BRANTOME U
| y quando era menés ter de salir acompaiiado , no me faltaban amigos , que, à medio repiquete de campana, se juntaban trecientos compaileros , y todos en verdad Itombres de bien y de ma no
Un gentilhomme espaignol, qui estoit fort gros et gras, montant un jour les degrés du chasteau de Madrid , il y eut deux autres gentilshommes qui estoient au haul, qui, le voyant monter, s'entredirent assez haut que l'aulrc l'ouyst : Mira el puerco que sube 2. L'autre , estant monté, leur dict : Si, yo soy puerco; mas, vos no me matareis, dict -il à l'un ; y vos, no me comereis, dict -il à l'autre3. Picquant l'un, qu'il ne le lueroil pas, pour son peu de valeur qu'il cognoissoit en luy; el l'autre, qu'il ne le mangeroit point, d'autant qu'il estoit soubçooné d'esire marrane, lesquels ne mangent point de pourceau.
Un médecin dict bien mieux, lequel eslant allé voir un evesque qui estoit malade, mais fort gros et gras; et l'ayant laissé, ainsy que aucuns de ses amys, en sortant de sa chambre, luy eussent demandé comment il se porloil, il ne dict autre chose, sinon : Pluguiese à Uios que fuese tal mi maclto * l
Un pauvre diable espaignol qu'on menoit pendre, ainsy que le cordelier l'admonesloit de son salut, et luy demandoit s'il ne s'estoil pas bien tousjours soubvenu d'une oraison qu'il luy
1 Ne savez - vous pas ce qui m'arriva i Cordoue, puisqu'il n'y a rien de plus connu eu Andalousie, de ce François le passementier, lequel fit mine de lever la main contre moy? Il n'eut pas plustost achevé de se développer de dedans sa cappe, que je luy coupai la main droite avec son propre poii;uard , et que je la clouai au dessus du cabaret de la peiile Cornemuse. Cependant je ne m'absentai point pour cela, et je ne laissai point de me promener par les rues et par les endroits les plus detournés, sans craindre la justice, parce qu'elle n'est faite, non plus que le raresme, que pour les petites gens, pour la cauaille el pour les malheureux. El, de plus, je marchois toujours bien armé, l'epée a la main cl a demi oYgaluée ; el je ne manquois jamais d'une rogdachc de Scville avec sou attache, la barbe large el les cheveux préparas; et quand je devois sortir accompagné, mes amis ne me manquoient point, qui, au nombre de trois cens, et en vérité tous hommes de bien el d'expeditiou , se joignoient à moy au moindre bruit.
* Regardez ce cochon qui monte.
* Il est vrai, je suis un corliou; mais vous ne me tuerez poiul, dit-il à l'un. Et, pour vous, vous uc me * mangerez point, dit- il à l'autre.
* riût à Dieu que mon mulci se portai aussi bien !
avoil apprise, et Vil nel'avoit pas tous jours dicte, laquelle, la disant tous les jours, il ne mourroit jamais de feu ny d'eau , et si sçauroit le jour de sa mort; le gallant, tout prest a estre jetté au vent, luy respondit arrogamment : Fayase al diablo, seftor frayle, que tan bien lia profetizado, y tan mal me lia setvido su oracion; porque no muero en fuego ni agua, mas en el ayre, que es peor, y tambienyo sèy conosco el dia de mi muerte i, et ainsy mourut-il. Le conte tient plustost de la plaisanterie que de la rodomontade; et l'ay plusiost escrit que pensé : toutesfois je ne m'en repens, car il n'est point mauvais.
Un capitaine espaignol estant allé un jour voir une courtisane sa dame à Toledo , elle , luy pensant remonstrer qu'il ne venoit à la bonne heure , d'autant qu'à telle heure du soir passoient et repassoient trois braves et rodomonts de la cour, tous couverts d'or, et leurs rondelles en la main chascun, qui estoient les deux Pymantels et don Juan de Gusman, il luy respondit en bravant: Que vengan, que vengan eslos bravos de corte , de los mas pintados, y tan bien arodelados ! Que vive à Dios, sus rodelas y broqueles no me espantan, ni mas ni menos que los coseletes y arquebuzes de cien enemigos en campafta. Y si vienen , yo les mosfraré que peligrosa cosa es de tocar à mis amores 2. Mais le bon fut qu'ainsy comme il bravoit, les voîcy venir toucher à la porte avecques grand'rumcur de leurs armes, et que luy, entendant le bruict, il dit à sa dame : Seftora , grand locura séria , y trato de un atrevido, temerario , y ignaro de las armas, de un solo acometer à très : y por eso , mejor es por mi de reconocer la puerta por detras, yrecogerme, y salvarme afuera 3. Je tiens ce conte de M. de Savoye,
Fh! allez au diable, mon père. Vous n'avez que trop bien prophétisé; puisque je ne meurs pas. 5 la vérité, dans le feu ni dans l'eau , mais dans l'air, qui est encore pire; et que, quoique votre oraison ne m'ait de rien servi, je srai néanmoins le jour de ma mort.
• Qu'ils viennent, qu'ils viennent res braves de la cour, si bien ordonnés et si bien garnis de rondaches* Vive Dieu ! leurs boucliers et leurs rondaches ne m'épomanient pas plus que les corselets et les arquebuses de cent ennemis en campagne. Et s'ils venoient, je leur ferois voir combien il est dangereux de toucher a mes amours.
• Madame, ce vroH une tjrande folie et un trait
qui en sçavoit de fort bons, et !cê racontolt
bien quand il vouloit .
Et certes , ce capitaine avoit raison , après avoir bien pensé en son faict, de se desdire de sa bravade et se retirer de bonne heure; car ces Pymantels estoient des fendans de la cour de l'empereur, et des plus accomplis et adroicts. Ce fqrent ces deux qui se firent tant signaller en tous les tournois et combats célèbres en Flandres pour la réception du roy d'Espalgne, et même don Alonso l'aisné, ainsy que j'ay " leu , et ouy raconter à madame de Fontaines, Tune des honnestes dames de France, qui estoit lors fille de la reyne Elconor, et se nom' moit Torcy. Du despuis Alonzo fut envoyé visceroy & la Golletle, où il fut accusé de sodomie, et pour cesentencié. Surquoy un gentil homme françois, que je cognois, demandant une fois à Rome à un Espaignol de la mort dudict Alonzo, lors il respondit naïfvement : Seftor, fue quemodo, porque era bujarron , como por Ventura V. M. Ce qui fut tourné en risée, voyant lanaïfveté dont usoit en son parler ledictcspaij; uni, ci aussyque ledict gentil homme estoit soupçonné de ce vice.
Ce capitaine espaignol précèdent tenoit de l'humeur et opinion d'un autre qui disoit : Mas quiero yo que de mi diga la gente : « aqui un toi huyô, » que « aqui un tal murià 2. » Celuylà vouloit vivre à bon escient.
Un soldat espaignol, discourant et racontant un jour demi-douzaine des blessures ou harquebusades qu'il avoit reccucs à la guerre, l'une prise au siège de Parpignan , l'autre & la Golletle, la troisiesme à Cerizolles, la qualriesme à une rencontre en Piedmont, et la cînquiesme à la reprise de Casai ; et, venant à la sixiesme, monslrant une grande ballaffre, et faisant la mine de mesmes , qu'il avoit tout le long du visage, il dict : Y esta me la diù por detras un bujarron Italiàno,que me pesa mas que todas, porque luego que me la dià, huyô,
d'étourdi, de téméraire et d'iRnorsnt dans les armes, d'attaquer trois hommes, moi tout seul :c'< si pourquoi H vaut mieux que j'assure la porte par-dedans, que je me relire et que je me sauve dehors.
« Monsieur, il fut brûlé parce qu'il étail sodomiu», comme peut-êire l'éles-vous aussi.
• J'aime mieux que le monde dise de moi : .un le! •'est enfui d ici, que \ • un tel mourut ici. •
RODOMONTADES ESPAGNOLES
y eseapô dé mis manos, de tal ma ne va que no le pude alcanzar; y se tiene tan secreto y escondido de mi, que hay dos aflos que le voy buscando, stn poder hallarte. Mas, viva Diosl que si yo le topo, a inique fuese entre los brazos de Belzebut, yo le dard tantos polos â la turquesca, que yo le haré morir buen martir K
Un de nos capitaines françoiadict bien mieux une fois, menaçant un sien ennemy : «Je Iuy « donnera y tant de coups de baston que je l'en a fera y mourir t et, quand il sera mort, je le «feray escorcher, et corroyer sa peau; si bien • que j'en feray un tambourin, que je feray en- «core battre vingt ans après, afin qu'il se soutienne de moy en l'autre monde. »
En tournant de Malte, nous autres François qui y estions allés pour le siège, nous rencontras mes en Toscane à nostre chemin un soldat eapaignol de moyen aage et de fort belle façon, comme certes de ceux là il ne s'en trouve qui Tait mauvaise; mais pourtant fort mal mené de sa personne, et bien deschiré. M. de Lan sac et moy nous nous mismes à Iuy demander d'où il venoit. Il nous respondit qu'il venoit de la guerre d'Ongrie , et nouvelle volonté Iuy avoit pris d'aller chercher loingtaine advanture par lés armes, encoreqn'il fust du tout ra//?co,disoit-il, por las armas*; se repentant pourtant fort du voyage, pour n'avoir trouvé en ces pays aucune courtoisie, tant la gent y estoit barbare et rude. Puis, en ayant assez dict de mal, il eut ceste superbeté de ne nous demander l'aumosne selon la coustume des autres pauvres, mais, par ces mots nullement ne vergoîgneux ne piteux, il nous dict : Se flore s, V. Ms. considérai cou alguna Institua que si fuesen en mi lugar, lo que iiabrian de menester para pasar su e a/ni no, yo,si fuese en vuestro lugar, lo que les daria de buena caridady gana,
' Et celle-là , un sodotnite dlialien me la donna parderrière; et elle me chagrine plus que i oui es les autres, parce que sitôt qu'il me l'eut donnée, il s'enfuit et a'esebappa de mes mains, de manière que Je ne le pus atteindre; et 11 se tint si bien caché et si à couvert de moi, qu'il y a deux ans que je le cherche partout sans le j pouvoir trouver. Mais, vive Dieu! si je le trouve, fûtil entre le» mains de Belzebut , je lui donnerai tant de 1 la turque, que je le ferai mourir bon
par les armes.
para socorro de sus necessidades '. Voy es quelle gloire et quelle industrieuse façon de demander l'aumosne sans faire le gueux et du queroant! Je vous laisse à penser si nous en risme* et si nous en fismes le conte ailleurs : et si n'y a pas long temps que noua le fismes à M. de Guyse, Lansac et moy, qui m'en fit soubvrnir, dont son excellence en rit bien; et mesmes que, veu ceste gravité et façon altiere, nous eusmea home de Iuy donner peu : mais un chascun de nous Iuy donna un double ducat ; encore le mt> raut en fit peu de conte, disant que no bastartan para sets pastos 3, et que si nous Iuy voulions donner un lacquays jusques à Naples, qu'il le nous rendrait : et Dieu sçait, le mars ut, s'il eu. si leuu sa parolle; cl nous autres plus à loysir que de Iuy donner ledict lacquays, non pas pour cent fois autant. Asscurez-vous pourtant que nous menasmes bien ce conte.
Il est pareil à un que m'a conlé un gentil homme, lequel, se pourroenant une fois dans Rome, à l'estrade ciel popolo , toute nuict noire, avec un autre gentil homme, voicy venir un Espaignol assez bien en poincl , qui les vint accoster par telles parolles : Seilores, la noc/te me ha /avorecido de topar con vosotivs genùles Vranccses, para supli caries de tener lastima de mi, pobre y misero ; porque , de dia, por todo el tesoro del mundo , no querria moslrar à la gente mi miseria ; y por eso supUco à V. M'. ; que me alarguen sus libérales y largos manos franceses 3.
Voyià de mes mandians secrets et honteux; et, au partir de là, qui les verra au jour en public, ils feront des braves, ne faut point dire comment, et si ne craindront point de dire :
1 Messieurs, considérez avec un peu de commisération que si tous riiez à ma place, je vous donnerait de cœur et de bonne volonté, si j'étois à la votre, ce dont tous auriez besoin pour continuer votre chemin, et pour vous srcourir dans votre nécessité.
* Qu'ils ne suffiraient pas pour six repas.
• Messieurs, la nuit m'a assez favorisé que de ma faire rencontrer d'aussi braves François que vous , pour tous supplier d'avoir pitié de moi, pauvre et misérable, parce que de jour , pour tous les trésors de la terre, Je ne raudrois pas montrer ma misère au monde : c'est pourquoi je tous supplie fort, messieurs, de ta bien me faire
Pesé à tal que somos hildalgos como el rey, dineros menos
Tels mandians ne sont point pareils à sept ou luiici que je vis une fois à Seville, lesquels, vcnans des Indes, et ayant faict un fracas de leur navire, et s'en estant sauvés au mieux qu'ils avotent peu, ne craignoient, se pourmenaot par la ville , à faire entendre au peuple leurs honorables nécessités par ces parolles : Eai seflores, tengan F. M s. Idstima de estos pobres soldados y marineras, desbaratados y fatigados de la mar y de la liambre , viniendo de tierras desiertas , comiendo culebras y lagartos, lias ta las suelas de zapatos cocidas: nos comendamos à la buena gente que les hagan la caridad en nombre de Dios 2.
Un soldat espaignol, se plaignant de sa pauvreté, disoit que son pere avoit eu de grands moyens en son temps ; mas que los habia gastado en fies tas, torneos, regocijosjuegos, bayies, y Iriunfos
J'ay ouy dire à un vieux soldat espaignol que le roy François, quand il estoit prisonnier en Espaigne, esloit fort soigneusement gardé de six compaignies de vieux soldats espaignols, et par Alarcon , p.rand capitaine en qui l'empereur se fioit fort, leur commandant, que el rey Francisco , jwr su pasaliempo , acostumbraba sembrar delante de los soldados de su guardia los escudos de oro, con tanto menosprecio de su fortuna présente, que los soldados, acariciandole , soberbiamente ë impiamente se quejaban de Dios, porque el rey Francisco no era su seUor, para conqjiistar todo el mundo, à porque ellos teniendo licencia del emperador, libres de juramento , no combatian siendo él su capitan : tanto que el seiior de Alarcon, capitan de su guardia, fué forzado de refrenar la cortesiay liberalidad del rey, y la
« En dépit d'un tel, nous somme» noble» comme le roi, quoique nous ne soyons point si riches.
1 Kb! messieurs, ajrez compassion de ces pauvres soldats et mariniers, battus et fatigués de la mer et de ta faim, venant des terres désertes, où ils ont mangé de» couleuvres , des léiards, et jusque» à la seroele de leurs souliers, après l'avoir fait cuire. Nous nous recommandons aux honnêtes gens qui voudront nous faire la charité pour l'amour de Dieu.
Mais qu'il les avait dépensés en fêtes , en tournois , en réjouissances, en jeux, en bals et en triomphes.
familiaridad de los soldados K Car la conséquence s'en fust empres en suivie, le voyant après si libéral', et eux si affectionnés à louer sa libéralité et ne la refuser poinct, et aussy qu'ils lavoient veu si vaillant et si généreux , et faire généreusement en la battaille , et n'avoient encore ny veu ny senti ce que l'empereur sçavoit faire : car, comme j'ay dit, bien laid se mit-il à se mettre en campaigne; si bien que l'uu estoit tout fait desjà, que l'autre estoit tout neuf. En quoy nous noterons aussy que le naturel de 1 Espaignol est fort avare , et aymera mieux la bourse de son ennemy où il n'y aura que deux escus , ou une petit rançon , que de le tuer, comme en toutes les guerres où ils ont cslés s'est apparu ; car les Espaignols desro boient, et les Tudesques tuoient.
Un Espaignol voulant monstrer la grande puissance qu'il avoit en sa ville, où il se toi mit , il disoit : Esta en mi mano meter Moros en la tierra,y puedo pregonar vino,y vender vinagre y salir à bien con todo eslo 2. Voylà un gallant qui avoit beaucoup d'auto ri té en sa ville, et la vanloit très bien el glo rieusemenl!
Comme j'ay dict cy-devant qu'aucuns soldats espaignols ont esté insolens de paroles à leur empereur, sur cela il me souvient d'avoir leu en un livre espaignol, et l'avoir ouy confirmer à deux vieux gens d'armes françois, qu'estant Anthoyne de Levé une fois dans Milan pressé pour le payement de ses soldats, tant Espaignols que Tudesques, et ne sçachant de quoy faire argent , il s'advisa que ninguno pudiese cocer pan à tener harina en su casa sino los que habian arrendado; y à estos les hacia pagar porcada carga très ducados
1 Que le ro> François avoit coutume, pour se divertir, de semer devant le» soldats de sa garde des écus d'or, avec d'autant moins de considération de l'étal de sa fortune présente, que les soldats, le caressant, se plaignoient a Dieu orgueilleusement et avec impiété , de ce que le roi François n'etoit pas leur maître pour leur faire conquérir tout le monde, et de ce que , licenciés par l'empereur, et libres de leurs sermens, ils ne rombattoient point sous ses ordres : de manière que le seigneur don Alarcon, capitaine de sa garde, fut contraint de resserrer la libéralité du roi, et d'arrêter la familiari lé des soldats.
* Il est en mon pouvoir d'introduire Ici les Maures, de crier du vin, de vendre du vinaigre, et de réussir dans tout cela.
RODOMONTADES ESPAIGNOLES.
de derechos : con esta moneda pagô abun- J phe, grand capitaine, et très-renommé certes , dantemente los Tudescos y E s pa fioles K A quoy fut faite une risée parmi les Espagnols , et mocquerie , qu'ils se mirent à appeller l'empereur emperador Carias, sefior hornero ». jMais pourtant la risée se tourna après contre eux: car on se mit à les appeller soldados de la parla ta 3 ; ce qui leur estoit le plus grand despit que pour lors on leur peust faire, et la plus grande injure qu'on leur eust pu dire : et voylà d'où est venue la première dérivation des soldats de la paignotte , dont despuis en Piedmont on les appelloit de ces temps soldats de la paignotte. Or, faut noter que, quelque temps après, l'empereur Charles s'estant sorti de son Espaigne, et mis en campaigne, il produisit tant de braves fruicts de luy et de sa valeur , que les soldats espaigools se mirent à dire en riant parmy eux : Juro d Dios , que aora no sornos mas soldados del emperador hornero, mas del emperador guerrero 4. Et , certes, il l'estoit, et très-bon : aussy lepensoitil bien estre, ainsy qu'il se vanta, à son retour du voyage de laGollette à Rome, devant Sa Saincteté et tout le sainct collège des cardinaux , où H deschiffra si bien le roy François , et le menaça, jusque* à dire : Yo leforzaréy meteré â tal punto de guerra, que senirâ à acabar el prostrero capitulo de los illustres
DESD1CHADOS DEBOCACIO5. D'à nia ni que BoC-
cace en a fait un livre, où il exprime la grandeur d'aucuns grands, et leur déclinaison par après. Ceste rodomontade estoit belle, si le faict l'eust accompaignée ; mais il s'en fallut. Le voyage de Provence qu'il entreprit et rompit par sa courte honte, avec son grand conseiller Authoyne de Levé, qui en fut auteur; mais il y fut bien attrappé par ladvis du prince de Met-
1 Que paonne ne pot cuire de pain, ou avoir de farine char soy, que ceux qui auraient affermé ce dicit; et il leur faisoit payer par chaque charge lroi3 ducau rie droit»; arec celte mon noie il paya largement les Aile main et les Espagnols.
» L'empereur Charles, gentilhomme boulanger.
« Les soldat* de la pagnolte.
4 Par Dieu ! présentement , nous ne sommes plus soldats de l'empereur boulanger, mais de l'empereur guerrier.
* Je le forcerai et le mettrai en tel embarasde guerre, qu'il servira à faire le dernier chapitre des Illustres /Ualheureux de Boccacç.
qui, le voyant, après la prise de Fossan, vouloir venir à Tburin ( belle butte d'espérance pour estre pris, s'il y tournoit visage comme il vouloit), le fit advertir par un espion, faisant du bon vallet à l'empereur, et luy monstrer qu'il luy vouloit faire un bon service, et qu'il dressast ses desseins vers Provence, et principalement vers Marseille, où il faisoit très-bon , n'y ayant personne pour le soubstenir, ce qu'il eust aysement faict. Ledict Anthoyne de Levé, voyant les choses facilitées par ledict prince contre l'opinion de tous, il persuada à l'empereur ce projet, qui réussit mal, dont il en mourut de despit. Ledict Anthoyne de Lève rit là une grande faute de prendre advis et conseil de son ennemy.
Ceque ne fit pas Assanagès,Espaignol rerjnié, que Barberousse avoit laissé dans Alger pour gouverneur et son lieutenant, lorsque l'empereur l'alla assiéger; et l'ayant envoyé sommer et luy remonstrer qu'il nesçatiroit mieux faire en toutes sorles que n'attendre la furie d'un siège, mais de rendre la ville sans attire cérîmonie, il respondit : Nunca peor cosa fut* , que tomar consejo de su enemigo. Que si me aeonsejârais de no rendir la tierra , yo la rendiria; mas pues que, como enemigo, me aconsejais de rendiria, yo no quiero dexaria x. Et d et bien mieux : « Avecqucs « quoy , vous autres , qui bravez et menacez , « me pensez-vous prendre et faire tant de mal ? « — Avecques tant de gens , de moyens de o guerre que nous a von?. — Et moy, respon- « dit -il , j'en ay de mesmes céans, et de ce qu'il « me faut pour me deffendre de vous attires. » Hà ! quel renégat et eunuque tout ensemble !
Il avoit bien raison de parler si bien, et de faire encore mieux : ce qui doit bien "servir d'exemple et d'advis à force capitaines qui ont gardé des places, de peur qu'il ne se laissent aller aux douces sommât ions, blandisseseï belles parolles que leur disent et envoyent ceux de dehors pour les attirer à se rendre à eux : et faut qu'ils bousebent leurs oreilles, comme on faict
» Il n'y eut jamais rien de plus mauvais que de prendre conseil de son ennemi. Si vous me conseilliez de ne point rendre cette ville, je la rendrais; mais, parce que comme ennemi vous me conseillez de la rendre , je ne veux
au chant des seraines ; car, s'ils se laissent glisser le moins du monde dans le conseil de leur cnnemy, les voylà perdus et deshonnorés pour tout jamais : ainsy que je scay d'un gentilhomme de par le monde, lequel, estant daus un chasteau de Guyenne, le plus fort qu'il y ait esté il y a trois cens ans, luy tenant le parti de ceux de la relligion , après la battaille de Montconlour, fut envoyé sommer et prescher par un gentilhomme sien parent, qui luy donna tant du bec et de laisle, que, misérablement, et à sa grand honte et confusion, il rendit la place par ceste seule sommation et conseil; place si forte , que, cinq ans après , estant au mesmes estât , fut assaillie d'un grand prince, lieuteuant de roy, qu'il ne sceut forcer ny avoir de trois mois, encore à grand peine, et par une honorable composition. Ce qui devoit estre une grande honte à ce gentilhomme, qu'on disoit de luy par risée que, pourquoy ill'avoit rendue ainsy aysement, ce n'estoit pas faute de munition ny vivres, car il en a voit ce qu'il en falloit, mais parce qu'il n'avoit pas de moustarde pour manger son bœuf sallé. J'ay peur de m'estre un peu extravagué de mon premier dessein : mais pourtant n'a point esté mal à propos ny inutile, et aussy qu'une autre fois je l'eusse oubliée.
Le marquis de Pescayre, ayant assiégé une place nommée Pisguilon »,en Testât de Milan, il y eut dedans très arquebuzeros excelentisimos defensores, puestos en mira de un litgar secreto del muro, que tenian ojo si verian parecer algun Espafiol en quien desarmasen Uu arquebuzes prestamente con tiros ciertos : asifué, que /iabiendo caydo muertos subitamente muy inaltratados el capiton Rustoy el capitan Mercado, asestando ya el tercero diligetitemenle contra el marques de Pescara , y queriendo dar fuegoà su arquebuz , depresto un capitan de Pavia, llamado et Fratin , hecluindo encima la mano, le quitô la mec/ta encendida , gritando à grandes voces 2 : «Ab q niera Dios , • que [x>r nuestra crueldad, muera et mas
1 Pizzighilone.
•Trois excellena arquebusiers, ayant été mu» en garde en un certain lieu aecrel de la muraille, regardoient « il» ne verraient point quelque Espagnol sur lequel iU pussent décharger leurs arquebuse» à coup sûrs;
•esforzado capitan que vive, el padre de *los soldados , y que nos mantiene, aunque • le seamos enemigos; mas an tes le conser- *vamos la vidayporque nosotros que vwi- *mos ganando sueldo, morirémos de hamabre en una paz larga y perezosa. » Ainsy luy fut saulvée la vie. Il avoit raison de parler ainsy; car, comme enneroy de paix, et amy de guerre et d'ambition, il leur entretenoil tousjours leur gaigne-pain.
Et ce fat pourquoy M. le mareschal de Sirozze, ayant esté un matin salué par deux cordellicrs de ces mots : Dio vi dont la pace 1 , il leur respondit : Dio vi tolga il purgatorio * ; comme disant : a Si vous me donnez ce «ouhaict de malédiction, à me désirer la paix, je vous en donne un autre de mesmes , de vous oster le purgatoire. » Car l'un vit de la guerre, et l'autre vit des pratiques qui proviennent de ce qu'on donne pour les araes du purgatoire : de façon que l'un et l'autre estoient quittes de là.
Et certes, je trouve que le capitaine Fratin avoit raison de sauver la vie à un tel capitaine guerrier et ambitieux, car il n'ayme non plus la paix ni le repos que le soldat.
Lorsque ce grand capitaine feu M. de Guyse, François de Lorraine, mourut à Orléans, quasy aussy tost après sa mort la paix fut faicte. Je vis force soldats , tant d'un parly que d'autre , le plorer extresmement , pour avoir perdu leur pere nourrisson. Et si vous diray que j'y vis plusieurs soldats delà relligion, qui estoient dans Orléans, le regretter autant ou plus que les autres; d'autant que la pluspart d'eux estoient tous vieux soldats, et de ceux qui avoient combattu soubs luy aux guerres passées estrangeres : car les huguenots, en ceste guerre, avoient enlevé avec eux la plus belle voilée des
et il arriva qu'ayant couché mort* le capitaine Bosto et . le capitaine Mercado , le troisième , ayant déjadresséson arquebuze contre le marquis de Pescaire, et cherchant à y mettre lefeu , tout d'un coup un capitaine de Pavie, nommé Le Fratin , avança la main et lui arracba la mécbe allumée, criant à haute voix :• A Dieu ne plaise
• que par notre cruauté périsse un si vaillant capitaine , « qui est le pere des soldats, et qui nous maintient, encore
• que nous soyons ennemis ; mais , au contraire , conservons-lui la vie afin de vivre du gain de I « que nous ne mourrions point de faim au ! « paix lente et paresseuse. >
» Dieu vous donne la paix.
1 Et Dieu vous oie le purgatoire.
RODOMONTADES ESPAGNOLES
vieux soldats; d'autant qu'ils avoient lesdevans, et en avoient fait leur provision devant nous : et yceux soldais l'aymoient et honoraient très fort, et pour ce le regrettoient ; et aussy qu'ils ne sçavoient où prendre party et tirer solde, et demeuraient en frisclie ; non comme ceux du roy , qui furent plusieurs appoinctés; car force compaignies furent envoyées aux garnisons. Voylà comment ce grand capitaine fut regretté autant des soldats de l'ennemy que des siens : car, pour en parler sainement, le soldat n'advise pas quel vent tire sur le droit et sur le fort de la guerre , mais où il y a à gaigner ; et qui luy ouvre le» moyens pour avoir du pain, ccluy-là est son pere. Aussy ne faut-il doubter que si feu M. de Guyse ne fust esté tué , encore que la paix eustesté faicte , il vouloit fort faire la guerre à l'Angleterre où il avoit de fort grands desseins : et , pour ce , ces soldats disoient que, tant qu'il vivrait, ils n'auraient jamais faute de moyens : ce qui est très certain. Un grand capitaine disoit «qu'un soldat sans guerre est une cheminée sans feu en esté. »
Pour quant au purgatoire, cela est assez certa in que la praclique , l'autorité et la prééminence en est du tout attribuée aux gens d'église, ainsy que le confirma le pape Alexandre, Espaignol, à qui, comme un jour aucuns cardinaux des siens eussent remonstré une grande faute d'un sien peintre, qui avoit peint l'enfer au naturel, et, là dedans, parmy les empereurs, roys et papes, y avoit peint et représenté au vif Sa Sainclcté, et qu'il falloit punir le peintre, ou l'en faire effacer du tout de la peinture1, il leur respondit de sang froid : Ciertamente , no tengoyo poder para sacar à nadie del infirma ; à estar en el purgatorio , bien lo podiera yo hacer 2. Je Tay ouy dire ainsy à un rooyne espaignol; et, quand il le faudrait monstrer par escrit et imprimé , je le monst rerois bien en quelque petit recoing d'un petit livret. Ce pape en disoit bien d'autres, dont je n'en parle pas , car il n'estoit pas bon François.
Don Louys d'Avilla estant assiégé dans la citadelle d'Anvers, lorsqu'il fallut sortir et forcer
1 Michel- Agnuolo BuoDarotti. Le tableau dont on parle ici est sou jugement dernier.
' Certainement , je n'ai aucun pouvoir de tirer nulle personne de l'enfer. Si c'estoit du purgatoire, véritablement je le poui rois bieu faire.
les retranctiemens de la ville, entre autres belles pa miles qu'il dict a ses soldats, futeeste-cy :Ea, soldados l es menester mostrar en este lugar su virtud, como en un muy afamado teatro de las cosas de la guerra !.
Avant donner la battaille de Pavie, le marquis de Pescayrc dit et commanda au marquis del Gonast , con gesto severo y animoso , pero alegre : Primeramente es menester ganareste lu gar de Mirabel, con vuestro valor, y todo vuestro esfuerzo : que si las manos , lo quai Dios no quiera , no bastaren contra et enemigo tantas veces vencido t haced que los cucrjws muriendocon la Itonra quedeben, los animos valorosos vengandose del enemigo , se satisfagan noblemente 2.
Ceste battaille perdue pour nous, se dict parmy les Espaignols que Sa Majesté ayant esté prise, et le marquis del Gouast, au retour de la chasse de quelques Souysses, ayant sceu la prise, vint dans le mesmes champ de battaille saluer Sadicte Majesté avec un très grand honneur et respect, chassant d'allentour de luy une troupe infinie de soldats, qui la pressoient et l'imporiunoient de toutes parts; et, après luy avoir apporté toutes ces belles raisons qu'il pou* voit, pour le consoler de son desastre, et surtout luy allegant la bonté de l'empereur, le roy luy responditavecques ces belles parolles et dignes de remarque, dont je m'estonne que nos escrivains françois iront touché ces gentilles particularités et paroles, et qu'il faille que nous les emprumptionsdes estrangers. Je le diray premièrement en espaignol : Yo Imbia determinado, muriendo honradamente entre las armas , llbrar mi animo de esta tan gran asperesa de mis cosas , y por no quedar vivo, des pues de haber muerto tantos capitanes mios muy esclare cidos:pero lafortuna es y a demucho tiempo asperisima , y à grand tuerto muy enemiga
« Courage, en fans! il faoticy montrer tout ce que vou» sçavez faire , comme sur un des plus fameux théâtres de la guerre.
' Arec un maintien severe et animé , mais néanmoins joyeux . Il faut premièrement gagner ce ,ieu dc Mirabel arec votre courage ordinaire , faisant tous vos efforts; que si les main» , ce qu'à Dieu ne plaise , ne sursoient point contre un ennemi tant de fois vaincu , du moins que les corps meurent avec l'honneur qu'ils doivent, leurs valeureux courages se satisfaisant noblement en se vcugcanl des ennemis.
de mi nombre, porque me couse ne la vida à mi pes«r para que sea un espectâculo de escarnio y burla , y no lia querido que yo muriese muer/e muy honrado. A lo menos, eon solo eslo me consola re,acordandome de una tan gran perdida,f/ue de oyat Mante no temeremas ninguna injuria ny fuei za de fortuna , porque habiendo sido ella cruelisima siempre y furiosa y nunca jamas satisfecha harto por tan ta s desa\.'cn~ taras , aliora finalmente habrà pagado el rcsto de su odio en este publico lloro de toda la ï'rancia , y postrera perdida mia fwr easo de tan grande desaventura l.
Voylà certes de belles parollcs , et brave résolution d'un magnanime roy, à ne se soucier plus de la fortune , puisqu'elle avoit achevé de vomir son venin sur luy en eeste si grande perte etdiseonvenue. Telles parolles touchèrent si fort au cœur des soldats qui estoient à l'entour, qu'ils se mirent tous à plorcr et a admirer ce grand roy. Cela se lient et se dict parmy les Espagnols.
J'ay traduict en françois ces mots precedens espagnols, et non poinct les autres; car il faut croire que le roy les prononça tous en françois, et les Espagnols l'allcrent traduire en leur langue.
Sur quoy j'ay priscesubjet de faire ce discours , pour noter que, bien que ce graud roy parlast force langues , comme la latine, l'espaiguollc et l'italienne , il vouloit tousjours porter tant
' Je mestois résolu el déterminé que, mourant bonoraltlcmeul paimy Ir* armes, je me peussr délivrer et mon eswu d une ri r.randc a<p w rt «""charge de me» aWairr*, rour ne demeurer en vie aprttavcxr reu devant mes yem uni de braves et vaiUaits capitaines des ■lirai «*irudu* mort* autour de moy. la foriuur. qui dr Irofl-tcmp» mest si cruelle, et. a très r.nnd tort, r.ramfcnnemie de mon nom. pour i»e conserver la vie a MM irr» jtrsnd «r.ret. el r<Hir servir de spectacle U'uue nn^uciie el denvou, »a pas toulu que je mouris* d\iK- motl »H»ii»rabif. Pour le moins en cela aui j\ je o \-tM>'ii de n.e c n«otier en tnoy-mesmes. que. %vt ««obtenant et mettant devant mes yeux souvent ma prariHpeiM . que. d aujourd'nuy en ad»aut. )e ne crainuYay aucune iu;i:re ny force dr la fonune. parce que m'jwnl esse ;ou»jours très cruelle et funeu»e. uy jan-» a vvi saoule abondamment de tant de desadvantures q«Ytlc m a données, e. e aura finalement pa»e le reste d- vt tu>uc en ecte pub ique pb ■ni le el demi de touîe b r r.KKt ■. et der ..tere per e mienne, par le ca> M advc-
d'honneur A la sienne , qu'il la preferoit à toute autre, et ne vouloit laisser en arrière, pour faire marcher devant l'estrangcrc. Aussy , ainsy que j'ay ouy dire à feu M. de Lansac, le bon homme, qu'il est bien tousjours meilleur, plus séant et plus Grave , quand un roy parle de grandes choses devant les estrangers, el mesmes ses compagnons , roys et princes , faut qu'il parle son vray langage, sans s'abaisser et se contraindre jusques-là de parler celuy de son compaignon , et contente ses oreilles comme s'il luy vouloit servir de truchement.
L'empereur en monstra un très bel exemple en cela , lors qu'il fut à Rome , et parla devant le pape, les cardinaux, les ambassadeurs, et qu'il brava tant, par trop enorgueily de sa victoire de Thunis et de la Gollclte. Il y eut les deux ambassadeurs de noslrc roy , l'un vers Sa Saincteté , l'autre vers Sa Cesarée Majesté, qui luy remonstrerent de ne parler poinct espaignol , mais autre langue plus intelligible. Ilrespondit à M. Pevesque de Maçon, comme au principal , à cause du rang qu'il tenoit vers Sa Saincteté, et marchoit devant M. de Velly, qui estoit près Sa Majesté, et ce aveeques un certain dédain : Seflor obisfH> , entiendarne si qui ère ; y no espère de mi otras palabras que de mi lengua e\fpaîiola , la quai es tan noble , que merece ser sabida y entendida de toda la gente christiana 1 .
Il veut bien là de la natreté à l'empereur; car, s'il eust voulu , il eust fort bien parlé françois ou italien au pays et au lieu où il esloit , voire allemand et flamand , son pays natal, s'il eust fallu ; et il les eust bien rendus à quia , car ii sçavoit toutes ces langues ; mais il ne voulut parler que l'autre, possible pour faire despit à ces messieurs les ambassadeurs et à aucuns cardinaux françois et autres partisans du roy ; ou bien le fit-il par un desdain et bravade ci oslen tation , pour honorer mieux sa langue et aussy (ainsy que j'ay dief que cote langue est fort bravasche et fort propre pour menaces. Ce monsieur l'ambassadeur eul lort en cela ; car il le devoil laisser parler, et rescouteret l'entendre
' Monsieur l'evequc. entendei-mor si tous t<hi1«,
et n"a :rnd-i po-ui d<- ir.oy d-utres paroe* Cor de ma la:> -.ue ev^'jnoie. qui e*i si noble et si bcV . qu elle une dotrt «k et enttuduc de toute la enreteau
RODOMONTADES ESPAGNOLES
bien, et puis le payer de raesme monnoye, et luy faire sa response en françois , sans descouvrir son asnerie; mais possible nVust-il peu enten- j drc son discours ainsy espaîgnolisé. Ainsy les fautes que luy et son compaignoo firent , et qui cuyderent porter préjudice à nostreroy, en font fby de cela. J'eaay escrit assez dans le discours que je faits de ce grand roy.
Tant y a que ces ambassadeurs et autres qui tiennent leur place ont grand tort et grand honte de n'apprendre les langues pour s'en servir au besoing , comme estoit celuy-là ; et raonslrent bien qu'ils sont de grands veaux, qui ne sçavcnt et ne parlent que la leur langue de veau. Et ressemblent un certain evesque de France, qui alla au concile dernier de Trente sans argent et sans latin, et retourna de mesmes. Quel embarquement sans biscuit , et quel retour aussy ! Que diable peuvent faire ces gens qui n'ont nul exercice plus honorable pour eux que d'esludier , et ne sçavoir que leur langue ; car , quant à la latine, le temps passé n'en sçavoient gueres ; les autres qui crachoient quelque latin, c'estoit quelque latin de brevierc, mal raffiné et tamisé, j D'autres l'on peu bien parler, mais c'estoient des oyseaux rares , ainsy que fit M. le cardinal de Bellay , quand il harangua le pape Clément , au lieu de Poyet , qui fil le sot , et perdoit l'honneur de la patrie sans ce grand cardinal, qui rabilla tout. Pour le temps d'aujourd'hui, nos prélats se sont ravisés , qui commencent à tirer des armes et à desgainer le latin. Dieu mercy les huguenots, qui leur ont tant faict la guerre qu'ils les ont aguerris; et de mesmes armes qu'ils les avoient battus d'autrefois , maintenant les battent, dont c'est bien employé. Que diroit-oii (l'un certain ambassadeur françois que j'ai cogneu ? Luy, ayant demeuré six ans en Espaigne, en retourna aussy mal en parlant la langue comme si jamais il n'y eust esté ; et disoit-on qu'il ressembloit le perroquet de madame de Dnenoe, qui avoit demeuré vingt ans en cage, et n'avoit jamais peu apprendre à parler un seul mot ; proverbe ancien du temps des roys François et Henry, nos grands roys, et qu'on practiquoit à la cour envers ceux qui n'avoient rien appris ny rien sceu dire.
Or pour reprendre encore mon discours, M. de Lansac disoit qu'il est 1res nécessaire qu'un ambassadeur entende et parle le plus de langues
qu'il peut , pour s'en servir à la nécessité aux lieux où il sera , et mesmes pour l'espaignolle , latine, françoise et italienne; car pour les autres elles sont difficiles, et pour ce ils en sont excusables; mais pour çes quatre, ils en doivent eslre taxés et blasmés s'ils ne les sçavent, non pas pour les practiquer ordinairement et en faire litière , comme ondict , mais pour quelquefois , pour la nécessité , pour la gentillesse, pour l'honneur, pour la gloire , voire pour quelque ostentation , et pour dire que l'on en sçait d'autant.
Et plus en doivent faire nos grands roys et princes, qui doivent tousjours honorer leurs langues; et, quant aux estrangeres, il les faut reserver pour ma nie.ro de devis , de causeries, de mots à propos, de gaudisseries, bravades et gentillesses, afin que d'autant plus ils se rendent admirables de sçavoir plus que leur langue naturelle, ainsy que faisoit ce grand roy François, qui, aux grands affaires, ne se defferroit jamais de son beau parler françois, et n'en parla autre devant le pape Clément , le pape Paul, à Marseille et à Nice, ei nvecques l'empereur Charles passant en France. La reyne de Navarre sa sœur, si scavante et bien disante, bien qu'elle sceust parler bon espaignol et bon italien, s'accommodoit tousjours de son parler naturel pour choses de conséquence ; mais quand il falloit en jetter quelques mots à la traverse des joyeusetés et gallanteries, elle monstroit qu'elle si avoit plus que son pain quotidien. Nostre grand roy Henry II parloit si bien espaignol qu'homme de son royaume, pour avoir esté assez en cage dans l'Espaignc et en ostage pour l'apprendre ; mais il ne parloit jamais que son françois avecques les Espaignols, mesmes quand il y alloit d'affaires d'importance; mais pour dire le mot, et de faire une rencontre espaignolle , il la faisoit fort bien et de fort bonne grâce. La reyne sa femme, et mere de nos roys, parloit encore fort peu son toscan avecques ceux de sa nation pour grands affaires, ainsy que le roy son mary, portant en cela l'honneur qu'elle devoit au royaume où elle avoit pris sa grandeur et bonue fortune. La reyne Marguerite sa fille, bien qu'elle entende la langue italienne et espaignolle, et qu'elle les parle aussy disertement comme si elle avoit esté née, nourrie et eslevée toute sa vie en Italie et Espaigne, elle en use de pareille façon en de grandes choses ; mais
pour alléguer de belles rencontres et gentils passades, et bien dire les mots, elle n'en cède à aucune personne , aussy bien qu'en sa langue Françoise, tant elle a l'esprit grand et subtil. Nous autres petits compagnons, si nous servons ces langues , il est très-bon que nous les parlions et les pratiquions; mais il les faut scavoir parfaitement pour ne nous faire mocquer si nous y faillons : aussy si nous nous en scavons acquitter très-bien, nous nous en rendrons bien plus aimés, bonnorés et estimés, tant à l'endroict des plus petits qu'a l'endroict des grands; ainsy que :n 'arriva une fois parlant au roy d'Espagne , qui fit plus d'estime de moy qu'il n'eust fait quand il m'entendit parler sa langue, ainsy que j'ay dict ailleurs : comme de vray , pour lors je la parlois très bien , et s'en eslonna, et m'en fil très bonne chère. Il faut que je me vante de cela en passant.
Or, pour faire fin, j'allongerais volontiers ce discours (qui est très beau) si j'estois aussy capable et aussy bien disant que ledict M. de Lansac, duquel j'en liens la plus grande part : car il s'entendoit très bien en telles matières pour avoir esté par diverses fois, et pour le moins trente fois, en divers lieux et ambassades durant sa vie. Je ne passe donc plus avant, de peur de m'enrayer, et retourne à d'autres rodomontades, bien marry d'avoir esté si long en ce discours.
Quand le roy Henry II assiégea la ville de Dinant, il la fit battre si furieusement, que ceux de dedans, n'attendant que l'assaut gênerai cl leur totale ruyne, ne se voulant trop opiniastrer, adviserent d'envoyer vers Sa Majesté le capitaine du chasteau et un capitaine de la ville pour parlementer, auxquels fut accordé que, rendant la place et y laissant l'artillerie , s'en iraient vies et bagues sa ulves, avecques l'espéc et la dague seulement, laissant toutes les autres armes en la place. Cela estant sceu par Julien Roraero, qui avoit lcans une compaignie d'Espaignols naturels, trouva estrange et fascheux de sortir sans toutes ses armes; et, pensant faire condescendre M. le connestable (qui capituloit) à plus honnorable party, le vint trouver, et luy tint tels propos, braves et graves certes : Monseflor, si de todas las artes no hay mejorjuez que los mismos oficiales, asi pues no hay se/for
ni capi tan que hay a mejor t rat ado y prâcti-
cado las armas como V. Excelencia. Yo espero lanto en ella que hoy favorecerd, de todo su poder, hacia nosotros soldados espaholes, recogiendonos , y tratandonos , no como vencidos, mas segun nuestro valor y ànimo; que en quanto à mi toc a , he querido confiât en la suerte dudosa de una pelea singular y desafio , algunos ahos hay, à Fontainebleau, delanle de la mages tad realdelrey Francisco, mas bien que padecer alguna des /ion ra yafren ta, y fia ce r cosa poca digna de soldado y hombre lionrado, apraciando mucho mas mi honra que mi sangrey mi vida, la quai siempre de buen animo he empleado en tantôt millares de peligros , pasando y repasando tan tas tierras y mares, y solo esto para ganargloriay loor; en que fortuna, amiga de los bravos y valientes , ha sido tan agradecida , que me puedo nombrar entre los que ganaron algo por sus esfuerzos y proezas, por mi soberano bien, del quai me puedo alabar y aventajar, siendo las armas la cumbre de mi todo, y el fondo de mi natla ; de las quales deseo mas la guarday conservacion que de todas cosas; las quales armas teniendo perd/das, quiero que la gente me tenga en poca estima. Y si tal es ml desdlcha que las dexemos, queremos mas presto todos nosotros, como desesperados , que si nos faltan los remos, ayudarnos de las vêlas y combatlr lias ta morir, y mostrar por desesperaclon que, mas presto queremos morir con las armas eh las manos, que salvarnos sin ellas como soldados vellacos. Poreso, Monseflor , yo y mis companeros supllcamos su Sacra Magestad que nos dexe ir y salir con tal condicion y partido noble y generoso, y se contente de esta tierra , la quai tantos grandes y principes no pudieron tomar otras veces; y haciendonos esta merced, justamente se podra llamar el Rey Augusto Vencedor por tal il astre tratamiento hecho à valientes soldados vencidos, no por falla de corazony animo, mas por mala suerte ».
1 Monsieur, s'il est vray qu'il n'y ail point de meilleur juge des arts que les artisans mesnies, puisqu'il n'f a poiul iic seigneur el de espilain© qui ait mieux iraictd
RODOMONTADES ESPAGNOLES
A ces paroi les , par trop audacieuses pour Un vaincu, res pondit M. le connestable, qui estoit de son naturel fort impatient d'un glorieux, et qui le sçavoit gourmander et rabrouer très bien quand il l'entreprenoit , ainsy que je l'ay veu souvent: «Capitaine, mon amy, je vous «estimerais grandement si vos ire force et pou- «voir estoient correspondans à vostre parolle «et bon vouloir que vous me voulez tant faire « parois ire. Mais je vois bien que vous ne cognois- •sez pas vostre fortune, ou bien que vous la «dissimulez : voulant, par advanture, faire nou- • veaux droicts en guerre, que le vaincu donne «loy au vainqueur, et, par advanture, vous «vouloir reserver nn si grand advantage, que de «vouloir emporter les armes, non seulement «sur moy qui sçais assez ce qu'elles vallent , «mais sur un roy jeune , courageux et présent «en ce siège, qui ne voudrait céder, non à vous
et plus prac tiqué les arme» que Votre Excellence, j'espere d'elle qu'elle les favorisera aujourdnuy de tout «on pouvoir envers nous autres soldats espagnols , en nous recueillant et en nous tralciant nou comme des vaincus, mais selon nostre valeur et nostre courage ; lesquels , quant à moy , )'ay mieux aymé confier, Il y « quelques années, a Fontainebleau, en présence du roy François, au sort doubteux d'un cooibakaingulier et défi, plusiost que de souffrir aucun déshonneur ni affront , chérissant plus mon honneur que mon sang et ma vie, laquelle j'ai tou «jours employée de bon ceeur en tant de milliers de dangers , passant et repassant tant de mers et de titres, et seulement cela pour gagner de la gloire et des louanges; en quoy la fortune, ennemye des hommes braves et courageux , m'a tellement agréé et favorisé , que je me peux compter entre ceux qui ont gaigné quelque chose par leurs efforts et par leurs prouesses ; ce qui est pour moy un souverain bien, dont je me puis louer et advamager, les armes estant le comble de ce que j'ay et le fond de ce que je n'ay pas. Leur garde et conservation m'esiant plus chères que toute chose, s'il faut que je les perde, je veux que tout le monde me méprise. Ktsice malheur m arrive que nous soyons obligés de
sommes, comme désespérés, si les rames nous manquent, nous ayder de voiles, combattre jusques a la mort, et faire voir par notre desespoir que nous aymons mieux mourir les armes a la main que de nous sauver sans elles comme des lasches. C'est pourquoy, monseigneur, moy et mes compaignoos, nous supplions Sa Majesté qu'elle nous laisse aller et sortir ayeeques ces te honorable et noble conditionnel qu'elle se contente de ceste ville, devant laquelle tant et tant de grands hommes ont eschoué d'autrefois; et en nous faisant ceste grâce, il pourra justement se nommer un Roy Auguste et Vainqueur, ayant si généreusement traiclé de vaillans soldais vaincus, moins faute de courage et de cœur que par leur mauvaise fortune.
«(avecques lequel la paragon n'est nullement «semblable, non plus que du ciel au plus bas de « la terre) , mais au plus grand prince du monde. « Et semble que vostre demande est fort con- « traire à vous mesmes , en ce que faites nostre «roy si grand (comme certes il est assez cofjncu «tel partout , sans que le disiez) : et néanmoins «vous prétendez d'emporter surluy et avoir «l'honneur de ce qu'il pourchasse le plus en ce «monde , comme voulant dire que, quelque «grand prince qu'il soit, vous n'entendez estre «intérieur à luy en la conservation des armes et «réputation d'honneur. Vraymcnt, beau sire, «je l'aymcrois de vous, et serait bon que le « preneur fust pris et le victorieux fust vaincu ; «et que ce luy qui fait trembler la terre et mers, «cedast en réputation des armes à un tel oyseau «que vous. Or , sçavez-vous qu'il y a? La grâce «que l'on peut faire aux malheureux, c'est de «leur desclarer promptement leur malheur. «Parquoy la meilleure nouvelle que je vous «puisse faire sçavoir, est que si vous n'accep- « tes sur le champ la composition que je vous «ay proposée, vous vous retiriez soudain; «car, avant qu'il soit quatre heures , je vous «auray pris d'assaut, et ne vous donneray loy- «sir de changer d'advis : et vous asseurez que, «si vous eschappez de l'espée, la corde ne vous «faudra, pour vous apprendre à vouloir capi- ■ «tuler avec celuy qui tient vostre vie et vostre a mort en ses mains. »
Voylà la response de M. le connestable , et digne d'un tel capitaine, et qui se peut dire à beau jeu beau retour ; dont le capitaine espaignol demeura si estonné, que, rongeant le frain de son cœur, demanda encore par une importunitéau moins que luy douziesme sortistavecques ses armes. Cependant M. le connestable , par une grande ruse -de guerre, faict advertirles autres Espaignols que Romero ne plaidoit plus pour eux, que pour luy seulement et une douzaine d'autres à son choix, laissant les autres en crouppe à la mercy de l'espée. Ce qu'entendant le reste des autres Espaignols, soudain s'accordèrent à la mesmes capitulation que les Allemans et Flamands , et sortirent tous ensemble , dont Romero cuyda se désespérer, qui demeura prisonnier parmy nous.
Je liens ceste histoire de nos François qui y estoient présentât dudict Julian Romero mesmes
qui me la conta mieux que je ne le dis; et ce fut lors que nous allions à Malte, entrant dans le frar do Messine. Nous vismes derrière nous quinze galleres de Sicile venir d'un bon vent en poupe, avec le bastard, qui en un rien (encor que nous fussions fort loiog d'elles, et nous quasy touchant Messine ) eurent atteint nos pauvres petites frrgaltes, montant a douze ou treize; car nous n'eusmes pas plustost pris port et terre, qu'eux quasy aussytost firent de mesmes. Ctsdilcs fialleres venoient de la Collette pour y porter des vivres , munitions et soldats, craignans la venue du grand seigneur, qui la me? naçoit ou Malte. Parmy ces honuestes Espaignols qui estoient dans ces galleres , se trouva ledict Julian Romero , qui , s'estant enquis. et trouvant que nous estions François, nous vint, comme très courtois cavallier, saluer et accoster lelongdudit port, et arraisonnant maintenant avecques messieurs deSlrozze et deBrissac,ores avecques autres, cependant que nous avions envoyé à la ville chercher logis , et nous promenants le long de ceste belle place de port , auprès de ceste belle fontaine, et maintenants avecques l'un et l'autre. Et Fut fort ayse de parler avec moy, d'autant que de tous nous autres gentilshommes qui estions là, il n'y avoit nul qui parlait Kspaignol que moy ; car il n'y avoit qu'un an que je ne faisois que venir d'Espaigne , et le parlois fort friandement. Dont , entre autres propos que me tint ce seigneur Juliano , fut qu'il me demanda des nouvelles de France , et de M. le conneslable , et comment il se porloil sur son vieil aage. Et luy en ayant dict de bonnes, il monstra qu'il en estoit fort joyeux, ce me dict-il; et puis me continua de dire ses louanges , et comme une fois il luy avoit faicl si belle peur qu'il n'eust eu jamais en sa vie : et me fit ce discours précèdent, avecques les plus belles parolles du monde; si bien que je ne vis jamais mieux dire , car il estoit très éloquent à lasoldade.
Outre plus, me dict qu'il craignoit fort ceste fois que M. le conneslable ou le roi luy fissent très mauvais party de la vie ; d'autant qu'ils le menacèrent, et luy reprochèrent qu'après avoir receu du roy François tant d'honneur en sa cour, sur l'oclroy du camp clos qu'il luy avoit donné, sans recoguoislre un tel bienfaict, s'en
estoit allé , de son pleiu vouloir , servir le rpy
d'Angleterre en la guerre de Boulloigne, estant pour lors trcfves entre l'empereur et Sa Majesté Chreslienne. Mais il me dict en cela ses raisons, que l'empereur estoit irrité contre luy, pour avoir eslu le camp en France, à ce qu'il dict. Nonobstant cela, si faillit-il à courir fortune de la vie ; car M. le conneslable estoit severe en ces choses-là.
Ce combat fut le commancement de réputation dudict seigneur Julian , encor que ce ne fustrien qui vaille, à ce que j'ay ouy raconter à force gentilshommes et autres qui vivent encor. 11 servit plus de risée et mocquerie que d'autres choses ; si bien que de despit le roy en jetta de bonne heure le baston. Car , en lieu de combattre vaillamment à outrance , la partie de Julian , encor que la fortune luy fust au commancement assez bonne , et meilleure que de Julien, commança à crier par trois fois : No te quiero mal, seftor Juliano '. Et de là vient le proverbe qui a longtemps couru à la cour et en France : No te quiero mal, senor Juliano , qui se disoit quand quelqu'un fuyoit la lutte. Toutes fois il y alla un petit plus de l'honneur dudict Juliano que de l'autre, et en a faict despuis toute sa vie grand triomphe, qui luy a aydé, avecques d'autres belles advantures qu'il a couru pour son empereur et son roy , aux guerres , pour le service desquels enfin est mort honorablement en ces guerres de Flandres.
Avant que finir je diray ce mot: que tous gallans hommes , cavalliers et capitaines , me semble qu'ils doivent fort peser ceste respon.se susdicle de M. le conneslable ; car il n'y a mot qui ne porte sa sentence et advis très nécessaire pour eux, et mesmes pour la bravelé qu'il usa à son brave. Surquoy je feray ce petit conte : que lorsque nous allasmes à Malle, parlant de Messine avec nos fregattes , nous vinsmes coucher à une petite ville entre Messine et Sarragosse3, qui se nomme Cataigne , la où l'on dict que le premier fondement et parlement des vespres siciliennes fut fait et jette. Arrivans là, ceux de la ville tinrent leurs portes serrées, et firent difficulté de nous laisser entrer. Il y «ut parmy nous un capitaine provençal qui, se vou-
1 Je ne vous eu veux point, «eieneur Juliano. « SyracuK.
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lant faire de feste, pareequ'il jargonpoit an peu et assez mal l'espaignol , qui alla se présenter â la porte , et y demander entrer , plus par bravade que par courtoisie. Sur quoy il y eut un soldat espaignol peu endurant, qui, s'advançant,
pour s'oslerde devant la porte ; ledict capitaine luy dict : « Soldado, que quereis hacer 1 ? L'autre bravasche luy respond : Tratarte de bravo, porque luxceis de bravo. Vayase : apartese <ie aqui ; y acuerdase de las visperas sicilianas 3. Il y eut un bonneste gentilhomme françois qui parloit fort bien espaignol , que je ne nommeray point pour sa gloire, qui se mil à parler le friand espaignol. Aussytost qu'il l'eut ouy, il quitta tout , et vint à luy, et luy dict d'une grande joie : Voto à Dios que tal luiblar me place 3; et dict à l'autre : Apartaos de aqui, barragoyno : no quiero luiblar con vos ; yo liablo , cou este cavallero muy gentil Itablador * ; et, venant à luy, l'embrassa à la mode soldadesque ; et causèrent fort ensemble de nostre voyage en passegeant, et puis allèrent souper ensemble , que le gentil cavallier françois luy donna ; et l'autre l'accepta galantement : car ils ayment fens-lâ à faire aussy bonne chère que nous, que ce ne soit à leurs despens ; carautreîls se laissent mourir de faim. Ce fut à mon homme à se retirer, car il eust eu de la rumeur. Toutesfoiscela se passa. Comme il y a tousjours et d'uns et d'autres, et les uns courtois et les autres arrogans , on nous laissa entrer courtoisement, et vivre et coucher pour nostre argent.
Si faut-il que je fasse à ce propos un plaisant conte, qui m'arriva une soir à Parts , au commancement des premières guerres. Ainsy que le s'esloit acheminé à Estampes pour se moy ayant envoyé tout mon train . et demeuré à Paris pour quelques
1 Soldat, que voulez-vous faire?
•Te traiter en brave, parce que tu fait du brave. Va-Ten, retire-toi d'ici, et souviens-toi des vespres
• Ah Dieu ! qu'un tel parler me plaît !
♦ Retire-toi d'ici , barragouio; je ne veux point parier avee toi , mais avec ce cavalier qui parle si agreable-
qui me restoient , ou niour, je dirois mieux, je pris la poste pour aller rejoindre l'armée audict Estampes. Je n'avois qu'un homme des miens , moy avec mon postillon. Estant entre les deux portes de Sainct- Jacques, voicy venir la garde, qui estoit grosse et grande, et qui se faisoil fort estroictement en ce temps, et entre autres un grand homme, marchant du quartier Sainct-Jacques, qui portoit une grande hallebarde et grand barbe , et unecuyrasse.qui arreste fort rudement mon postillon , et prend la bride de son cheval. Jem'advance, et crie : « Mort Dieu ! l'homme à ■ la grande barbe, que voulez-vous faire? « 11 vint à moy aussy tost, et, me preseutant la poincte de l'hallebarde, il me dict : « Mort Dieu ! l'homme «sans barbe, je vous veux arrester. Oùest vostre «passeport? Ne scavez-vous pas l'ordonnance «qui a été faicte, de ne sortir sans passe- «port du prevost des marchans?» Tout à coup je me vis entouré de cent poinctes d'espées, de picques, d'hallebardes. Ce fut doncà moy à monstrer mon passeport (car jcl'avois), et luydirequ'ii le devoit demander plus honnestement et doucement, et que je n'eslois bastant pour faire teste à un corps-de-garde si reroply. Toutesfois après belles excuses , nous fusmes amys comme devant; et, estant arrivé, j'en fis le conte à feu M. de Guyse , qui le trouva bon, tant de la demandequedela response, et en rit bien, ensemble plusieurs de l'armée auxquels j'en fis mesmes part; car, comme me dict M. de Guyse, un brave a bravé un brave, et quittes de là tous deux
Quand le duc d'Albe passa en Flandres contre les guerres civilles des Gueux, il ne se voulut servir d'autre infanterie que de l'espaignolle , et n'y en mena d'autre. Mais quelle estoit-elle ? L'une des plus belles qui jamais fut mise en' campaigoc ; car il en fit choix parmy tous les terces de Lombardie, de flapies, de Sicille, de Sardaigne; si bien que de ce beau choix il en fit un corps très beau et bien fourni, jusques à neuf ou dix mille , n'y ayant rien à dire, soit en belles armes, soit en parades d'habillemens, soit en bonté et vertu d'hommes, soit en leur entretien de vivres et de payes , jusques à leurs oourtisannes, qui en parures paroissoient prin cesses. Bref rien n'y manqua. Et, comme par où ils passoient près de la frontière de France ,
TROISIEME DISCOURS
•Je n'en aurais que du desplaisir et incommo-
«dité.» Pinge, pinge, dici-il au bourreau, qui est autant à dire en gascon, pends, pends : ce qu'il 6t; et le «allant a y ma mieux estre pendu que de s'assubjectir à une si laide beste. Celuylà esloit fort curieux de son ayse, et enneray de la laideur.
Aux premières guerres civiles, lorsqu'il fallut
vers la Lorraine, les chemins estoient rompus de gens quasi (par manière de dire) pour les voir, on leur demanda pourquoy le duc n'avoit avec iuy pris d'autre infanterie italienne ou tudesque. Aucun srespondirent : Porqueconoce bien que con singular valor de nostoros Espa fioles, lia de alcanzar en sela guerra el clarisirno nombre de Gran Capitan, mas que ningun otro que nunca fué ». Comme de assaillir les fauxbourga et portereaux d'Orléans, vray , par leurs seules armes, il a faict trembler feu M. de Guyse commanda aux François dontout ce pays-là, et remis en son premier de- ner d'un costé, et aux Espaignols de l'autre. A voir. la teste du régiment des Espaignols se trouva J'entrctenois une fois, dans le chasteau de un jeune soldat, qui, par dessus tous, se faîsoit Milan, un vi.-ux soldat espaignol , morte paye si bien paroistre en ses armes et son harquebuse de Iran*, qui avait toute sa vie consommée aux et son fourniment fort beau, et très-leste en guerres de l'empereur Charles, et me racontoit grâce , en façon et en habillement , car il avoit qu'il n'aymoit rien tant que les soldats espai- un pourpoinct de salin jaune, tout couvert de gnols, porque como buenos oficialesy labra- passement d'argent, et les chausses à bandes de dores, halo an texido con sus rnanos propias mesraes , avecques un chapeau de taffetas noir, la corona de la uni que llevaba al derredor tout couvert de plumes jaunes, si bien qu'il le de la cabeza, no temiendo dar fin â sus faisoit très beau voir, car avecques cela il esloit vidas , para hacer vivir la fama del y de beau et agreablede v isage, et d'une jolie, gentille
eltos a.
Un simple soldat espaignol , pour avoir esté trouvé en quelque larcin, fut condamné d'avoir une oreille coupée; à quoy il s'écria , en disant : L na oreja, pesia mas tal ! Mas querriayo morir,quesufrirtalafrenta. Entantodixàel capitan : *concedase esta gracia â este soldodo tan deseoso de fionra'*; d et il ayma j mieux passer par les armes, et mourir que d'à- ' voir l'oreille coupée.
J'aymerois autant d'un soldat gascon, lequel, estant sur l'eschelle près de la mort , il y eut une f«*mme qui le vint requérir pour mary, ainsy que le temps passé se faisoit, suivant l'ancienne loy des Goibs. Luy, la voyant boiteuse, laide et fort contrefaicte , et marcher incommodément , il dict : «Que ferois-je de cela ?
1 Parce qu'il tait bien que, par notre râleur et notre grand courage , il doit acquérir dans cette guerre le nom de Graud Capitaine par dessus tous ceux qui l'ont jamais été.
* Parce que , comme bons artisans et bons ouvriers, its avoient travaillé de leurs propres mains la couronne de laurier qui lui ceignoit le front; ne craignant point de perdre la vie pour établir sa gloire et la leur.
* Due oreille, maugrebleu! Mais j'aimerais mieux mourir que de souffrir un tel affront. Alors te copiiaine or-
, la grâce de mourir à ce soldat si
et maigrelline taille; enfin il paroissoit tel, que feu M. de Guyse demanda à don Girajaval, qui leur commaudoit, qui estoit ce jeune homme, car , à sa contenance, il monstroit esire de lieu et de courage. Garavajal luy respondit : qu'il estoit de la maison de Mendozze, de laquelle sont sortis de grands personnages en tout: et, sur ce, il le présenta à M. de Guyse pour luy faire la révérence. Ainsy que mondict seigneur de Guyse le receul fort courtoisement, et Garavajal luy dict la bonne opinion qu'avoit M. de Guyse de luy, el comment il luy avoit demandé sou nom, eu faisant la révérence à M. de Guyse et luy en rendant humbles grâces, alors ce jeune homme respondit : Monsenor, Itoy à morirécon /tonm, ô mudaré mi cohr amarillo en colomdo, por alguna sangrienta y noble lierida; ô dexaré alguna ilustre seàal de mi nombre, por la merced y favor de mi gênerai que lia preguntado por él *. Ainsy qu'il le dict et promit, ainsy il le tint : car d'abordade, et sadvançant des plus avant, il receut une
1 Monseigneur, ou je mourrai aujourd'hui arec boa. neur, ou je changerai ma couleur jaune en vermeille par quelque cruelle, mais bonnorable blessure , ou je laisserai quelque marque illustre de mon nom, conooltre la grâce et I honneur que n'a de s'en informer.
RODOMONTADES KSPAIGNOLES.
grande barquebutade au corps, du costé gauche, dout pourtant il ne mourut; et M. de Guyse le ni penser fort soigneusement, et deux jours après le fit mettre sur 1 eau dan» un batteau, et le conduire a Bloys avec d'autres blet, ses : et vis comme M. de Guyse le recommanda à la rcyoe par Jehan Baptiste , qu'on nommoit le compère, qu'il envoyoit vers elle. Je vis tout cela, car j'y estois.
Certes, ce jeune gentilhomme espaignol accomplit mieux sa parolle que ne fit une fois un grand seigneur est ranger , que je ne nommera y point pour sa qualité, qu'il faut révérer; lequel, s estant retiré vers le roy Henry pour avoir receu une par trop grande injure de l'empereur Charles, qui luy avoit faict massacrer son pere, aussy qu'un sien frère estoit mort dans un siège pour le service du roy; quelque temps après, ainsy que le roy Henry marchoit pour livrer bal taille à l'empereur devant Valent iennes, le jour advant, lorsque l'armée marchoit en belle ordonnance de guerre, et que ce jour on tint l'empereur plus près qu'il n'estoit , ledict seigneur, armé de toutes pièces, monté sur un beau coursier , grand et rort , se vint présenter au roy, et ayaut tiré son espee, dict au roy : Sire, oggi con questa spada io voglio vendioar la morte del padre e del frateUo K Et, voyant que le roy applaudissoit à ses beaux mots, plus encouragé, vint à pousser son cheval en ad vaut , pour luy faire faire quelques passades. Mais le cheval estant un peu rude et gaillard, et trouvaut son homme soubs soy un peu de légère tenue, s'advisa de s'en desfaire, et le porter par terre, en luy faisant faire la conversion de sainct Paul : et ce fut audict seigneur à crier : Aid me Ijroson mezzo morto2\ et toute la jeunesse qui estoit près du roy Henry à rire leur saoul, et à faire relever ledict seigneur. Le lendemain, qui estoit le jour qu'on pensoit assurément de venir aux mains , puisqu'on y avoit failli le jour précèdent, et que les deux armées ne s'en pou volent desdire, ledict seigneur voyant que c'estoil à bon escient qu'il y fdloit hire, commançaà crier: Cornet Non cè neuun fiume, nessum bosco, nessun monte
1 Aujourdbui je veux avec cette epée venger la mort de mon pere et de mon frère.
•Ah! je guis a demi mort.
tra noi e loro. Questo non è bnono 1 Asseurez-Yous qu'il desiroit bien quelque obstacle, ou de montaigne, ou de marets, ou d'une rivière, ou ruisseau, pour se garder de joindre de près; mais il n'y avoit lieu. Que si l'empereur eust voulu mordre, le champ de Mars ne fut jamais si beau; mais il fuyt le choc par de bons retranchemens qu'il avoit faict auprès de la ville de Valenciennes ; si bien que pour le coup la partie ne fut jouée en gros, si non par légères escarmouches : ce qui fut un grand coutentement audict seigneur qui par advant avoit menacé et crié vengeance, car il ne vouloit venir aux mains nullement, si non de parollfs bravasches, dont il s'ayda encor pis que devant. Je tiens ce conte de M. d'Uzais, qui le faisoit le plus plaisamment qu'il estoit possible. Au bout de trois ans ledict seigneur et son frère, et toute sa maison, se retirèrent du parly du roy; cl, sans aucun respect d'injure reçue, espouserenl et prinrent ecluy de l'empereur.
Le jour de la baltaille de Ccrizolles, ainsy que le marquis del Gouast recognoissoit nostre armée qui marchoit a luy, il vint dire aux gens de pied espaignols : Ea, soldados; aqui estan, â mi parecer, los Gascones, vuestros vecinos,y quasi liermanos : â ellosl Que si son vencidos, somos vencendores de los otros, ni mas ni me'nos qtiando un cuerpo esta derribado y caido en tierra, todos los otros miembros quedan sin fuerzay valor2. Yoylà une grande louange pour les Gascons, mettant toute la force de l'armée ce jour-là en eux comme en estant le vray corps, et que quasy un corps ayant esté desfaict et abattu, toutes les autres forces n'avaient que tenir. Je tiens ce conte de Ri de Grillé , brave et gallant gentilhomme provençal, qui , pour sa valeur, fut despuis faict du royseneschal de Beaucayre, et qui estoit capitaine en chef d'une compaignie de gens de pied en ceste battaille, et parloit bon espaignol ; car , ayant esté pris dans Therouanne, avoit
* Comment ! il n'y a aucune rivière , aucun boU, ni aucune montagne entre eux et nous! Cela n'est pas bon.
• Courage , koldais , les Cascous, vos voisins et presque vos frères, soui ici, si je ne me trompe. Que s'ils sont vaincus, nous restons vainqueurs de tous les autres; ni plus ni moins que quand uu cor^e^bam^et ren-
vigueur et sans force.
TROISIÈME DISCOURS
demeuré trois ans prisonnier parmy eux.
Estant à la cour d'Espaigne, au retour de la conqueste deBelys, force gallans hommes, gentilshommes , capitaines, et autres Rspaignols qui y avoient estés, estant venus à ladicle cour pour faire la révérence au roy, et se faire remarquer et recognoistre pour leur voyage, je vis passer, estant dans une boutique de marchand, un jeune gentilhomme bizarre, et fort bigarré en ses habillemens, et force plumes en son bonnet de diverses couleurs, monté sur un cheval d'Espaigne , beau , avec une housse de velours , en relevant ses moustaches à chaque pas de son cheval ; enfin, faisant bien la piaffe, vray piaffeur, homme de mains point autrement. Je vins demander à un capitaine qui estoit dans la boutique, marchandant avec moy, qui pouvoit estre ccluy-là qui faisoit si bonne mine. Il me respondit seulement : Es aquel que lomô el Pi àon de Belys, yalli nunca fué. Dt radie ir, seîior , y volar à todos los diablos, con sus plumas , que tan mal hace&l valiente K
J'aytucrois autant d'un gentilhomme lolédan , lequel menaçoit tous les jours, qu'il s'en alloit faire un voyage aux Indes, et jamais ne parloit. Un jour, il parut avecques uu chapeau tout couvert de plumes, dont il y en eut un qui ren contra ainsy sur luy : No es posible que no se vaya al tôt a este virole, pues que esta tan bien emplumado2. Faisant allusion sur un vircton, ou traict d'arballeste , qui part et décoche mieux quand il est bien empenné.
C'estoit lors un grand cas que ceste conqueste de Iklys cl de son Pignon, qui estoit une haulte roche où il y avoit une forteresse fort mal aisée à monter : et dedans y pou voit avoir quelques soixante Turcs naturels ; mais ils s'effrayèrent et s'en allèrent, n'ayant tenu que trois à quatre jours. L'armée qui estoit devant estoit très belle, de plus de dix mille hommes , et de soixante et dix galleres, où commandoit don Garde de Tolède, visce-roy de Sicile, car je la vis.
J'ayouy raconter en Espaigne, à de vieux
1 C'eut celuy qui prit le Pignon de Bely», où cependant il ne fut jamais. Uimcz, monsieur, aller à tous les diable* avec ne* plume» cet homme qui fait si mal a propos le brave.
• Il 1*1 imposable que ce Irait ne parle point présentement , puisqu'il est si bien eniplumé.
; capitaines et soldats espaignols, que Gonsalve Pizarre , s'estant csmeu et rebellé contre l'empereur Charles, luy fil de grandes guerres civiles aux Indes, auxquelles ne fut vaincu jamais , quelque battaiile qu'il ait donné, ny rencontre, si non à la dernière qu'il donna , en ayant combattu jusqu'à l'extrémité luy et ses gens, no como leones , mas como verdaderos Espaj fioles 1 : voulant par là inférer qu'ils estoient 1 plus brèves et hardis que lyons. Et luy ne pouvant plus, et ses gens tous desfaicts, il I demanda à un de ses compaignons et capitaines qui s'appelloit Jehan d'Acosta : «Que fairons- « nous , nous autres qui sommes seuls ? — Allons «nous-en, respondit Acosla, vers le Gasca,n qui estoit un capitaine de leur contraire party. o Allons-y donc, dict Pizarre.» Vayamos â morir, como buenos y verdaderos cristia' i nos 2, pensant estre un acte de bon chrestien , ce dict le conte , d'aynier mieux se rendre à son ennemy que fuir. Aussy dict-on que jamais ses ennemys ne veirent ses espaules. Et , voyant auprès desoy Yilla-Yiccncio, il luy demanda qu'il estoit. L'autre respondit queerasargento mayor del campo impérial. — Y yo, respon dit-il , soy Gonzalo Pizaro el desdicluxdo 3 ; et luy donna son espée.
11 marchoit en brave cavalier, et en contenance royale. Il estoit monté sur un beau et i puissant cheval, que ce jour il avoit faict ferrer ; de treize clous de chaque pied , afin qu'il ne luy I manquast au besoing, armé d'un jacque-dej maille, et une cuyrasse fort riche, et par dessus j une casaque de velours, et en sa teste bourgui- 1 gnolte toute d'or , qui estoit un œuvre non moins beau que riche. Ce sergent major fut fort ayse d'avoir faict butin d'un tel prisonnier, et incontinent le mena devant de Gasca, qui estoit celui qui commandoit , qui luy demanda soudain s'il estoit beau d'avoir esmcu et bandé tout ce royaume contre l'empereur son souverain et maislre. Pizarre respondit : Yo y mis hermanos, habiendo conquistado estas tierrasy passes, â nuestras costas, trabaios, gaslos y sangre, no Itemos pensado
» Non comme de» lion», mais comme de vrai» Espagnols.
* Allons mourir comme bon» et vrais chrétiens. 8 yu il estoit sergent major du camp impérial.— Et moi, je suis le trop raalbeureui Gouzale Pizarre
RODOMONTADES ESPAIGNOLLES.
pecar contra Su Sacra Magestad, guardandotas, y rigiendo ,y gobernandolas , como legitimos sehoresy conquistadores •.
Alors Gasca dict qu'on l'ostast de devant lu y ; et y eurent plusieurs soldats qui eurent cbascun plus de cinq ou six mille pesans d'or pour leur butin. Le lendemain de sa prise, il fut sentcnlié à mort, et à estre décapité et mené sur une mule les mains liées, et ayant une cappe sur les espaulles. Il mourut en bon chrestien, par signes, sans parler un seul mot, retenant au reste avecques soy une autorité encor grande, grave façon et contenance severe. Sa teste fut portéeen la ville des roys,oùelle fut mise sur un pilier de marbre, enfermée d'un treillis de fer, avecques ce tiltre ou escriteau : Aqui esta la cabeza del trardor Gonzato Pizarro , et quai diô la batalla en el valle de Xaqusailava contra la bandera r estandarte real del empérador su seiior, el tunes 9 de abril 1548 2.
Voylà la fin deGonzalle Pizarre, qui ne fut jamais vaincu en buttai lie qu'il aye donné, encore qu'il en ait donné plusieurs. Diego Centcno paya au bourreau ses habillemens, qui estoient fort riches, afin qu'il ne le despouillast point, le faisant enterrer avec eux en la ville de Cusco, nonobstant qu'il eust esté son grand ennemy capital. Acte beau , et certes digne, disant que non era trato de cristiano, ni tan poco decabellero, injuriary ofender los muerfoç3. lise dict de plusieurs, et s'en voit qui n'ont faictee (raict à leurs ennemys, dont Dieu les en pardonne.
Après la sentence de Pizarre, on la donna de mesmes à Francisco Caravajal, l'un de ses complices et capitaines, à estre pendu, mis en quatre quartiers, et sa teste avecques celle de Pizarre, dont il dict : Harto es, pues que no puedo morir dos veces *.
1 Mes frères et moi , ayant conquis ces terres et ce pays à nos propre» despens , travaux, frais, et noire propre sanj; , nous n'avons ponit penqJ pécher contre Sa Majesté, en les gardant et les concernant comme légitime* souverains et coriquerans.
• C'est ici la teste du traître Gousalve Pizarre, lequel donna la bataille contre l'armée royale de l'empereur son souverain .dans la vallée de Xaqusagnava , le lundi 0 avril 1548.
• Qu'il n'estoit point d'un chrétien, non plus que d'un cavalier, d'injurier et offenser les morU.
'C'est assez, puisque je ne peux point mourir deux fois.
■EAirroMB. ii.
Un soldat gascon , en Piedmont, ayant csié ainsy condemné avoir la teste coupée, comme dict Rabelais, il dict : Cab de diou, lou cab. Y ou donne lou reste per un hardyt*. Il dict bien un autre mot , mais il estoit trop sallaud ; et pour ce je le tays , bien qu'il rtist plaisant, et mesmes estant sur le poinct de la mort.
Ainsy en dict de mesmes une fois un pauvre Espaignol qu'on condemna eslre pendu : Harto es. Yo muerto, que me lleven à la carnicerîa K
Un autre, ayant esté condempné par le juge d'estre pendu, il ne sceut que luy dire, sinon, d'un despit, qu'il ressembloit bien à Pilale; mais le juge respondit bien mieux : A lo mènos, no lavaré mis manos , para condenar un tan gran vellaco como vos3.
Un autre dict aussybien, estant condemné d'avoir les deux oreilles coupées. Ainsy que le bourreau lui eust haussé les cheveux pour les voir et les luy couper, et ne les ayant point trouvées, le bourreau luy dict en colère : Os hurlais asi de la génie * ? L'autre luy respondit : Cuerpo de tal, estoy obligado à dar orejas cada martes 5 ? Pensez que c'estoit un mardy qu'on les luy avoit coupées auparavant, et que pour cela il n'en amanda ny n'en empira son marché.
Voylà comment ces marauds se gaudissent sur le poinct de la mort. Ce ne sont pas eux seulement, mais gens de plus grande estoffe et de plus saincte vie qu'eux ; ainsy qu'il advint à un fray bernardine espaignol. Ainsy qu'il esloit sur les agonies de la mort, et qu'un sien compaignon le vint consoller et remonstrer qu'il n'en mourrait point ce coup, et que pour le seur il esloit prédestiné de mourir un jour prélat", il luy respondit plaisamment : Otro muere prelado,yyo moriré pelado6.Ce\a vouloit inférer qu'il mourrait la teste pelée et rase, comme religieux qu'il estoit, ou qu'il eust quelque maladie chaude.
1 Testebicu! la teste! je donne le reste pour un denier.
* C'est assez. Dès que je serai mort , que l'on me porte à la boucherie.
* Au moins ne laverai-je point mes mains pour condamner un aussi grand fripon que toi.
4 Te moques-tu donc ainsi du monde?
* Corbleu ! suis-je donc obligé de fournir des oreilles tous les m.irdis?
•D'aunes peuvent bien mourir prelais, mais ponr moi je ne mourrai que pelé.
Et autres disent :
34 T!\0IS1ESME DISCOURS
Pour retourner à ce brave Caravajal , outre qu'il fut brave et vaillant en faicls, il cstoit aussy subtil à mots, et surtout avecques cela très cruel , et tel que le proverbe en sortit de luy : Mas fiero y cruel que Caravajal '. La nuict paravanl qu'il Put exécuté, le capitaine Centeno le fut voir. Caravajal fit semblant , tant il estoit glorieux, de ne le cognoistrc point. Quand l'autre luy eut dict s'il ne le recognoissoit pas , il respondil : Coino te podria yo conocer, que nuncate vi porta delantera, sino porl'atrasera-? Quelle chasse ! par laquelle luy donna entendre soubs bourre, et le picqua, que l'autre avoil tousjours fiiy devant luy eu tous ses combats. Chasse certes aussy bonne que celle d'une dame de la cour d'Espaigne, laquelle , voulant mal à un cavallier qui estoit allé en ceste dernière guerre de Grenade , ainsy que le bruict vint à la cour qu'il y estoit mort, elle dict : No puede ser; porque tos Moros no comen carne de liebre 3. Villainc attaque pourtant pour le taxer de couardise comme le lièvre, qui fuit tousjours et ne combat jamais; ou possible pour la lepre. car les Mores n'en mangent point pour ce subjict, non plus que du pourceau et autres animaux deffendus en leur loy.
Four parler de la cruauté de ce Caravajal , il se dict qu'il tua plus décent hommes de sa main propre en une baltaille qu'il donna. 11 estoit aagé de plus de quatre-vingt et quatre ans lorsqu'il mourut. Quel brave et vaillant vieillard ! 11 fut fort dur à se confesser. Il avoit porté une enseigne en la baltaille de Ravenne,et paravant avoit esté soldat du grand capitaine Gonsalvc au royaume de Naples. De bon maisrre bon apprcntif ; car ç'a esté un des meilleurs hommes de guerre qui ait jamais passé aux Indes ce disoit-on lors.
Les maisons de Pizarre et de Caravajal furent du tout rasées, et dedans toutes semées de sel , avec tels escrilcaux : Icy sont tes maisons des traîtres Pizarre et Caravajal. De mon temps, que j'rstois en Espaignc, leurs noms et valeurs raisonnoient encor par la bouche d une infinité
1 Plu* fier et plu» cruel que Caravajal. •Comineul pourrois-je le counollre? je ne t*ai jamais tu par devant , mai» toujours par derrière. * Cela ne se peut , car les More» ne mangent poiai de
de gens, et en racontoient de beaux et esmer-
veillables actes, et ne se pouvoient saouller d'as sez les louer. Que c'est que de vaillance ! car , qu'elle soit bien ou mal employée, elle est tousjours estimée, ainsy que dict le refrain en latin.
C'est-à-dire, «toute renommée, soit bien ou «mal, est renommée; » ou bien, a soit bonne «ou mauvaise, c'est renommée, » et mesme quand elle part d'un cœur vaillant et généreux, et non pas poltron; car enfin tout cœur gene reitx, qui entreprend quelque chose de grand selon soy , ne sçauroit estre autrement que fort estimé et loué, comme Machiavel en est de cet advis. Mais pourtant il est bien tousjours plus louable et plus sainct faire bien que mal ; car enfin le bien est tousjours recompensé pour le bien, et le mal pour le mal.
Il faut conter ceste rodomontade en faict, qui est très-belle, et pourtant incroyable. Mucltas cosas han acaecido à tos Espaîioles en diverses partes, despues que, cou invencibles animas, andan desplegando sus banderas quasi por todo el mundo; por las quales /tan merecido entre todas las naciones renombre de inmortal memoria. Y dexadas nuichas que por varias hislorias andan celebradas , el hecho solo de un soldado, el quai indignamenle esta puesto en oh ido , fuerza A créer quanto sea el animoy vaior de la gente espahola. Al tiempo que el marques de Pescara andaba em uelto en las por/iadasguerras de Lombardia, hahiendose travada entre Franceses y EspaAoles una pelea, vinà à lierir una bala à Luy s de la Séria, soldado, que eslaba puesto en fila en su batallon de infanteria ; y no valiendo la de/'ensa del cosrelete, le entré la bala en el cuerpo. El animoso soldado, sentiendo que la bala baxaba por losvazios à las tri/ms, apartandose un poco de su ordenanza,con incomparable es/'uerzo y osadia , sacando un cuc/ullo , se hizà una pequefta abertura en la barri ga, por donde (cosa que parece fabula) Idzo salir ta bala :y volviendo con
RODOMONTADES ESPA1GNOLLES.
las dedos las tripas para dentro, con animo nunca visto, hizo con la punta del cucltillo, de nna y otra parte , aigu nos agujeritos en sus mismas carnes , y pasando por eilos la agujeta, cosiô con grande constancla la abertura que lutbia hecho ; y vuelto à su fila , no se conociù en su semblante el martirio que de si, con sus manos , habia antes hecho ; y parecia de los muy sanos , aquel que ténia el cuerpo tan mal dis pues to ; lias ta que de ahi à poco rato le hirieron de un arquebuzazo en la ceja,y le quebrâron un oj'o, por lo quai fué necesario que le sacasen del batallon. Y no con menos diligencia que admiracion curado, vinà à Valladolid donde esfaba el emperador don Carlos, y mostrando el testimonio de su valentia, Su Magestad le Idzb merced de cien ducados de renia para siempre '.
Je croy qu'après ce conte il ne me faut mes-
« Le* 1 spagnol» ont exécuté de grande» chose» en diverties partie* du inonde, depuit qu'il» ont porté leur* arme* et qu'il* ont déployé leur» étendard» presque par toute la terre, pour lesquelles choses ils ont mérité entre toutes les nations le renom d'une gloire immortelle. En laissant donc beaucoup dont on parte dan» différentes bistoire*, la seule action d'un «oldat qu'on a indignement mise en oubli, force à croire quel est le courage et la râleur des Espagnol». Ou temps que le marquis de Peacatre »'en alloit aux guerres opiniâtres de Lombardic, unemesléc «'estant liée entre le* François et les Espagnol*, Louis de La Sena , soldat espagnol, posé en file dans son bataillon , fut blessé d'une balle ; et sa cuirasse u'etant p3« suffisante, la balle entra dans son corps. Le courageux soldat, sentant que cette balle deserndoit dans la concavité du bas rentre , se retira un peu de son rang, et, avec un effort et courage incomparables, il tira un couteau, se fit une petite ouverture au lu- -ventre, par oA fcho«e qui parotlra une fable} il fit sortir la balle; et repoussant dedans se* boiaux arec se* doigts, il fit, avec un courage qu'on n'a jamais vu, d'un côté et de l'autre de sa blessure, divers petits trous dans les chairs mes mes, et y passant une aiguillette, il recousut avec une grande constance l'ouverture qu'il avoit faite. S'en estant retourné à ton rang, on ne s'aperçut point à sa mine du martyre qu'il s'etoit procuré de se» propre* mains; au contraire.il tenoit bonne contenance entre les plus tains, quoiqu'il ce trouvait en si mauvais eut , jusqu'à ce que de là à peu d'espace de temps on lui tira une arquebuzade dan» le sourcil, laquelle lui creva un œil : c'est pourquoi on fut obligé de le tirer de son bataillon ; et ayant esté pansé avec non moins de diligence que d'admiration, il vint à Valiadolid, où estoit l'empereur Charles, el lui montrant le témoignage de sa r, Ha Majesté lui douna pour *a récompense cent de rente perpétuelle.
1er d en foire un autre de plus grande genero silé espaignolle que celuy-!à. Ceslc rodonion tade en vaut bien ce rit autres de parollcs. Je pense qu'on ne sçauroit quel plus louer, ou ce soldat espaignol , ou M. Sceva , l'un des eslcus et favoris soldais de Jules Caesar, lequel , après s'eslre Irouvé luy faisant service , en plusieurs battailles, rencontres et combats en la Gaule, et s'eslre faict signaler pour un des vaillans et déterminés soldats qui fussent à son armée, et venant la guerre entre luy et Pompée, en ce p.rand combat qui se fit entre deux à Durachie , ce soldat, après avoir eu un œil crevé, et son corps percé en six divers endroicts de part en part, et son bouclier Iroué, auquel estoient encor fichées et plantées six vingts flesehes qui l'avoient percé à jour, se jette (ce neantmoins) hardiment dans la mer; et fit tant qu'il se saulva à la nage, et vint trouver son général. Encor, après avoir si bien faict, se présentant à luy desnué de ses armes (chose illicile en la milice romaine), se mit à luy crier : «Ah ! mon empereur, pardonnez-moi si j'ay perdu mes armes. » A quoy Cœsar ne fit aulre esgard ny réprimande: mais, le louant par-dessus tous , le mit en honneur et eslat de cenlenicr.
J'ai cogneu un brave, escalabreux et vaillant gentil homme de Bretaigne, qui s'appelloit M. de Mareuil, de fort bonne maison, nourri aulresfois page d'honneur du roy François premier : lequel , aagé de soixante ans, eu la battaille de Dreux , ayant faict ce qu'un homme de guerre peut faire vaillamment , et y ayant eslé blessé en trois endroicls , l'un d'un coup de pistollet dans le bras gauche, et l'autre d'espée dans le corps au deffaut de Iharuois, et se sentant foible du sang qu'il rendoit, s'en vint trouver (tout sanglant qu'il estoit, tant du sang de Tenncmy que du sien) M. de Guyse , el luy dict en luy monslrant ses blessures : « Monsieur, je «vous supplie me dire et juger si je suis en or «en estât de comballrc , ou de me retirer pour «me faire panser. Que si vous me jugez encor « bon pour retourner à la charge , et qu'ainsi le avouiez, je m'y en vays pour m'achever : si «non, et qu'il vous plaise me commander de «m'ailer faire panser, je m'y en vays; mais au- « trement n'yrai-je point si vous ne me le com- « mandez. — Ouy, respondit M. de Guyse, «ouy, monsieur de Mareuil, je feux que
TROISIESME DISCOURS
a vous alliez faire panser, et le vous commande «quand vous ne le voudriez pas : vous en avez «assez faict pour voslrc part. » Je vis le soir que M. de Guyse en fit le conte; et ledict sieur de Marcuil fui si bien secouru et pansé, qu'il escliappa , et vesquit encor plus de quinze ans après, lousjours aussy brave et vaillant que jamais , et tousjours escalabreux et qucrelleux , et avoit tousjours quelque querelle. Encore un an avant que mourir, en eut-il une contre Saincte-Coîombe le begue, très brave et baut à la main, et vaillant; et les trouva-l-onà Bloys qui s'alloienl battre, sans qu'ils raient empesclics, et puis accordes. Ce M. de Marcuil fut pour ses mérites récompensé de l'ordre de Sainct-Micbcl, qui esloit peu de ebose, car il esloit par trop commun : il meritoit de plus grands biens et grades.
Les soldats espagnols qui vinrent au premier voyage en France avec le prince de Parme, diraient : que eran todos de una voluntad, es à saber, à morir , à vcncer,y prontos al manda de su gênerai; y en su armada, el resplandor de las armas de los soldados , hacia mas lucienles los rm'os del sol ; de manera que con aquellas lucidas armas ,y con las ricas cubiertas y panac/ios e/igatanados, parecian una mues Ira de una mity forida huerla, (pie presentaba allila orgulleza del corazon , y daba sehal en los colorados roslros, tanto que, solo con elaspecto, ponian paror, y mani/estaban à los enemigos el peligro fan cierto como sus presencias !. Voylà de beaux mots certes, cl sur lotit les deux derniers.
Un soldat espaignol, me louant une fois le roy d'Kspaigne, me dict : Ninguno liay en mtestros (tempos entre los principes cristianos y moros, à quien se deba acalamiento y obediencia , como al calolico rey
1 Qu'ils rsroient tous d'une volonté, h sçavoir de mourir ou de vaincre, et prêt» à suivre le* ordre» de leur General; et que. dans leur armée, le soleil rendoil se» rayons puis brillans de la clarté de leurs armes. De manière qu'avec ces armes luisantes, et richement couverls de leurs habit» et de leur» panache», ils proissoient un jardin bien fleuri, où l'on voyoit peinte la fierté de leur mur; el se pouvait voir par leurs visages enflammés, que leur seule vue suîfisoit pour causer l'épouvauie, cl pronostirjuoit aux ennemi» leur perle aussi certaine que l'esloil leur présence.
i de Espafla, ml seflor, aryos notables kechos, subidos hasta las est relias, obscurecen los \ de los emperadores. Y no es menesler que •
10 diga : diganlo los reynos y reyes de el vencidos ; digalo todo el mundo l.
Le duc d' Albc, celuy qui conquesta le royaume de Navarre pour Ferdinand, eslant prest d'estre assiégé dans Pampelune par le roy Jeban de Navarre, assisté des forces françoises que le roy Louis Xll iuy avoit envoyées, conduictes par | M. d Angoulesme, jeune prince, despuis le roy François, et par M. de La Pallice, les babitans dudicl Pampelune luy ayant remonstré le peu de forces qu'ils avoienl leans pour faire leste A une si grande armée, il leur respondit : Mas gente el no deseaba que fuesen, parque mas honra à los pocos quedaba. Los Pampeloneses , liaciendo poco caso de esta honra, dixeron : « Con poca gente, mal se gana a. » Rcspondu bien, certes, pour ceux qui veulent jouer leur jeu au plus scur, el au proffît du mesnage de l'bonneur. Pelopidas dict bien autrement, lorsqu'il voulut aller contre Alexandre le lyran : on luy vint dire comme l'on avoit recongneu ses forces, et qu'il y avoit grand nombre de gens moulaut bien plus que les siens.
11 respondit seulement : «Tant plus ils seront, «tant plus nous en tuerons. » Celuy avoit l'esprit tendu plus au carnage qu'à l'bonueur. Non pas comme un capitaine espaignol disoit : Que adonde liay mas afrenta alli mas honra se gana 3.
Un capitaine espaignol , petit , fort de stature, luy estant faict la guerre de sa petitesse, il respoudit : En los cuerpos pequehos se encierra un grande y fuerte corazon ; par que la nalura aquello que fallu en el
1 II n'y a personne de notre temps, entre le» prince», soit chrelien», soit maures, à qui l'on doive respect et obéissance comme au roy catholique d'EspaRne mon malire, dont le* belles actions, montées jusqu'aux estotle», ' obscurcissent celle» de» empereur». El il n'est pas besoin que je le dise; que le» royaumes et le» roy» qu'il a vaincu» le disent; que tout le monde entier le rcpele.
* Ou'it ne souhailoit pas non plus qu'ils fussent en plui grand nombre, parce que moins on estait el plus on en
I avoil d'honneur. 1*» Pampelunois, »e souciant peu de celle gloire, dirent : . Mais cet honneur ne sauroil se • gagner sans monde. >
* gu'oti il y a plus de perd, plus on y acquiert d'Lionl neur.
KO DO MONTA DES ESPAIGNOLLES
cuerpo, pusà en la virtud del animo
Un autre disoit pourquoy il bravoil (aut , estant si petit, et n'avoil (anl de quoy à braver. Il respondit : Nombre cluquito , si no bravo, no vale nada 2. Comme de vray j'en ay veu une infinité de petits hommes, n'ayant pas bien de quoy à payer leur homme : autrement , vous les voyez estendre sur la poincte des pieds, ayant leurs pentes mulles, ou , pour mieux dire, leurs cachasses de liège , ainsy que j'en ai veu plusieurs se hausser le plus qu'ils peuvent', et se gesner en leurs postures, a tin qu'ils puissent mieux braver et faire la piaffe. Enfin ce sont des mirmidons larges pour faire la guerre aux grues, ou voudraient fort estre tousjours montés sur des clochers pour parler de plus haut. Voylà comment les petites gens ne se contentent point de leurs petitesses , mais souhaitent tousjours estre grands. Si est-ce que ce n'est pas le meilleur que d'estre si grand extravagamment ; car j'ay veu force de ces grands n'estre pas plus habiles que les petits, voire très badauts,et fadals de nature et d'art, ny plus vaillans non plus, mais très poltrons; et outre, l'on les vise mieux à la guerre, et, qui plus est, sont fort subjects à avoir les jarrets coupés, qui y veut tirer : ainsy qu'il se dict et se lit que quand le grand sultan Solyman fut en Ongrie et à Vienne, fut pris dans une forteresse un soldat lansquenet de si exl résine hauteur , qu'on le tenoit pour un miracle de nature, si bien que l'on en fit un présent au grand Solyman, pensant qu'il s'en deust servir à sa garde. Mais, au lieu de cela , il en lira son plaisir par une barbare cruauté; car il le fit attacher par les bras et les pieds, et le fit mettre tout debout en une salle pour combattre en estoquade contre un petit nain qu'on luy avoit donné, et qu'il avoit en délices. Ce petit nain estoit armé de son espée, qui demeura plus d'une heure à tuer ce géant, tant il avoit peu de force, et assenoit si mal ses coups, ores luy donnant sur le corps comme il se pouvoit hausser, ores sur les euisses, ores sur les jarrets, le pauvre géant parant aux coups au mieux qu'il pouvoit et es-
1 Dan* les petits corps sont renfermés des cœur* grands et courageux, parce que ce que la nature laisse manquer au corps, elle l'employé a augmenter le courage.
* Si un petit homme n'est point fanfaron il n'est propre à rien.
quivant. Enfin il tomba par terre, et ce nain le paracheva comme il peut : et ainsi en donna le plaisir à Solyman , ei a aucuns baschas et grands de sa cour. Il y pouvoit avoir du plaisir pour ceux qui sont barbares et cruels, et de la risée, mais nullement pour nous autres qui sommes chresliens. Je croy que les Romains n'exhibèrent jamais un tel passe temps.
J'ay leu dans un livre espaignol , qui se nomme La Conquista de Navarra, que le roy Jehan de Navarre ayant envoyé un héraut vers les ducs d'Albe et de Nagera , tous deux généraux de l'armée (ce qui n'est pas le meilleur , porque una luieste gobernada de dos capiton** générales , nunca bien se conserva l), pour demander baitaille auprès de Pampellune, ils respondirent que alli no la querian dar , mas en los rasos campos de fiordeos , culonde aderezaban su camino , para tonquistar ioda la Guyenna 2. Ce qu'ils ne firent et ne tindrent, car l'obstacle estoit trop graud : aussy ne le vouloient-ils entreprendre; mais il falloit qu'ils fissent cesle bravade.
Après la battaille de Sainct -Quentin , les Espagnols disoient : Este dia perdieron los Franceses el nombre que Tito Livio les da , diciendo : a Galli sunt gforia belli » Ils ne s'en doivent point mocquer , parce que , connue eux-mesmes disent, las cosas de la guerra van mal al tiempo que mas sin pensarlo estan*.
Lorsque l'empereur arriva devant Mets , y ayant envoyé auparadvant son armée, ceux de son camp célébrèrent son arrivée par de grands feux , salves et autres grands signais de joye. Ceux de dedans, de leur costé, estans en cervelle de ceste venue, et qu'à ce premier abord on leur pourrait préparer quelque fricassée , firent aussy par toute la ville allumer des chandelles aux fenestres , et allumer feux sur leurs remparts; dp sorte que les Espaignols disoient
1 Parce qu'une armée gouvernée par deux capilaims généraux ne se conserve jamais bien.
* Qu'ils ne vouloient point la donner là, mais dans 1rs plaines de Bourdeaux, où ils s'acheminoient pour i\mquerir toute la Guyenne.
* Le» François ont aujourd'hui perdu la gloire que Tiie-Live leur accorde en disant : « Les François sont la t gloire de la guerre. »
* Les choses de la guerre vont fort mal au l où l'on y pense le moins.
38 TROISIESM
que era cosa maravillosa los fuegos ,y lu- i tnii ut lia s , y /tachas, que estaban en la ciudad, de mariera que parecia cosa encantada. Ao menos el real del empcrador era visto claro y radiante por la muchedumbre de fuegos, que parecia otro cielo eslrellado
Esiant le duc d'Albe assiégé dans Pampellune par le roy Jehan et M. de La Pallisse, et attendant l'assaut, entre autres parolles qu'il prononça en son harangue, exhortant les siens, il dict cellcs-cy : Bien creo , caballeros , que no j podrë acrecentar vuestro esfuerzo con mis palabras, y Zambien so)' cierto que la vis ta de la batalla no os pone miedo. Aquelio que muc/ias veces deseasteis liabeis fiallado, que es ver os convuestros enemigos ,y no solo vuestros , mas de Dios. Todo lo que me toca, de estado y con mucha diligencia lo he heclto: lo demas pende de la virtud de vuestros corazonesy fortaleza de vuestros brazos ; os ruego que os acordeis del nombre de Es parla, que nunca supo ser vencida. Y si me quereis responder , que de eso no se pueden alabar los EspaAoles, pues estan sus banderas en poder de sus enemigos , despues del dia de la batalla de Bavena , yo asi os lo confieso : mas , mirad que tan sangrienta Victoria tuvieron , que los mismos Franceses con/iesan que pluguieria à Dios que ellos fueran vencidos , porque no tuvieran la Victoria tan llorosa. Acordaos que en la tierra que de baxo de vuestros pies fiollais , el rey Carlo Magno fué vencidoy desbaratado, con muerte de sus doce pares. Decia rey nuestro don Atonzo el Casto , que liay mas gloria de conser\>ar lo adquirido , que ganar grandes tierras , no pudiendo sostenerlas. Y porque à los virtuosos, mostrandoles el peligro mas les crece el esfuerzo, os hago saber, que estais sentenciados por los Franceses à perder las vidas sin ninguna merced. Os ruego que asi las vendais, que primero vuestros ma-
■ Que e'estoit une chose merveilleuse que les feux , les illuminations et les flambeaux qui estoienl dans la ville, ce qui paroissoit une chose enchantée; non pas moins dans le camp de l'empereur, qu'on voyoit tout éclairé et tout brillant de la quantité de feux qui le faisoient paroiire un autre ciel étoilé.
tadores , que vuestra sangre , caygan en el suelo. Y, porque veoya las banderas de los enemigos arercarse, os encargo que saqueis de vergûenza el nombre y gloria de Espana K
Yoyla de beaux mots et de grand poids, encor qu'ils soient courts. Aussy un chef de guerre ne se doit jamais amuser aux grandes harangues, lorsqu'on est prest de venir aux mains : les effecls y sont plus propres; ainsy que faisoit ce grand capitaine Jules Csesar, lequel, sur le poinct du combat, n'employoit le (emps en grandes et longues concions , comme nous voyons en ses Commentaires, qui parloit si brièvement , et en gallant soldat et capitaine à ses gens. Ce brave Catilina, dans Salluste, lorsqu'il fallut donner sa baltaille, triumpha de bien dire et courtemeut en peu de mots , qui portèrent si grand poids, que les soldats, de ce esmeus tous , moururent dans le mesmes champ de baltaille qu'ils avoient choisy, sans en bouger le pied. J'ây veu beaucoup de grands capitaines qui se sont mocqués, comme M. le mareschal deStrozze, ainsy que j'ay ouy dire à un de ses capitaines , de leurs compaignons grands harangueurs,
i Je crois bien, soldais, que voire courage ne sauroit croître par mes paroles; et je suis bien certain que l'approche de la bataille ne vous fait point peur. Vous avez trouvé ce que vous avez tant de fois désiré, de vous voir avec vos ennemis, et non seulement les vôtres, mais de Dieu. Je me suis acquitté -de tout ce qui me regarde avec bien du soin; le reste dépend de la vertu dt vos courages et de la force de vos bras. Je vous demande que vous vous souveniez du nom de l'Espagne, qui n'a jamais pu être vaincue. Et si vous me voulez dire que les Espagnols ne se doivent point vanter de cela, puisque leurs étendard* sont au pouvoir des ennemis depuis la bataille de Ravenne, je le confesse; mais considérez qu'ils v ont tiouvé une si sanglante victoire, que les François confessent eux-mêmes que plût à Dieu qulls eussent esté les vaincus, plustost que d'obtenir une victoire si périlleuse. Souvenez- vous que sur celte même terre où vous marchez maintenant, le roi Charlemagnc a esté défait et vaincu avec ses douze pairs. Notre roi don Alphonse le Chaste disoit qu'il y avoit plus de gloire à rnnserver ce qu'on a acquis, que de faire de nouvelle» acquisitions, en ne les pouvant conserver. Et puisque , lorsqu'on montre aux hommes couragpux le péril, leur courage s'en accroît, je vous avertis que vous estes condamnés par les François à perdre la vie sans aucun quartier. Je vous prie donc que vous la leur vendiez de manière que vos meurtriers tombent à terre avant votre sang. Et parce que je vois déjà les étendards des ennemis s'avancer , je vous recommande de garantir de houle le nom et la gloire de l'Espagne.
RODOMONTADES
principailement en telles besoignes si hastives et preignante*. 11 est bien vray que les consuls I romains s'en sent meslés bien fort , comme nous lisons en nos histoires, et mesmes en Tite Live : niais c'estoit longtemps devant qu'ils commençassent leur combat qu'ils haranguoient ; et se préparaient de bonne heure, car telle esloit la coustume : autrement le mystère n'en eust rien valu. Mais lorsque ce venoit à enfoncer sans marchander , s'ils se fussent mis sur leurs beaux dit es et discours militaires , ce fussent esté de fraya fais ; et se fussent trouvés les ennemys sur les bras, de telle façon qu'ils n'eussent eu loysir de songer à eux , ny se recongoistre , ny leur ordre, ny leur place de battaille ; et si n'eussent jamais faict de si beaux exploicts de guerres et gaigné tant de battailles, et fussent estés ainsy sotlemcnt desfaicts. Voylà pourquoy les grands raisonnement que l'Espaiguol appelle razonamientos, fautquece soit la vigille de la battaille, lorsqu'on l'attend , ou une heure ou deux devant la battaille, mais non point sur le point du choc, lequel ne demande que les plus courtes et brieves parolles. Guichardin s'est voulu mes- Irr d'imiter Tite Live en ses harangues militaires. Entre autres , il en faict une par trop prolixe, que fit M. de Nemours prest à donner la battaille de Favennc, qui certes est des plus dignes, pour animer ses soldats, comme ils furent : mais il rs! A présumer qu'il abrégea bien autrement son dire; car là il estoil question promptement de venir aux mains aussytosl qu'ils eurent passé le canal. Paulo Jovjo s'est aussy ainsy fort amusé à descrire plusieurs longues harangues. Enfin plusieurs , ou la pluspart des historiographes , eu ont faict de mesmes , desquelles Belle-Forest a esté curieux d'en faire une recherche et un recueil bien gros, dont nous en voyons le livre. Celuy qui a faict nostre Histoire de France faict M. de Guyse et M. l'Admirai haranguant en la battaille de Dreux si prolixement , qu'il n'en est rien. Je vis parler M. de Guyse , mais peu et bon. Quant à M. l'admirai, il n'eut guieres loysir d'haranguer si longuement , et mesmes eu la dernière charge qui se fit. Or , à ce que j'ay ouy dire que M. le mareschal de Strozze disoit , ç a esté plus! os t la grand' vanité des historiographes qui les y a poussés et faict ainsy trouver , excogiler et mettre par escrit ces grandes et longues harangues; lesquels, plains de vent et gloire,
fcSPAÏGNOLLES. 39
vouloient illustrer leur histoire et la rendre plu» belle par ces grandes supertluités de parolles. D'autres pauvres fats et sots pensoient que leur histoire serait manque et haire, si elle n'estoit décorée et allongée d'une grand' creuc et suite de mots. Pour fin , en matière de combats il n'y a que les briefves harangues; ainsy que fit ce brave M. de Guyse le grand , le jour qu'il pensoit avoir l'assaut à Mets, que M. de Ronsard a mise en vers. Et ne fut si longue pourtant comme la faict M. de Ronsard , ainsy que je l'ay ouy dire à ceux qui l'ouyrcnt et y estoient ; et si l'original valoit mieux que la copie. Et fut une chose très belle de la luy ouyr prononcer ; car, oultre qu'il avoit la grâce belle si jamais capitaine l'eut, il avoit l'éloquence militaire très grande, comme j'espereen dire quelques unes des siennes, par un chapitre que je veux faire d'une centaine d'harangues militaires , très courtes , tant de nostre temps que d'autres 1 . Cependant je laisse ce discours ; car, comme dict l'Espaignol , otras vacas tengo que guardar, y otras ovejas que trasquilar 2 , et que je veux encor reprendre les parolles de ce grand duc d'Albe , par lesquelles il ne déguise point aux siens d'avoir esté vaincu à Ravenne ; mais pourtant il ravalle fort ceste victoire pour nous. Toutcsfois , quoy qu'il die , luy et autres Espaignols , elle fut grande et très signallée pour nous , sanglante pour eux , et puis nous rapporta du malheur par la perte de ce qu'avions conquis en Italie et à Milan. Les Espaignols ont cela de bon , qu'ils ne se confessent jamais vaincus ny battus, et ramènent tout à leur gloire; ainsy que fit ce grand duc d'Albe dernier en Flandres, en une harangue qu'il adressa à son armée , et principailement à ses soldats espaignols quelques jours avant qu'il pensoit donner la battaille au prince d'Orange , près la rivière de Meuse , qui avoit amené une si grand'armée contre luy pour le combattre; mais le tout s'en alla en fumée, pa; la providence et sage conduicle de ce grand capitaine, qui le fit retirer avecques sa grand' honte en Allemaignc, de quoy j'en parle ailleurs. Ce grand duc donc va rcmentevoir à ses Espaigols de bout à autre tous les beaux exploicts
1 On n'a point ce recueil.
•J'ai daulrcs vachet à fjarder, et d'autres brebis à
tondre.
TROISIKSME DISCOURS.
qu'Us ont faicts depuis cent ans, et met tout en ligne de compte et de gloire , aussy battus et vaincus que vainqueurs. Et cela m'a conté un soldat frauçoisespaignoliséquiestoit lors parmy les bandes espaignolles, qui entendoit le tout. Ce grand duc donc premièrement parle des grandes guerres qu'ils ont faictes au royaume de Naples , soubs le grand capitaine Gonzalvo , Raymond deCardone, de la bat taille de Ravenne, bien qu'elle leur fust désastreuse. Parle de cestc grand'conqucstc des Indes, qu'il leur met devant les yeux , faicle par Hernando Cortès et Francisco Pizzarc, qu'il nomme tous les deux par ces mots : la honra de la milicia espaiïolax. Raconte le beau combat qu'ils ont rendu en Italie soubs ce vaillant marquis de Pescaire et Anllioyne de Levé, et M. de Rourbon en la prise de Rome ; les sièges de Naples et de Florence soubs Filibcrt le priuce d'Orange ; le levement du siège de Vienne, et la chasse cl fuite du sultan Solyman; laconqueste de la Gollclte, de Thunis et de Cleves; les voyages de la Provence, dWIgcr et de Landrecy, où il ne fit trop bien ses affaires; la guerre d'Allemaignc, qui fut belle celle-là, où l'empereur acquis! grande gloire; les guerres de Picdmont, de Panne et de Sienne. (Il ne gaigna rien aux deux premières , tesmoings la bat lai Ile de Cerizolles et la conqueste de Piedmont, comme j'en parle ailleurs. Sienne fut gaignée, mais elle leur cousla bon.) Puis le siège de Mets , qui leur fut très malheureux ; n'oublie le voyage de M. de Guyse , et la rompure de son desseing ; et puis vient finir sur les deux baltaillcs de Sainct-Quentin et Gravelines, qui contraindrent le roy Henry (n'en pouvant plus) à demander la paix. Il s'en faut les prises de Calais, de Guysncs, de Theonville , et le champ d'Amiens, où le roy , estant en personne, présenta cent fois la battaille au roy d'Rspaigne, mais point de nouvelles. Enfin il en conta prou, sans s'oublier aussy, et se disant, estant lieutenant plusieurs fois de l'empereur Charles, estre vray tesmoing de leur valeur. Cesie vanterie pour luy et pour ses soldats est excusable, autrement le vent espaignol n'auroit | point de Heu. Ainsy en cesie harangue il imita qunsy son oncle le conquesteur de Navarre, que je viens de dire , qu'aucuns ont voulu croire avoir
1 L'bonneur de la milice espagnole.
: esté son pere ; mais cela est faux, car son père fut dou Garde de Tolède , qui mourut aux Gerbes contre les Mores, en la fleur de son aage, y ayant esté envoyé avec dom Pedro de Navarre, lieutenant du roy Ferdinand en l'armée qu'il y envoya en M. D. X.
Un soldat espaignol ayant appellé un seigneur italien en combat , l'Italien luy fit response que, d'autant qu'il n'estoit son pareil de lignage, il luy envoyeroit son vallet pour le combattre. Le * soldat luy répliqua : Yo lo otorgo , parque , j por miiy rain que sea , sera rnejor que vos Il s'en dict de mesmes d'un gentil homme françois qui refusa ainsy le combat à un qui n'estoit de si bonne maison que luy, qu'il luy envoyeroit un de ses vallets. L'autre respondit : «Je l'en aymerois mieux, car il ne m'en seau roi t «envoyer pas un des siens qui ne soit plus «homme de bien et de valeur que luy ; et par a ainsy en combattant le vallet j'acquerray plus «d'honneur qu'à combattre le maistre. »
Un seigneur de Caslille fil bien mieux. D'autant qu'en Castille, pour faire champ, il faut que les deux parties soient csgallcs en lignage . et , parce que sa partie esloit fort inférieure à luy, il dict : Deàd à él tal que me liago de tan ruin linage corno él ,y que se saïga à matar conmigo à tal parte 2.
Il y en a force grands qui ont faict de tels Iraicts, qui se sont desmis pour une heure de leurs dignités , charges, gardes et ordres, pour combattre leurs inférieurs, à quoy ils ont plus d'honneur que de s'ayder de telles cuirasses poltronnes. J'en ay faict un beau discours ailleurs 3.
Les Portugais avoient de couslumc de célébrer tous les ans la grande fesle du jour que fut donnée la battaille d'Aljuharola. Par cas , uncordellicr ce jour estant venu baiser les mains du roy, qui en eclebroit la feste, il dict au cordcllicr : Que os parère de nues Ira fies fa? Celebranse en Castilla taies fiesta por semejantes vencimientos? * Le cordcllicr rcs-
1 Je le veux bien , panv que, quelque méprisable qu'il soit , il vaudra toujours mieux que vous.
* Dites à un Ici que je me fais d'aussi basse extraction que lui , et qu'il vienne ici se battre contre moi. » Discours sur les Duels.
4 Que vous semble de notre fete? En ceb bre-t-on de telle» en Caslille pour de semblables victoires ?
RODOMONTADES ESPAIGN OLLES.
'il
pondit : No se hacen , porque son tanta* las victorias nuestras , que cada dia séria fiesta,y moririan losoficiales de liambre ». Voylà une rodomontade d'un moync aussy belle que soldat ou homme de guerre eust sceu dire.
A cela, au bout de quelque temps , un cordellier portugais la rendit bonne , fust au mesmes cordellier, ou à un autre qui Fust qui en parlast ; car, en preschaut un tel jour de l'an que ccluylà que ceste battaille fut donnée, il dict en ces inesmes mots à son sermon, en représentant la battaille (comme tels prescheurs font souvent quand ils extravaguent de leur thème) : iïosostros cristianos, estabamos de un cabo del rio , r los Castellanos de ta otra parte 2. Quelle attacque fralresque !
De tout temps, les Portugais et les Castillans ne se sont guierc aymés , comme je le cogneus une fois, moy estant à Lisbonne, et entré dans la boutique d'un marchand de soie pour y achepter quelque étoffe; et, d'autant que je parlois bon castillan, je demande à une jeune fille qui gardoit la boutique où estoit le maistre. Elle l'appella soudain, et dict, me prenant pour Castillan : Aqui esta un Castellano que pregunta porti. Luy, se courrouçant contre elle, luy dict, après m'avoir cogneu pour François : Vellaca, mal criada,àun hombre como este, no tienes vergùenza de llamarle Castellano *. ? A ceste heure, despuis que le roy d'Espaigne a mis le royaume de Portugal entre ses mains , ils sont grands confédérés et amys ; mais c'est par force.
Le combat qui fut au royaume de Naples , entre douze gentilshommes françois et douze cavalliers espaignols, demeura fort doubteux sur la victoire. Après qu'il fut finy, le grand capitaine, après qu'il eut envoyé les siens pour bien choisis, demanda à celuy qui en avoit porté les nouvelles comment estoit allé l'affaire. L'autre, pariant ambiguement, ne luy respondit que : Seflor, los nuestros viniéron â no-
' On n'en fait point, parce que nous avons tant de victoires que chaque jour seroit feté, et que les artisans mourroienl de faim.
1 Nous autres chrétiens , nous étions d'un côté de la rivière, et les Castillans de l'autre.
* Voilà un Castillan qui tous demande.
4 Coquine et mal apprise, n'arez-vous point de honte d'appelier Castillan un nomme d'honneur comme çeluy-cy?
sostros porbuenos Le grand capitaine rospondit : Por mejores os habiayo enviado 2 ; comme voulant dire qu'il les avoit envoyés pour très bons et très bien choisis , et pour faire i mieux qu'ils ne firent. Par là on peut cognobtre ! que les nostres n'y furent pas tous descbnfils , i comme aucuns anciens estrangers historiographes en ont parlé. Mais il leur faut pardonner pour vouloir mal à nostre nation. Mais qui lira' le roman de M. de Bayard, trouvera bien que nos François y firent mieux que les Espaignols, encor que lesdicts Espaignols s'adviserent de donner au chevaux du commancement, tenant la maxime : Muerto el caballo. perdido et hombre de armas 3. M. de Bayard acquit la i une très grande gloire.
Lorsque les François perdirent le royaume de Naples, et M. d'Aubigny leur gênerai avecques eux, le grand capitan leur fit tous les honnestes traictemens et conditions qu'il fut possible, et leur donna toutes choses nécessaires, et chevaux pour les emmener. M. d'Aubigny voulant braver , encor qu'il fust vaincu , pria le grand capitan qu'il les accommodas! au moins de bons et forts chevaux pour retourner. Le grand capitan, interprétant le mot retourner pour revenir â la- guerre et retourner au pays pour la faire et renouveller , luy respondit : Volved en buen Ziora, quando quisieredes ; que siempre ' hallaréis en mi la misma liberalidad que hasta aqui*. Bonne et belle response certes d'un tel capitaine et si courtois, et picquante doucement.
Durant le siège de Perpignan , non pas de ce dernier, il y eut le marquis de Cenctte qui demanda un coup de lance ; et voyant que de là à peu deux cavalliers sortirent ainsy que le dict marquis se reliroit , et luy, les voyant, voulut à eux retourner, dont il eut son escuyer qui luy dict : No vuelva V. S. queyo iré,y derribard uno de ellos , y V. S. llegarâ â cortatie la cabeza. Respondio el marques: An tés yo I quiero ir , y derribarle ; llegaréis vos des-
| ' Scicneur, les nôtres vinrent à nous comme born soldats.
* Je vous arois envoyés pour meilleurs.
1 U cheval mort, le cavali r est perdu.
4 Revenez à la bonne heure, quand il vous plaira; voufc i trouverez toujours en moi la même libéralité que j'exerce ! maintenant envers vous.
42 TR01SIESM
nues , y besar-le-heys en el rabo *. 11 fut bien employé de faire ceste responsc à ce brave.
Euquoy j'en ay vcu en nia vie de tels braves fais que celuy-la, qui veulent faire ainsy des vaillans, et disent : a Monsieur, n'allez pas là; il « y faict dangereux : laissez-m'y aller, cl ne bou- «gez d'icy.» Et Dieu sçait, quelque bonne mine -qu'ils fassent et parolles qu'ils disenf, ils se concilient. 11 leur faudroit dire ce que dict le grand cnpitan àun autre qui luy lenoit mesmes propos : Si no tengo miedo , porque qucreistnele meter 2? et comme dict un graud capitaine des noslres à un gallant que je sçais : «Pourquoy «me voulez-vous faire poltron, moy qui ne le «suis point ? »
Un capitaine espaignol combattant en estoquade contre un autre, et luy ayant coupé un bras et un jarret, dont il tomba par terre, luy dict : aRend-loy , autrement je te couperay la «teste.» L'autre luy respondit : Haced lo que quisieredes , que aunque me [alla el brazo para pelear , sobrame el corazon para morir3; disant souvent ce mot : Muera la vida , y ma siempre viva * .
Lu soldat espaignol ayant, en un deffy, mis son ennemy à un tel poincl et blessé, qu'il n'en pouvoit plus ; si bien qu'en lieu de luy demander la vie il luy demanda la mort , et le pria de la luy donner, l'antre ne le voulut; niais l'estropia très bien de bras et de jambes, pour deux raisons dict-il : La una , porque mas penas en vivir;yla otra , porque puedas dar razon de quien te liirià , y te diô taies cuc/ùlladas.
Comme de vray, ce fut à ce pauvre diable un grand creve-cœur de se voirainsy vivre estropié de son ennemy, et n'en pouvoir tirer raison. La mort fust esté cent fois plus souliaictable.
Un autre voyant braver un gallant de parollcs
1 Y y retournez pat. J'irai, j'en mettrai un â bas, et vous Tiendrez lui couper la léie. Le marquis respondit : Je veux plutôt y aller et le reuverser; et toui irez vous après pour lui baiser le cul.
» si j- n'ai point de peur, pourquoi cherchez-vous a m'en donner ?
* Fais ce que lu voudras, car si je n'ai plus de bras pour me défendre, j'ai encore un cœur pour savoir mourir.
4 I Jt vie meurt , mais la renommée vil toujours.
» L'une, parce que tu auras plus de peine en vivant; et l'autre, afin que tu puisses dire qui t'a blessé, et d'où te viennent ces blessures.
et rodomontades, il dict seulement qi\e:Calla cabeza de soberbia, que ella basta à hacerle morir
Un capitaine espaignol , tournant des guerres d'Italie, et en racontant merveilles de ses vaillances en une table, il y eut un certain vallet qui servant luy respondit froidement, en ostant le bonnet : Supplico à V. M. me de licencia para que lo créa 2.
Un soldai espaignol, estant tourné en sa patrie, el se vantant en bonne compaignie qu'il avoit veu tout le monde, il y en eut un qui, relevant ce mot, luy dicl : Puede serque FM. ha yaestado en cosmografia 3. L'autre luy respondit , fust à escient, ou pensant que ce fust quelque grande région ou cilé : Sefior, llegamos â vis ta de ella; pero dexamoslaâ mano derecîia, porque ibamos de priesa *. Quel gallanl! possible se mocquoit-il d'eux, aussy bien qu'eux de luy, ou bien qu'il fust là descouvert.
J aymerois autant le conte d'un certain Italien, qui un jour voyant le roy François discourir à sa table de la grandeur et beaulé de sa ville de Milan, ainsy qu'un ebascun en disoit sa rastellée, l'Ilalien, se produisant, dict que certes c'estoii une très-belle ville, mais que le port n'en valoit rien , el qu'il n'y avoit gallere ny nav ire qui ne courust grande fortune de se perdre à l'entrant, si l'on y advisoil bien. Le roy, avecques toute l'assemblée, se mit aussytost à rire el à luy dire qu'il avoit très bien veu et recogneu la place et le port a ce qu'il disoit, et qu'il s'advançast un peu pour en parler encor mieux. Parqnoy luy s'avançant , il ne dict autre chose, sinon en faisant sa révérence bien bas : Basta, sire, ch'io v'/u> parlatoh. Le roy luy demanda ce qu'il vouloit dire par là. Luy respondit que, puisqu'un chascun parloit, il vouloit parler aussy, et que s'il eust dict quelque chose de bon et de vray, il ne leust escouté, et n'eusl fujet cas de luy ; et, pour ce, s'estoit ad visé à trouver
1 Modère ton (grand orgueil , il suffit seul pour te faire
périr.
» Je vous prie, monsieur, de me donner la liberté de
le croire.
« Il se peut faire, monsieur, que vous avez esté en cosmographie.
« Monsieur, nous en estions à vue, mais nous la laissâmes à mata droite, parce que nous esliuns fort presué*. s 11 suffit, sire, que j'aye parlé à Votre Majesté.
RODOMONTADES ESPAIGNO LLES.
ceste bourle, pour estre mieux reçu à parler à Sa Majesté, et estre entendu d'elle, sçachant bien que la mer n'estoit pas plus près de Milan que Gennes.
Un pareil ira ici fit un que j'aycogneu capitaine de galleres, nommé M. de Beaulieu, fort mon grand amy, qui a voit esté lieutenant d'une des galleres de feu M. le grand-prieur de France , de la maison de Lorraine , qu'il aymoit pardessus tous ses capitaines et serviteurs, car c'estoit le meilleur compaignon , et qui disoit le mot de la meilleure grâce qu'homme de France. Ceux de Marseille, ayant un jour une affaire à la cour de grande importance , ils envoyèrent par deux fois deux consuls des mieux choisis et des plus sages, qui n'y peurent rien faire, et s'en retournèrent comme ils estoient venus. Surquoy ils s'adviserent de prier Iedict M. de Beaulieu d'aller à la cour, et prendre la charge de ceste affaire; ce qu'il entreprend fort librement, car il estoit prompt et très-officieux. Après qu'il eut faict son harangue à la reyne-mere, qui gouvernoit tout pour lors , elle luy dict en riant bien fort : «Et quoy! Beaulieu, ceux de «Marseille n'avoient-ils point en leur ville a un plus sage personnage que vous pour envoyer en ambassade?» Il luy respondit : «Oui «vrayment, madame; mais quand ils ont veu « que les deux qu'ils vous ont envoyés n'ont rien «peu faire, ils se sont advisés d'y envoyer un «fou, si qu'il feroit mieux qu'un plus sage; et ■ pour ce ils m'ont dellegué. Que si vous me «faictes ce bien, madame, de m 'octroyer ma «requeste , vous me mettrez en réputation : et, «de. fou qu'on me tient, je seray désormais «estimé très sage.» La reyne, qui aymoit les bons mots et a rire , luy accorda sa requeste et le fit depescher : et puis s'en retourna joyeux , et fort glorieux, et bien estimé des Marseillois qui luy firent un beau présent de mille escus pour sa peiné , qu'il ne cela point à la reyne , qui en fut bien ayse. J'estois lors à la cour, qui en vis tout le passe-temps ; car Iedict Beaulieu estoit mon intime amy.
Estant demandé un jour à un brave combien d'hommes il pourroit bien combattre et eu sortir à son honneur, il respondit : Si es hombre de bien, uno;yde vellacos, la calle llena <•
» Un ml, fil est homme d'honneur. Si ce «ont des lâche», la rue pleine.
Comme voulant dire qu'il en tueroil tant que les rues en seroient pleines, et en pucroient, Ceste responsc certes est belle et de considération; car il n'y a rien si ay«é que de battre des gens de peu.
Si nous voulions croire h un conle d'un capitaine que j'ay cogneu , vray enfant de la mat lie s'il en fut onc, qu'on appelloit le capitaine - Freville, brave et vaillant, un grand jeune homme de l'aage de vingt-cinq ans, de belle et haute taille, et bonne façon, et qui parloit aussy bon allemand comme sa langue françoisc, pour avoir demeuré au pays six ou sept ans; ce capitaine estoit fort mon amy et m'avoil suivi au sirge de l*i Rochelle, et à la cour quelquefois; le roy Henry, à son retour de Poulloigne, estant à Lyon , ce capitaine estoit bien souvent avecques moy, dont il me fut dict de bon lieu que je l'advertisse qu'il ne se pounnenast plus tant , et qu'il pourroit estre en peine de la justice; ce que je ne l'ail ly de luy dire, et de l'en advertir. Mais il me respondit froidement : «Monsieur, je vous en remercie; mais ne vous «en mettez point en peine pour moy de cela; «car cda n'est rien. Ce n'est que quelque pe- «tite batterie dont on m'accuse ; mais la justice a ne me sçauroit rien que faire. » Je voulois scavoir au vray que c'estoit. Il me dict : « Monsieur, «c'est rien cela ; mais, puisque le voulez sçavoir, «c'estoit un maraud, marchand de Paris, qui «m'avoit faict uu desplaisir. Je le fis guetter; et « sceus comment il s'en alloit à Orléans un jour, «avecques quatre ou cinq autres marchands «de ses compaignons. Je monte à cheval. Je les «suis tant que je puis. Je les trouve qu'ils dis- « noient à Longemeau. Je mis pied à terre, et «donne mon cheval à mon homme pour le teanir. Je monte en haut avecques mon pistolet a bien bandé et le chien abattu. Je trouve mon «homme au bout de la table. Soudain je vins à «luy, et luy dis: Confesse toy, marchand •de Paris, tu es mort. Je luy présente le pis- «tolct, le quel faut., et soudain mis la main à «l'espée. Je luy donne à travers le corps, et «tombé roide mort par terre. Je vis ses coin- «paignons qui font semblant de faire des mau- «vais. Je donne à l'un si grand estramasson sur «la teste, que je la luy fends à demy ; si bien «que, tout estourdy, il tombe dans le feu qui «l'acheva de mourir. Au tiers je donne une
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«grande estoquade, dont H tomba soubs la la- «blc, pour amasser les miettes qui y esloicnt «tombées; mais il n'en amassa guieres,car il «mourut. Le quatriesme se mit à fuir et [ya i- «gncr les degrés; mais je luy donne un si grand « coup de pied parmy le cul , qu'il descendit «plus viste qu'il ne voulut, car il se rompit le «col. Moy , j'essuyc bien gentiment monespée «a la nappe, et bois un coup, laisse mes gens «là morts. Je redescens, passe sur le corps de «l'autre au degré, et, tout froidement, re- «monle sur mon cheval, sans que personne de * riiostellerie s'esmeut ny bougeast autrement, « et me sauve. El tout cela , mon espée et moy «l'avons faict en un tourne-main. » Après luy m'avoir faict ce conte, ne pouvant m'rngarder de rire, je luy dis : «Comment! appelez-vous «cela rien? Ali ! par Dieu ! vous estes mal , si ne « prenez garde à vous. Sortez-vous-en de ceste c ville : » dont il me crut ; et l'accommoday d'un bon cheval et d'argent, et se sauva : si bien que s'il eust esté pris, ou qu'il eust tardé une heure à partir, il esioit perdu. Encore veux-je bien jurer qu'a grand' peine vouloit-il partir, sans que l'en pressasse. Voylà comment ce jeune homme rendit bien malades les quatre personnes, et comment la fortune luy fut bonne. Hé ! quel tueur !
11 arriva un pareil traictà Milan, lors qu'Anthoyne de Levé en esioit gouverneur pour l'empereur Charles , à un comte de cet estât , qu'on appclloit le comte Claudio seulement, et non autrement. Par cas un jour estant allé à la chasse, et son oyseau ayant voilé une perdrix, quand il fut à la remise, qui estoit un lieu fort csgaré et peu battu , il trouva quatre soldats qui sYstoienl deffies, et avoient choisi pour leur camp et estoquade un parc de brebis et moutons, dont usent lespastres en là pour y retenir et resserrer leur bestial , afin d'enfumer mieux leurs terres. Quel camp clos, voyez, je vous prie , que ces braves gens-là avoient choisi ! Le comte Claudio, les voyant tous quatre en chemise, et prcsls à se battre deux contre deux, les pria de ne se battre point pour l'amour de luy, et de s'accorder. Eux luy dirent qu'il n'en fairoient rien, mais que s'il en vouloit avoir le plaisir, et en estre le juge, qu'il vist faire seulement. Le comte Claudio dict qu'il n'en fairoit rien, et qu'il ne luy seroU reproché qu'en
sa présence ils se coupassent ainsy la gorge; et là-dessus met pied à terre , et l'espée au poing, pour les empescher de se battre. Eux aussytost, comme désespérés, vont concerter ensemble, et s'escrier : «Tuons-le , puisqu'il nous «veut rompre nostre entreprise; et,amprcs, «nous la reprendrons, et nous nous battrons et «verrons à qui le champ demeurera »; el de faict le chargent à outrance. Mais luy, qui estoit pour ce temps là un des vaillans de lestât de Milan, se garde si bien d'eux, et les charge si bien tous quatre, que trois demeurèrent morts estendus sur la place; et le quatriesme, blessé à la mort, luy demanda la vie, laquelle il luy accorda, et puis s'en alla. Et, despuis , ce soldat en fit le rapport et le conte, que j'ay ouy faire à Milan d'autres fois.
Voylà des bonnes fortunes de Mars, qu'il employé à ceux qu'il luy plaist. Faut bien notter en cecy que, quand des gens de bien ont bien envie de se battre, ou qu'ils sont une fois aux mains, il n'y a rien qui leur fasche plus quand quelques-uns surviennent qui les veulent séparer : et bien souvent a-t-on veu arriver de niesmes que je viens de raconter, que les deux ennemys, ou quatre, ou plus grand troupe, s'accordent à charger messieurs les separeurs (j'en ay veu deux tels traicts en ma vie), n'estant rien si faschetix au monde à un vaillant et brave homme que de luy rompre son desseing d'armes.
Au siège de La Fere dernièrement, ayant esté pris deux soldats à un escarmouche , dont l'un estoit François et l'autre Espagnol, et menés devant le roy, il dict au François que sa sentence de mort estoit donnée par son bandon pour les François révoltés contre luy, mais qu'il luy pardonneroit et luy donneroil la vie s'il luy disoit la vérité. L'autre l'ayant promis, le roy luy demanda combien ils pouvoient avoir encor de vivres léans. Le François luy respondit qu'il yen avoit encor pour un mois. Et ayant demandé à l'Espaignol de mesmes combien il y en avoit , l'Espaignol respondit qu'il yen avoit encor pour deux mois ou trois. Alors le roy s'adressant au François, luy dict : a Vous serez pendu, car vous «m'avez menty. » L'Espaignol , advisé, prompt et courtois à sauver la vie de son compaignon, dict au roy : Sacra Magestad, no miente : porque no hay mas para los Franceses,
RODOMONTADES
que son grandes comedores ; mas bastan | para los Espafloles , que viven y se contentan de poco Aussy mandèrent- ils au cardinal d'Autriche qu'il leur envoyast seullement du sel; car ils se salleroient et se mangeroient les uns les autres avant que se rendre. La rodomontade ne fut là bonne, car ils furent bien ayses de se rendre à une honnesle composition que le roy très généreux leur octroya et tint très bien- Certainement , de croire que les Espaignols soient plus sobres que les François, il le faut : à quoy deux soldats se rencontrant une fois en Italie dans une hostellerie, l'hoste leur servit un plat de raisins , ce que le François n'approuva point, et n'en voulut manger; ce que lEspaignol remonslra à l'hoste, disant que los Franceses no eran acostumbrados liacer sus edi/icios sobre cosas redondas2. L*Espaignol, quant à luy, il mange de tout ce qu'on luy donne, et se contente de peu quand il va de son coust et de sa bourse. Que si vous le surprenez sur son ordinaire, il est quitte, en vous en présentant et priant d'en manger, à vous dire: Seiïor , coma de este pedazo de tocino; que juro à Dios no liay perdiz que le valga 3. Quand ils sont à la table cl aux despens d au- Lrtiy, ils mangent aussy bien que les François. Aussy se mocquenl-ils d eux , qu'ils mettent tout à la mangeaille, et vont tout nuds; et eux van vestidos y ataviados corno rjeyes 4. Connut* de vray, il n'est pas possible de voir chose si brave comme j'ay veu d'autres fois les vieux soldats des lerzes de Naples, de Sicile , de Lorobardie,de Sardaigne, voire de la Gollclte quand ils la tenoient.
Pour retourner encor à leur sobriété, et comme ils endurent la faim , je m'en vais faire ce conte et puis plus. A la révolte de la ville de Sienne , et qu'elle fut surprise et gaignée par nostre roy Henri 11, il y eut trois soldats espaignols qui , ne perdant cœur, gaignerenl une tour de la
* Sacrée Majesté , il ne ment point, car il n'y en a pas davantage pour le» François, qui «ont de grands mangeur»; mai» iU dureront autant aux Espagnols, qui vivent cl se content de peu.
* Que les François n'esioient point accoutumé» à bâiir sur de» choses rondes.
* Monsieur, mangez de ce morceau de lard; je vous jure qu'il n'y a point de perdrix qui le vaille.
4 Sont habillés et ornés comme des roys
ESPAIGNO LLES. 45
porte Romaine, et se résolurent là de vendre leur mort au plus haut prix qu'ils pourroieiit. Gomme de faict, ils firent si bien, que M. de Termes, le principal chef françois de l'entreprise, vint luy-mesmes parler à eux qu'ils se rendissent , et qu'il leur fairoit bonne guerre et honneste composition, et qu'ils advisassent bien qu'il y a voit quatre ou cinq jours desj à qu'ils n'avoient rien mangé, et qu'ils s'en alloient aux vespres ou vigiles de la mort, n'ayant nulle provision pour vivre, et qu'ils fairoient bien de se rendre et prendre le parti du roy et laisser celuy de l'empereur, autrement il les fairoit brusler leans, ou mourir de faim. Par une petite feneslrede la tour, un respondit pour tous de ceste manière : Cawlleros , qualesquiera que fuereis, todos como somos besamos vues t ras manos mue lias veces , por el buen partido y voluntad que de librarnos de muerte nos habeis mostrado. Y quanto à rendirnos , y senir al rey de Francia , el es lan bueno que no le fallarâ quien le si/va ; ynosotros tanl lelaes al nueslro,que ningun temor de muerte nos /tard variar;y no nos espanta el fuego , ni qualquiera otra muerte. En lo que loca à su intentoty quedecisque no tenemos que corner , sabed que acâ tenemos abundancia deladrillos ,y sie/npreque à los Espafloles fait a la prxH'ision , con es los bien molidosnos sustenta mos t.
M. de Termes loua fort leur dire et valeur. Toulesfois, leur ayant encore remonstré leur mal, ils y songèrent et se rendirent; et il les prilàmercy, et les renvoya sains et sauves. Il ne faut point doubler pourtant qu'ils ne mangèrent à l'extrémité de ces tuilles broyées, ayant demeuré là tant de temps et si longue-
1 Cavaliers, qui que vous soyez, nous vous baisons les mains, tous tanl que nous sommes , et vous remercions beaucoup pour le bon parti que vous nous offrez, et la bonne volonté que vous nous témoignez de nous vouloir délivrer de la mort. Quant à nous rendre el à servir le roi de France, il est si bon qu'il ne manquera point de serviteurs : pour nous, nous sommes si fidèles au notre , qu'aucune crainte de la mort ne nous fera changer; et le feu, ni aucun auirc geure de mort que ce soit, ne nous épouvante point. Quant a ce qui regarde votre resolution , et ce que vous dites que nous n'avons point de vivres , sachez que nous avons ici beaucoup de tuiles, et que quand la provision nous manque, nous savons nous nourrir de tuiles bien broyées.
46 TROISÏESME
roent,taut ils sont paliens de la faim entre autres vertus militaires. Et ne faut point doubter qu'ils n'eussent volonté de se rendre , car ils n'en pouvoient plus : mais il falloit avant qu'ils fissent ccste rodomoniade , et bravassent, tant ils sont coustumiers de braver, aussy bien en leur prospère qu'en leur adverse fortune; et telle est la vertu de tels généreux.
En cesle guerre et la battaillc de' Sienne, faicte entre le seigneur de Strozzeetle marquis de Marignan, les Espaignols donnèrent réputation à Astolphe Baglion d'y avoir très bien faict ; si bien , disoient-ils, que tan grande estrago en enemigos liacia , que no topaba hombre con su espada cortadora , que à la dulzura de sus hilos no dexase la vida en sus ma nos K
Ils louèrent bien autant là mesmes un capiton Léon y un Espinosa, de los quales era tanto cl estrago que en los enemigos liacian , que otra cosa no hollaban entre sus pies, si no hombres muertos de unoy otra parte 2.
Un soldat espaignol du prince de Parme, durant ces guerres, ayant esté pris des nostres, et interrogé par un capitaine des nostres aussy s'il n'y avoit point parmy leurs bandes quelque brave capitaine, et parmy eux qui sceust et voulust tirer quelque coup de picque pour gentillesse conire luy, l'autre lui respondit : Si hay, juro à Dios, muchos.y mas que no Itay pelos en sus barbas 3.
Un autre, pris vers la frontière de Picardie, et mené au roy, tournant de la Franche-Comté après la prise deCambray, il luy demanda ce qu'on disoil de luy parmy son armée. 11 respondit : i\o otra cosa, sino que por treinta mil ducados que habeis ganado en la Franche- Comté, Mbcis perdido Cambray <. Ccluy-là
Qu'il fal*oit un si Grand carnafje des ennemi», qu'il n'en tourhoil aucuns avec son epëc tranchante qu'ils ne laissassent la vie entre «es main» par la délicatesse de son iranchai r.
* Un capitaine nommé Léon, et un autre nommé Espinosa , qui faisoient un «i prand caniaj;e parmi le» ennemis, que leur» pieds ne fouloient autre eiiosc que des hommes morts de part et d'autre.
» Ouy , par D eu , il y en a, et plus que vous n'avez de poil» en votre barbe.
« Rien autre chose, sinon que pour trente mille ducat» que vou» avez c3^*8 en Franche-Comté , voua avez perdu Camabray.
pou voit direvray; car, si le roy ne se fiist amusé à la Franche-Comté à y faire la patrouille,
il n'eust pas perdu Cambray; car sa présence seule eust estonné 1 ennemy. Bien est-il vray qu'on pourra là -dessus objecter les prises de Calais etGuisnes à sa barbe. Cela est vray ; mais il faut avoir ouy les raisons du roy, qu'on dict qu'il n'a esté bien servi , et qu'il ne vouloit desmordre une place, La Fere, qu'il avoit eue à la fin par sa brave resolution; et si eust faict l'un et l'autre s'il fust esté cru et bien servy.
Quand le prince de Parme vint pour desassîeger Paris par le commandement de son roy, qu'il luy avoit donné exprès, u.vnt de ces propres mots : a Ne raillez d'aller secourir ma ville «de Paris, «comme la tenant desjà sienne, il assiégea Lagny pour faire à nosire roy de«mordre Paris et l'attirer à la battaille; ce que le roy desiroit fort, et l'autre ne faisoit que le semblant : là où il y eut eu une grand'faute de laisser une telle ville de conséquence pour secourir une bicoque, et quitter un beau champ qu'il avoit à luy desjà, pour aller chercher un autre bien loing pour combattre. Ce prince de Parme donc ayant sceu que le roy disoit qu'il entreprenoit trop de vouloir prendre une ville à sa barbe, et donner une battaille comme il se vantoit , il fit ccste response à quelque prisonnier françois : a Dictes -luy que je la U:y prendrai ,» aun que fuese puesta encima ne su bigote 1 . Le roy luy fit rendre response qu'il luy opposerait tant de montaignes de fei qu'il l'en cmpcschcroit bien. Le prince répliqua : Pluguiese à Dios que fuesent oro, que no seriamos mas ricos 2 . Inférant par là qu'après avoir porté par terre toutes ces montaignes de fer, qui esloient ses gens armés, et les avoir deffaicts, pour une tant riche despouille ils viendraient tous riches et opulens.
Le dire ne trompa point ledict prince, car il prit la ville sans donner battaille, et si leva le siège de Paris comme il vouloit; ce qui luy fut un très-grand honneur, ét tout pareil encore à celuy qu'il receut à Rouen ; car le roy , sçachant qu'il venoit le desassieger , luy manda qu'il le tiendrait à ce coup pour le plus grand
« Encore qu'elle fust placée sur la pointe de sa moustache.
» Plût à Dieu qu'elle» fu»sent d'or, noua n'en aérions que plu» riche».
RODOMONTADES
capitaine du monde s'il luy faisoit lever le siège sans donner à ceste fois battaille. Le prince luy manda seulement : «Dictes-luy donc qu'il rae «commence tenir pour tel; car je leveray le « siège, et si ne donneray point battaille. J'eusse bien misées parolles en espaignol, mais elles sont communes. Il fit eocor ceste fois là ce qu'il voulut , ainsi que j'espere le dire au discours que je feray de luy ».
Voylà deux fortunes et deux gloires incomparables. Ceux qui veulent gloser sur la parolle dudict prince, disent qu'il entendoit par sa moustache celle qu'il porloit si grande, et si pendante de ses cheveux, dout plusieurs de son royaume l'ont imité en cela; mais despuis il l'a faict couper, car s'il eust entendu les moustaches de la barbe , il eust usé de ce mot propre espaignol qui dit : Los bigotes de sus barbas 2.
En ces deux belles et mémorables actions , les Espaignols s'attribuent la gloire, connue en toutes autres où ils se trouvent es armées royalles, que leur valeur, leur discipline militaire et ordre de guerre triomphent par-dessus toutes les autres. El, pour de grands miracles de cela, je leur ay veu alléguer force exemples, et entre autres celuy de Hernan Corlès, digno iflîcen ellos) por cierto de ponerle entre los de la fama ; el quai, con mënos de mil infantes espatlolesy oc/ientay nue\ e cavallos , prendiô dentro de su ciudad algran rey Montezuma,y al fin con sola la buena orden sujetô el imperio Mexicano. J , en nuestros dias, Hernan Alvares de Toledo, aquel gran capitan y duque de Alva, con solos mil arquebuzeros,y quinienlos musqueteros , y la buena disciplina y orden de guerra, rompiôy degollô en Friza,à la ribera del rio Amazio , doce mil Jiombres con que el conde Ludovico Nazao lutbia entrado en aquella prwincia 3.
* On n'a point ce'discours.
* Les moustache! de sa barbe.
* Digne certainement , comme ils te dînent, d'être mit entre les capitaines les plus renommés ; lequel, arec moins de mille fantassins espagnols el quatre- viugt-netif cavaliers, prit dans sa ville le grand roy Monlezuma ; el enfin, avec le seul bon ordre, se soumit tout l'empire du Mexique. Et en nos jours, Ferdinand Alvarès deTo- We, ce grand capitaine et duc d'Albe, seulement avec mille arquebusiers «cinq cens mousquetaire», et la
ESPAIGNOLLES. 47
Les Espaignols, à ce dernier combat, en
content beaucoup; car le duc d'Albe avoil bien plus de gens que dict le conte : mais l'autre en avoit deux fois plus que luy; et surtout , huict ou neuf cens François, très braves soldats, qui combattirent bien. J'estois lors à la cour, quand ces nouvelles vindrent au roy , qui trouva ceste deffaicle très belle et mémorable, et mesme de si peu de gens contre si grand nombre.
Certainement il faut louer leur discipline et bel ordre : en cela ressemblans aux anciens braves Romains, qui, par leur discipline de guerre, et non par grand nombre de gens, ont conquis tout le monde. Mais qui est cause de ce bel ordre et discipline , si non le beau entretenemenl que le roy d'Espaigne donne à ses gens de guerre, et les belles soldes et payes qui ne leur manquent jamais, bien qu'ils les attendent, mais pourtant ne les perdent comme nos soldats françois font? Car là où l'argent trotte, l'ordre s'y establit. el où il manque, il n'y a plus que confusion. Et ay ouï dire à de grands capitaines que nul grand aujottrd'buy , quel qu'il soit, ne peut entretenir une armée bien pollicée , disciplinée et bien ordonnée longtemps , qu'un roy d Espaignc , aiusy qu'il a tousjours faict despuis que l'empereur son père luy laissa tous ses estais. Aussi est-il si grand et puissant en terres et moyens, que jamais les Romains n'en approchèrent. En cas qu'il ne soit vray , considérons un peu les grands litres qu'il porte sur le front , que je vais mettre icy par curiosilé. Don Phelipe, por gracia de Dios , rey de Castilla, de Léon , de Aragon, de las dos Sicilias, de Jérusalem, de Portugal, de Kavarra , de Granada, de Toledo, de Falencia, de Galicia, de Mallorca, de Sevilla, de Cordova, de Zerdeàa, de Corsega, de Murcia, de Jaen, de los Algan es, de Algeziras, de Gibraltar, de las islas de Canada, de las Indias Orientales , islas y tierra firme del Mar Oceano ; arcldduque de Austria, duque de Borgofla , de Brabante , y Milan; conde de Abspurg, de Flandes, Tirol, y
bonne discipline et ordre de guerre, rompil et passa an fil de l'epee, en Frise, sur le bord de la rivière de l'Ems, douze mille hommes avec lesquels le comte Ludovic de Nassau estoit eniré dans cette proviuce.
TROISIESME DISCOURS
Barcelona ; sefior de Blscaya, de Genova, y de Molina ».
Voylà des titres qui font peur, à les ouyr seulement nommer , et mesmes ces deux des Indes Orientales et Occidentales. On pourra dire que celuy des Espaignes peut porter avec soy plusieurs petits royaumes qu'on nomme par villes; mais pourtant sont royaumes bons et grands, comme la duché de Milan , qui porte son nom d'une ville, et non du pays. Et quelle duché est-ce ? et combien y a-t-îl de villes dessoubs? Le royaume de Naples, quel royaume est-ce? De mesmes sont tous les royaumes de villes qui sont en Espagne. Basic que c'est un grand roy, et que j'ay ouy dire que les Romains ne furent jamais si grands terriens ny opulens que luy. Cela est aysé à cognoistre, qui en veut computer et mesurer les terres de l'on et des autre?.
Comme j'ay parlé cy-devani de la discipline militaire des Espaignols , certes elle est trèsbelle, bien pollicée et gentiment observée; mais il faut confesser le vray : qu'ils sont fort fascheux et importuns en cela , désire fort subjets à se mutiner quand leur paye leur manque, et non pourtant guieres pour autre subject; car il ne se veulent mettre à sédition que bien à propos et avecques raison, il y a longtemps qu'ils en ont pris ceste cous! urne, et l'ont continuée soubs le grand marquis de Pcscayrc, soubs M. de Bourbon et soubs le duc d'Albe. Ils n'y ont pas faict de grandes fautes en cela, car ils les sçavoient avoir, et leur donner tant de pillages, qu'ils avoient beau moyen de patienter et attendre leurs payes, qu'ils n'en vouloient perdre pourtant pas une seule : tesmoing le sac de Rome, qui les rendit saouls jusqu'à la gorge, et pourtant fallut que le pape baillast de l'argent pour les payer.
Or voicy la façon qu'ils ont à se mutiner,
' Don Phiuppii, par la &râce dp Dira, roi de Castille, de Léon, d'Arratjon , des Deux -Siciles, de Jérusalem, de Portugal , de Navarre, de Grenade, de Tolrd-, de Valence, de Galice, de Majorque, de Seville, de Cordouc, de Sardaigne, de Corsique, de Murcie, de Jaen , de* AlRarve*. d'Algeziras, de Gibral ar, de* isles de Canaries, des Inde* orientales, des Ule* et (erre Terme de l'Ucéan; archiduc d'Autriche, duc de Bourgogne, de Brahanl et de Milan; comte de lhp*.bourg, de Handies, du Tyrol et de Barcelone; seigneur de Biscaye, de Gènes et de Molina.
ainsy que j'ay ouy dire et conter à aucunsd'euï \ ils commencent à se plaindre les uns les autres, et puis sourdement font courre ces mots parmy eux : Motin, motin K Et puis tout haut commencent à crier : A fuera, à fuera, los gus* mancs. Apartense , porque nos queremos amotinar 2. Car , s'il y a des gentilshommes et des gusmans, qu'ils appellent ainsy parmy eux (comme il y en a force) , ne les veulent point recevoir en leur compaignie; aussy eux ne le feraient pour tout le bien du monde , car ils seraient deshonorés pour jamais, bien qu'il y en ait aucuns , ainsy que j'en ferais un beau discours ; mais il serait icy trop long et superflu. Les capitaines qui en sentent le vent se retirent de bonne heure, tant pour ne courir fortune de la vie que de l'honneur; car i!s penseraient csirc deshonorés à perpétuité ; et leur serait reprochable s'ils se trouvoient brouillés parmy leurs menées. S'estant joincts en bonne troupe, qui plus qui moins, ils eslîsent pour leur chef le plus habile et le plus advisé qu'ils peuvent choisir parmy eux, et l'appellent elegido, et nous autres disons esleu. Ils le contraignent d'en prendre la charge; et ne faut pas qu'il la refuse; autrement ils le feraient mourir et passer par les armes. Cela faict, ils luy obeyssent comme à leur vray chef et capitaine, se reservans pourtant quelques voix entre eux, puis laschent à surprendre quelques villes pour leur servir de retraictes. De là ils font mille maux, vollerics et rançonnemens.
Entre les plus signalés amutinemens que j'aye ouy raconter parmy eux , ce fut celuy qu'ils tirent en Sicile à Ferdinand de Gonzague , en estant visce-roy. La première source en vint de la Golletle, et pouvoient eslre bien prés de quatre mille. Mais Bernardin de Mandozze, gênerai des galleres de Sicille, en prévoyant le danger, y remédia de bonne heure; car, s'ils se fussent ralliés avecques les Allarbes et les Mores, la Gollcttc, Thunis, et tout de par de là, alloit très mal pour l'empereur. Par quoy, soubs belles promesses et parolles qu'il leur Ht , il les chargea tous sur les galleres et navires, et les trajelta en Sicille, où eslans et pensans tou-
1 Mutinerie, sédition.
* Dehors, dehors les gentilshommes. Qu'ils se retirent, parce que nous Toulons nous révolter.
RODOMONTADES
cher argent , n'en touchèrent pas une maille : et alors ce fut pis que devant, car ils firent mille maux, priudrent des villes, tinrent les champs, rançonnèrent et pillèrent tout le monde ; enfin ils firent le diable. Ils avoient esleu par-dessus tous, d'une mesme voix, pour chef, un certain Heredia , parce qu'il estoit fin , subellin et surtout fort éloquent, et qui parloil d'or; car il avoit esté d'autres fois moyne bien preschant, et avoit quitté le froc pour porter les armes. 11 avoit pour compaignon un Mont-Dragon , navarrès, qui advtsoit sur la criminallilé. Pour fin de conte, ils firent tant de maux et se firent tant craindre, qu'ils donnèrent bien de l'affaire à Ferdinand, et à songer à luy; car, de les avoir par les armes, il n'en falloit point parler, tant ils estoient forts , braves et vaillans , et se sçavoient très-bien conduire en bons hommes de guerre : et , pour ce, fut advisé de les avoir par douceur et belles promesses. Donc, après plusieurs allées, venues, conférences et ambassades par Alvare de Sando, Sancho Allarcon, Alphonse Vives , et surtout par Juan Varga , le bon vieillard , que les amulinés ayraoient et appelloient leur pere, la paix fut faicte. Et pour la conclure et rendre bien ferme et stable, il fut dict et arresté qu'à un certain lieu où la messe se diroit, tous, d'une part et d'autre, au moins les chefs, jureroient sur le corps de Nostre Seigneur, quand le prestre le lèverait, qu'ils tiendroient la paix et ne l'enfraindroient nullement. Quand ce fut là , les députés d'Heredia très-volontairement haussèrent les mains dextres. Il y eut un desdicts députés, qui s'appelloit Yilla-Lobo, lequel voyant don Ferdinand estre long et tardif à hausser la sienne , il luy cria tout haut : Sehor virey, alzed la mono, si quisieredes , que es el cuerpo de Dios que aqui veis. Si no la alzais, luego nos aparlamos del juramento , y quebramos la paz , y guerra corno adelante l. (Test parlé cela à un gênerai , et bravé un vice-roy. Quelle rodomontade! Ce n'est de pair à pair, ny de compaignon à compaignon , mais d'inférieur à son supérieur. Ce fut à Ferdinand à lever la
BSPAtGNOLLES.
1 Seigneur vice-roi, le»ez la main, s'il vous plaît. Voilà le corps de Dieu que vous voyez. Si vous ne la levez pas , nous nous départons sur-le -champ de notre serment ; nous rompons la paix, et 1
main aussytost, et faire bonne mine pour le coup; mais après il en eut bien sa raison, car, les avant séparés et départis aux garnisons, qui çà qui là , il en fit mourir et pendre tous les chers premièrement , et force autres, et plu sieurs jetter dans la mer ; si bien qu'on en voyoit les rives bordées de corps morts , jusques environ cinq cens. Les autres, les rellegua et les envoya aux isles circon voisines , où la pluspart moururent de faim, comme en l'islc de Lypary, que je pense n'avoir veu si misérable habitation; car il n'y croist que des câpriers. Les autres furent envoyés en Espaigne pour y estre ignominieusement veus. Dont aucuns disoient , quand on les y menoit, que mas presto los luciesen morir, que recibir tal afrenta y verguenza, y ser traidos al escuerno de sus parentes, amigos , y campa ne ros '. Pour conclure, ilsfurent très-rigoureusement chastiés. Ce que le conseil d'Espaigne trouva pourtant très mauvais , et se mit à en faire le procès à don Ferdinand. J'en ouys raconter quelques particularités du plaidoyé, qui certes sont belles» et fondées sur quelques raisons , lesquelles j'eusse mis icy, mais elles fussent esté trop longues. J'espere les mettre ailleurs. Ils luy firent donner un adjournement personnel pour comparoistre ; mais l'empereur fit surseoir la cause. Aucuns ont dict et escrit qu'il trouva très bonne ladicte rigueur et punition , et mesmes qu'il taxa Ferdinand de n'en avoir pas prou fa ici ; mais sont menteries, car je tiens de vieux capitaines et soldats espaignols quej'ay veus en Sicille et à Naples, qu'il en fut très-mal content, et en blasma ledict Gonzague; et en coulla la chose pour le coup : et , tant s'en faut que l'empereur le trouvast bon, que , quand les députés de Milan vinrent vers luy pour luy remonstrerles maux que d'autres amutinés, conduisis par leur chef Sarmento , faisoient en sa duché de Milan, et que, s'il ne leur en fa i soit raison, ils seroient contraincts de se la faire euxmesmes, il s'en courrouça et estomaqua fort , et menaça, s'ils luy tenoient jamais ces propos ; et si leur en fit faire une réprimande et menace plus rigoureuse par son chancellier deGranvelie.
1 Qu'ils auraient bien mieux aimé mourir que de recevoir un tel affront et un tel opprobre , et que d'être traînés ainsi pour être en butte au mépris de leurs pareus, de leurs amis et de leurs compagnons.
Or ledict Ferdinand ayant envoyé ces pauvre» , mallulrus en Espagne, et veus en tel estât de tout le monde , mesmes aucuns s'estans presentés au conseil, ne faut point demander si le spectacle en fut odieux en toute l'Espaigne, et à belle» injures après luv ; car teste nation sçait fort bien ec/iar pullas « : et la pluspart l'appelloient vellaco ltaliano, enemigo del nombre y valor de los Espaàoles, traydor , perjuro burlador del cuerpo sagrado de IVuestro Seftor, engaPlador de fe ,y vertiugo sangriento a ; bref , une infinité d'autres sortes d'injures que l'ire, le despit, le désespoir, la haync et l'offense, leur rapporloient en la bouche, que j'ay ouy dire , et que je lays. Au moins , disoient aucuns, s'il les eust décimés, et faict mourir quelques coupables , la chose ne seroit si exécrable, et les renvoyer contre les Turcs , ainsy que fit le marquis del Gouast ceux qui s'amutinerent en la duché de Milan , soubs leur chef Sarment o, qu'il envoya, jusqu'au nombre de trois mille, en Dalmacyc, à Calaro et à Castro-Novo, là où pourtant ils périrent tous , ftist ou par le fil de l'espée, ou de la cadene de Barbcrousse et de ses gens , port ans la peync de leurs maux et de leurs meffaicts qu'ils avoient faicts en leur rébellion ; mais aussy ils firent bien mourir de leurs ennemys. Possible eeux-cy de Ferdinand , s'ils fussent estés employés pour mesme subject , en eussent faict de mesmes, ou mieux ; et par aiusy autant de Turcs morts et tués et moins d'ennemys.
Certes , il n'est pas besoing d'estre si rigoureux et cruel en telles justices ; car telles gens quelquefois ayans estés pardonnes , et venans à se recognoistre , reparent leurs fautes et font de bons services. Je n'en seau rois alléguer plus brave exemple que des amuliués de la ville d'Alost en Flandres t qui d'eux-mesmes secoururent si bien et si vaillamment la citadelle d'Anvers, assiégée par les estais, dont j'en parle ailleurs. Ils en ont faict de mesmes en plusieurs autres lieux, s'estans ainsy reconciliés , je dirois bien où , mais je serois trop long.
Je voudrais seulement sçavoir sur ce discours, de quelque grand docteur, s'il y alla beaucoup
1 Donner des brocard*.
• Lâche Italien , ennemi du nom et de ta valeur de» Espagnols, traître, parjure, moqueur du corps sacré de Je*us-( hrist. trompeur contre la foy promise, et * reau cruel.
presté et rompu, qu'aucuns ont dict qu'il ne l'a voit faict que de bouche et non de cœur ; sçavoir si cela se peut faire en la présence et à la veue du corps de N astre Seigneur, et si ce n'est point l'offenser en abusant ainsy de son sacrement et de son mystère. Pour quant à l'honneur, il y a tant de raison de pnyet contra, que je tes laisse à discourir aux grands capitaines et plus gentils cavalliers que moy. Tant y a pourtant, il me semble, qu'on ne doit point estre tant ainsy severe à l'endroicl des pauvres soldats , bien qu'ils fassent tels ou autres del i et s ; car ce sont eux qui bat taillent pour les chefs ; eesont eux qui acheptent de leur sang les victoires, et les chefs en triomphent de l'honneur et du profrit. A quoy sceut très bien avoir esgard Scipion en Espaigne contre ses amutinés, qui, ne se contentans de leur rébellion, prindrent l'autorité et enseigne de consuls à l'instance des soldats. Les chefs en furent punis, et aucuns sol dais ; et les autres furent pardonnes , qui après firent à luy et à la republique services. Je pense bien que ces grands tieurs de séditions voudraient bien que les soldats fissent de pierre pain, ainsy que le diable vouloit que Jesus-Christ fist en son désert. Mais, ne pouvant faire ces miracles, il faut bien qu'ils vivent; et vivre ne peuvent-ils s'ils n'ont leurs payes, ou ne brigandent Et, ne leur voulant permettre le brigandage , leur retenant leur solde, que veut-on qu'ils fassent ? Voylà en quoy ces grands capitaines et généraux d'armées doivent bien arregarder sur ces ebastimens , car il y va de la conscience. Cependant je brise icy , estant le discours trop long , et fascheux possible à aucuns.
Un de ces ans, que nostre roy print et gaigna Paris de la façon que chacun sçait, les Espaignols
polilains ( mais autant y avoit-il des uns que des autres), ils furent fort estonnés , et comme gens braves et vaillans se résolurent au combat ; et s'estant mis en battailie, le roy leur manda qu'ils ne s'amusassent point à cela, autrement qu'ils estoient tous perdus s'ils en venoient là ; toutesfois s'ils vouloient estre sages, qu'il kur fairoit si bonne et honneste guerre , qu'ils auraient occasion de se contenter en leur octroyant, leurs vies et bagues sauves, la retraite
RODOMONTADES
de ftetM de guerre, ensemble seure condalcte. Leur maistre de camp qui leur commandoit, âvec d'autres capitaines, admirans la générosité de nostre roy , se mirent tous à dire : Mira aquei rey valeroso , el quai no se contenta de vencer los nombres con las armas , mas tos vence y gana con toda cortesiay gentlleza «. Pour ce ils acceptèrent le party. Et pour se retirer, marchans par la ville, le roy les voulut voir passer ; lesquels tous luy vindrent faire de grandes références, au moins les capitaines; les soldats le saluoient avecques leur gentille mode, ainsy qu'ils sçavenl très bien Faire. Le roy leut rendit la pareille, selon le respect de sa royale grandeur, et les fit très seurernent conduire an lieu de leur retraicte. Ce ne fut sans dire tous les biens du monde de ce grand roy, comme ils avoien t raison ; car s'il eust voulu estre cruel, ils estoient tous perdus et mis en pièces.
Quasi telles et semblables paroles dirent ces pauvres Espaignols restés devant Mets de feu M. de Guy se le grand , lesquels ayant trouvé Itf le veinent du siège misérables malades, mourans de froid et de faim, fit retirer, loger, substanter, panser, si que plusieurs en échappèrent par son bon Iraictement , et puis les fit conduire tous à sauveté vers Thionville. Ce fut à eux d'en dire tous les biens du monde, comme de raison. Et entre autres beaux mots qu'ils en proférèrent, furent ceux-cy , qui portent grand poids, bien qu'ils soient courts et briefs : Que ërajusto enemigo y piadozo vencedor1.
Il ne leur At pas de mesmes que firent tes Espaignols à nos François et lansquenets qui restèrent devant Pampelune, le siège levé par M. d'Angoulesme, le roy Jehan de Navarre et M. de La Palisse , qui leur faisoient jurer et promettre , si sanasen , de no recibir mas sueldo del rey de Francia, pues que contra la Igtesia se mostraba. A los que esto creyany prometian, daban el Corpus Domini, y los otros sacramentos de la madré sauta fglesiay y, si morian, eclesiàstica sepultura. Los que eran interrogados por sus confesores, que no querian re-
' Admirez ce généreux roy, lequel ne se conicmc point de vaincre les hommes avec les armes, mais le» vainc encore et le» caone par toutes sortes de courtoisie» et d'honnêteté».
* Qu'il était équitable ennemi et Généreux vainqueur. ,
ESPAIGNOLLES. 51
conclharse y los dexaban ollâ ihorir;y , si morian , como Moros los enter raban ; porque tal era ta intenciony la buta del papa Julio*. Quelle bulle d'or! Les Espaignols se vantent de tout cela; mais, a ce quej'ayouy dire à aucuns vieux gentilshommes, et françois et lansquenets, confès et non coures , ils ne furent espargnés non plus les uns que les autres; et leur baillaient dronos , aussi bien que frère Jehan des Entommures dans Rabelais le donna à ceux qui vandangeoient le clos de sa vigne.
M. de Guysc n'en fit pas de mesmes, car, bien qu'il y eust force lansquenets et autres Allemaus sentans mal delafoy, il les fit secourir comme les bons chrestiens et catholiques, mais non pas de si bonne affection , s'en remettant à la volonté de Dieu, et ne voulant acquérir la réputation d'un homme cruel et barbare, puisque l'homme est faict à la semblante et image de Dieu. Je m'en remets i un grand théologien ce qu'il eu diroit là.
Sur ceste dernière guerre de Grenade faicte et parfaicte par don Juan d'Austrie, par cas, en courant la poste , nous nous trouvasmes de rencontre un capitaine espaignol et moy, luy qui venoit d'Espaigne allant en Flandres, et moy de la cour en ma maison. Nous nous mismes luy et moy à deviser fort de ceste guerre. A mon advis qu'il m'en conta prou, et surtout il me va louer don Juan jusques au tiers ciel en me le nommant de plein abord sepultura de los paganos; y que sus obrasy valenlias mas querian ser vistas para ser creidas que no contadas 2.
Quand la capitulation d'Amiens se fit dernièrement, il y eut un des députés de dedans, espaignol , qui, ayant trouvé Sa Majesté en quelques masures qui les attendoit pour composer, dit en entrant, pensant faire de l'officieux et du curieux de la viedu roy : El rey no esta aqui bien seguro de los cahonazos 3. Le roy qui l'ouyt
1 S'ils guérissaient, de ne plus recevoir de solde du roy de France, puisqu'il se montrait contraire à l'Knli>e. A ceux qui croyaient et promettaient cela, il» leur donnaient le Corpus Domini, et les autres sacremens de la sainte mère Église, et s'ils mouraient la sépulture ecclésiastique, f eux qui étaient interrogés par leurs confesseurs, et qui ne voulaient point se réconcilier, Us les laissaient là mourir; et s'ils mouraient, ils le» enterraient comme Maures ; car telle eia.t l'ordre de la bulle du papeJules.
* La « pultiire des payens, et que se» actions et vaillances vou laient plutôt être vues que racontées pour être crues.
* Le roy n'est pas ici bien a couvert des canonnades.
luy respondît : « Le roy est ici plus en seureté «que vous autres n'estes dans Amiens.» Puis ayant commencé leur pourparler, la première chose qu'ils demandèrent , porque (dirent-ils) es razon que las cosas celestiales vayan primero », fut que l'on ne touchast point à la sépulture de don Hernandille , et qu'elle ne fust point rompue ny démolie. Le roy leur respondit gentiment : ail est raison que la sépulture de «don Hernandille soit demollie et rompue, « puisqu'il a fait rompre et demollir les murailles o de ma ville d'Amiens. » Ils demandèrent après el saco de la villa 2, demande certes très irraisonnable et très impudente, et mesmes à un tel roy, qui leur respondit bravement : a Et cornai ment ! une chose que vous avez desjà pillée il y «a long-temps, la demandez-vous?» Ils jurèrent aussy tost qu'ils n'y avoient jamais touché. A quoy le roy aussy tost répliqua bravement : « Puis « donc qu'elle n'a esté pillée en mon absence, à «vostre advis , si je permettrai qu'elle le soit en orna présence?» J'ai mis ces trois articles non pour belles rencontres de l'Espagnol, ny pour grandes rodomontades, si non la dernière pour demander le sac, mais pour les gentilles res ponsesdenostre roy, qui est fort subtil en beaux dires et gentilles responses et fort courtes, s'il en fut onc. J'espère en dire aucunes en sa vie 3. Enfin la capitulation fut faicle et bien gardée, à l'honneur de nostre roy. Que s'il ne fust esté généreux et miséricordieux , il les lenoit tous la corde au col, puisque le cardinal d'Austrie avoit failly de les secourir.
Si faut-il que je die quelques gentilles rencontreset redomontadesqui touchent les dames.
lorsque la reyne vint à Bayonne , de toutes les Es paignol les qu'elle avoit, elle n'en mena aucune avecques ses Françoisesque Magdeleine de Giron, fille de la comtesse d'Iraigne , dame d'honneur de ladicte reyne. Elle y mena bien aussy la segnora Sofonisba, Italienne, damoiselle cremonoise, belle et honneste fille, et douce , qui avoit tout plein de vertus , et sur-tout qui sçnvoit bien peindre et pourlrairc au naturel ; les autres filles en Espaignc bien faschées pour nesc trouver eu telle et si belle fcslc, qui eussent
1 Parce qu'il e»t raisonnable, dirent-ils, que le» chose* célestes soie»! traitées les premières.
* \je sac de b ville.
« Ou uc l a point.
bien certainement paré la cour, car il y en avoit de
belle8,et entre autres Leonor de Tolede,qui estait très-belle, et qui eust possible effacé le lustre, de ladicte Magdeleine deGiron; dont elle fut bien' ayse de quoy ne vint pour ce subject. Je ne desduiray les raisons pourquoy ces belles fillesnevindrent point, pour ne servir en rien à nostre conte.
Geste donc belle Magdeleine parut très belle; aussy le pensoit-elle bien estre, tant elle estoit arrogante. Si bien , moy devisant un jour d'elle et de sa beauté avec uu certain cavallier espaignol , il me dict , par un certain desdain et despit : Dexadla, seflor. Juro à Dios , que es tan brava y orgullosa por su beldad , que si el cielo se abaxase ,y se arrodillase , delante sus pies , no dignaria décide que se levantase, y se voU iese à su lugar1. Voylà une parole bien arrogante , et plaisante imagination , de se figurer le ciel descendre de son lieu pour s'humilier à elle.
Telles paroles sont quasi semblables à celles quejadis tinrent nos braves chevalliers françois, qui allèrent en Hongrie soustenir les Hongres contre les Turcs, conduicts par ce vaillant Jehan duc de Bourgongnc , et par le mareschal de Bouciquaut; lesquels, trop bouillans, presumans trop d'eux, disoient par tout que leurs lances n'estoient pas seulement bastantes pour dcrïaire tous les Turcs et les battre, mais, si le ciel vouloit descendre sur eux pour leur faire guerre, l'empescher par lesoustien de leurs bois et lances qu'il ne descendis! , et le tenir en l'air comme il estoit. Mais pourtant le malheur fut tel que leur rodomontade ne porta feu; car, sans avoir affaire au ciel , ils furent tous desconfits et deffaits par les hommes, comme on peut voir par nos Chroniques françoises.
J'aymerois autant d'un capitaine espaignol. Allant en un combat , et animant ses soldats , et louant leurs forces, il leur dit : Voto à Dios „ que si el cielo se cayese , le hemos de tener con los brazos 3. Si ce brave eust faict ce coup , il fust esté estimé un second Atlas, qui soustc-
1 Laissez-la, monsieur. Je vous jure qu'elle est si orgueilleuse, â cause de sa beauté, que si le ciel «'abaissait et se prosternait à ses pieds, elle ne daignerait pas lui dire de se relever, et de se remettre en sa place.
« Voy. dans le ne livre de Froissard le récit de la bataille de Nicopoli-
• Je vous jure que si le ciel s'abaissait nous le pourrions souienir avec nos bras.
RODOMONTADES ESPA1GNOLLES.
noit le ciel de ses espaules. Quel fardeau ! m cor que j'aye ouy dire à un vieux resveur de philosophe que Pair est fort léger, et que le ciel, qui en participe, l'est aussy. Je coupe là , craignant que , pour voiler trop haut, je ne vinsse à tomber comme fit Icarus;car le parler m'en est aussy estranger et incogneu que le haut allemand ; ny ne veux non plus l'apprendre , ny la science et tout , doublant de mon cerveau débile et peu capable pour y advenir.
Or, pour retourner à ceste belle Magdeleine de Giron , bien qu'elle fust éltiere, elle n'estoit pourtant trop ennemie de l'amour, et ne refusa point d'estre servie ( comme toute belle et gentille dame ne doit faire ce refus) de plusieurs honnestes cavalliers, et mesmesdeM. d'Amville, aujourd'huy M. le connestable , pour lors jeune et brave seigneur, qui la servit fort discrettement tant que le voyage dura, et en porta les couleurs jaunes et tannées. Il y eut pour lors un gentil homme françois, bien honneste et galant , qui , le jour de la procession du sacre 1 , ainsy qu'elle marchoit , luy advint de faire un faux pas ; ce gentil homme s'advance aussy tost pour la redresser et luy ayder. Elle le renvoya bien loing, avecques un certain desdain et rabroueraient, disant : Jésus! Y quai discrétion de Fronces a! Elle estoit bien vrayment desdaigneuse et glorieuse , de rendre le mal pour le bien , et payer la courtoisie par la discourtoisie. Le gentil homme luy eust bien rendu son change ; mais il n'osa , pour le respect de la reyne sa maistresse, qui le sceut, et luy en fit une remonstrance.
Au bout de quelque temps elle fut mariée avecques un grand seigneur d'Espaignc, dont j'ay oublié le nom, qui fut après vice-roy aux Indes. Ainsy qu'elle l'y alloit trouver avecques la flotte ordinaire, son vaisseau, avecques deux autres, s'estans escartés vers l'isle de San- Domingo, un gentilhomme françois qui s'appelloit M. de Landreau, de bonne maison, vaillant et brave, et homme de mer, ayant armé quelque? vaisseaux pour aller en cours et chercher advanture, fallit à prendre le vaisseau de ladicte dame, et de faict le caoonna ; mais elle fut secourue de deux autres vaisseaux qui donnèrent la
* Du Sacrement, ou de la Fête-Dieu.
» Jwu»! Et quelle courtoisie française
chasse audict Landreau : et, sans ce secours , il la prenoit, à ce qu'il dist à M. de Strozzc et à moy à son retour ; et que, s'il leust prise, il luy eust faict bonne guerre et toute honneste raison, en luy faisant payer pourtant le tribut de son ancienne arrogance.
Certes, il y a des dames aussy arrogantes en Espaigne comme des hommes et cavalliers; et l'air du pays le porte ainsy. Aucuns ayment à servir ces femmes et filles de ceste humeur, qu'ils disent bra\as y fieras como toros K Aussy dict-on que chascun ayme son semblable. Si l'on en obtient la victoire, d'autant plus en est-elle à priser : et si l'on en est vaincu , la gloire n'en est pas moindre ; ainsy que dit un galant cavallier un jour, et qui portoit pour devise une branche de laurier, avecques ces mots: Los unos le Iian traido por scr vencedor; yo , por ser bien vencido 2. Voilà comme tels braves se plaisent en leur gloire, et ayment les dames altieres et généreuses.
J'ay veu d'autres fois chanter en Espaigne une vieille chanson, que proprement on appelle la romance, qui est bien gentille, où l'on introduict une dame se lamentant et s'affligeant de son mary qui estoit prisonnier en Angleterre, et ne le pouvoit ravoir par rançon ne autrement ; et, pour ce, elle escrit une lettre au roy d'Angleterre , de sa propre main , et luy mande qu'il ait à le luy renvoyer sain, sauve , et sans danger : autrement , qu'elle luy annonce guerre , et le menace de la luy faire très cruelle par mer et par terre ; et puis, dit-elle .• Que si me fa! fa capitan,yo misma llevaré la bandera ,y iréâ ponerla fiasla las puertas de Londres ; y tambien , si me /alfa cailonero, yo misma daré fuego â la artilleria ; si (jité dira toda la gente : a Jésus que muger guerrera 1 ! » Voilà une brave guerrière, et seconde Marfiseou Bradamantc, qui vouloit elle-mesme, par faute d'autre, conduire son armée, planter son estendart sur le haut de la muraille , et
* Braves et fieres comme des taureaux.
» Les uns le portent comme vainqueur, et moy je le porte comme vaincu.
* Que si je ne trouve point de capitaine, je lèverai moimême l'étendart, et je l'irai planter jusques aux portes de Londres; et si je manque de canonniers, j'irai moi-même mettre le feu à l'artillerie; en sorte que tout le monda dira ; Jésus! quelle femme guerrier*!
54 TROISIEME DISCOURS
servir de canon nier, et bailler feu à son artillerie. La chanson en est fort jolie, et l'air plaisant.
Ostc dame estoit plus valeureuse qu'une autre, qui usa de parolles certes généreuses à IVndroicl d'un cavallier, pour l'induire à se battre pour l'amour d'elle contre un autre qui l'avoit offensée. Les paroles estoient telles : Bien creo yo , gentil caballero , que no os fal 'tara l'irtud para otorgar mi ruego, asi como os sobra bondady valor para lograr la Victoria de su persona l. Gentilles parolles certes, et pour prier et pour louer.
Une belle jeune dame espaignollc ayant esté mariée de frais, et venant de bonne heure à estre grosse, qui paradvant, estant fille très hautaine, desdaignoit le mariage bien fort , et disoit que no queria ser sugeia à ninguno, segun el valor y gloria de su persona 2 , et que, bien qu'elle y fust contraincle, elles'efforceroit le plus qu'elle pourroit d'empescher son ruary qu'il n'enlevast son pucellage que le plus tard qu elle pourroit, son dire ne correspondit point à sa gloire ny à l'effect ; car, bientost après son mariage, elle fut enceinte, et en devint estonnée et honteuse, et fit ce qu'elle peut pour cacher sa groisse 3 , et ne la monstrer que le plus tard qu'elle pourroit. Dcquoy s'appercevant un autre cavallier qui d'autres fois l'avoit servie estant fille , fut bien aysc de prendre cestc occasion pour luy en faire la guerre ; et, l'ayant un jour abordée, il luy dit que no estuviese avergonzada , porque todos bien sabian que de seincjantes luchas senipre resultan taies caydasiy por eso no se maravillaban si estaba avergonzada , porque en aquel caso eUa era novicia ,y que sentia en si unos mudamientos nunca por ella sentidosiy taies que , aunque su esfuerzo , virtud y gloria fuese grande, no bas t aria para resistir à las inclinaciones de la naturaleza, pues era demuger*. Ce cavallier parla bien à elle, et à sa gloire et vanterie , et
1 Je crois bien, brave cavalier, que vous m'accorderez ma prière avec autant de générosité que vous avez de force et de valeur pour ine venger de mon ennemi.
• Que conformément a son courage et a sa gloire, elle ne voulait s'assujettir à personne.
* Qu'elle ne fût point honteuse, parce que loutlemonde •cavait qu'en de telles Unies il ne pouvait y avoir que de MWblables chute»; que cependant on ue s'éwunaU point
garde de son pucellage, et à la fragilité de son sexe, duquel les dames ne doivent tant présumer
n'y s'enorgueillir.
Par cas , une des compaignes de ceste dame , qui estpit encor fille, se trouvant là présente, la voulut excuser, et un peu brocarder auwy en luy disant : Como es possible, sehora, que su generosa virtud , esfuerzo y ânirno soberbio no os escusâron de ser herida de llaga que tantos desmayos os causa ? Plegued Dios que no sea mortal , como yo creo que no sera, porque jarnas de esta* heridas no murio ninguna douze lia Sur ce, le cavallier précèdent, qui estoit présent, leva ce coup et luy dit : Ha ! seflora, vos, que eso certifiais, liabeislo proiado? - Guardeme Dios ( respondit-elle ) de este eslrecho. i\o , seilor; mas helo oido certificar à personas de gran credito 2. Il ne falloit point alléguer la de personnes de grand crédit pour servir de tesmoiogs ; car , bien que le destrojt soit aussy dangereux que ccluyde Gibraltar, aucunes le passent bien sans danger, et d'au très non.
Une dame ayant perdu son serviteur qu'elle avoit faict de frais et peu gardé, car il vint $ estre tué aussy tost en une guerre, et en ayant secu les nouvelles, elle dit : Ah ! senor caballero , que si tan tarde me conocisfeis , muy temprano me perdeis 3 !
Un autre cavallier le voyant ainsy en douleur, dit à un sien compaignon : Et tiempo cura lascosas,y no hay grave dolorque andando el tiempo no se disminuya *.
de la voir confuse, parce qu'elle était novice en ce cas, et qu'elle éprouvait en elle un changement auquel elle n'avait jamais été exposée, et qui était tel , que, quoique son courage, sa vertu et sa gloire fussent bien grands, ils ne pouvaient pas néanmoins résister aux la nature avait donuées aux femmes.
1 Comment est-il possible, madame, qi vertu, vos efforts et votre grand courage, ne vous aient pas empêchée de recevoir une plaie qui vous cause tant de chagrin? Plaise a Dieu qu'elle ne soit point mortelle, comme je crois qu'elle ne le sera point; car les dames ne meurent jamais de semblables blessures.
1 lia! mademoiselle, vous qui assurez cela, lavez-vous donc expérimenté?— Dieu me garde, repondil-clle, d'un tel malheur. Non, monsieur ; mais je l'ai entendu assurer à des personnes de grand crédit.
* Ah! mon cher cavalier, qui m'avez connu si tard, vous me perdez trop tôt !
4 Le temps calme toutes choses; et H n'y a point de douleurs si grandes qu'elles ne te dissipent avec le icwps.
RODOMONTADES ESPAIGNOLLES. ~ 55
Une dame demandant un jour le livre de la , ce que j'ay apperecu et m'en suis esmeraillé Celestine à un cavallier, il luy respondtt, en Car aucunes femmes ay-je veu entre les mains tuy donnant bonne : Por Dios , sefiora , que de leurs marys, maires, seiches, exténuées, me espanto de Vm. ! Teniendo en casa el qu'elles en tomboient sur les dents. Venoient-
original, pedir el traslado 1 ! Bon , celuy-là.
Les Espaignols sont fort subtils à gentiment brocarder et piquer, et appellent cela, motejar, ô golpear *. Ainsy que fit un jour un cavallier estant parmy trois filles, toutes trois sœurs, et bien noires. Elles luy demandèrent un jour de foire, par cas, à emprunter un ducat pourachepter quelque chose, disans qu'elles n'en avoient point apporté sur elles. Il leur dit qu'il n'en avoit point sur l'heure, et qu'il en estoit bien marry. Elles luy dirent : Como l un hombre tan honrado no tener un ducado ? Dixô él: Porquc no, cuerpo de tal ! pues entre vosotras très no hay una blanca 3. L'allusion n'en est pas mauvaise , car une blanca c'est une mon n< lie <i Espaigne; et convertissoit ceste allusion sur elles trois, parmy lesquelles n'y en avoit pas une blanche.
Un médecin espaignol ayant receu quelque desplaisir d'une dame veufve, chargea un jour un maquignon , devant elle , de luy trouver una tnula que fuese viuda 4. Le carretier luy respoudit : Como, cuerpo de tal! Os bu riais de ml t sehor doctor? Nunca fué mula viuda 5. Le médecin luy répliqua : Digoyo que tenga très condiciones de una viuda ; que sea gorda, andadora y comedora G.
L'on dict que les veufves, au moins aucunes, ont ces trois conditions. Pour bien aller et pour bien manger, je m'en rapporte à ceux qui en ont faict preuve et y ont pris esgard. Pour quant à la troisiesrae, j'en ay veu beaucoup de personnes, et mesmes une de très grande authorité, de trèsgrand esprit , estre de ceste opinion et tenir ceste maxime, qu'une femme, aussy tost qu'elle est veufve, devient plus grasse et en bon poinct;
' Parbleu! vous m'etonnez, madame Ayant chez tous roriftinal, me demander la copie !
* Railler et piquer virement.
* Comment! un ti gatlant nomme n'a point un docat ? Il leur dit: Pourquoy non, corbleu! puisqu'entre vous trois il n'y a pas une blanche.
4 Doe mule qui fût veure.
' Comment , corblen ! tous moquez - tous de moi , tnomieur le docteur? Une mule ne fut jamais Teure.
* Je veux dire qu'elle ait les trois qualités d'une Teure ; qu'élit toit fort grasse, coureuse et de rjrand appétit,
elles à estre veufves, les voylà remises et refaictes aussy tost, comme un cheval maigre et elangory mis à l'herbe , qui se reffaict et se remet soudainement. De sorle que c'est une maxime, que : qui veut engraisser une femme mariée , qu'il la fasse veufve ; car c'est le meilleur engrais qu'on luy sçauroit donner. Ce u'est pas pourtant que les marys ne leur donnent le traictement et l'ordinaire qu'il leur faut , selon leur faculté et petit pouvoir; mais vous diriez que venans de leurs mains, elles ne les trouvent jamais si bons comme quand elles sont en viduité, et qu'elles le prennent d'elles-mesmes qui ça qui là , en leur plainiere volonté. J'en voudrais volontiers demander une raison à quelque bon médecin, si ce n'est qu'il me renvoyas! A l'apologie de l'asne et du cheval qui est dans Rabelais , et à leur parlement qu'ils firent quasi sur mesroe chose, où enfin monsieur l'asne conclut qu'il n'y a que la liberté des champs et choisir sa pasture comme l'on veut, et faire autre chose que je n'ose dire, et n'estre nullement en subjeci ion, bien que l'on mange son saoul à crever dans l'érable.
Un cavallier parlant un jour d'amour à une femme aagée, mais pourtant belle encore et fort désirable, elle luy dit : Y como , seflor, me /tabla V. S. de esta cosa à mis complétas 1 ? L'autre luy respondit : Seftora, sus complétas valen mas que las horas de prima de qualquier otra a; faisant allusion gentille là-dessus sur les complices du soir et sur les heures de prime du matin. J'en ay faict un beau discours sur cesubject ailleurs. Et combien y a-t-il de dames aagées qui sont autant belles et désirables que les jeunes? De vieillard, il n'en fut jamais un beau ny désirable pour les dames, si ce n'est qu'on se voulust ayder d'un plaisant mot qu'un vieux cavallier dit un jour à une belle dame, luy présentant son service , et qu'elle l'en reprenoit. Ceste dame s'appel-
1 Eh! monsieur, comment me parlez-rons de telle chose, lorsque j'en suis aux compiles?
• Madame, vos compiles raient mieux mie prime <to toute ayire.
TROISIESME DISCOURS
lant madama de La Torre il luy dit : Tal torrc lia menester de una barba-cana 2. Ce mot est bon et porte en soy deux intelligences, car une barbecane est une espèce de fortification, et barba caria en espaignol signifie barbe blanche.
Telle et semblable dit un cavallier d'une fort belle et honneste dame , laquelle ayant espousé un homme fort laid et sale, toutesfois n'enlaidissoit nullement, mais s'embellissoit de jour en jour. Ce cavallier alla rencontrer que no habit ( visio jamas frula en un tal cesto que tanto durase sin podrirse 3. J'ay veu beaucoup de femmes en ma vie de ce naturel , à ne se Casier ny corrompre leurs beautés pour hanter des marys layds, sales et maussades.
Or, faisons une fin, et belle, par trois belles et honnestes princesses.
A ce mesine voyage et entrevue de Bayonne que j'ay dict ci-devant, madame de Guyse, aujourd'huy madame de Nemours, yestoit, où elle parut fraischement vefve , et très belle et en bon poinct , ainsy que de son temps jeune il n'y en a poinct eu une qui l'ait passée, comme son automne en donne encore une belle apparence; et bien qu'alors elle fust plus aagée de beaucoup que Magdeleinc de Giron , elle l'effaça fort , bien qu'elle pensast le contraire ; car volontiers on void aucuns fruicts en automne aussi beaux ou plus qu'en esté. Ainsy donc qu'elle esloil un jour en la chambre de la reyne , un cavallier espaignol de bonne façon , et bien en poinct, me vint demander : Seilor, quien es esta linda dama vestida de luto? — Seàor, Juy répondis je , es madama de Guyza , muger de aquel gran capitan monsur de Guyza. — Es madama de Guyza P dit-il.
Valame Dios, que linda dama es ,y de muy brava y alla guisa 4 î Ce mot est un mot ancien des vieux romans, qui correspond bien à ce nom de Guyse; et puis, continuant à la louer , il me dit : Vive Dios ! que bravo trage tienc,
• Madame de La Tour.
* Une telle lour a besoin d'une barba-cane.
3 Qu'il u'avoit jamais vu de fruit si long-temps en pareil panier sans se pourrir.
« Monsieur, quelle est celle belle dame vêlue de deuil? — Monsieur, lui répondisse, c'est madame de Guyse, femme de ce grand capiiauc M. de Guyse. — C'est madame de Guyse? dit-il. Dieu me soit en aide, c'est une (Mlle dame et de li ts Grande et tiauic guise!
/ que es bien tallada , y de linda catadurat — Et puis me redemanda ; Es tan buena catôlica,y enemiga de los luteranos , como\ su marido?— Si.Seflor, luy respondis-je y aun mas ; porque los luteranos le /tan matado l.
Il me redemanda si elle avoit des enfans aussy beaux qu'elle. Je luy dis qu'ouy, et lui monstrayM. de Guyse son fils, et qu'elle en avoit deux autres aux escolles à Paris , tous deux semblables. Après, ayant un peu songé en soy, et arregardant cesic belle dame, et de grand' admiration, il dit, par une petite exclamation : O ! bien adventurado capitan , que tantos hombres enemigos de Dios peledsteis y matas teis en camposy villas! 01 bien adventurado , otra vez , y mas , que con tantos asaltos combatisteis y vencisteis esta linda dama en las camas y pabellones 2 ! Et me disoit cela comme par un despit amoureux, jaloux de quoy il n* eust peu participer à une si belle advanture.
Comme de vray , je croy qu'il n'y a au monde si grand chagrin ny despit à un amoureux d'une belle dame , que quand il songe que son mary ou un autre en jouissent , et n'en mange son pain qu'à la fumée du festin ou par imagination. J'ay ouy tenir ceste opinion à un très grand et brave prince qui est mort, qui me racontoit un jour privement que, s'il esloit royde quelque grand royaume , il ne seroit jamais tyran que pour une chose ; qu'il entretiendrait très bien la justice, et fairoit observer très estroictement ses edicts et ordonnances , ne fairoit lort à personne, caresserait fort sa noblesse, et surtout ne foulleroit jamais son peuple de grandes tailles, tributs ny subsides; mais que si un sien ' subject , ou grand ou petit, eust une belle femme de laquelle il vint espris, certes il perdrait tout respect , et eslendroit là-dessus un peu de tyrannie ; car il faudrait résolument
1 Qu'elle est bien mise! qu'elle est bien faite, et que son regaard est agréable! Est-elle aussi bonne catholique et aussi grande cunemie des luthériens que monsieur sou mari? — Ouy, monsieur, lui repondis-jc, et encore plus, parce que les luihericns l'ont tué.
* O! trop heureux capitaine, qui avez combattu et tué tant d'hommes ennemis de Dieu dans les armées et dans les villes! ô! trop heureux, encore une autre fois, et plus, qui avez combattu et vaincu à uni d'assauts et de reprises uue m belle dame entre le» pavillons de voire lit!
RODOMOiNTADES ESPAIGNOLLES.
qu'il en jouyst bongré maugré, ou par amour ou par force; mais premier tenterait toutes les voyes de douceur et d'amour; et que si elles es! oient trop longues et fascheuses à tenir, qu'il userait de diligence et de prise : a Car « bien gastée, disoit-il, serait-elle d'avoir l'acicointance d'un brave roy, et le mary d'estre a son compaignon, à qui et à elle fa i mit de «grands biens et donnerait de bonnes grades , «et ne leur en serait jamais ingrat , ny sura tout les escandalliscroit ?» Je pense n'avoir guieres changé de ces mots qu'il me dit , car quasi ils sont tous semblables; et me les disoit sur un très beau et très grand subject , sur lequel ceste tyrannie meritoit bien d'estre exercée.
La reyne d'Espaigne, pour l'amour de laquelle seule ce voyage et entrevue de Bayonne se fit , parut aussy très belle ; et n'y eut François qui, l'ayant veue estant fille, n'advouast d'estre extrêmement acercue en beauté, bonne façon et belle majesté, bien qu'elle eust apporté tout cela dès sa naissance; mais l'aageet le temps font beaucoup de belles et bonnes choses, aussy bien que de mauvaises et de laides. Ainsy, un jour que je devisois avec un fort honneste cavalJier espaignol (car certes force braves et bonnes tes d'eux me recherchoient , tant pour en avoir veu et cogneu aucuns en la cour d'Espaigne, qu'il n'avoit pas six mois que j'en esiois venu . que pour en parler bien la langue ) , il me dit , ainsy que nous estions sur les hautes louanges de ceste belle reyne , ces mesmes mots , et beaux certes : Quedeveras , tan principal reyna , y tan complida , parecia ser antes la création del mundo quasi escondida y cerrada en el pensamiento de Dios , hasta que fuese su divin a voluntad que sejunlase /wr santo mutrimonio con el rey don Plielipe ; que siendo por sus buenos ha dos tan grande, tan poderoso rey, y quasi tocando el ciel con la mano de su grandezay pu- Janza, era menester, y no de otro modo, que no esposase otra sino aquella , que , jwr sugran hermosura, su honrada mages tad , y sus virtudes cloras y nobles , semejaba mas divina y celestial , que luimana l. Ces-
1 Qu'en vérité une reine si grande et *i accomplie paraissait avoir été comme cachée et renfermée dans la pensée de pieu dès avant la création au moiide, jusque»
toit bien louer son roy et sa reyne. Je parle d'elle plus au long en un discours que j'ai faict à part pour elle, sans passer outre.
Or, si ceste belle reyne d'Espaigne a esté louée des siens , non-seulement par ces belles , mais par un million d'autres paroles (car ils l'aymoient fort , voire quasi l'adoraient , ainsy que j'ay dict ailleurs ), la reyne de Navarre, sa troisième sœur, a bien esté autant admirée et louée d'eux quand ils Pont veue, les faisant aller à l'esgal toutes deux. Mais pourtant la puisnéc passoit un peu devant l'aisnée, ainsy que l'on void quelquefois en un boscage un jeune arbrisseau , par ses belles branches , se hausser sur un autre plus vieux que luy. Mais pourtant toutes deux estoient très belles, mais par airs differens pourtant ; c?r chascune avoit le sien à part , très beau et très admirable.
H faut donc sçavoir que lorsque ceste belle reyne de Navarre alla aux bains de Spa elle passa par Namur , comme j'ay dict ailleurs , où elle fut honnorablement receue par don Juan d'Austrie , et veue en grande admiration des capitaines et soldats espaignols. De la à peu je rencontra y à Paris, dans le palais, un capitaine espaignol , à qui je demanday s'il l'avoit veue de par de là ; il me dit que si , y que por ser extremada de beldad y buenas gracias , liabia mas priesa, quando sali a f liera , por mirarla , que no à beberagua de los baiïos ; j y que por el arte de su hermosura captivaba las personas con la fama,yaun muy mejor con su presencia : porque mostraba su hermosura entre las otras damas , como el sol entre las estreilas. De sus otras illustres y claras virtudes no habloyo, porque, por ser tan liermosa , ninguna cosa le falta
à ce que ce fût sa divine volonté de la joindre par un saint mariage avec le roy don Philippe, qui étant, par j son heureux destin, un si grand et un si puissant roy qu'il touche presque le ciel avec la main de sa grandeur et de sa puissance, il était absolument nécessaire, et non autrement, qu'il n'en épousât point d'autre qu'elle, qui, pour sa grande beauté, sa majesté suprême, el ses belles et grandes vertus, semblait plutôt divine et céleste qu'humaine.
j 1 Et que, pour la grandeur de sa beauté et de sa bonne [ grâce, il y avait plus de presse pour l'admirer quand elle [ sortait, que non pas pour boire les eaux d?s bains; et ! que, pour l'ornement de sa beauté, elle captivait les j hommes par sa réputation , et encor mieux par sa pré- »eqcet parce que sa beauté la faisait paraître entre Ici
TROISIESME DISCOURS
Je rencontray une autre fois , dans le Louvre , un autre capitaine espaignol venant d'Espaigne vers Flandres, qui m ayant choisi par dessus mes compaignons, comme connoissaut en moy quelque façon espaignolle, ainsy qu'il me dit après , me pria de le faire entrer dans la grande salle du bal, qui estoit un jour d'une grande magnificence, pour voir seulement ceste belle reyne de Navarre , de qui la fama volaba par todo el mundo *, me dit-il. Je le fis entrer avec moy, lequel, durant tout le bal, ne dit jamais mot, ny fit autre geste . si non regarder fixement ceste belle reyne, sans jetter ses yeux ailleurs, comme j'y pris garde; et luy laissay faire , sans le desbaucher de sa contemplation. Après le bal finy, je luy dis : Y pues , seflor, que os parece de nuestra reyna de Navarra? —Que me parece, serfor? me respondil-il. Juro à Dios , me parece tal, que si estuiiese en nuestra corte de Madrid, como esta en esta , el camino séria tan poblado , para visitary mirarla, que pareceria un camino de romeria, donde muchos perdones se ganan : que aunque seftulailo camino no hubiera, solamente bastaria de seguir el hilo de la gente, para mirar y adorarla, como reyna de latierra,y la generala de todas las otras reynasy damas las mas seîialadas de la Europa , y pregonarla tal con justo y honrado ti/ulo , por su divina beldad, real mages tad , y buenas gracias
autres dames comme le soleil entre les étoiles. Je ne parle point de se* autres vertus illustres, parce qu'elle était si belle que rien ne lui manquait.
• La renommée volait par tout le monde.
* Eh bien, monsieur, que vous semble de notre reine de Navarre? — Que m'en semble, monsieur? je vous jure qu'elle me parait telle, que si elle était à notre cour de Madrid, comme elle est en celle-ci , le chemin serait si fréquenté pour la voir et admirer, qu'il para H rai t un chemin de pèlerinage où l'on gagne bien des pardons ; même ■Il n'y avait point de chemin tracé, il suffirait de suivre I
Certes, cest honneste homme avoit raison de tenir de tels propos ; car je pense qu'au monde ne s'est jamais veu princesse plus belle. J'en puis parler au vray; car j'en ay veu force, et en France, et aux pays eslrangers, où la beauté se loge. Il ne luy manque qu'une chose; qu'elle n'est autant heureuse en ce monde comme ses mérites le requièrent , et que ses plus affectionnés serviteurs souhaitent et disent. Je n'en puis conjecturer autre raison , si non que le ciel qui l'a faicte ne veut, comme jaloux, qu'elle dépende d'autre que de luy, bien qu'elle ne se soucie point de ceste grandeur du monde, que tous et toutes recherchent tant : se fondant sur une raison qui est belle ceries, qu'elle me fit cest honneur de me dire il n'y a pas longtemps, qu'elle n'avoit affaire d'ambition ny de grandeur plus haute que celle qui luy estoit née et venue d'une si grande race de roys ses ayeulx et ancesires : si qu'elle se peut dire esire aujourd'hui'la seule restée de la plus grande maison du monde, et qu'il n'y a royaume, empire, ny monarchie, qui la peust rendre plus grande qu'elle est. L'ambition est bonne pour les princesses basses , et luy sont nullement égales; mais, pour quant à elle, à part, à part l'ambition. Elle se contente de ce qu'elle est, ny ne scauroit voiler plus haut. Ses belles et amples aisles de sa noble maison, de ses vertus cl de ses qualités, luy peuvent donner le vol , voire jusqu'au ciel, quand elle se voudra laisser porter à elles.
Finissons donc ici par ceste belle fin; car j'en ay faict un fort long et grand discours à part K
la file du monde pour l'admirer et adorer comme reine de la terre, el la première de toutes les autres reines et dames les plus signalées de l'Europe, et U proclamer telle par un juste el honorable titre, à cause de s» divine beauté, de sa royale majesté, et de I
APPENDICE
AU
TROISIESME DISCOURS
SERMENS ET JUREMENS ESPAIGNOLS*
Après avoir raconté aucunes rodomontades des fcspaigiiols, il m'a semblé bon de raconter aussy aucuns de leurs sermens particuliers que je leur ay ouy dire : en quoy je les trouve plus divers et plus changeans qu'aucunes nations quej'aye pratiqué; et si en inventent ordinairement de nouveau!. Le plus commun el ancien est :