, à la camisade que ce brave don Juan d'Austrie donna en Flandres au camp des estats, et en devisant avec ses compaignons, et marchant , il vint à demander des eunemys : Quantos son*? Un sien compaignon luy répliqua soudain : Vayate al diablo , con tu question y cuenta ; di mas bien : Vayamos à ellos, quantos que sean 5.
L'empereur Charles, en la guerre d'Ongrïe, un jour qu'il faisoit la reveue de son camp, et estant avec luy Ferdinand son frere, roy des Romains , lequel portoit ses cheveux longs et grands en fenestre , comme l'on disoit à l'antique , à mode de son ayeul Ferdinand , il y eut un soldat qui en eut despit , et s'escrianl il dict : Sacra Magestod, osdoymis pagas, yhaga trasquilar el liermano tuyo don Hernandes 6. Il falloit bien dire que ce soldat estoit bien hault à la main, de ne souffrir une chose qui ne luy touchoit en rien. L'empereur l'ouyt, et ne s'en fit que rire avecques son frere.
Un autre fil bien pis à cestc fois mesmes ;
' Le roy don Ferdinand dit de grandes paroles 5 don Juan mon crand-pere : « Oiez-moy mes bottes. .
* Jésus! avons-nous donc à combattre contre tant de Mores?
» Tais-toi, poltron; plus il y aura d'ennemis, plus il nous en reviendra de profil el de jjloire. «Combien son l- ils?
* Va-t'en au diable, avec ta question et ton compte. Dis plutôt Allons à eux, en quelque quantité qu'ils soient.»
* Sacrée majesté, je vous abandonne ina paye, el Fanes raser voire frere don Ferdinand.
RODOMONTADES ESPAIGNOLLES.
car, ainsy que l'empereur passoit par les battailles, et faisoit reveue, il se mit à crier: Vayase al diablo, bocina fea ! que tant arde es vem'do, que todo el dia somos muertos de liambre y de frio1. L'empereur l'ouyt aussy : mais il n'en fit que rire , sans en vouloir tirer punition , pensant grandement faillir , non scullement en cestuy là, mais en autres, s'ils eussent delinque; car il aymoit et cherissoit ses soldais espagnols comme ses enfans.
Une plaisante rodomontade fut d'un hydalgo cspaignol , lequel , ayant faict un jour une demande au roy Ferdinand dans sa salle, et leroy demeurant assez, et songeant pour luy faire responce , il luy dict : Sacra Mageslad, hagame por Dios respuesta; sino alla baxo esta mi macho 2. Comme voulant dire : a Si a vous ne me despeschez viste, je m'en retourne a sur mon mullet. » Quel fou , fat, glorieux estoit cet hydalgo, et plaisant pourtant avec son mullet !
Le marquis de Pescayre estant à la battaille de Ravenne, et combattant vaillamment, luy ayant esté donné pour gouverneur un fort honneste homme, qui se nommoit Placidiodc Sangro, cavallero muy noble y esforzado J , après avoir combattu , et l'un et l'autre, longtemps, fort courageusement, considerando el peligro del daho vecino, buscô al marques y le dixô :*0! cavallero valeroso, pues que a no es cosa de animo varonil, sino de un
• loco, contraster tanto tiempo con la for- « tuna contraria , en tanto que el cavalloestà «sano, y las fuerzas bas tan, os libra de a la muerte , y guarda para mejor ventura. » Enfonces el marques le respondià : • De buen •grado obedeceria, à siguiera muy fiel este
• consejo saludable, si me persuadieriais
• cosa tanto honrosa quanto segura; antes « quieroyo que me Uoren mis amigos muerto
• con honra,que yo llorar affrenlosamente,
• con vida infâme en mi casa, tan tas muer-
• tes de tan grandes capitanes*».
1 Va-t'en au diable, vilaine bête! tu vient si tard que lu nom as fait mourir de faim et de froid pendant toute b journée.
* Sacrée Majesté, pour l'amour de Dieu, rendez-moi réponse, sinon, mon mulet est là-bas.
* Gentil-homme très noble et très vaillant.
4 Considérant le péril de la défaite prochaine, et s'étant tourné vers le marquis, il lui dit : • O valeureux ebe-
• vaiier! puisqu'il n'est pas d'un homme prudent, mais
Voylà, certes, une très belle et courageuse rodomontade, et à laquelle, tout ainsy qu'elle fut dite, le marquis ne faillit à l'effect; car, plustost que fuyr, il fut pris prisonnier : observant en cela très bien aussy sa devise, qu'il avoit pris d'un bouclier, avec ces mots : Aut cum hoc ,aut in hoc que ceste brave mère de Sparte dict à son fils quand il alla à la guerre, et luy commanda ou de s'en retourner honorablement avec luy envie, ou bien porté dessus estandu mort.
On dict que Tallebot le grand , quand il mourut à Castillon, dist à son fils semblables paroles aux precedeutes pour sesaulver; mais le fils ne voulut obeyr à son pere, et mourut avecqites luy.
Froissart , parlant de la battaille de Nicopoly contre les Turcs, qu'il y eut un chevallier françots, nommé le sire deMontcaré2, vaillant seigneur et gentil chevallier, qui estoit d'Artois, Kquel, quand il veid que la desconfîture tournuil sur les François, il avoit là son fils fort jeune, il dict à un sien escuyer : «Prends mon « fils, si l'emmene ; tu te peux bien partir parcelle «aislc-lâ qui est toute ouverte. Sauve-moy ma «famé. J'aitendray l'advanture avec les autres.» Ce sont les mesmes parollesde Froissard3. L'enfant respondit que point ne partirait, jet ne le lairoit. Son pere le fit tant à force, quci'escuyer l'emmena, et le mit hors de péril, et vinrent sur le Danube : mais l'eufant , qui estoit tout triste de son pere, se noya par grand malheur entre deux barques, et ne le peut-on sauver.
J'ay leu dans un livre espaignol , parlant de la battaille de Pavie,de Galeas SanSevrin4, qui estoit grand escuyer du roy François pour lors, que, combaliendo valerosamente, muriô de*
« d'un vrai fon , de disputer trop long-temps contre une «mauvaise fortune; pendant que ce cheval est encore «sain, et que vos forces suffisent , délivrez-vous delà «mort, et conservez-vous pour une meilleure fortune • Alors le marquis lui répondit : «Je vous obeïrois de bon « cœur, et je suivrois fidèlement ce conseil salutaire, si « vous me conseilliez une chose aussi honorable qu'avan- « tapeuse ; mais j'aime mieux que mes amis me pleurent «mort avec honneur, que de pleurer honteusement, en . menant une vie très deshonorable dans ma maison, la • mort de tant de grands capitaines. > 1 Ou avec, ou dessus.
* San-Severino.
* Montcaurel.
* Voy. livre iv, p. 263, du tome h de mon édition de Froissart dans le Panthéon.
14 TROISIESMK
lante del rty , con honrado fin de vida, y satîsfizo lo que debia à la gracia real, y â sa honra esclarecida ; el quai, cafendo de su cavalto , vueltô â don Gulllelmo de Langea/, noble cavallérv, que io queria socorrer en aquel extremo caso, le dixô : « Dexadme,
• hijo , gozar â lo menos de mi hado, y •part 'ni de aqui con toda la presteza que •podreis ,y corredà de/ender al rey;y si
• os librais salvo de la pelea , os acordareis , •como amigo y piadoso , de mi nombre y •Ivonrado fin ». » Ces rodomontades et parolles graves sont belles.
Mais encor plus est une que prononça le marquis de Pescayre de cydevant , lequel , allant un jour à un combat contre Berthelemy d'Alviano, grand capitaine \tn\tivn , dexando el cavallo, à pié, con un a pica en la ma no, vuelto al ras , dU'à:vEa, soldados! tened
• cuidado que enlrando yo en la batalla, si
• quiere mi ventura que muera honrada-
• mente en ella, ivsotros no permitais que
• sea antes hollado de los pies de los ene-
• migos , que de los vuestros. » Los soldados, gritando animosamente, le respondieron,muy alegres , que pasasc delante con buen animo, porque ellos estaban determinados à ganar loor de tan gran virtud, slendoles muy obedeclentes como â capitan, y como a soldado peleando esforzadamente : y no engaflô el succeso à sus esperanzas, porque lodos combatieron muy bien con /urioso asalto 3.
* Que, combattant Taleureusement, il mourut en présence du roy, finissant honorablement sa vie, et satisfaisant a ce qu'il devoit à la bonne volonté que le roy lui porloit, cl à son honneur. Ce seigneur, tombant de «on cheval, se tourna vers le seigneur Guillaume de I ijeay, noble chevalier, qui le vouloit secourir dans cesle fâcheuse extrémité, el il lui dil : < Laissez-moi, mon (ils, «au moins jouir de mon malheureux sort, et partez d'ici
• arec toute la vitesse que vous pourrez, pour aller secou-
• rir le roy ; et si tous vous tirez de la bataille, comme un
• bon et pieux ami, tous tous souviendrez de mua nom «el de ma lin honorable. •
1 Ayant quitté son cheval , et estant a pied arec une pique a la main, il se tourna en arrière et dit : «Or ça, mes
• amis, en entrant à la battaiile, si par hasard j'y meurs «honorablement, ayez soin, tous autres, de ne point
• souffrir que je sois foulé aux pieds des ennemis plutôt
• qu'aux vôtres. . Les soldats, criani avec ardeur, lui repondirent fort joyeusement qu'il passât devant avec sûreté,
En ceste rodomontade 11 y a à remarquer deux choses, L'une, qui se peut mieux représenter que dire,d'auiant qu'il se faut représenter que c'est une grand gloire au soldat, alors qu'il void son couronne! abalu mort par terre à sa teste, qui ne s'estonne point, et ne reculte point en arrière, mais pousse plus avant, aymant mieux fouler le corps de son gênerai et luy passer sur le rentre en vangeant sa mort vaillamment, que si son ennemy venolt après triomphant, et luy foulast le corps, et passant pardessus, et en suivant, les autres siens ennemys sans autre forme de vengeance; ce qui estoit certes très bien advisé et remonstré à ce grand marquis. L'autre chose qui est à noter, est que les soldats disoient qu'ils esloient prests d'obeyr, non seulement à leur capitaine, mais â un soldat qui en vouloit faire le mestier avecques eux ; comme certes rien n'anime tant le soldat que quand il void son couronnel , son maistre de camp et son capitaine faire de mesme comme luy. Les soldats dudict marquis ne faillirent pas â son dire; car ils firent si bien qu'ils gaignerent la bataille : et se lit que le roy Ferdinand voulut avoir le nom , non-seulement des capitaines, mats des soldats, et les fit mettre par escril , de ceste façon que : aun oy dia, en los libros de los tesoreros, estan elegantemenle escritos los nombres de aquellos soldados que en el hecho de armas de Vlncencia, al rio lirenta, combatiendo en la advanguradia,ganaron la batalla con maravilloso valor K
Lorsque ce grand roy d'Espaigne , qui fut l'an 1688, fit et dressa un si grand et superl>e apareil de mer contre l'Angleterre, après leur naufftage, je vis aucuns soldats et capitaines, voire gentilshommes, espaignols, passant par la France, et tirant vers leurs pays, qui m'en firent de hauts contes. Entre autres choses, ils me faisoieut l'armée de six vingts vaisseaux ,
due aox Brands courages, luy estant très obéissans, comme à leur capitaine, et comme à un soldat qui combattoil Taillamment : el le succès ne irompa point leurs espérances, parce qu'ils combattirent tous très bien , et avec une ardeur incroyable.
' Encore aujourd'hui l'on voit e^ament écrit dans les livres des trésoriers les noms des soldais qui, dans l'affaire de Vicence, sur la rivière de Brenia, ^j^^J
RODOMONTADES
dont le moindre estoit de trois cens tonneaux. 11 y en «voit vingt de mille à douze Cens tonneaux, dont il yen avoit qualre ou cinq grandes galleasses du tout incomparables ; plus de quarante à cinquante de sept à huict cens; si bien qu'il y avoit trois ans que ce grand roy avoit mis tous ses esprits, ses efforts, ses desseins et ses moyens : et puis m'allerent dire ceste rodomontade, qu'un an avant que l'armée partist du port , el rey itabia mandado al gran mar Oceano, que se aparejase para recibir en su reyno y agitas sus vasallos, no propriamente vasallos, para declr verdad, mas moritafias de leflo ; y tambien a los vienlos, para césar y caUarse, y favorecer sin ninguna tempestad à la navegacion de su mada; la sombra de la quai queriaar el que hiciese caer y baxar con grand humUldad, no solamente los arboles y masteles de los navlos, mas las puntas de los campanarios de ioda Ingalaterra ».
Certes , voylâ une belle rodomontade et menace espaignolle , si la fortune eust voulu favoriser l'entreprise. Mais ceste grand armée s'en alla en rien , moitié par la prévoyance et condHictc de ce grand capitaine le millort Draq 2, l'un des plus grands capitaines qui ait battu la mer Oceane deux cens ans y a , voyre et possible jamais, et moitié par les tourmentes et vagues de la mer, par trop irritées possible des menaces qu'on leur avoit faicles : lesquelles de soy sont fort orgueilleuses, et ne veulent estre bravées en nulle façon. Rodomont en secut bien que dire. Lorsqu'il voulut passer d'Afrique en Europe, il se mit a maugréer Dieu par ces mots : Se gli è alcun Dio nel cielo , ch'io no'l so. Certo, uomo non è c/telabbia visto. Ma la vil génie lo crede per paura. Il mio buono brando, e la mi a armatura,
1 U roy avoit mandé â la grande mer Oceane qu'elle se tint preste a recevoir dans son royaume el sur ses eaux, ses vaisseaux , non proprement des raisseatix, pour dire la vérité, mais des monteQues de bois. Il avoit de mesme mandé aux venls de cesser et de se taire, et de favoriser, sans aucune tempête, l'arrivée de sou armée navale a l'ombre de laquelle il preiendoit faire tomber et renverser, non seulement les arbres et les mais des vaisseaux , mais encore le* pointes des clocher» de toute l'Angleterre.
'Drake.
ËSPAIGNOLLES 15
é l'anima ch'io ho, sono II mio Dio >. Force autres vilains et exécrables mots dict-il , qui sont escrits dans Rolland l Amoureux , qu'il vaut mieux taire que dire, lant ik sont villains; et puis, parlant aux vents: Soffia venlo.se soi soffiare a; et les brave et mesprise, et monte sur mer , contre l'advis de tous les pilotes et mariniers. Et, ce qui est le bon, y estant, ne s'estonne,et ne laisse â continuer ses bravades, et piaffe. Toutes fois, il y fut bien secoué , et prest à perir.
Ovide raconte qu'Ajax Oylée tournant de la guerre de Troye, son navire fut mené de toutes façons par les ondes, les tempestes et les vents, luy les maujjreant et détestant. Ledict navire vint à donnera travers d'un escueil, où se brisant , Ajax eut l'adresse de s'en jelter soudain hors sur lescueil, où, s'y agraffant des mains et des ongles, se mit a maugréer davantage, a En despit de Jupiter et Minerve, dict-il, je me «sauverai des eaux de Neptune. » Mais Jupiter, irrité de tels blasphèmes, envoyé soudain son foudre sur l'escueil, qui, s'esclaltaul en deux parts, l'une demeure ferme, et l'autre de la salvation d'Ajax tombe dans l'eau et emporte l'homme , et tous deux subruerent , el se sumergerent ainsi dans la mer, dont ils pensoit estre sauvé.
Quand les rodomontades de parolles portent leur coup et leur effect, elles sont fort â estimer; car il y a deux sortes de rodomontades, l une de parolles, et l'autre d'effects : et cesle-cy dernière mérite louange sur les autres , comme ceste-cy que je vais dire, que j'ay leuc dans le livre de la Guerre d'Jllemaigne, faict en espaignol par le seigneur d'Avila, qui estoit présent , et que j'ay veu confirmer au feu capitaine Valfrenière , gentil soldadin s'il en fust oneques , et qui estoit lors page dedom Alvaro de Sando en ceste mesme guerre, l'ayant pris jeune garçonet eu Fiedmont , et despuis mourut devant Bourg-sur-Mer, tenant le party huguenot : de la perte duquel ce fut grand dommage, car il avoit beaucoup veu, et croy qu'il estoit des bons capitaines qu'eust M. l'Admirai , et le plus
• S'il y a quelque Dieu au ciel , je n'en sçai rien. Certainement il n'y a aucun homme qui le sache avec certitude ; mais la canaille le croit par crainte. Ma lance, mon armure et mon courage sont le seul Dieu que je counoisse.
» Que le vent soufle s'il sait soutier.
TR0IS1ESME DISCOURS
praclic. L'histoire raconte donc que el empe-
rador, viendo que era necessario de ganar la olra parte del Ho Mbis , tantas veces nombrado por los antiguos Jiomanos, y tan pocas visto por ellos, y de los Espafloles bien reconocido y senalado, habia mandado que la arquebuzeria usase toda diligencia , y que pasase. Subitamente se desnudaron diez arquebuzeros espailoles à la vista del emperador, y estos , nadando con las espadas atravesadas en las bocas, llegaron à algunas barcas , lirando à los enemigos mucltos arquebuzazos , de la libéra , y ganaronlas , y mataron à los que Iiabian quedado dentro , y asi las traxeron ; en las quales paso la arquebuzeria, y quedô se/iora de la ribera , y los enemigos comenzaron del lodo à perder el animo. Y queriendo el bravo emperailor reconocer y galardonar tan valientes soldados , despues la batalla ganada , mandé venir los dichos soldados adelanle Su Mages tad , y darlos un vestido de terciopelo cramesi, otros dicen de grana , à su modo , y bien gamecido de oro y plala, y cien ducados à cada uno , y grandes ventajas en sus compailias ; de mariera que asi dislinguidos, delante de lodo el carnpo , iban braveando y paseando con gran soberbia, de manera que toda la gente iba diciendo de ellos: aaqui estan los bravos y déterminait dos de bas barcas '. »
Le livre n'en dict pas tant ; mais ledict capitaine, fort mon amy, me Ta conté ainsy. Je vous jure qu'on avoit raison de les admirer, et de les appeler tels; car leur acte estoit brave: et telle rodomontade valoit plus que cent de parolles.
1 Que l'empereur, Toyant qu'il étoit nécessaire de gagner l'autre bord du fleuve de l'Elbe, si renommé chez lesancieu* Romains el ti peu connu d'cui, mais si bien connu el si célèbre pour les Espagnols ; el ayant donné ordre que son harquebuserie usât de toute diligence, et qu'elle passai promplement, dis arquebusiers espagnols se dépouillèrent a la vue de l'empereur, et nageant avec ' leurs epées dans leurs bouches, ils s'approchèrent de quelques barques, malgré les arquebusades que les ennemis leur liraient de la rivière, les gagnèrent, el l ucrenl ceux qui y estoient restés, et les amenèrent aux arquebusiers, qui passèrent dedans et restèrent maîtres de la rivière, les ennemis ayant tout-à-fait perdu courage L'empereur, voulant reconnoltre et recompenser de s
C'est assez sérieusement parlé : retournonâ encor un peu à la bouffonnerie touchant cet rodomontades.
Un certain Espaignol , louant une espée qu'il avoit à un sien compagnon , disoit: De cinco que tengo, esa es en quien yo tengo mas confianza , y la que nunca me /allô de la mano. Esa es fa que tan famada esta en toda la tierra;y es la que tantas veces me pidià emprestada don Pedro Iiecuero : y esta misma es que treinta aflos â esta parte no se ha hecho campo en toda la Andaluzia, donde ella no se haya hallado; porque de Cordova, de Cadiz, de Malaga, de Cartagena, y de otras muchas y diversas partes, donde suceden algunos desafios entre los amigos, luego me envian por ella. y con, esta fué con la que mataron el sacristan de San Lucar: y con esta cortaron los mulos à iïavarico , el soldado de duque ; y con esta Ravanal hizo grandes cosas en 'Toledo, al tiempo que don Baltero mata el f iscayno en el Alcazar , y no pudô hallarse en salvo, sino por tener esta espada : y esta es la misma , por quien , lia un a no que tt'enen ya por costumbre en los desafios sacar,porcondicion que nunguno llc\\e mi espada. De manera que es tan famada por lodas las tierras y compailias, como la espada encantada de Roldan , y del rey Artus. Que si yo quisiese contar las virtudes de es fa espada, nunca acabaria '.
Ccstc espée me faict ressouvenir d'un de nos vieux capitaines du Piedraont, que j'ai cogneu, qui pourtant ne faisoit pas plus grands miracles de son espée qu'un autre, et disoit: a Quiconque aura affaire à moy, il faut qu'il aye «affaire à Martine que me voylà au costé (ap-
vaillans soldats, les fit venir devant soi après la batlailie gagnée, et leur donna un habit de velours cramouty, d'autres disent d'ecarlatle, à leur choix, et bien garni d'or et d'aï geut, et cent ducats à chacun , avec de grands privilèges dans leurs compagnies; el, ainsi distingués dans l'armée, ils se promenoient avec beaucoup de fierté» et tout le monde disoit d'eux : • Ce sont les braves et det terminés des barques. »
• De cinq epées que j'ai , voylà celle en laquelle j'ai le plus de confiance, el qui ne me manque jamais au besoin. Cest celle qui est si renommée par toute la terre. C'est celle que m'a tant de fois empruntée don Pedro. C'est la même sans laquelle il ne s'est point fait de querelle dans toute l'Andalousie depuis trente ans où elle ne se
RODOMONTADES ESPAGNOLES
«pellant son espée Martine) : et quiconque me «la besoignera ( usant de l'autre root sallaud «qui commence par f), qu'il die hardiment «qu'il aura besoigné la meilleure espée de «France.»
Voylà une plaisante louange despée de cest Espaignol ! Mais le gallant s'oublie en cela ; car il ne conte point les vaillantises qu'il a faicles avecques ceste espée , sinon celles des autres; mais il pourra dire que si les autres faisoient si bien avecques ceste espée eroprumptée, infailliblement, estant sienne et entre ses mains , elle faisoit rage. Toutes fois , il y en a aucuns et plusieurs aux espées desquels ne faut attribuer leurs beaux faicts et vaillantises, mais à leurs bonnes mains et braves courages. Cestuy- cy, que je vais nommer, se loue bien mieux.
11 y avoit donc un Espaignol qui disoit : No sabeis que me aconteciô en Cordova,porque no hay cosa mas publica en Andaluzia, de a quel F rancesco cordonero, el quai lùzo muestra de hacer mono contra mi? ÏVo hubo acabado de desenvolver su capa, quandoyo le ténia con su mismo puflal cortada la rnano dereefui , y clavada en cima del bodegon del Gqyelaneto. Pero, ni por eso perdi la tierra, ni dexé de pasearme por las colles y rincones, sin temer la justicia ; porque ella , y la cuaresma, nos on sino para los ruines, vellacos, y desdicliados : y ademas, siempre andabayo bien armado, siempre la espada en la rnano, y con la média vayna,y tambien nunca dexaba un broquel de los Sevillanos , y su atudura ; con la barba larga,y cabellos trasquilados ;
soit point trouvée; parce que, lorsqu'il arrire quelque défis entre les amis à Cordoue, a Cadix, a Malaxa, a Cartai;ene, et en plusieurs autres lieux, sur-le-champ ils m'envoient chercher par rapport h elle. Ce fut avec elle qu'ils tuereut le sacristain de Saint-Lucar. Ce fut arec die qu'ils coupèrent les jarrets a Navarico, soldat du duc- Ce fut avec elle que Ravanal fit de Grands exploits à Tolède, du temps que don Galtero tua le Biscaïen dans l'AIcacar, et rien ne fut cause de son salut que ce qu'il avoit ceste epée. C'est celle-là même au sujet de laquelle ils ont accoutumé, depuis un an, de meure pour condition dans leurs défis que personne ne prendra mon epee. En sorte qu'elle est aussi fameuse par toute la terre, et dans les compagnies que l'epée enchantée de Roland et du roi Anus; el que, si je voulois raconter ses merveilles, je ne finirais jamais