DU MANIEMENT DE LA GUERRE
ne font garde de nuict ny de jour, ainssont conservées pour faire les courses et exploitas qui faut qui soycnt faic's à l'improviste, sausattendre le commandement d'autres compaignies, et qu'il y aye tousjours une trouppc d'ycellea preste à monter à cheval. Aussy lesdictes compaignies sont lenuesd'cslre en bat I aille Farmée marchant, jusqu'à ce que le camp soit assis et logé, le guet ordonné de jour, mais qu'il soit arrivé ; et, s'ils n'ont de compaignies ou n'en ayent assez , ils en achoysiront , et est très-bon que lesdicts mareschau'x de camp mènent , quand ils marchent , les compaignies qui doivent estre de garde de jour ou de nuict , afin qu'ils ayent repeus, cl se soyent accommodés pour bien faire leur devoir.
Le mareschal de camp doit adviser la commodité ou incommodité de l'assiette du camp ; car bien souvent il se trouve des lieux qui sont d'un costé bien forts , et d'autres, nou, et des incommodités en un temps qui ne sout en l'autre. Ht ne se faut arrester au rendez- vous qui aura esté donné; car si l'assied e n'est assez bonne, il la faut chercher à demy ou à une lieue de là ; et s'il y a changement , en advenir incontinent le chef de lavant-garde , le grand maislre de l'artillerie, et le gênerai qui mené sa baitaille, par homme exprès bien entendu.
Le mareschal de camp doit regarder en Fassietle de l'armée en unlieuadvantageux, comme d'est re sur un haut , s'il se peut , avecque la commodité de l'eau. Mais il faut prendre garde que le ruisseau qui se pourrait trouvera voslre teste pour faire le logis fort, ne soit esloigné de vostre costé, et s'approcher tant de l'autre que l'enuemy ne s'y puisse venir loger, et débattre ladicteeau à son advantagc;car, en telles choses , il s'en est veu plusieurs ineonveniens : et si delà le ruisseau y avoil une place advantageuse, la faut aller gaigner premier que l'ennemy , et mettre le ruisseau derrière pour la commodité, on à main droite, ou à gauche, et s'en servir comme d'un fort de ceste part.
Et cas advenant que l'on ne puisse mettre un ruisseau devant, est très-bon de faire uue tranchée à la teste de Farmée ; car par là vous esvitez les surprises sur vos gardes, ou des braveries , qui, encor qu'elles ne portent dommage . donnent réputation à Fennemy , et manquement à Famy et aux chers et capitaines, principallerr.cni
au mareschal de camp. Aussy cela soulage beaucoup les gens de cheval de faire de grottes
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Faut que le mareschal de camp aye l'ingénieur près de luy , auquel faisant l'assiette de Farmée, il fera entendre son intention et ce que porte la règle delà guerre; lequel ingénieur par après fera le desseing de la tranchée aveeques les flancs qu'il y faut.
La première assiette que l'on doit faire est de l'artillerie , et la mettre en lieu de seureté , et qu'elle puisse jouer et faire son effect; car l'assiette d'ycelle doit donner l'intelligence de la place d'un chascun. A quartier doivent estre logées les munitions d'ycelle , loing des maisons et chemins nécessaires, bayes et rossés, afin que l'on voye ceux qui en approcheront , de peur qu'il n'en advienne inconvénient par le feu , et designer le tout aux commissaires. Le grand maistre de l'artillerie et train d'ycelle , en lieu qu'il ne puisse empescher l'ordre de battaille designé, logera les chevaux de l'artillerie non Nng de là ; et si c'est en lieu où on loge à couvert , que ce ne soit au plus proche village , néanmoins couvert de gens de guerre, et donner charge à la trouppe qui les couvrira de les advenir pour leur retraite, si cas advenant qu'il y eust ennemy en campaigne, d'autant que ce sont créatures qui n'ont point de deffense, comme aussy des pionniers; car s'il en advient inconvénient, ce serait arrester l'armée. Par quoy leur logis est privilège pour les mettre à seureté.
Derrière l'artillerie et aux costés il faut laisser un grand espace pour mettre en battaille les escadrons et baltaillons , tant de cheval que de pied , et après, droit à droit deladicte artillerie, l'on y loge les Suisses ou lansquenets; car ils sont accoustumés de l'avoir en charge et garde; et, à la vérité , ils ont un grand soin d'ycelle et des munitions
Les gens de pied françois seront logés à costé desdicts Suisses; et s'il y a trop de regimens, on en pourra loger partie à main droicte et partie à gauche, afin que, s'il vient quelqu'un à l'armée, tous ensemble se trouvent en ordre de battaille pour la rccepvoir ou donner, et en la deffense de ladicle artillerie et tranchées, s'il y en a.
Faut adviser de ne loger les gens de pied
PAR ANDRE DE
dans un fonds s'il est possible, meames pour y séjourner, d'autant que le soldat ayant travaillé se morfond de l'humidité qu'il a en soy . et le fait tomber en de grandes maladies; ce qui n'advient pas si l'on les campe sur un haut qui est sec, et prendre garde qu'il y aye de la commodité d'eau, et, s'il est possible , qu'ils n'aillent guieres loing, et quelqucsfois prendront garde à leur chauffage de quelque bois ou hayes.
Quant a la gendarmerie et gens de cheval , il faut loger l'advant-garde à la main droite , et la battaille à la main gauche un peu en arrière dont sont logés les gens de pied, selon les commodités qui se trouvent , soit de l'eau , ou des hayes et bois, pour attacher leurs chevaux s'il n'y a de couvert; car il faut laisser le devant libre pour se mettre en battaille. Aussy , que le logis de la cavallerie emporte beaucoup plus d'espace que ne fait celuy des gens de pied.
El faut que le mareschal de camp, avecques les capitaines expérimentés, couronnelset chefsdes regimens, recognoissant bien les advenues, provient et advisent de despartir les forces à une allarme, pour la garde du camp et des tranchées. Et ne peut-on représenter ceste affaire par escrit, mais faut que ce soit l'œil qui en juge sur le camp et advenant d'yeeluy , et des forces de l'ennemy et de leur qualité.
Le logis du gênerai doit esire comme au milieu de ses forces, avecques les principaux chefs de l'armée, à sçavoir entre les deux logis de la gendarmerie et derrière les gens de pied , y laissant néanmoins un espace de place entre yceux et son logis; dont d'un costé doivent estre logés les commissaires des vivres avecques leur attelage, et de l'autre les vivandiers et volontaire?, et, parmy eux, les prevosts pour faire tenir la règle, tant aux gens de guerre qu'auxdicts vivandiers, auxquels esta noter qu'il faut donner bon traittement et en avoir soin, pour en acheminer plusieurs ; car il est certain que s'il n'y va des vivres volontaires , il y a disette au camp ; et si le soldat ne voit d'autres vivres que de munition, il se fâche et veut estre repeu des yeux comme du ventre.
Les mareschaux de camp doivent estre logés le plus près qu'ils pourront du gênerai avecques leursuitle,àsçavoir leurscompaignies on trouppes qu'ils auront choisies pour leur escorte, avecques le capitaine des guydes. et une tente pour
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recepvoir les espions et les retirer: ear, a toute heure, il faut que le mareschal de camp soit auprès du gênerai, pour entendre et recepvoir ses commandemens, et luy donner advis de ce qu'il aura entendu, tanl par les jjens qui auront esté dehors à la jjuerre que par les espions, et aussy de ce qu'il intervient d'heure en autre en l'armée, et pour faire assembler les chefs qui sont du conseil extraordinairement quand l'occasion1 s'y présente.
Si l'année esloit si grande qu'il fallust despartir radvant-garde en la battaille en logis et assiettes, et qu'il y eust à ladicte advant-garde bataillon et piquet comme il est accoustumé aux camps royaux, il faudroit prendre et faire l'assiette au pied de ce que dessus , et la loger près de ladicte battaille, afin qu'ils se puissent promplement secourir l'un l'autre; et faut qu'il y aye un mareschal de camp ayant des mareschaux de logis.
S'il y a arriere-garde, il la faut loger sur la queue de l'assiette de l'année, afin qu'elle serre le camp, et fasse les gardes de ce costé là : et cas advenant qu'il n'y eust arrierc-garde, faut choysir des trouppes , tant de cheval que de pied , pour les y loger à tour de rolle.
Les chevaux -légers, estans tels qu'ils doivent estre, peuvent de beaucoup servir au soulagement de l'armée , et les faut loger le plus souvent que l'on pourra à seureté, afin qu'ils ne soient lassés de gardes, et puissent travailler le jour à la campaigne. Quelquesfois on les logera devant en un village non loing, à scurelé , en leur baillant cinq ou six compaignies de gens de pied pour escorter, afin de leur donner moyen et temps pour monter A cheval s'ils esloient assaillis.
le mareschal de camp doit estre accompaigné de trois on quatre aydes, gens de guerre, qui ayent hanté les mareschaux de camp, et veu faire les assiettes d'armées , pour aller faire le despartrment des quartiers des trouppes et compaignies de la gendarmerie, bien que, à ceste heure que l'on les met par régiment, il y aye moins de peine, car c'est au mareschal des logis en chef de régiment à despartir a chascune compaignie. Lesdicls aydes doiventl assister tousjour* au maresrhal de camp, pour entendre ce qu'ils auront ordonné, afin de veoyr par près s'il s'exécute, et aussy pour
requérir les commandemens qu'il faudra faire , d'heure en autre aux trouppes à ce qu'il peut intervenir, veoyre les défauts et desordres qui j peuvent estre, pour en advenir lemareschal de camp mesme. Ils y doivent pourvoir par advertissement qu'ils feront aux chefs.
Faut qu'il y aye un bon mareschal de logis ou deux, quand il y a avant-garde, cognuset remarqués, avecques quatre fourriers, pour aller faire ies com ma nd miens mesmes des gardes quand le mareschal de logis n'y pourra aller, comme aussy pour aller chercher les capitaines auxquels les mareschaux de camp voudroient parler et faire entendre quelque chose, soit pour aller à la guerre ou aller rccognoislreles gardes, ou leur place de batl aille venant à l'armée, ou I ien quand ils marcheront en catnpaigncà quelque commandement particulier: et il est très-bon qi:e les fourriers portent leursaye et hauqueto:) d'oifeverie, pour J estre reeugnus d'un chascun. Aussy que s'il advient quelque chose de nouveau de jour ou de miict , qu'd faille marcher, les aydes marcschaux de logis et fourriers aillent donner advis aux chefs de l'armée selon leur qualité; et faut en avoir suffisamment, mesmes quand l'ennemy est proche , ou que l'on est dans son pays, qu'il a moyen de faire des embuscades cl courses sur l'armée , par le moyen des retraictes qu'il y a, soit, aux bois, ou villes et forts.
Geste forme de loger est quand l'armée campe , et les gens de cheval sont au pxquet, que l'on eslime (pic les rnuemys pourroient venir s'affronter et au combat s'ils voyoient l'ad\ anlage; mais, logeant l'armée à couvert, ce qu'il Faut le plus que l'on pourra, mesmes les gens de cheval, il y faut procéder autrement, toutesfois non loing de ce dessus, mais mettre la gendarmerie aux plus proches villages. Cela fait qu'elle endure et paslit plus longuement en armes , d'autant que tous les gens de cheval n'ont pas moyen d'avoir des pavillons et tentes, ny grand esquipage pour aller au fourage pour leurs chevaux.
El logeant l'armée à couvert comme en hyver, où qu'il n'y aye point de nécessité de les tenir si serré et du tout camper, il faut loger les gens de pied et l'artillerie à la teste, et loger la gendarmerie par les coslés et quartiers,
DE LA GUERRE
les uns à main dr oie te, les autres à senestre; car il est plus aysé a la cavallerie d'aller trouver les gens de pied que non pas eux ceux de cheval. Et si l'assiette du pays porte de loger aussy avant que sa teste, leur sera baillé de gens de pied pour tenir escorte à monter à cheval, et quelquesfois trouvera-on un village non loing de la teste, qui sera à propos de loger de la geudarraerie ou chevaux-legers, avecques quelques trouppes de gens de pied qui serviront de garde et vedette à l'armée, et donnera advertissement s'il y a quelque chose qui marche; car petite trouppe ne peut enfourer, ny porter grand dommage, et grande trouppe ne marche légèrement, et la sent-on tousjours venir.
Ce sont les règles d'un logement, qui souvent ne peuvent estre toutes faictes comme elles sont designées; mais il en faut approcher le plus prés qu'on pourra, et pourveoir aux -dcfrauis qui y pourroient estre pour les deffauts de l'assiette.
C'est au mareschal de camp de recepvoir les trouppes qui arrivent : comme aussy, lorsque l'armée se rompt, c'est a lu y de leur donner le chemin qu'ils doivent tenir , ou faire entendre ce qu'ils auront à faire selon l'intention du gênerai, et ce qui aura esléarresté au conseil.
C'est au mareschal de camp à qui se doivent addresser les capitaines pour avoir le mot du guet; car par luy ils pourront entendre ce qui sera différé, soit de la garde, ou du deslogement, ou pour aller à la guerre.
Faut loger les trouppes mesmes des est rangers desparties des voslres, afin qu'ils n'ayent occasion de se quereller, et mettre des corps de gardes à une et autre nation entre les deux logis pour éviter les querelles.
Faut que le mareschal de camp soit patient I en beaucoup de choses. Mais aussy doit -il estre bien exact a faire observer les loys et règles, et à faire punir les fautes; car il y va du service du souverain , du salut de tous, cl de son honn ur, pour les inconveniens qui advienuent quand on observe ce qui a esté' ordonné et commandé , et mesmes en de petites choses.
El faut noter que la charge la plus enviée
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et subjeclc à la calomnie, et de qui on parle le plus, est le ma eschal de camp; car bien souvent le plus ignorant en veut raisonner.
L'arrivée du souverain, ou gênerai, au camp.
Après que toutes les trouppes sont arrivées au camp et logées, le souverain, ou gênerai de l'armée , doit venir , et pense que non plustost, afin de ne veoyr beaucoup de désordres, insolences et ignorances qui se commettent à l'arrivée des gens de guerre à un camp : et est bon que le gênerai ne les voye, et que les mareschaux de camp et autres chefs qui seront là pour l'assiette et recevoir les forces , fassent entendre combien le gênerai trouveroit mauvais les desordres, afin que, lorsqu'il arrivera, tout soit rassis, et ne fera semblant de sçavoir ce qui est passé.
Estant arrivé au camp , sera bon qu'il aille en premier recognoisire la place de battaille , qui sera derrière l'artillerie, pour monstrer cxempleàunchascun,et recepvoirles capitaines et chefs qui n'auront esté au devant de luy, et qu'il se monstre à tous afin qu'un chascun le recognoisse.
Le mareschal de camp, sur le lieu, luy doit faire entendre la commodité ou incommodité du logis , les deffauts qu'il y a à cause de l'assiette, s'il y en a, les expediens que l'on a trouvé pour couvrir et remédier à ceste faute, l'ordre qui y a esté mis pour les gardes , et les logis qu'il aura fallu faire dehors l'assiette du camp, quelquefois par contraincte, afin que le gênerai, y trouvant quelque chose à redire, y puisse augmenter ou diminuer.
Le gênerai doit aller par après à son logis, et là entendra eu quel estât tout est , s'il y a , encor des trouppes à joindre l'armée , si les vivres sont en bon estât, et s'il n'y en a point de faute, soit de I ordinaire, ou des volontaires , quel marché il y en a , sçavoir et veoyr si le pain de la munition est bon et assez pesant, et en faire taster devant luy, faire estât devant un chascun qu'il veut que les soldats soient traictés, s'enquérir comme ils sont logés, quelle commodité, parler de la paye, afin qu'il fasse en sorte que les soldats luy soient affectionnés.
Le gênerai remontera à cheval sur l'assiette des gardes pour veoyr les advenues, et se faire desclarer aux mareschaux de camp quelles sont, quel ordre, et , s'il y a des tranchées , les recognoisire et sçavoir quelles trouppes sont ordonnées en chascun quartier pour les deffendre.
S'enquérir et sçavoir comment sont logés les gens de cheval , quelles gardes et forces ordon uées pour le guet, bref monstrer eslre soigneux de toutes choses, encor qu'il fust asseuré qu'elles fussent très-bien.
Devant le logis ou tente dudict gênerai faut qu'il y aye une place, afin qu'il n'y aye presse à tant de gens qui le vont veoyr, aussy pour la garde de nuict et de jour auprès de soudict logis.
Le lendemain au matin , le gênerai communiquera les principaux chefs de son armée, et en peu de nombre , pour discourir et adviser ce qui est de faire, poiser les forces de Fenncmy avecques les siennes, quels deffauts ils pourront avoir en son armée, et quel sera meilleur de marcher vers l'ennemy, ou l'attendre; et discourir sur le desseing du souverain , soit d'assaillir, ou se deffendre, ce qui peut nuyre à l'enuemy, s'il est en campaigne, tant pour le garder de marcher que pour le couvrir et presser de venir vers vous au combat , si est voslre advantage: et après avoir conféré y faire une resolution; et, s'il ne se peut, la remettre à un autre jour que l'on y aura mieux pensé, et entendu plus amples advïs de l'autre parly.
L'après-disner faira autre conférence, où il y aura plus grand nombre de gens, à sçavoir les vieux capitaines des gens d'armes assistés d'autres jeunes capitaines de bonne volonté, qui seront debout pour escouter et apprendre, un ou deux autres maistres de camp de gens de pied, pour veoyr ce qui sera proposé, debattu ctarresté: et quelquesfois , sur la fin du conseil, faire venir les couronnels d'yeeux; et à ceste abordée il pourra contenter plusieurs , s'honnorans qu'ils sont du conseil.
Le jour d'après, s'il est possible, faut faire la monstre et revue de ceux qui ne l'auront faicte, afin que par là il puisse cognoistre quelles forces il a, pour pouvoir là -dessus mieux résoudre à ce qui seradefferé, et ab-
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ttreindre un chascun et lier la foy avecques serment.
Sera bon , avant que l'armée desloge, de faire mettre tous les gens de guerre en bai taille une ou deux fuis, comme si l'on vouloit aller au combat, et apprendre à faire exercer tontes les Houppes à marcher, soit en avant, ou quelquefois , pour gaigner un advanlage, au coslé, sans se mettre hors des raii;,s et filets de batlaille et ordonnance première. Par là , le gênerai , les principaux chefs, les mareschaux de camp et les maistre* de camp verront les deffauls qui peuvent estre aux rrgimens, trouppe oucompaignies particulières ,pour y pourveoir; car chascun reçoit ses premiers advertis.semeus. {.es soldats de (ouïe qualité apprendront à se mettre en ordre de battaille d'eux-mesmes, cl les capitaines, qui ne seront encor du tout tant expérimentés qu'il seroit de besoin g, s'ils ont envie de faire quelque chose de bon, taschcronl d'apprendre : car, comme a esté dict cy-dessus , il n'en sera pas temps quand ils viendront au combat ; et ne s'arrrster à ce qu'aucuns voudroient dire que c'est monsirer à l'eunemy le deff'aul qui est en l'aimée, et qu'il scmbleroil qu'ils fassent nouveaux soldats. Je dis que les vieux en doivent estre bien ayses, pour rafraischir la mémoire de ce qu'ils auront veu et appris; car toutes choses vcullent estre exercées et pratiquées ; et faudra faire marcher l'artillerie en Testât qu'elle doit estre un jour de combat.
Je diray de l'artillerie qu'il est bon d'en avoir quantité , parce que bien souvent elle sert de beaucoup : et bien qu'aucuns tiennent qu'elle ne fait grand effet , je suis de leur opinion ; mais pcul-eslre d'autre façon qu'eux. Je dis que l'artillerie, où elle donne à plomb, est si furieuse, que nul ne la peut longuement souffrir, et fait desplacer le battaillon onelledonne, ou le fait venir au combat mal â propos, desavant, en pensement ou en frayeur, et ne peuton endurer qu'il fasse grand effet.
Le meinement de l'artillerie est un art militaire à part , comme ecluy du mareschal de camp , qu'il faut apprendre particulièrement, soit le grand maistre d'yeelle , les commissaires ordinaires el extraordinaires, les canouniers , et plusieurs ofnciers qui y sont nécessaires: car il y a infinies choses qui consistent a ce
DE LA GUERRE
gouvernement et à l'exécution, qu'il faut apprendre de longue main par expérience et exercice.
En premier, estre libéral de sa vie ; car les plus hardis n'y sont que les meilleurs: et, pou.*, bien servir, faut avoir du jugement et entendement; estre architecte et geometrien pour cognoistre les longueurs et distances; estre ingénieux pour faire dresser les tranchées et loger les pièces et gens qui les gardent et exécutent; entendre aux fontes, alloyement d'ycelles, aux forges, à la charpenterie, charroy , pour faire dresser le remontaige pris pour les ponts, tant à batteau qu'aux autres, auxquels bien souvent il faut mettre la main; l'art de la conduite du charroy; s'entendre bien à la misne de sape ; bon financier, afin qu'il ne soit trompé en infinité de despenses qu'il faut faire, mesmes extraordinairetnent et tout à coup.
Car le grand maistre de l'artillerie, ou son lieutenant gênerai en ycelle, ou particulier d'une bande, doivent estre suffisans pour redresser les officiers, gens de mestier et conducteurs d'yeelle , el les tiennent tousjours en office de leur devoir, sçachant que leur chef cognoistroit et descouvriroil leurs fautes et imperfections.
Et , pour parler du faict de l'artillerie sainement, il faudrait en faire un long discours à pari , pour la conduite et maniement et exécution d'yeelle. Bien en sera-il dict quelque chose venant sur l'importante exécution.
Pour le deslogemenl de l'armée et forme de marcher, et et qu'if faut faire au logis subséquent.
Avant que se résoudre a faire desloger l'armée, faut estre adverty de tout ce qui se passe, soit au pays de Pennemy, si le desseing es! d'y entrer, ou s'il est en campaigne.
Et ne faut que le gênerai croye légèrement auxadvis ou persuasions d'autruy, qui font souvent irop haster, mesmes à ceux qu'il ne cognoist;car II où l'ennemy est près , il va souvent dn péril à loger et plus à dcslo/.cr, el sur-tout à une retraite : par quoy il faut bien considérer avant que s'esbranlcr.
Si l'ennemy c*l pris el résolu de donner la
PAR ANDRÉ DE
bataille , faut que le gênerai , s'il n'y peut aller, envoyé des principaux chefs, avecques des mareschaux de camp, visiter l'assiette, soit pour la donner, ou pour se loger, et qu'ils en confèrent , et consultent ensemble sur toutes choses qui s'offrironl , pour le rapporter au | gênerai.
Est bon, si l'on n'est pressé, que la première journée que l'armée desplacera soit petite, et qu'au desloger l'on fist mettre l'armée en battaille comme pour aller au combat , et marcher quelque temps, et puis recommancer leurctieiu m, les faire mettre en grosses files, et , arrivant à un quart de lieue près du logis , se remettre eu battaillc comme au partir. Les effects dessus dictsau séjour de l'armée la mettront du tout en règle, et apprendront à un chascun ce qu'ils auront à faire pour ce respect.
Aussy, avant que marcher en campaigne , il faut faire entendre aux chefs ce qui aura esté arreaté et ordonné , afin qu'ils ne prétendent cause d'ignorance , et les fassent observer, où sont comprises en cela les loix militaires, comme de se tenir chascuti en sou rang, et ne se desbaoder de son enseigne.
Estant l'armée preste à marcher, se faut bien enquérir du chemin , et ne se fier à un seul guyde ou guydes , car ils se trompent souvent, n'entendant le poids de l'artillerie ny embarrassoment du bagage : et ne faut craindre quelquesfois de s'eslonger d'une deray ou une lictie pour prendre un chemin sec, et faire qu'on pourvoye pour la conduite ayséede l'artillerie , car elle arrestc tout de inesmes , et faire, s'il est possible, qu'il y aye trois chemins , l'un pour 1rs gens de clicval , l'autre pour l'artillerie et gens de pied, et le tierce pour le bagage, qui est une grande expédition pour marcher et bien aysé a mettre en ordre les battaillons et escadrons, car quand le bagage est pesle meslc , il y a de la difficulté et confusion.
Par quoy il faut envoyer, si on a loysir, un jour devant recognoistre les chemins , ou partyes d'yeeux , le plus loing que l'on pourra, par personnage entendu, avecques un commissaire de l'artillerie et ptoniers, pour les faire accommoder, s'il y a des fossés, pour faire les trois chemins snsdicts, plus ou moins, ainsy que l'ou aura le temps et la seurelé.
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Faut avoir donné advis de bonne heure aux commissaires des vivres du deslogement , et leur faire entendre le chemin que l'on yra,afin d'y faire dresser les vivres ; et , si l'on est au pays de l'ennemy, voir s'il leur faudra escorte: car il faut sur-tout prendre garde au commancement, à l'acheminement, et garder qu'il n'y en aye faute en une armée, carcela donne mauvaise réputation qu'il y aura des deffauts en d'autres choses, et descourage le soldat, qui souvent est mal advisé et inconsidéré , et est cause de ce qu'il ne doit.
Dès le soir devant que marcher, faut advertir les chefs des frouppesdese tenir prests, et leur donner ou répéter l'ordre qu'ils auront à tenir, et à quelle heure ils doivent partir, et, selon cela, faire sonner la trompette ou battre aux champs, chascun a son quartier, sans que les autres ayenl & se remuer qu'à l'heure qui leur sera ordonnée : et faut que tousjours, et inesmes quand ou est sur un deslogement, il y aye un de la part de chascun régiment près du mareschal de camp pour entendre ce qu'ils auront à faire ; car si tous deslogcnt à un coup , à scavoir l avant-garde ,battailleetarriere-garde, ce ne pourroit estre sans confusion , et faut que les derniers donnent temps aux premiers de marcher.
Faut aussy que lescompaignies quidebvront estre de guet de jour et de nuict, soyent advertis départir au t-mps que les mareschaux de camp marcheront , afin qu'incontinent qu'ils seront arrivés où l'on veut faire l'assiette du camp, on les envoyé repaistre pour après estre plus prests à faire leur devoir.
Demesmes aussy deux ou trois compaignios de chevaux-legers, pour incontinent repaistre à l'arrivée de l'assiette, afin que, quand toute l'armée sera arrivée et empeschée pour se loger et aller au fourrage, lesdicls chevaux-hv gersayentrepeu,et puissent aller bastre l'est rade au loing, afin d'estre advertysi l'ennemy marchoit, et garder que l'armée ne soit surprise, ny les logis qui pourraient estre escarlés ou fouragés.
Le gênerai de l'armée et les principaux chefs ayant eu la prévoyance de sçavoir si l'ennemy est plus fort de cavallerie ou d'infanterie , ou s'il luy peut venir quelque secours, faudra délibérer sur la façon qu'on d«*bvra marcher, et
quel chemin on aura à prendre, selon la qualité des forces de l'ennemy; s'il est plus fort de gens de pied prendre la campaigne; si c'est de gens de cheval, prendre les coutaux et pays fort , ou mettre un ruisseau à costé pour n'esire enveloppé d'ycelle ; et est à noter que communément le plus fort de gens de cheval fait quasy la loyaux autres.
Faut faire estât de partir lousjours de bon malin , afin de luger de bonne heure , pour avoir temps de recognoistre* les advenues et assiettes de l'armée, sçavoir et descouvrir l'ennemy , pourveoir aux inconveniens qui pourraient advenir, faire faire des tranchées, et avoir temps d'aller au fourage.
Et est à noter qu'il faut sur-tout éviter, tant que l'on pourra , de ne loger l'armée de ouicl ; car il advient plusieurs et tels desordres, que l'armée n'a de ressource de deux jours après , et ne peut-on desloger le lendemain; caria pluspart de l'armée n'a séjourné , dormy ny repeu, et une infinité d'autres incommodités qui ne se voyent quasy point , et sont d'importauce. Comme au contraire, logeant de jour, l'on va aysement au fourage, on trouve des vivres pour repaistre , et s'y logeant de bonne heure, le soldat a temps de se reposer et rafraischir ; et peut-on partir à minuit pour faire une bonne traitte : et ne faut , pour advancer l'armée de demy ou une lieue, loger de nuicl ; car l'un en gaigne pour le lendemain trois fois autant. Par quoy les mareschaux de camp doivent solliciter toutes les trouppes et chefs de partir a bonne heure et au temps qui leur sera ordonné.
C'est une chose bonne , honnorable et agréable à l'homme de guerre, et qui donne quelquesfois effroy à l'ennemy, de porter les grands estandarts et guydons quand l'armée marche, comme aussy quand il y a trouppes qui vont à la guerre; car un homme d'honneur ne le veut abandonner, d'autant qu'il a serment , et craint reproche.
Le maresehal de camp doit donner l'heure a celuy qui a la charge des trompettes du gênerai en chef de l'avant-garde, pour sonner boutlc-sellc.
Kt d'autant qu'il faut que le maresehal de camp parle plustost que l'avant-garde ny battaille, cl qu'il est près du gênerai et autres
DE LA GUERRE
trouppes qui ne deslogent quand et luy, fera sonner sa sonodine pour faire monter à cheval ceux qui doivent aller avecques luy et ses compaignies ; et s'il n'a loysir de partir pour faire quelque depesche ou commandement , ou pour parler au gênerai avant son parlement, il envoyera ses trouppes à la place qui est derrière l'artillerie avecques sa cornelte , qu'il faut qui soit remarquée, pour les trouver s'il est besoing, ou pour attendre quelque espace de temps qu'un chascun de ceux qui doivent aller avecques luy soient assemblés , comme les compaignifs qui doivent faire le guet le jour et nuict subséquent, les trois compaignies dechevaux-legers, les mareschaux de logis des regimens et compaignies , un commissaire des vivres, et sur-tout un ou deux commissaires de l'artillerie , et des extraordinaires officiers et gens demestier, avecques bon nombre de pionniers pour accommoder les trois susdicts chemins et ponts qui seront nécessaires de là , où on aura rabillé le jour précédant jusqu'à l'assiette.
Faut qu'il advertisse lecouronnelet maistrede camp de gens de pied de I heure de marcher ; et si l'on pense rencontrer l'ennemy, qu'il se fasse bailler cinq ou six cens harquebusiers pour le suivre pour les affaires qui pourront advenir.
Après les gens de pied doit marcher l'artillerie et munitions d'ycelle , lesquelles sont accompaignées lousjours des Suisses qui en ont la garde ; tout du long du train et le gros desdicts Suisses va après, selon leur ordonnance; car il ne leur faut pas guieres apprendre de leur meslier, d'autant qu'ils sont observateurs de leurs règles et charges mais leur donner advis de ce que l'on veut qu'ils fassent.
S'il y a avant-garde , c'est chose claire qu'il faut qu'elle marche la première de mesme ordre.
Quand le maresehal de camp estimera que ceux qui doibvent aller avecques luy seront assemblés, il sortira avecques toutes ses trouppes hors du camp, oùlecoronnelledechevaux-legers se doit trouver, et là despartir deux ou trois compagnies des siens, avecques des capitaines expérimentés, qui aillent du costé de l'ennemy mesme, s'il y en a, par le liane de l'armée, ou
PAR ANDRE DE BOURDEI LLE
derrière, en des villes fortes , pour garder que l'ennemy ne vienne courir sur l'armée , et tenir escorte au deslogement tant que le temps marchera , faisant tonsjours bonne garde du costé de l'ennemy , jusqu'à ce que l'armée soit logée et le c;imp assis; ayant tousjours la veue à l'arrière - garde , qui doit serrer le camp afin qu'ils se puissent secourir l'un à l'autre , et que , entre deux, l'ennemy ne puisse courir sur ceux qui marchent , ou donner à l'armée.
Et si les ennemys estoient si forts qu'il fust crainte qu'ils puissent porter dommage par le costé, ou sur la queue, car s'il est sage il ne se mettra jamais à la teste de peur d'y tomber des despeus, faut que le couronnel de la cavallerie légère avecques sa trouppe fasse ce qu'il a esté dict par les trois susdictes compaignies , afiu de tenir tousjours l'armée en seureié et sans allarme ; et pourra faire repaistre la moictié de sa trouppe en quelque village à demy chemin, la bride à l'arçon, et l'autre moiclié tiendra cependant escorte pour en faire de mesmes par après , jusqu'à ce que toute la file de l'armée soit passée sans alarme; car cela destourne grandement les trouppes qui marchent.
Fera reserrer les desbandeurs , picoureurs et fourageurs , le camp marchant , non-seulement pour la seureté d'yeeux , et pour le dommage qu'ils peuvent porter en descouvrant lestât de l'armée estant pris , mais pour l'honneur d'yeeluy.
Le mareschal de camp laissera personnage de qualité et de ses aydes avecques un de ceux qui auront esté le jour précédant recognoistre les trois chemins, dont ils auront desdié celuy qui sera le plus près des ennemys pour la gendarmerie et gens à cheval, et feront prendre à unchascun le chemin qui leur sera baillé, faisant acheminer les gens à pied françois, et puis le train de l'artillerie par le chemin du milieu, chascun à son rang, lavant-garde la première et à heure dicte, et la batlaille de mesmes; et pour le respect de l'arriere-garde, s'il y en a, ou ceux qui la feront , leur faut ordonner de ne partir que quand tout sera acheminé , et presser ceux qui feront les paresseux ou nonchalans, et serrer le camp et marcher en bon ordre; car l'art de la guerre porte de donner tousjours à la queue de l'ennemy, et non
sur la teste, par quoy il faut que le chef soit bien advisé, et sa trouppe leste, mesmes si l'ennemy a des retraites près de là.
Et , pour le respect du bagage, faut qu'il y aye un lieutenant de prevost , avecques huict ou dix archers , pour le faire marcher après une cornette qui sera remarquée pour ledict bagage, et yra à la teste , et se mettra sur le chemin qui sera ordonné avecques un trompette pour appeller ledict bagage, etfera suivre par après un chascun, avecques chastiment s'il y a quelqu'un qui outrepasse ce qui sera ordonné , et avoir un de l'artillerie avecques trente ou quarante pionniers pour rabiller quelque pont s'il venoit à s'enfoncer et rompre. Ledict lieutenant de prevost demeurera sur le derrière pour faire acheminer un chascun par ordre; et est à noter que les Suisses veullcnt que leur bagage marche devant eux, mais ils ne s'en chargent guieres.
Le mareschal de camp doit avoir avecques luy un prevost avecques des archers pour chastier ceux qui auront ou voudraient outrepasser leurs rangs, pour les inconveniens que j'ay dicts, et que le guet , comme c'est tousjours sa charge, garde que personne ne sorte du camp que ledict mareschal de camp ne soit acheminé, ou qu'il ne soit envoyé par luv ou autre supérieur.
Faut que la batlaille suive de près l'avantgarde, pour se garder de tomber en des inconveniens qu'on s'est d'autresfois trouvé pour estre si loing que l'une estoit desfaicle sans le sceu de l'autre, leur faisant tousjours tenir l'ordre qui aura esté arresté , pour pouvoir plus aysement se mettre en batlaille et se secourir.
S'il estoit possible, ne faudroit laisser aucune place ennemye aux espaules ou derrière; mais, si l'on est contrainct, il faut pourveoir . à sçavoir de choysir quelque ville, et y mettre des gens qui leur fassent teste, ou fortifier quelque village en belle assiette avecques de honnes forces, qui tiendra à seureté les vivres et les marchands volontaires qui yront au camp; car il faut que les chefs et mareschaux de camp pourvoyent à toute seureté de l'armée, voire mesmes de tenir ad vert is ceux qui yront à la guerre de Testai en quoy ils ont entendu :^ qu'est l'ennemy , et est à noter de ne le suivre par voyes incognues.
Quand le marcschal de camp commancera à marcher, faut qu'il envoyé devant luy des avant-coureurs, avecques un chef sape , expérimenté et hardy , afin qu'il puisse rapporter au v. ay ce qu'il aura veu ou pu apprendre de l'cnnemy, etmesmes avoir un grand esgard quand l'on s'approche des forces d'ycelle, et que le marcschal de camp s'advance jusques auprès de ses coureurs avecques des capitaines pour consul 1er et veoyr ce quiest à faire, pourgarder que Ton ne tombe eu ses embûches, et donner advis à l'armée. Car si l'on y envoyé quelqu'un par faveur qui ne soit expérimenté, il rapportera une chose pour autre, en danger de tomber en quelque ruyne, et ne sçauroil estre trop adviséceluy à qui l'on donne charge d'aller devant.
Le marcschal de camp doit avoir choisy demy douzaine d'hommes pour estre près de luy, afin que, s'il advient quelque nouveauté en adverlir les trouppes qui viennent derrière luy et le gênerai, soit pour advancer, ou pour •arrester.
S'il y vient nouvelles que l'enncmy soit en campaigne et près , faut que incontinent il advise de choisir une place pour mettre en battaille l'armée, et cucor envoyer recognoislre quel chemin il y a en avant, pour disposer l'armée à marcher \ selon les advis que l'on aura et l'art de la guerre : et si l'armée avoit comroancé à se mettre en battaillc, ci qu'il vinst nouvelles que n'est oient que quelques trouppes d'ennemys qui se seroient retirées, ne faut laisser pour cela de mettre tout en ordre de battaillc, afin que chascun voye que les chefs sont soigneux et prevoyans, qui les fait entrer en réputation ; de sorte que les soldais pensent que toutes choses yronl bien, et marchent en espérance de faire quelque chose de bon de leur costé ; car si le commun des capitaines et soldats n'ont bonne opinion des chefs, ils marchent froidement , et eu danger qu'ils prennent effroy.
Le mareschal de camp estant arrivé au lieu destiné pour loger l'armée, doit adviser les commodités de l'assietie forte, et, si le lieu nommé n'est assez bon, en choyair un autre près de là , comme a esté dicl parlant de la charge et office du mareschal de camp pour le logement , et , ayant arresté de faire autre
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assiette, en advenir le gênerai et autres chefs , comme dict est.
Et si le marcschal de camp trouve difficulté à l'assiette, et qu'elle ne se puisse faire plus tost pour quelques considérations , ou qu'il aye entendu nouvelles de l'ennemy, qu'il faut considérer ou attendre d'autres et plusieurs advis, selon que l'occasion s'offrira, envoyera vers le chef de l'advant-garde et le gênerai , luy remonstrer qu'il faut qu'il s'arreste jusqu'à ce qu'il luy donne autre advis; ce que lesdicts chefs doivent faire.
Le mareschal de camp , estant arrivé au lieu où il veut faire son assiette, envoyera la moictié de deux ou trois compaignies de chevauxlégers qu'il aura mené avecques luy au loing, pour sçavoir des nouvelles de l'ennemy, afin d'en estre adverli et n'estre surpris, et l'autre moictié repaistre pour y aller par après que l'armée sera assise. Si le couronnel de la cavalleric n'a marché avecques luy, et s'il y estoit, luy donner la charge d'y pourveoir, selon ce que dessus, et faire loger de bonne heure lë demeurant de la cavallerie, afin qu'ils ayent loysir de se reposer et repaistre pour servir s'il en est hesoing.
Les compaignies des mareschaux de camp, comme a esté dict cy debvant , ne font point de guet, mais c'est à elles à se tenir en ordre de battaille, la sallade en leste, la lance sur la cuisse, jusqu'à ce que toute l'armée soit arrivée et logée , et le camp bien assis, et que le guet de jour les viendra relever; lequel guet faut qui soit fort le jour que l'on marche , pour résister aux courses de l'ennemy, qu'il pourrait faire espérant que chascun sera empesché à se loger et aller au fourage : et la partie des trois susdicles compaignies de chevaux-legers, ou autres , et qui auront repeu, monteront à cheval pour aller au loing, jusqu'à la nuict , pour donner advis au guet de jour, et aux chefs de l'armée et mareschaux de camp, s'il y a ennemys en campaigne, et quelles forces.
Le marcschal de camp ayant ordonné l'assiette de l'artillerie, et le lieu pour se mettre en battaille, les quartiers d'un chascun, sera trèsbon qu'il fasse faire une tranchée à la teste de l'armée s'il n'y a ruisseau , pour les raisons dictes parlant du logis de l'armée; encor que l'on
PAR ANDRE DE BOURDEILLE
soit le plus fort , de le faire selon Tari et raison de la guerre.
Le niaresclial de camp, avecques ses compagnons aydes, se doit tousjours tenir à cheval, pour recueillir les Irouppes, el leur faire entendre ce qu'ils ont à faire; doit envoyer quelqu'un au debvant des chefs de l'advant-garde et gênerai de l'armée, pour leur donner advis que l'assiette e?t faicle.
Faut ordonner qu'il y oye tousjours une tente à l'artillerie pour loger les compaignies qui feront la garde , comme aussy il seroit bien nécessaire aux quartiers de gens de pied, quand on séjourne ; car il faut que le mareschal de camp et chef ayent l'œil à faire conserver la santé de l'armée, faire tenir net le camp là où on a séjourné. Par ainsy, il faut que l'eau soit à commodité, que les tueries et ventrailles soyent loing des quartiers, faire enterrer ou esloigner les charroignes, qui sont les charges des prevosts de camp, qui doivent avoir quelques pionniers avecques un conducteur pour ceste exécution, et avoir soin des malades, et les faire retirer ou porter aux villes qui seront là auprès , où il faudra avoir ordonné des hospitaux pour les recepvoir et donner à vivre.
Ne doit estre oublié qu'à la teste du bagage doit marcher tout le premier le pain pour la journée, afin d'esire distribué incontinent que les gens de guerre arriveront. Mais il seroit encor meilleur que les gens de guerre, dès le soir auparadvant, l'eussent pris pour lendemain, afin de descharger les caissons et les renvoyer en quérir d'autre : car il faut estre soygneux de la conduicte, et les commissaires des vivres prevoyans donnent à touie heure advis de ce qui se passe aux vivres, mesmes de l'abondance ou disette, et moyen de le faire venir; car par là l'on adviscra de faire plus ou moins , soit de marcher ou arresler, ou de quelque entreprise.
Le mareschal de camp, entendant que le chef de l'advant-garde , s'il n'est là , vient , et le gênerai arrivant au camp, se doit trouver à l'entrée pour luy faire entendre Testai de l'armée de son assiette, les commodités on incommodités, la providence que l'on y a mis, nouvelles de l'cnnemy, s'il y en a , comme il a envoyé pour en sçavoir.
Le gênerai doit, debvant que entrer en son
logis, recognoistre l'assiette de l'armée et le champ de battaille , comme tous autres chefs doivent faire, pour là-dessus conférer et adviser ce qui est à faire.
Après qu'il se sera rasfraischy, et que un chascun sera logé, faut qu'il consulte et advise avecques ses principaux chefs si l'armée aura à desloger le lendemain , quel chemin , et en quel lieu , selon le rapport que luy fera le mareschal de camp de ce qu'il aura pu apprendre; quelle' est l'assiette du pays où l'on doit aller, si les* vivres y peuvent aysement venir sans danger, et si l'on ne s'esloigne point trop d'yeeux; quelle faute il y aura , et au marcher pour la rabiller
Sur l'heure qu'il faudra poser les gardes sera bon que le gênerai monte à cheval, et aille au lieu où est l'artillerie pour veoyr marcher lesdicts gardes , que la pluspart doivent passer par là , et audict lieu s'assembleront les principaux chefs et capitaines; et est très-bon que le gênerai se monstre aux gens de guerre , et se promené par le camp.
Faut que les mareschaux de camp visitent à cest abord les gardes la nnict ; car cela fait tenir les autres par après en devoir, ne sçachant en quel jour et temps viendra le mareschal de camp pour les veoyr et recognoistre : et, quelquefois, si le gênerai veut prendre la peine d'y aller , il ne sera que bon ; car il fera que un chascun se tiendra en devoir non-seulement aux gardes, mais en toutes autres choses, sçachant qu'il est prévoyant et soigneux, et donne exemple aux autres de l'est re.
C'est à noter que , despuis quarante ans en deçà, l'on a faict fjrand estai des pionniers , et s'en esl-on servy non- seulement à prendre des villes et à les fortifier, mais à la fortification des tranchées qu'il faut faire en un camp; et quelquesfbis s'est trouvé que par tels moyens l'on a gaigné un advantage sur l'ennemy, ou l'on s'est gardé de luy quand il a esté le plus fort , et qu'il a voidu ou pouvoil venir avecques grand advantage au combat ; et faut lenir pour certain que- lesdicts pionniers sont (résultes en plusieurs sortes de façons, el est bcsoing d'en avoir bon nombre et les conserver; et d'autanl que bien souvent l'on n'en peut recouvrer autant qu'on désire, ou qu'ils se perdent, ou meurent, il y en a qui sont d'advis
que Ton fis! comme les roys prédécesseurs, d'avoir toujours (rouppe de lansquenets, et ne fusse que trois mille, de la moiciié ou deux parts desquels vous vous servez à travailler en tranchées , en leur donnant quelque argent, la moictié dcbvant midy, et l'autre après : et mille font plus de besoigne que ne feront deux mille pionniers, pour estre plus gaillards, estant mieux nourrys et traiclés, et outre ce il en advient deux effets : l'un , qu'ils ne prennent argent que le jour qu'ils travaillent, cl le pionnier le prend tous les jours; et , en outre, les lansquenets avecques les picques viennent au combat : et serait d'advis que l'on levast moins
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de pionniers, qui coustent beaucoup au peuple soii pour leur bailler argent d'advance pour les faire marcher, car ils se font achetter au peuple, ou pour les vestir, et encor deui mois de paye; mais je serais d'advis de prendre l'argent de ceste levée pour payer des lansquenets.
Et serait très-bon de dresser une milice, que nos soldats françois servissent au besoing, mesmes les pauvres, qui gaigneroient tousjours quelque tcslon ; car il n'y a rien pire que le séjour aux soldats, parce qu'ils deviennent nonchalans et yvrognes, jouent leur argent, se corrompent entrVux et s'anéantissent. Ce des sus est par forme d'advis.
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