OPUSCULE
Autre tombeau de madame de B ou r drille , faiot
par son mesme dict frère.
Passant, arreste-toy un peu, je te prie, et t'a muse ù yeoyr et admirer ceste tombe, bien qu'elle ne .soit ronstruiie d'aucune excellente matière , ny de grand artifice , comme tu vois ; mais dedans y gist un corps de très-haut prix.
Icy gisUloncques la très-haute, puissante, noble et illustre dame Jacquette de Monlbron, issue de cesje grande , riche et anciepne maison de Montbron, première baronne de l'Angoulmois du costé du pere, et de la noble et ancienne maison de Montpezac d'Agenès, du costé de la mère.
Elle fut femme de messire André de Bpurdeille, de ceste grande aussy et ancienne race de Bourdeille , en son vivant chevallier de l'ordre du roy, capitaine de cinquante hommes d'armes , et lieutenant de roy en Perigord.
Elle fut l'une des dames fort favorites de la reyne mere de nos roys.
Elle fut dame de Bourdeille, Mathas, Archiac, La Tour Blanche et Sertonville, cinq maisons de très-grande marque.
Toutes ces qualités ne sont rjcq , car cç sont biens de la fortune, qui tombent communément à plusieurs personnes. Celles que je vais dire sont autres.
Ce fut une des belles dames de la France en son printemps, son esté et son automne. Son beau visage, et ses beaux yeux sur-tout, en faisoient la roy , avecques sa belle et riche taille, sa grâce, sa façon, son port et son abord, et sa majesté, qui la parangonnoit a une reyne. Aussy de son estre en est-il sorty une reyne de Sicillc. Toutes ces beautés, en son temps, ne l'ont rendue 'moins admirable que désirable.
Ce n'est encor rien que tout cela. Elle cqt une arat très-belle, un grand esprit, un jugement solide, qui peu se rencontrent en un mesme subject; fut sçavante en toutes sciences, fut bien parlante en très-beaux termes, bieq et discrtçment escrivante de toutes choses, fort remplie de beaux discours et entreliens ;
fut fort sage, vertueuse, nime,splendide et très-Iiberale.
Voicy chose rare ; fut vefve à l'aage de trente-six ans, belle, jeune, riche, désirée et recherchée de tout un monde, et se contint tousjours pourtant en sa viduité seize ans et plus, au bout desquels mourut d'une mort très-douce, comme elle avoit tousjours désiré, en sonchasteau d'Archiac, le 98 juin 1698, regrettée a toute outrance de toutes personnes qui l'a voient cognue , et qui en avoient ouy les louanges. Elle n'estoit qu'à son demy automne , autant belle, et de corps et dame , que jamais, mais son destin alors sans aucune apparence la nous ravit. Que maudict sojt (e destin!
Voylà , passant , ce que d'elle je vous en puis dire pour ce coup, le plus grandement et le plus briefvcment. Mets-le en ta mémoire, ti. puis va racontant partout où tu passeras que tu as icy veu et laissé un corps d'une dame icy gisante, en son vivant l'une des plus accomplies et parftiictes dames de la France.
TREIZ1ESME OPUSCULE.
Epilaphe ou tombeau de madame d' Aubelerrt ma niepee, faict par moyde Branthome, son oncle, en forme de dialogue, rotule ej (à niepee partant.
Au lieu de beaux œillets, de lys et roses tendres , Je vous pffre mes pleurs, mes larmes, mes sauglotf : Au lieu d'uu marbre be^u pour en couvrir vos cendres, Je vous offre mes yeux pour arrouser vos os.
LA HIBPCB.
Mais, plustost que pleurer des larmes répandre, Jetez à pleins paniers sur mon triste tombeau Roses, lys et œilleu». J'yray tant mieux desceudre, Et tant plus doucement, 15-bas en ce rL
Mais qui est-il celuy, fust de fer, fust de roche, Qui, vous ayant perdu, si parfaicte en vertus. Songeant à un tel deuil d'une perte si proche, Ne crevé de pleurer, et n'ayt les sens perdus?
Tant de pleurs me sont vains, et tant de larmes vaines, Ores que j'ay mes yeux sillés pour désormais. C'est bien pour appaiser les personnes humaines, Mais non les deïies, qui -
L'ONCLI.
'Au moins »i je pouvois , par bonne destinée, De la mort qui me primt tous os ter de là-bas. Ah! qu'il me serait doux n'attendre pas l'année, Non pas un seul moment, pour aller au trespas!
Gela ne se peut pas. Le souhait s'en enraie, Et ne vous sert de rien. Pourquoy resolvez-vous N'aller encontre Dieu, et changez de parolle. Ou bien de supporter un repos qui m'est doux.
Doux vous est-il bien? Ainsy je le veux croire Far vos mesmes propos que m'avez dict souvent Ensemble en no» discours , et que pour telle Gloire Vous vouliez triompher Si
la *
Souvent vous l'ay-je dict. Souvent m'avez reprise De si fascheuse humeur ; vous l'appelliez ainsy. Mais aux tourmens humains j'estois trop bien apprise ;* Et , pour m'en garantir , je voulois estre icy.
Encor s'il se pouvoit par quelque art tc Ou vous faire sortir de ce lieu ténébreux , Et vos membres poudreux en tel art vous portraire, Que je pusse reveoyr les traits de vos beaux yeux!
Geste curiosité, muu um.it, u i«»
Et Dieu encontre vous s'en pourrait irriter. Si vous m'avez aymé, cessez la. je vous prie, Et mes mânes laissez icy
Mais quoy ! ma chère niepee. Eh ! faut-il que je vive Apres vous ainsy morte, et que j'aille icy haut Traisnant mes jours sans vous, et que je vous survive? Non , non, il faut mourir , de vivre ne me chaut.