‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de BourdeilleChapitre 100 sur 161 · MADAME DE · texte numérisé non relu

MADAME DE

Ce sont des discours vains qu'on fait en nostre vie, Moins pleius de vérité qu'il* sont de fantaisie. !.es esprits bienheureux ne s'en vont d'icy-bas, Quaud ils sont une fois arrestes du trespas.

Et les anges du ciel descendent bien en terre, Volclent parmy nous, et tournent à grand erre Là haut en leur manoir conter ce qu'on y fait : Pourquov n'en fait de mesme un esprit tout parfalct ?

Dieu ne l'a pas permis ; car il veut que l'on croye Ce que son fils a dict , et que par foy l'on voye Rostre félicité, qu'on doit représenter Par les yeux de l'esprit, sans d'ailleurs le tenter.

Ah! qu'un payen subtil vous pourroit bien résoudre A vos belles raisons, et mesme* les confondre, S'il ne vouloit s'ayder des vers virgiliens , Qui nous forment si beaux vos Champs Elysiens.

Un mescroyant croira ce qu'il voudra mal croire; Mais il ne peut oster par ses raisons la gloire Qu'ont les ames d'icy en leur félicité, Jouyssantes à plein de l'immortalité.

BR A^'TJIOSf B.

06 est ceste beauté dont estiez admirée Si fort de par deçà , et du monde adorée, Ravissant un chascun, cesle taille et ce port, teste grand majesté, ce geste et cest abord ?

MADAME DE BOURDEILLE

Ceste humaine beauté est du tout effacée, En une autre plus belle elle est du tout < Vos beautés ne sont rien icy-bas parmy nous : Nous avons d'autres yeux , et des regards plus doux.

IkANTHOMB.

Je ne croy pas cela , vous estiez par trop belle Quand roui ealiet icy, pour changer de tuodelle ; Ou bit u le nel vous a changée tout exprés, Luy OHiaul sa clarté, l'approchant de trop près.

MADAME DE BOtTEDlIIX».

Je me contente assez que j'aye sa lumière, Qui me donne au visage ; et me sens plus entière En mes beautés as i heure , et me décore plus Que les yeux qne j'avots, mondains et superflu*.

Je ne m'estonne plus si faites peu de compte

Oç nous venir reveoyr, puisque l'heur qui vouf Est un heur non pareil, et vous tieut tellement, Que ne faites de cas plus de nous autrement. '

«ADAMÇ DB BOCRDBIU*.

Frère, j'abhorre tant ma demeure premier»

Comme j'estime autant ma demeure dernière. L'une de tout bien pleine, et l'autre de tout mal,

Invoquez donc pour moy la divine puissance. Le cie|, les bons démons, des astres l'influence, Que je sorte bientost de ce faucheux séjour, Et que j'aille reveoyr i

En cela ne se peut contenter vostre envie; Car vous estes escrit dans le livre de vie Dès le commancemenl que le monde fut fatet. Ce qui est arresté ne

Pourcraoy ne puis-je aller contre ce*|e ordonnance En me donnant la mort? Ma propre violence. Me peut faire jouyr bientost de vos beaux yeux. Je ne fais que languir, le mourir est mon mieux.

MADAME DE BOURDEILLE-

Ne faites pas cela. Qui sort sans la licence De Dieu hors de sa place, il commet grande offense , Il gaigne son enfer. Estant là désormais, Faudrotl dire l'adieu pour ne me veoyr j

Rien donc que cela seul n'eropesebe le De la mort par moy -mesme, et ne me fasse Car je serois damné, et par ainsy privé De vous veoyr en cest heur qui vous est

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