‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de BourdeilleChapitre 113 sur 161 · PU · texte numérisé non relu

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profitables sans peu de hasard , mesmes où le différer est dangereux.

11 faut laisser les passions particulières pour s'attendre au danger public, et réserver les vangeances des injures receues en autre temps commode et opportun, de souffrir un peu plus de dommage pour en esviter un plus grand.

Faites en sorte que la guerre se fasse hors de vos limites s'il est possible, ou, pour le moins, loing du corps de l'Estat; car où elle s'arreste c'est la ruyne.

Quand un prince commauce par force, ou de bonne volonté, la guerre, il faut qu'il regarde s'il peut avoir quelque rébellion en son Estât.

J'estime aussy que le souverain, n'allant à l'armée, aura faict eslection d'un bon gênerai, et autres chefs expérimentés, et sur-tout fidèles, désirant accomplir ses commandemens; car il ne faut apprendre l'art de la guerre lorsqu'il faut faire preuve de sa vaillance.

Et, entre toutes choses, faut qu'il soit v.iillant, hardy, sage, prévoyant et provident, lequel doit tousjours prendre conseils sur l'appareil du combat et de la guerre ; car en Iuy gist le plus fort d'ycelle : et ne faut qu'il monstre estre inconstant à tous propos et petites choses , car cela diminue l'opinion que l'on a de luy; ma(s qu'il aye ceste maxime : qu'il gouverne sagement quand il donne lieu et temps; car souvent la faute d'un chef et capitaine met en oubly tout ce qu'il a faict d'excellent.

Et l'office d'un gênerai est de faire combattre les autres avecques sagesse, et estre provident aux inconveniens et accidens.

Bien est vray que le chef, se hasardant quelquesfois parmy les soldats aux périls, leur donne courage ; car ils n'ont rien qui les asseure et leur donne tant d'adresse que les faicts magnanimes d'un chef de réputation.

Et faut aussy qu'un gênerai et chef prenne garde de ne se perdre mal à propos, mesmes «ur lequel l'armée a espoir et fiance ; car cela diminue Pesperance qu'aladicte armée.

Et c'est folie à un gênerai et chef de s'exposer à la mort, quand il ne profile au souverain, et à la charge qu'il a ; mais faut qu'il se garde au besoin.

Et ne doit avoir crainte de blasme par quelques mal advisésqui le voudroienj tajexi car.

PE LA GUERRE

les gens de jugement estimeront tousjours qu'un chef généreux ne manquera jamais au devoir qu'il a à son souverain et à son honneur.

Ne faut oublier que le souverain , entrant en conseil sur la délibération de faire la guerre avecques les princes et conseillers de son Estât, grands maistres et chefs de la guerre , comme dit M. de Ravestain , ne doit manifester quels gênerai et chefs il veut faire en son armée avecques sa résolution de la guerçe, car ils pourront dire plus ou moins : ce qu'il ne fera pas, sçachant si luy ou un de ses amys y yront.

Après avoir mesuré ses forces avecques celles de l'ennemy, et de celles qui foy p<wrroient advenir, et advisé ce qui luy sera nécessaire pour y correspondre, faut desseipner tout ce qui est à faire, et descouvrir les desseings de l'ennemy, et négocier secrettement , mesmes aux faicts importants.

Veoyr quels gens de cheval et de pied , et quelle artillerie, soit pour assaillir des villes, ou pour la campaigne ( car ce sont deux façpus ) , quelle despense, tant pour la paye des gens de guerre que pour lestât de ^artillerie, et vivpes, et espions, et autres choses nécessaires pour (a suite d'une armée, qui viennent cxtraprdimûre? ment: supporter toute ladicte despense, et y pourveoir, et donner charge à des gens d'honneur, bien entendus pour les ci; . k qui regars dent au service du suuveçain et utilité il 1 Estât, e| à leur honneur, plus qu'à l'avarice et estre trop resserrés, voulant se monstrer bons ménagers où il ne le faut pas. Et, ayant supporté toute la susdicte despense, qu'ils pourvoyent que l'argent ne manque à ce qui aura esté ordonné j car il ne faut rien espargner en despense à l'abordée de la guerre, ny de promptitude et furie , d'autant que ces faicts engendrent bien souvent une bonne fortune de paix.

S'il est possible > faut estre armé et en campaigne plustost que l'ennemy , et se saisir des villes propres pour luy faire la guerre et teste, et n'estre tardif py paresseux eu ce qui est à pourveoir: autrement, s'il y a manque et nonchalance, cela refroidit les cœurs des soldats et donpe mauvaise réputation aux chefs.

Mais, cas advenant que le souverain fust surprix, ou qu'il n'eust son faict prest, il faut qq'H souffre et entende les, propos, pu * çopditwnj durçfvçspugppçnsiofls.enwr quelle* fu*

PAR ANDRÉ DE

sent (Icsad van tapeuses , ppur avoir temps de se ; pourveoir et deffendre, et les fa,ire accepter par ses ministres, en tant qu'il y a moyen de disputer tousjqurs sur les promesses d'yeem.

II faut avoir recours au* ruses et cautelles, si autrement pn ne peut fuir la furie de la guerre, et aceprder franchement ce à quoy ou ne peut résister, pour parvenir à ce que l'on désire.

Il est nécessaire de résister et de faire teste du commqncemefrt * vostre enneroy , afiu que ses desseings se refroidissent, ses moyens se dépérissent , et le temps s'escoule.

Faut aussy estre résolu $e ne laisser une entreprinse pour quelque malheur qui pourrait advenir, majs »'y opjniastcer. jusqu'à pe que l'on vqye la ruyne de l'enpemy ,ou du mei|heur.

Et pourveoir et prévenir (opt ce qui peut donner erapeschement à vostre eutreprinse, et ne laisser rien passei,et s'ayderdel'occasipnej opportunité qui se présente, mesraes jjaps péril.

Toutesfois ne faut prendre à bonté de laisser une entreprinse qui se retrouve dommageable , et ne se laisser tant envelopper à l'acquérir que l'on advise tous jours à la fin; car p'est le faict d'un sage capitaine de changer d'aijvis selon l'occasion.

Nul ne se doit usurper le titre de gênerai d'une armée sans le pouvoir et commission du souverain , py pn général ne peut créer un autre qu'on appelle en ce royaume un licuter nant de roy , et faut tousjours un pouvoir particulier.

Le roy et souverain doit biep adviser, poiser et digérer , s'il ne va pas à son armée , qui il fera son lieutenant gênerai d'armée, et qui mènera l'avant-garde, et des autres choses, mais sur-toiU de mareschal de camp; car c'est une des grandes et importantes charges , et qu'il peut estre cause d'un grand bien à une année , ou la mettre en ruyne et perte en plusieurs façons.

Ne mettre deux chefs généraux, et de pouvoir pareil , en la conduite d'une armée; car l'un veut estre préféré à l'autre , et entrent en discorde ; mais un qui ayt la superiptçndance, et les autres , soubs luy , luy aydent et assistent.

Est raisonnable aussy que le gênerai desparte de sa grandeur et honneur aux chefs

principaux ; car autrement il est en danger d'exciter un desdaing et jalousie contre luy, et demeurerait court en ses entreprises.

Ne se faut servir d'un chef qui s'addonne à son profict ou réputation particulière , et non pour le souverain et le public, et qui n'en veut faire part à ceux qui luy aydent ou sont cause de sa réputation. Gomme aussy est dangereux des capitaines avaricieux et pleins d'ambition

particulière.

Faut tascher d'avoir en une armée des capitaines fameux et de réputation ; car cela sert beaucoup à l'exécution des entreprises , et en* courage les soldats.

Et très-bon d'appeller à son secours, ou retirer un prince de nom , de valeur et de réputation , encor que pour le coup et temps l'on ne s'en veuille servir.

Faut prendre garde que les capitaines desquels l'on se veut servir en notables faicts ne se hayssent.

Je diray que c'est chose bien dangereuse d'avoir des soldats obstinés, et encor davantage des capitaines et chefs.

Mais quand il se présente quelque prince , seigneur et capitaine , que son affection et veue n'est autre que de vouloir scavoir bieu faire, et par là acquérir honneur et réputation, et servir son prince souverain avecques la fidélité qui peut en suivre, ne le faut despriser, ains le pousser, et donner moyen de servir : car il se voit par les histoires, tant anciennes que modernes, que plusieurs jeunes capitaines de l'aage de vingt-cinq ans ont faict de grands traicts, et exécuté de grandes entreprises.

Et si cas advenant qu'il se faille servir d'un jeune prince, il luy faut bayller des capitaines expérimentés qui ayent authorité, et qui puissent tenir bride à son jeune désir, et reprimer le conseil d'aucuns jeunes qui sont près d'eux; car, là où conseil des jeunes emporte celuy des vieillards , c'est la ruyne.

Le gênerai de l'armée doit Cognoistre ses chefs etquasy tous les capitaines, afin qu'il puisse donner la charge selon la portée d'un chascun ; car il y a des capitaines qui sont bons à demeurer fermes à un combat , qui ne sont propres à faire une entreprinse, soit aux villes ou à la campaigne , ou à chercher un bon ou dexlre party. El est très-grande dextérité à un

général , et grandement profitable , quand il . cognoist et sçait à quoy un chascun de ses capitaines est bon : et de ce se peut faire un trèsgrand mesnagement militaire.

Par quoy il faut que le gênerai ayt tousjours en main des capitaines choisis , expérimentés et rusés au faict de la guerre , fidèles et affectionnés au service, avecques nV ir d'honneur et gloire pour s'en servir aux entreprinses de pays gualhardes « et hasardeuses.

L'ordre pour loger ï armée.

Aprèsqucle souverain aura pourveu à la levée des gens de guerre, tant de cheval que de pied, clcsleu les chefs qui sont nécessaires, faut qu'il leur assigne une ville où ils prendront le commandement du gênerai et autres chefs de ce qu'ils auront à faire, et mesmes les rendez- vous où il faudra aller camper ; en laquelle ville doit eslre faicte la première assemblée et estape de toutes les munitions de guerre , d'artillerie et vivres.

A une ou deux lieues de ladicte ville faut choysir un lieu où toute l'armée s'assemblera pour camper en telle assiette , et avecques tel desseing et règle comme si l'cnnemy estoit à deux lieues de là , prcsl a venir au combat, et y observer toutes les règles delà guerre pour un logement, en ordre de se mettre en battaille et se def fendre, comme sera dictcy-après(car il est certain qu'à l'abordée d'une armée un chascun désire sçavoir la première impression que les gens de guerre reçoivent; ils la tiennent mieux imprimée) , comme aussy leur faire observer les loix et la police , afin qu'ils n'en prétendent cause d'ignorance à la faire : et faut tenir la main au chastiemeut de ceux qui outrepasseront; car, par après, on n'a pas tant de peine à les faire observer.

Mais , d'autant qu'il appartient à un mareschal de camp de faire l'assiette du logis de l'armée, donner le lieu de combat , le mettre en ordre de battaille , tenir l'œil à toutes choses au desloger, le marcschal doit estre prévoyant et provident, tant des vivres que des autres choses qui sont en l'armée ou qui en despendent : car il a la principalle charge après le

DE LA GUERRE

gênerai en chef deTavant-garae, et sur lequel l'armée la pluspart du temps se repose.

Le temps passé les mareschaux de France estoient ceux qui faisoient Testât de roarescbal de camp là où le souverain estoit , et menoient ordinairement l'avant-garde , sur la foy duquel le souverain ou gênerai qui menoit l'armée , marchoit.

Par quoy il faut descrire un peu quelle est la charge de mareschal de camp , et quel il doit

estre.

Du devoir et office du mareschal de camp.

Je diray premièrement qu'à une grande armée il ne se peut faire ce qui appartient à l'estat de mareschal de camp par un seul, mais faut qu'il y en aye pour le moins trois , l'un pour l'avant-garde, l'autre pour la battaille, et le dernier pour le secourir. Mais , s'il en tomboit quelqu'un malade, il est impossible qu'un seul puisse veoyr, preveoyr et pourveoyr à tant de trouppes de diverses façons et humeurs , à tant de faicts qui sont en une armée, ny à tant d'accidens nouveaux qui interviennent d'heure en autre. A quoy faut qu'il y aye conférence; car un chascun n'est pas à toute heure libre d'esprit pour décider , digérer et résoudre tant de choses importantes , dont bien souvent l'on ne peut attendre l'advis du gênerai ; ce que toutesfois , s'il est possible , il faut , si le temps cl le loysir le permettent.

Néanmoins en maximes quels doivent estre les mareschaux de camp, je n'en parleray qu'en singulier, d'autant que les autres doivent estre, s'il est possible, de mesmes que ecluy que je formeray. Et tient-on que le premier est celuy qui aura plus anciennement faict Testât de mareschal de camp. Mais il n'a encor esté décidé qui est l'honneur d'estre à l'avantgarde ou battaille.

Le mareschal de camp principal doit estre choisy par le souverain ou gênerai , comme le plus ad visé et expérimenté de ses capitaines: qu'il soit vigilant , diligent et affectionné aux charges que Ton luy baille : qu'il aye esté d'autresfois avecques des mareschaux de camp s'il n'a faict Testât pour apprendre ; car il y a des règles audict estât que bien peu de capitaines sçavcnt , s'ils ne Tont appris par long usage \

PAR ANDRE DE

BOIRDE1LLE.

et expérimenté à la suitte et assistance desdicts I mareschaux de camp : et n'y a pas tant de danger qu'il y aye quelque manquement au gênerai d'entendre le faict de la guerre comme au mareschal de camp.

Le mareschal de camp est la voix et le commandement du gênerai, le porte-faix et sommier de l'ost et de l'armée, comme l'on dit ; car il faut que toutes choses passent par sonsceu, et la pluspart par son ordonnance; qu'il scache toutes choses , tant petites soient-elles , et qu'il en tienne comme registre pour le soulagement du gênerai , chefs et principaux et de l'armée.

Par ainsy , le mareschal de camp doit sçavoir toutes choses de l'armée et qui en consistent et dépendent, et doit cognoistre nonseulement les principaux chefs et capitaines , mais jusqu'aux plus petits, et sçavoir les forces qui sont en \ celle , tant de cheval que de pied, et de toutes qualités, et les avoir par estât: aussy quel équipage d'artillerie et suitte d'yceluy : sur quoy faut que le grand maistre de l'artillerie, ou son lieutenant, envoyent souvent vers yceluy un des commissaires , pour veoyr s'il y a nouveau advis pour y pourveoyr, soit à marcher , rabilliage de chemins , ou faire ponts.

De mesmes le commissaire gênerai des vivres faut que luy ou un des siens soit à toute heure au logis du mareschal de camp, pour rccepvoir les commande mens, communiquer avecques luy ce qu'ils auront à faire et à pourveoyr .pour lesdicls vivres , et s'il est rien intervenu despuis le dernier arrest et communication; s'il est besoing de marcher , pour sçavoir entendre quel chemin prendront les vivres, et veoyr et preveoyrs'ilsy peuvent venir à seureté, et quelle il leur faut bailler, mesmes s'ils s'esloignent des estapes d'yceux, et s'il en faut faire de nouvelles.

C'est au mareschal de camp d'avoir ses guydes en main , et pour le moins celuy qui en est le capitaine, et les a en charge, pour s'enquérir à toute heure des chemins, afin de veoyr la difficulté ou facilité de marcher; car quelquesfois, si l'on n'y prend garde, l'on achemine et embarque l'armée en lieu qu'il est mal-aysé de conduire ce grand et poisant faix de l'artillerie , comme aussy àrembarrassement du bagage, et pour la commodité et esloiguement des vivres.

Que le mareschal de camp doit estre adverty de toutes choses , non-seulement de ce qui se passe en l'armée, mais aux environs et au loing, pour donner raison à un chascun de ce qu'ils auront à faire.

La pluspart des espions doivent passer par ses mains, pour sçavoir des nouvelles des ennemys de toutes sortes, afin qu'il puisse pourveoir à ce qui est nécessaire pour l'armée, et instruire ceux qui yront à la guerre , soit pour les escortes, ou pour sçavoir des nouvelles dej'ennemy; afin qu'ils ne tombent en quelques inconveniens par faute d'advis. Car si les espions ne sont bien instruicts, il» ne portent rien qui vaille , ou sont surprins : et est à noter que les espions doubles sont les meilleurs, pourveu qu'ils vous soyent plus fidèles qu'à l'autre party.

L'armée preste à assembler , faut que le ma- reschal de campsçache le desseing du souverain et du gênerai : et , après avoir prins par estât , comme dict est , toutes choses qui concernent l'armée, et qui en dépendent , les représente! audict gênerai , pour là dessus estre ordonné avecques le conseil ce qui sera bon de faire pour l'exécution de l'intention du souverain.

Faut qu'il sçache du gênerai en quel ordre il prétend que l'on marche, à sçavoir quelles trouppes, regimens et compaignies, tant à l'avantgardequ'à la battaille et qu'à l'arriere-garde, s'il y en a, afin que là dessus il fasse un règlement, qu'il faira entendre aux chefs des regimens et trouppes.

Faira Testât et rolle pour les gardes , afin qu'il n'y aye confusion : et que le mareschal des logis de l'armée en tienne un rolle , pour advertir ceux qni sont de garde de jour à autre, et, pour le mieux, un jour devant, afin que la trouppe qui aura à faire garde se tienne preste.

Comme aussy de mesmes pour ceux que l'on ordonnera d'aller à la guerre ou aux escortes , et tenir tousjours deux compaignies de gendarmerie designées, et prestes pour marcher à ce qui sera nécessaire, et quand seront commandées.

Et mesmes, pour les gens de pied, en advertir le couronnel ou maistre de camp, afin que, s'il faut renforcer les gardes, ou aller à la guerre, ou escorter, ils soyent pius prests.

Les compaignies des mareschaux de camp

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