‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de BourdeilleChapitre 108 sur 161 · S DIVERS · texte numérisé non relu

S DIVERS

ne voulant tirer de luy ce que j'eusse pu pj> juste droit : mais je luy ay esté toujours tresbon frère, et regarde tousjours la grandeur de la maison. J'ay eu aussy grand respect et amytié à madame de Bourdeille , ma belle sœur et bonne, qui me rendoit la pareille.

De plus, j'ay laissé l'espace de douze ans jouyr à mondict frère et disposer de tout mon bien, comme il luy à pieu, dès la mort de ma mere, tant que j'estois jeune et auxestudes, sans la jouyssance qu'il a tousjours éue des bénéfices de Sainct-Vincent lès Xaintes , du doyené de Saincl-Yriers en Limosin, et du prioré de Royan. U en a jouy comme il luy a pieu , et en esloil quitte à ne m'en donner que quatre cens livres par an pour mon entretien aux estudes. Lesquels susdicts bénéfices le brave capitaine Bourdeille, mon frère, me donna et resigna, ne les voulant plus tenir, ny estre d'église. Je puis jurer et bien affirmer que mondict frère, M. de Bourdeille, a jouy du reste, qui monloit fort bien le revenu à plus de deux mille livres, et ce , jusqu'à mon retour de mon premier voyage d'Italie, lequel je fis pour une coupe de bois de la forest dudict Yriers, dont le roy m'en donna la permission, et en tiray cinq cens escus , dont j'en fis le voyage sans autre argent : dont bien me servit de le bien mesnager. Et si mondict frère a esté si mauvais mesnager et un peu joueur , de sorte que son bien a beaucoup diminué, tant de son vivant qu'après sa mort , je n'en puis mais , me contentant en mon ame d'avoir faict le devoir d'un très-bon frère. Si diray -je pourtant de luy que, nonobstant son mauvais mesnage, ç'a esté un bien fort homme de bien, d'honneur, de valeur, et fort splendide , magnifique et libéral , comme je l'ay veu paroislrc tel à la cour et armées.

Ce n'est pas tout que ceste susdicte bonté ; car, pour agrandir et maintenir dans son antique splendeur nostre maison, j'ay sacrifié et quitté ma bonne fortune. Car je puis me vanter avoir esté autresfois à la cour, aussy bien venu, aymé et favorisé de mes roys et grands princes , et cognu d'eux pour homme de mérite et de valeur : si que, sur le poinct de me ressentir de leurs bienfaicts et faveurs et estais et beaux grades du feu roy Henry III, je quittay tout après la mort de mon frère , pour assister à madame de Bourdeille, ma belle et bonne sœur , en

son vcf va gc , et l'cmpescher de se remaryer , tomme estant recherchée de force grands et liants partis, tant pour sa beauté de corps et d'esprit, que pour ses grands moyens, biens et richesses, et belles maisons, comme chascun srait. Je me rendis si bien snbject à elle, et si près, qu'aucun n'osa s'approcher d'elle pour la vouloir servir, sinon par ambassades sourdes etseercttes; mais, par ma pre\oyance et vigilance, j'en rompis tous les coups, menées et actes; de telle sorte que si elle se fust remaryée, estant en l'aage de trente-sept ans, et pour porter encor forte enfans , ceux-là qui sont aujourd'hiiy si riches et aysés, n'auroient pas mille livres de rente. Je n'en plains que leur peu de recognoissanec en mon endroict , et mesmes de l'aisoé, dont je laisse à Dieu la vangeance, lequel je prie qu'elle soit petite et légère, car je luy pardonne.

Lue chose y a-il : c'est que, parle premier testament de madame de Bourdeille, paroist comme elle me recognoisl quatre mille deux cens escus , p ir moy prestés à elle, comme de vray le sont estes par plusieurs fois qu'elle avoit affaire, sans jamais avoir voulu prendre cedulle; car, aussy tost qu'elle me demandoit, aussy lOSl prest , comme quand mes nepveux allèrent en Italie et y demeurèrent. Uneautre foîsquc je Juy prestay cinq cens escus pour payer ma sœur de Bourdeille, et la jetter hors de la maison , qu'elle ne taisoit que l'importuner du reste de son total payement, et oneques puis ne l'avons veue. Je prestay aussy trois cens escus pour mon nepveu leviscomle, pour aller faire son serment à Bourdcaux de son .estai de scnescbal de Perigord. Le petit Chabanes qui vit encor , les vint prendre et toucher des mains du sieur Laurentio à Branlhome , que nous y allasines disnrr exprès, mondiet nepveu, M. le viscomte et moy, parlant de Bourdeille; de sorte que, sans cest argent et diligence que nous y fismes pour y aller, possible n'eust-il faiet là si bien ses affaires, pour des raisons qui se disoient et s'alleguoient pour lors, que je ne veux dire.

El d'autant que le codicille que fit puis après son testament premier madicte dame de Bourdeille à Archiac , sans que je sceussc jamais rien , si-non après sa mort qu'on me le fit ^çavoir , dont j'en fus fort estonné , car elle me disoit et conforoit de plus grandes choses, veoyr tous ses

premiers secrets, elle le fit pour l'advis du sieur Dumas, lequel y fit mettre ceste clause et article, que madicte dame désire que lesdicts quatre mille deux cens escus tournent après sa mort à M. le viscomte , son fils aisné , et à sa maison. Ge fut doucques ledict sieur Dumas qui en minuta ou en fit faire ledict conlract , estant lors près d'elle, et ce, pour faire son accord avecques mondiet nepveu, d autant qu'il l'avoit persuadé et poussé à luy laisser quelques rentes, proches et commodes à luy. et du tout ennoblies, dont madicte dame fut fort en colère et mal contente contre luy, comme je le vis, et contre son fils, M. le viscomte, pour l'avoir faict sans son sceu , qui n'estoit non plus content dudict sieur Dumas de l'avoir ainsy abusé et trompé: et, pour ce, ledict Dumas, pour faire son accord avecques madame et son fils , fit mettre ceste susdicte clause et article dans ledict codicille; ce qui me rendit fort estonné quand je vis cedict codicille et article après sa mort, et dequoyil m'avoil esté ainsy celé et caché: de sorte que quasy j'entray en double si ledict codicille estoit vray ou faux, et si le suis encor; dont je m'en rapporte aux consciences des personnes. Tant y a , d autant que cesledicte clause et article me louche grandement , et à mon honneur, pour des raisons que je ne veux alléguer ny desduire , très bonnes et pertinentes, que le monde sçau roi l fort bien aussy desduire , au moins aucuns , je veux et ordonne que mes héritiers et héritières participent tous unanimement et esgalement auxdicls quatre mille deux cens escus , cl les partagent ensemble doucement et par bons accords et arbitres; estant une contradiction par le premier testament , qui dii et advoue par madicte dame, qu'elle avoit eu de moy par presl lesdicts quatre mille deux cetis escus , comme il est très-vray ; et puis, par le codicille, melesoster, et quasy comme les desavouer, en quoy il y va de l'honneur de madicte dame et de moy , et que c'est une vraye fourbe. Par quoy mesdicls héritiers et héritières en pourront passer à l'amyable, afin que l'honneur de madicte dame et le mien en cela soit conservé , ainsy que je l'ay bien consulté par bon conseil de Paris et Bourdeaux : et , par ainsy, je veux mon bien en celaestre esgalement desparty, tant aux uns qu'aux autres; aussy que mondiet sieur de BourdeiUe m'a fort mallraitté

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t[ h\ç\ force trajets Çt f^sque? i^suportables , et ques petits fruicts ; car ledict sieur du Peraiix peu dignes dup bqn nepveu. 0»PH luy par- intimidoit les tenanciers a ne payer, bien que

M. de Bourdeille , par (a transaction qui se fit entre nous deux , estoit tepu de m'en garantir et poursuivre le procès; ce qu'il n'a jamais, faict, non pas seulement le faire solliciter. Je passe doncques ledict article et clause de cestç dicte conseigneurie fort légèrement, mais non celle des quatre mille deux cens escus, qui m$ sont fort deubs, et en puis fort bien, du poser après ma mort : autrement il y va fort bien dp mon bonqeur, comme j'ay dict. Ce que ne voulant débattre lors de madjcie transaction, pour n'entrer eu procès et contesiation avecques lu y si-tost après la mort de feu madicte dame craignant de perturber ses honnorables manessi-lost après son décès , je me contentay seulement dp la jouyssance de la Tour-lîlançhe, à mon regret pourtant ; car j'eusse mieux ayipé mesdicts quatre mille deux cens escus pour m'psler de ce pays fort fascbcux à muy, et m'en aller si loiug qu'on ne me vist jamais; car j'estois de? sesperé de la mort de çesle honneste sœur et dame, madame de Bourdeille , et m'aPcorday de cesie façon avecques luy, et aussy qu'il u'avoit pul moyen de me donner argent. 11 av mt d'autres affaires d'ailleurs à me payer, et de plus que je pensois qu'il me deust es'tre meilleur nepveu qu'il n'est, et mieux recognojssant les bons offices et services que je luy ay faipts. Dieu luy pardonne ses ingratitude* , car j'ay crainte qu'il l'en punisse, estant un vice que cesie ingratitude fort désagréable à sa Divinité : entre autre, eu voicy une qui leve la paille. Un jour, estant à la Tour-Blancbe, dans la sale , il dit tout haut dcbvant force gentilshommes et autres, sur le subject qu'il n'avoit obligation à homme au monde qu'au sieur de Marouattc , qui luy avoil faict a\oir la iCMgnation à M. de Perigucux de son evesché , pour l'y avoir poussé et persuadé, dont je cuyday partir de collere contre luy ; niqis je me commandqy et m'arrestay, de peur d'escandale : lequel mundict evesque j'avois faict et créé tel par la nomination et brevet du roy, car ce fut nioy qui h luy demanday pour mou frerc et pour moy, ayant veu ledict evesque un chetif petit moyne de Sainct-Denys, et l'avoir ainsy tel créé coptre l'opinion de madame de Dampierrc ma tante, qui ne le vouloit , en me disant plusieurs fuit

donne. Mais madame «3 sage mère ne |uy avait pas, recommandé ny eonjmaudé cela , aips de m'aymer e| oheyr comme si j'estois son pere , et me pprter pareil respect : non pas m'assister d'pue seule sollicitaijpn pour mes procès, et principallempnt pour celuy de la conseigneurie de Uranthome contre le sieur duPeraux, ny contre l a Bordé dict Servart.

Je sçay bien que mondict nepveu me vqudra mal de cest article, et qu'il en dira prou après ma mort ; mais , s'il veut considérer bien le tout, il trouvera que j'ay beaucoup de raison. Et qui ne se contentera de si peu de bon bien, qu'il le quitte, M la ira plaisir aux autres qui s'en contenteront bien, et ne le desdaiffueront point.

Il y a ençor une autre clause et article dans ledict codicille, que, par mesme coup et roesmes raisons que j'ay dict, ledict sieur Du nia s y fit mettre et insérer, comme ma susdicle dame désire, que la conseigneurie de Branthorae retourne à la maison du sieur de Bourdeille. Dieu me «oit tesmoing et juge du conseil qu'en cela j luy donnay, pour l'avoir et acquérir pour elle, à cause de la nourriture de la damoiselle Delisle l'espace de vingt ans, et pour autres raisons, et puis jurer que madicte dame mesprisoit cela sans moy, si qu'elle me dict : « Frère, je désire edoneques cest acquêt; mais je veux qu'il soit c pour vous. Je vous le donne , faites-en voslre eprofict comme pourrez, car il est près de vous «à Branthome.» Pour si peu qu'elle vesquit après, je n'en jouys de quasy rien ; car le bien estoit tout brouillé et en litige : et ceux qui preiendoient, comme le seigueur du Peraux et autres , n'y osoient pourtant que peu toucher ; car c'estoit une dame de si grande authorilé, qu'on la craignoit plus que l espée de son fils, comme il parut après sa mort, dont longtemps après s'en accordèrent tellement quejlemeut, dont j'en fus bien ayse, non pour un grand profict que j'en aye tiré, mais pour la commodité qui sera après ma mort audicl seigneur de Bourdeille. Et veux fort bien que la conseigneurie tombe à luy et à nuls autres, pour agrandir tousjours nostre maison , bien qu'elle m'ait beaucoup cousté d'en tirer qucl-

que j'en maudiray l'heure de le colloquer en si haut lieu, ce vilain moyne, usant de ces propres mots, et que son pere avoit faîct souvent pleurer ma mere. Croyez que ceste honneste dame prophétisa bien ce coup ; car il fut aussy ingrat en mon eudroict que son cousin , ledict M. le viscomte, que ceste fois m'alla payer de ceste sorte , pour n'avoir obligation qu'au sieur de Marouatte, nullement certes comparable à moy en obligation ny en valeur et merile , pour n'avoir esté jamais autre qu'un amasseur de deniers, et que j'ay veu parmy les bonnes compaignies, qu'on nommoit que pelit Brodequin , nom à luy donné par MM. de Coustures et La Boue-Saunier, bien contraire à mon nom tant bien cognu et estimé parmy la France et ces grands et autres pays estrangers, pour avoir tant battu de terres et mers, que l'on faisoit beaucoup de cas de moy.

Et pour parler de ceste grande susdiefe obligation de Marouatte, ne faut doubler que si j'eusse voulu m'opposer à ladicte résignation, pour, après estre faicte, en demander la moictié de ladicte evesché, je l'eusse pu faire aysemenr, et en estois sur mes pieds pour en avoir la jouissance, selon l'ordonnance de uostre grand et bon roy d'aujourd'huy et de son conseil, par la mort du titulaire , qui ne déroge rien au droict du gentilhomme qui a sa part , comme paroist par mon brevet du roy Henry 111, et comme Sadicte Majesté me donne la moictié de ladicte evesché, et à mon frerc l'autre. El si Ton vouloit alléguer la transaction faicte entre moy et l'evesque , c'est utie chanson; car, qu'on la lise bien, elle ne fait rien contre mon droict, ny que j'en quitte ma moictié. Bien est vray que par parollcs je promis que , tanl qu'il vivroit , je luy quittois madicte moictié et ne luy demandois rien en son vivant. N'est ois -je pas doneques, luy mort, tousjours sur mes pieds d'en répéter madicte moictié, et m'opposer à la susdicte résignation , et la demander par le dire du conseil privé, et selon l'edict et l'ordonnance du roy pour pareille chose? D'autant que, le titulaire mort, le gentilhomme, qui a sur sa pièce sa moiclié, ou sa part et pension, ne la perd nullement. Cela est très-seur ; voylà pourquoy on peut bien considérer la gratification que j'ay faicte en cela à mondict sieur de Bourdcilie,

sans l'avoir nullement tnquietté sur cestedicte moictié, comme j'ay trouvé fort bien par le conseil mesme du conseil privé, laquelle dicte evesché bien assemblée , vaut fort bien quinze mille livres de revenu, comme je l'ay faict valoir cela, quand je la faisois mesnager par mes mains par lesquelles tout se passoit, comme l'ayant demandé et obtenu du roy et de la reyne sa mere ; et en fis faire toutes les depesches , tant de Leurs Majestés que de Rome, à mes despens. Voylà doneques si ledict sieur de Bourdeille debvoit avoir si grande obligation au sieur de Marouatte plus qu'à moy. Et quand ledict evesque eust faict de l'asne, comme il estoit , je l'eusse bien faict tourner au baston et jouyr de son evesché, en luy donnant quelque part comme j'avois faict d'autrefois , selon le brevet du roy que j'ay vers moy, et M. de Bourdeille mon frère ne Peut jamais. Et si M. de Bourdeille se fust fié en moy et m'euKt conféré de tout ceste affaire , nous en eussions bien eu la raison et de l'evesque et de l'evesché ; car il me craignoit comme la créature fait sou créateur que luy estoit tel , dont il m'en fut ingrat ingratissime. N'en parlons plus.

Or, venons maintenant à mon hérédité. Je fais et institue mes héritiers et héritières universels et universelles, messire Henry de Bourdeille et messire Claude de Bourdeille , mes ncpveux , madame Jehanne de Bourdeille, comtesse de Durtal , ma niepee , et mesdames d'Ainbleville et de Sainct-Bonnet , mes autres niepees. Je désire aussy que madame d'Aubeterre Hipolite Bouchard en aye quelque part en mon hérédité , non pour considération de David Bouchard , son pere, car il ne m ayma jamais , ny moy luy, bien qu'il me fust fort obligé, mais pour l'amour de madame son honneste et bonne mere Renée de Bourdeille , ma chère niepee , qui m'a tousjours aymé et fort honnoré. Aussy je l'ay aymée et honnorée de mesmes , et la regrette tous les jours. Mais je veux et entends qu'au cas que mesdicts nepveux et niepees, héritiers et héritières , tant qu'ils et qu'elles que leurs enfans , ne me portent le respect et amylié qu'ils et qu'elles me doivent, ou leurs inarys , ainsy que madame leur très-sage mere le vouloit , et leur commandoit et considérait ; et qu'ils ne fassent cas de moy en ma caduque vieillesse , si par cas j'y parvienne , que Dieu

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oe le veuille toutesfois , en cela sa volonté soit Faicte ; je veux et entends , le dis-je encor , que ceui et celles qui m'auront roaltraitté et abandonné , sans faire cas de moy, ny presté ayde , ny faict de bons offices en ma vie , et donné des mesconlentemens , n'ayent aucune part ny portion en madicte hérédité et succession , ains qu'elle aille et tourne à ceux et celles qui ne m'auront abandonné et faict de bons et pieux offices , et eu pitié de moy jusqu'à ma mort. Et dis bien plus , que si , par cas , je viens avoir et recevoir quelque injure , offense et attentat , veoyre l'exécution sur ma vie , tant des miens que d'aucuns estrangers, dont je n'en puisse avoir raison ny revanche , à cause de ma debolesse et fbiblesse d'aage , ou autrement , je veux et entends que mesdicls nepveux et niepees , ou leurs marys , en poursuivent et fassent la vengeance toute pareille que j'eusse faicte en mes jeunes et vigoureuses années , pendant lesquelles je me puis vanter, et en rends grâces à mon Dieu , n'en avoir jamais receu aucunes sans aucun ressentiment ny vangeance , ainsy qu'à la cour et aux armées on est fort subject d'avoir des querelles , soit de gayelé ou autrement : et ceux et celles de mes héritiers et héritières, ou leurs marys , qui en négligeront ladicte vangeance , et ne la fairont , soit par les armes ou la justice , je veux qu'ils n'ayent rien de mondict bien , ains qu'il aîlle tout à ceux et celles qui s'en ressentiront. Et si tous et toutes , ou aucuns ou aucunes , ce que ne puis croire , au moins de tous et toutes, ne s'en ressentent , je veux que tout mon bien aille aux pauvres , aux Quatre Mandians et Hostel- Dieu de Paris. J'en avois donné une partye ainsy aux religieux de Cran t home ; mais j'en révoque ladonnation , d'autant qu'eux, par trop ingrats des bénéficies receus de moy, pour curieusement les avoir garantis et conservés des guerres passées, comme un ebascunsçait , m'ont suscité des procès et plaidé contre moy ; et par ainsy , faut punir leur ingratitude par trop grande.

Et d'autant que le sieur de La Barde de Saine t- Crespin , dict Guillaume Mallety, à cause de sa foire de Saunier, m'a faict plaider et tant chicanner l'espace de douze ans, tant pour son hommage à moy deu , que pour autres devoirs deus à ma terre de Sainct-Crespin et chasteau

de Richemond, dont le procès est encor pendant en la cour de Bourdeaux, qui m'a cousté fort bien mille escus, tant pour ses délais, remises , subterfuges , cavillalions, et chicanneries et faveurs dudict Bourdeaux, je veux et entends que mes susdicts héritiers et héritières en poursuivent ledict procès à toute outrance, s'il n'est advant ma mort assoupy, soit par accord ou par arrest, et le mènent jusqu'à la dernière fin; m'asseurant tant en mon droict, qu'ils en tireront fort bien la raison, jusques-là qu'ils en pourront retirer la maison de la Barde; car il me peut devoir fort bien plus de douze mille livres, n'estant raisonnable de laisser en repos ce petit gallant, extra ici de belle famille, son grand-pere ayant esté notaire, dont s'en trouve force contract encor en Perigord signé Mallety. Et ceux et celles de mesdicts héritiers et héritières, qui ne poursuivront vivement ledict procès, je les déshérite , et en donne leurs parts aux autres qui s'en ressentiront mieux , et le persécuteront à toute outrance , et en prendront mieux l'affirmative.

Je sçay bien que M. de Bourdeille et le seigneur d'Ambleville l'ont soustenu autresrois; mais je m'en remets à eux sur leur honneur et conscience; car ledict La Barde estoit fort proche dudict sieur d'Ambleville, à cause d'une sienne grande-tante maryée avecques ledict Mallety, notaire, comme je luy ay ouy dire. Mon nepveu le baron l'a aussy soustenu et aymé dès le voyage de Provance : mais je laisse le tout sur son ame , et dés autres aussy.

Je ne veux ny entends que ma maison et beau chasteau de Richemond, que j'ay faict bastir curieusement et avecques peine et grand coust , s'alliene, se vende, ny s'engage autrement, pour nécessité aucune qui soit, à aucun étranger ; car je veux qu'elle demeure à la maison dont je suis sorty, en signe de mémoire. Car je serois bien marry, si, estant là-haut, où Dieu faira la grâce de m'y rccepvoir s'il luy plaist , je visse cesle belle maison et chasteau , que j'ay fait bastir avecques si grand travail , eust changé de main et tombé entre une estraugere. Cependant je veux et entends que madicte niepee la comtesse de Durtal , ayt ledict chasteau avecques ses preolautures du parc et du jardin, et ses bassecours, pour sa demeure tant qu'elle vivra seulement, et demeurera vefve sans qu'elle se

PIERRE DE BOURDE1LLE

remarye } et ce } pour n'avoir aucune demeure en ce pays près de la maison dont elle est sortie, et pour s'approcher aussy de ses proches, bien qu'elle âye sa maison La Vasouziere de son douaire; mais elle est par trop loing des siens, et de plus que Pair y est très-beau, bon et salutaire, qui luy a faict grand bien, et à sa tante; tant qu'elle s'y est tenue. Mais, estant remaryée , elle aura d'autres maisons de son mary, où elle s'y tiendra le plus souvent, et n'en voudra d'autres : et puis s'cstant remairyée, ou bien morte, qui sera quand il plaira à Dieu, je veux et ainsy l'ordonne. Je veux aussy, et en charge madicte niepce comtesse, d'entretenir la maison comme il faut, sans la laisser desmollir ny desperir, et qu'elle la laisse aussy entière et belle comme je la luy laisse, cela s'entend tant qu'elle y demeurera, et ne se remarycra; car autrement elle en auroit la conscience chargée, et me fairoit tort , et à son petit nepveu Claude de Dourdeille , qui est si bien lié et si joly, qui, je m'asscurc, l'entretiendra très-bien , et en célébrera ma mémoire pour tout jamais, en disant : Voylà un présent que mon grand-oncle me fit.

Je veux aussy que la moictié dès plus grands livres de ma bibliothèque soient mis et serrés dans un cabinet de Richemond , et conservés très-curieusement sans les dissiper deçà , delà , et n'en donner pas un a quiconque soit : car je Veux que ladicte bibliothèque demeure chez moy, pour perpétuelle mémoire de moy. dans un cabinet de Richement.

Je veux de mesmes qu'aucunes de mes plus belles armes demeurent aussy en un cabinet de Richemont , et y soient en mesme garde , comme mes espées , et sur-tout une argentée , que M. de Guysc, mort et massacré dernièrement, me donna an siège de La Rochelle , me deffcr.mt eeat honneur de dire qu'elle m'estoit bien deue pour sçavoir bien faire valoir, et telles armes, ainsy qu'il avoit veu. Il y a aussy d'autres et longuès espaignolles, tontes de combat et bonnes, et esprouvées. Plus, deux harquebuses de mesche, que j'ay fort aymées et portées en guerre, et faict valloir. Plus; mes armes commettes , tant de la curiasse, brassard , sallade et cuissot, que le seigneur Gontanho me garde en sa chambre de Branthorae. Plus, une rondelle couverte de velour noir à pretïVe , que fea M. le

prince de Condé me donna au siège de La Rochelle, au moins après, ne s'en servant plus , et me pria de la garder pour l'amour de luy, et porter en guerre; ce que j'ay faict, et bien gardé, comme j'ay faict l'espée susdicte dè M. de Guyse, et leur promis les garder tout durant ma vie et après ma mort. Je veux aussy qu'on me garde àvecques les susdictes armes un chapeau de fer, couvert d'un feutre noir, àvecques un cordon d'argent, que je portois à pied aux sièges de places , où je me suis trouvé assez. Et, s'il est possible, apprendre toutes les susdictes armes dans ma chapelle de Richemond, je le voudrdis fort, ainsy qu'on faisoit jadis aux anciens chevalliers : la mémoire en seroit beaucoup plus honnorable. Je laisse cela à madame la comtesse ma niepce, qui en aura le soin, puisque la demeure luy est assignée si elle ne se remarye, comme j'ay dicl cy-dcbvant.

Et de tout ce que dessus , pour maintenir et bien entretenir, je fais exécuteur de mondict testament M. de La Chastaigneraye , rtion cher nepveu, s'il luy plaist, et l'en prie; ensemble M. du Preau, lieutenant du roy èt gouverneur â Chastelleraud , que j'ay nourry page , et S'est si bravement et généreusement poussé â ceste digne charge, par ses belles armes et bon courage ; avecques M. Thomassort, advocat en la cour presidialle de Pcrigueux, mon principal èt ordinaire conseil , que j'eslis pour assister messieurs mondict nepveu et du Preau , et les relever d'autant de peine; en ce qu'on luy paye ses peines et salaires, Comme de raison, au dire de mesdits sieurs exécuteurs : les suppliant trèstous de tenir main bonne et forte à mon intention et tolalle disposition.

Sur-tout, je casse et révoque par cestuy-icy dernier tous autres testamens et dispositions par moy raicts et faictes cy-dcbvant, ensemble toutes donnations qu'on pourroit supposer et prétendre par moy faictes. Je n'en fis jamais, ny prétends d'en faire, dont j'en proteste debvant Dieu. Pour testament , j'en ay faict un , passé par les mains de Galopin, notaire de Branthome; mais je le casse et révoque du tout par cestuy-cy, ensemble le codicille passé par le mesme Galopin. Et si l'on en produit d'autres, je dis qu'ils sont faux , et les casse comme tels et nuls; car je sçay bien que beaucoup de notaires d'aujourd'huy s'aydent de telles faussetés ,

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aussy bien pour les grandes maisons que pour les petites, pour estre menacés et conlraincts : et pour ce, je prie messieurs les exécuteurs d'y adviscr; et pour ce, par ces raisons, j'ay faict cedict testament solennel, escrit et signé de ma main.

Pour totalle fin, je donne mes bagues et petits joyaux à mes susdicts ncpveux et niepees de très-bon cœur , et les prie de les garder et porter pour l'amour de moy, tant que leur vie durera, en souvenance de moy, leur bon oncle, qui les ay aymés et honnorés d'une amylié trèsferme et fidèle. Sur ce, je fais fin à cedict testament, au nom du Pere et du Fils et du Sainct- Esprit, et de la bénite Vierge Marie, et madame saincte Anne, comme je Pay commancé.

Je ne double point que plusieurs personnes ne trouvent cedict testament par trop long et prolixe : tel a este mon vouloir et mon plaisir. J'en ay veu d'autres en ma vie bien aussy longs. J'enay pris le modelie sur ce grand chancellier M.dePHospilal, de mesmes aussy long, que j'ay inséré dans mes livres ; mais si l'a y -je un peu abrégé. De plus, je suis nay d'une grande et illustre maison. J'ay le cœur grand, qui me l'a donné, et que j'ay faict paroislre en plusieurs beaux et divers endroicts. J'ay eu de Pambilion: je la veux encor monstrer après ma mort. Aussy que je n'ay voulu me confier mes volontés, et dire à ces petits notaires, qui, la pluspart du temps, ne sçavent dire ny représenter nos intentions et vouloirs ; et en eusse dict encor plus sans la trop grande prolixité. Je fais doneques fin selon mon vouloir et contentement, et y eusse mis et adjouslé de beaux et gentils exemples , pour mieux adoucir le tout ; mais c'est

aSSeZ. P. DE BOLRDEILLE.

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