LLE
J'adjouste a cé susdict testament les soubsdlcts articles, par forme de codicille, que j'aurois oublié, dont je me suis advisé, que je veux et entends que mes susdicts nepvcux et niepecs, héritiers et héritières, soient récompensés de seize mille escus une fois payés, en recompense et desduction de l'estime du bastiment beau de Richemond , qui se pourrait estimer à beaucoup jusqu'à vingt mille escus
veu ce que m'a cousté à le faire bastir et rendre en sa beauté, avecques le parc et le jardin, et les prcclauturcs, que le tout m'est venu en despense de grand argent, comme un chascun peut juger, veu la grandeur et superbité dudict chasteau ; et, pour ce, ladicte recompense se pourra prendre desdicts seize mille escus francs sur aucunes rentes et mestairies qui en sont descendantes, que l'on pourra vendre et engager selon qu'elles sont appréciées; n'y comprenant en cola madame de Durtal, ma niepee, â cause de la joùyssancc qu'elle aura durant sa vie, si ne seremaryc, que pour n'avoir aussy d'eufans, ny en aage n'y estât d'avoir: et, par ainsy.je veux que mes autres ncpveux et niepers, héritiers et héritières, qui ont des enfans, s'en ressentent: cela s'entend de ceux et celles qui m'auront ayméet faict cas de moy, ny faict de frasques, de mauvais offices; autrement , rien pour eux, ny elles, ny leurs enfans.
J'avois aussy oublié à dire que le grand pont de Rranthome, dont l'on va au jardin, et le champ où sont plantés les ormeaux et le jardin , je prétends qu'ils sont à moy et en ma totale disposition, parce qu'ils furent acquits de messire Pierre de Mareuil , M. Pevesque de Lavau et abbé de Branthomc, et en acheta le champ des bonnes gens qui avoient là leurs chanvres, qui luy cousterent bon; mais, pour sa faveur, il fallut qu'ils lui laissent avecques bon argent; avecques aussy le petit pré auprès de la rivière, que j'ay mis maintenant en un cherebaiul. M. d'Auzances, mon bon cousin, qui courut ladicte abbaye pour moy après la mort dudict M. de Lavau, son oncle, comme son héritier en prétendit lesdicts pont, jardin et autres susdicts champs, estre acquêts faicls dudict son oncle, et, pour ce, le tout appartenir à luy , cl l'eust très-bien contesté contre quelque autre qui eust eu l'abbaye que moy: mais, pour la parenté et bonne araytié qu'il me portoit, il acquiesça, et m'en fit don librement du tout, sans jamais plus en parler; et, pour ce, je m'en appropria}' et jouys toujours comme de mon propre , et véritablement a moy trèsbien donné, et non comme appartenant à Pabbaye. Mesmes , après la mort dudict M. d'Auzances, mon bon cousin, madame de Sansac, sa sœur et son héritière, m'en voulut inquicllcr et demander le tout, pourtant par forme de ris,
car elle m'aymoit;me disant que si c'esloit un autre que moy /qu'elle debaltroit le tout par bon procès, et m'en priveroit. Mais je luy rompis le coup, tout en ryant aussy, et fus quitte de luy donner un diamant de cent escus que j'avais au doigt. Par ainsy nous demeurasses bons cousins et amys, et le plus souvent m'appelloit mon cousin monsieur du Ponlj ou monsieur du Verger. Et voylà pourquoy je veux et entends que cedict grand pont, la place des ormeaux, le beau grand jardin et le pré qui en despend au dehors, se partagent enire més héritiers et héritières, ainsy qu'ils verront, et en fassent leur profit. Car tel abbé qui viendra après ma mort sera bienayse d'acheter le tout, et beaucoup pour une si belle commodité. Mesmes que je fus une fois et longtemps en dessein d'y faire bastir un chasteau en forme de citadelle, par despit, pour commander aux environs et chemins; et avois là desjà faict le marché d'un champ là auprès, qui apparie nuit à Rasteau, à cause de sa femme: mais la despense qu'il m'a fallu faire aux guerres, à la cour et aux voyages, me retrancha ceste despense, qui fust eslée grande et belle chose à veoyr. Et par ainsy mesdicts héritiers et héritières se pourront prévaloir de mesmes, et y poursuivre ce mesme dessein s'ils veulent ; et n'est à mespriser d'y bastir au lieu où il y a eu autresfois un chasteau, dont les ruyncs qui paroissent pourroient servir; car c'est un beau bien, et qui mérite bien une jolye maison.