‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de BourdeilleChapitre 116 sur 161 · M. D. LXXIV · texte numérisé non relu

M. D. LXXIV

Lettre du roy Chartes IX à monseigneur de Bourdeille.

De La Fere, le 25 octobre 1573.

Monsieur de Bourdeille, je voy la corruption des mœurs s'acroistre et augmenter tous les jours en mon royaume, sans que les remèdes que je m'efforce y appliquer par douceur et sévérité puissent a r rester le cours de ce mal , dont je porte un extresme regret pour le désir que j'ay tousjours eu de rendre mon règne lieureui à mes8ubjects, qui est la plus glorieuse mémoire que je puisse laysser à la postérité. Je sçay bien que les troubles et guerres civitles ont donné occasion à ce mal ; mais il est aussy aysé a juger que les cœurs mal affectionnés nourissent et entretiennent la division : à quoy je de-

• André.

• Ourles IX eu

aire pourveoir par tous les moyens que je pourray, avant que le mal soit du tout incurable.

Et parce que cestuy est intérieur et caché , et que la plus souveraine recepte de le bien cognoistre et sonder est d'observer dilligemment •es mœurs et comportemens de mes subjects de chascune de mes provinces, afin que je me rende pleinement informé de ce que je devray faire pour la conservation des bons, et remettre les autres au chemin de leur devoir, j'ay faict eslection de vous à ceste fin pour le pays de Perigord , ayant tousjours eu telle confidence en vostre vertu, et à l'affeciion que vous avez au bien de mon service et repos de mon Estât, que vous pourrez dignement vous acquitter de cest office, et aurez trës-agreable de vous y employer selon mon intention.

Je vous prie doneques, ayant receu ceste lettre, de prendre l'occasion de vous pourmener par ycelluy de ville en ville et lieux principaux, et là vous instruire doucement et le plus dextrement que vous pourrez des comportemens des uns et des autres: premièrement des ecclésiastiques; quel devoir ils rendent en leurs charges, et s'ils sont jouyssanls de ce qui leur appartient ou en trouble; comme se comportent ceui de ma noblesse; les querelles qui peuvent estre entre aucuns d'eux portant conséquence; l'ordre qui est en ma justice; ceux de mes officiers qui ont la réputation de bien s'acquitter de leurs charges; quelle inclination a le peuple, et comme chascun vit l'un avecques l'autre, et mesmes pour les dissentions qui ont esté pour le faict de la religion. En somme,

LETTRES

notter cl observer tout ce que vous jugerez appartenir au bien du repos bublic.

Ce faict, vous disposerez de me venir trouver à Compiegne le vingtiesmc de janvier prochain, où je délibère me rendre incontinent après mon voyage de Mets, afin de me dire particulièrement ce que vous en avezapprips, et que vous ayant sur ce otiy je puisse ponrveoir à ce que se trouvera nécessaire, ainsy que je Tay délibéré pour le bien et soulagement de mes subjects. Asseuré que je tiendray ce service l'un des plus grands et importons que je puisse recevoir de vous, et que j'en auray si bonne mémoire, que vous n'aurez regret de vous y eslre employé. Pryant Dieu, monsieur de Bourdcille, vous avoir en sa saincte garde.

Escrit à La Fere, ce *J5 octobre 1537.

Charles.

Et plus bas , Fizxa.

t£ttre du roy Charles IX au mesme .

De ( .h j h i: is , le 20 de novembre 1573.

Monsieur de Bourdcille, combien que je sois asseuré que vous ne ferez faute, en suivant ce que je vous ay escrit par ma dernière, de vous rendre en ma ville de Compiegne le vingtiesme du mois de janvier prochain, bien et amplement inslruict de tout ce que je vous ay mandé, pour m'en rendre compte par le menu; toutesfois, j'ay bien voulu vous faire ceste recharge, vous pryant, d'autant que vous desirez me faire service agréable, et aymez le bien et repos de vostre patrie, de vous retrouver sans y faillir audict temps en madicte ville, en laquelle j'espereestre alors arrivé avecques la reyne ma dame et mere, mon frère le duc d'Alançon, et les autres princes et seigneurs de mon conseil, qui sont allés conduire mon frère le roy de Poulongne jusquef sur la frontière de mon royaume; et, sur le rapport que me fairez de Testai des affaires de mon pays de Perigord, donner une bonne et utile provision à tout ce qui sera nécessaire. Pryant Dieu, monsieur de Bourdeille, vous avoir en sa garde.

Escrit à Chalons, le 20 novembre 1573.

Charles.

Et plus bas , de Ncufville.

Lettre du seigneur de Bourdeille au roy Charte» IX.

Envoyée par La Beyhe , de PeriG«rf« , le 13 de mar» 1574.

Sire,

Le jour du lundy gras, que les perturbateurs du repos public de vostre royaume se sont eslevés, j'eslois en chemin pour aller trouver Vos Majestés, suivant les commandemens qu'il vous avoit pieu me faire. Toutesfois, prévoyant qu'il imporloit plus pour vostre service de m'en retourner au pays de Perigord que de parachever mon voyage, je mis peyne de me rendre le plus dilhgemmcnt qu'il me fui possible dans la ville dePerigueux, ville principalle dudict pays, où je trouvay tous les habitait* en armes, et en bonne dévotion de vous conserver ladicte ville. Et fus adverty que la ville de Sarlac avoit esté surprise par un capitaine nommé Vivans, comme le seigneur de Losse vous a cydevant adverty. Et en mesme instant, pour maintenir ei conserver les autres villes, el retenir les seigneurs et gentilshommes d'ycelluy pays soubs vostre obeyssance , y pourveus en la forme et manière que vous discourrera ce gentilhomme, que j'envoie expressément par devers Vos Majestés, par lequel vous supplie très-humblement, sire , me commander ce que j'ay affaire pour vostre service , el employerai vie et biens d'atissy bonne volonté et affection que, sire, je prie Dieu vous maintenir en santé très-longue el très-heureuse vie.

De Perigueux, ce 13 mars 1574.

Lettre du eigneur de bourdeille A la reynt mere

Envoyée par La Beylte, de Periguem, le 13 à: mar» 1574.

Madame ,

Pour le désir que j'avois d'obeyr aux commandemens que le roy vostre fils m'avoil faicis par deux lettres, je m'estois mis çn

D'ANDRE DR

chemin pour aller trouver Ses Majestés. Et empesché par les desseins et entreprises d'aucuns mutins et séditieux de ce royaume, je n'ay voulu faire faute de faire certain Ses Majestés et les Vostres de l'est re de ce pays par ce fient ilbomme, auquel j'ay baillé charge les vous faire entendre au long; par lequel vous supplie très-humblement me commander pour vostre service, auquel me trouverez tousjours autant affectionné que subject et serviteur que le ru y ayt en son royaume; et à tant, madame, je pryeray Dieu vous conserver longuement en santé très-longue et heureuse vie.

De Perigueux, ce 13 mars 1674.

/Mire du seigneur de BourdeVIc au duc d'Alançon.

Envoyée par La Beylie, le M de mare tSH.

Je m'eslois acheminé jusques en ma maison de Matas pour m'en aller en cour; mais, le lundygras estant adverty que aucuns personnages de la religion prétendue reformée s'estoyent eslevés, je changeay d'opinion, prévoyant que le service du roy me commanduii , pour le devoir de ma charge de scneschal de ceste province, de m'en retourner en yeelle, plustost que de poursuivre mon voyage, afin de dilligemment pourveoir aux affaires qui concerneront le service de Sa Majesté, pour après luy faire entendre comme toutes choses se seroyent passées, et à vous aussy, monseigneur, qui avez telle charge et puissance en ce royaume que le roy de Poulongne avoit , dont je suis grandement ayse , et tous les bons subjects du roy, pour l'espérance qu'ils ont que désormais vous mettrez peyne de faire vivre le pauvre peuple de ce royaume en paix, union et tranquillité, lesquels sont si affligés qu'ils n'eu peuvent plus, si vous n'obviez aux desseins des perturbateurs du repos commun et public, auquel s'il ne y est de brief pourveu, je crains grandement qu'il sera difficile de guérir ceste maladie sans grande perte et dommage, de tant que le malcroist de jour à autre. Et si j'avois cest honneur d'estre deux heures

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pris de vous, je vous dirojs drs choses lesquelles vous trouveriez étranges et malicieusement inventées; de façon que, si le roy, la reyne mere et vous, ny pourvoyez autrement que par le passé, je crains de vous veoyr aussy petits compaignons que moy. Vous suppliant très-humblement, monseigneur, me pardonner si je m'advance à vous escrire leU mots ; car le zeleque j'ay à vostre service le me commande, voyant Testât de ce royaume de jour à autre diminuer. Vous suppliant très-humblement, encor un coup, de croire que je le dis pour la très-affectionnée volunté que j'ay aux services de Ses Majestés et Vostre, avecquea laquelle je prie Dieu, monseigneur, vous donner autant de grandeur et prospérité <|ue vous desirez, et vous maintenir en bonne santé très-longue et heureuse vie.

De Perigueux, ce 13 mars 1674.

Instruction à la Bey lie pour rtmonslrer au ror.

De faire entendre au roy, à la reyne mere, à monseigneur le duc, que le seigneur de Bourdeille estoit parly du pays de Perigord pour aller trouver Leurs Majestés : et le lundy gras dernier, heure d'une heure après minuit, avoir esté adverly que, par tout ce pays, ceux de la religion prétendue reformée s'esloient eslevés. A ceste cause, pour la conservation dudict pays, en l'heure mesme seroit parly du lieu où il estoit , et se seroit rendu le plus dilligemment qu'il avoit pu en la ville de Perigueui.

Où il avoit trouvé tous les habitansen armes , avecques bonne volunté et affection de la maintenir et conserver soubs l'obeyssance du roy , comme pendant tous les autres troubles ils ont tousjours faict.

Combien ladicle ville soit peu forte, et n'y ayt aucuns étrangers ny gens de guerre.

Et, adverty que la ville de Sarlac avoit esté prise par un capitaine nommé Vivans, afin que autres villes, chasteaux , forts dudict pays , ne fussent surprins, ledict seigneur de Bourdeille advertit promplement les citoyens et habitans d'yeeux de faire bonne garde, et aux lieux foibles y envoya forces.

LETTRES

Par mesme moyen , prya par lettres les seigneurset gentilshommes dudict pays qui vivent selon la religion prétendue reformée de ne partir de leurs maisons, comme ils luy avoient promis peu de jours auparadvant en faisant une chevauchée par tout le pays de Perigord , et aussy de ne bailler ayde , secours, ny faveur aux séditieux ; ains qu'ils vivroient en leurs maisons selon ce qu'il aurait pieu au roy leur commander et ordonner par ses derniers edicts, lesquels Sa Majesié desiroit enlrclenir , quoyque aucuns séditieux et mutins tissent courir le bruict au contraire ; et de ce ledict seigneur de Bourdeille les asseura.

Et en ceste asseurance, les seigneurs de Caumont, Beynac, Sainct Génies , Longa ci plusieurs autres gentilshommes ne sont partys de leurs maisons, ne aussy baillé aucun secours, faveur, ny ayde auxdicls séditieux, que ledict seigneur de Bourdeille ayt pu descouvrir et entendre.

Auquel despuis, par plusieurs lettres, ont promis qu'ils ne bailleraient faveur ny ayde auxdicts séditieux cl perturbateurs du repos public de ce royaume , et qu'ils trouvoienl très-mauvais ce que par ceux-cy avoit esté faicl : par ce, qu'il serait bon que Leurs Majestés leur escrivissent avoir entendu par ledict seigneur de Bourdeille leurs volontés , afin de leur augmenter la bonne volunté qu'ils ont d'obeyr aux commandemens du roy.

Aussy , que ledict seigneur de Bonrdeille a adverty tous les gentilshommes et bons subjects du roy de se lenir presls avecques leurs chevaux et armes, pour se rendre la part qu'il leur mandera lorsque les occasions se présenteront pour le service de Leurs Majestés, et eu attendant leurs commandemens.

Et des autres affaires et prise de Sarlac, qui sont survenus par deçà despuis ledict jour du lundy gras, ledict seigneur de Bourdeille en eust adverty le roy pluslost , n'en eusl esté qu'il estoit asseuré que le seigneur de lx>sse avoit adverty Ses Majestés du tout , mesmet de ladicte prise; aussy, que ledict seigneur de Bourdeille ne vouloil donner aucun advcrlisseinent dont il ne fust asseuré.

Désirant aussy, par mesme moyen , faire entendre à Leurs Majestés bien au long en quel estât estoient les affaires de ceste province, et

l'ordre que ledict seigneur avoit tenu et tenoit pour maintenir les habitans de ladicte province en l'obeyssancede Leurs Majestés ; les asseurant que ladicte ville de Sarlac a esté prise d'intelligence que le capitaine Vivans avoit non seulement avecques ses complices , mais aussy avecques plusieurs habitans de ladicte ville catholiques.

Faira aussy entendre à Leurs Majestés que le marquis de Trans a escril audict seigneur de Bourdeille que ceux qui se sont emparés de la ville de Saincle-Foy ont escrit audict marquis de pryer le seigneur de Losse de les laisser vivre en paix en leurs maisons soubs le bénéfice de vos derniers edicts de pacification ; et que telle prière fait présumer ledict seigneur de Bourdeille que lesdicts séditieux n'ont pu exécuter ce qu'ils avoient projet lé en leurs esprits.

Et que le seigneur de Losse a mis a Bergerac pour gouverneur le capitaine Labaume, qui est de la religion prétendue reformée . toutesfois ayant tousjours porté les armes pour le service de Leurs Majestés.

Les habitans de laquelle ville envoyèrent puis peu de jours un citoyen , lequel de leur part aurait promis audict seigneur de Bourdeille que lesdicts habitans ne prendraient les armes, ny ne donneraient faveur , ayde, ny secours à ceu» qui esloient eslevés.

Et que ledict seigneur de Bourdeille menoit à Leurs Majestés le seigneur d'Aubeterre, comme il leur avoit pieu commander à sa mère ; laquelle I avoit adverty qu'elle ne pouvoit plus payer la solde de la tierce partye des soldats destinés pour la garde du chasteau d'Aubeterre , pour ce qu'elle est pauvre, et que le seigneur d'Achon jouyt présentement de tout le revenu delà terre d'Aubeterre. A ceste cause, qu'il plaise au roy mander au seigneur de Ruffec de bailler moyen à ladLte vefve d'Aubeterre d'entretenir lesdicts soldats

Davantage, dire à Leurs Majestés que le capitaine qui a eslé mis par le comte de Coconas dans ledict chasteau d'Aubeterre, a mandé audict seigneur de Bourdeille , ensemble ladicte vefve, qu'il n'entrera homme dans ledict chasteau , si n'est ceux qui sont ordonnés pour la garde d'ycelluy, et qu'ils le conserveront lousj jours soubs l'obeyssance de l,eurs Majestés.

Aussy, que le seigneur de Usse fait assem-

D'ANDRÉ DE BOURDEILLE

blée de gens de guerre en la ville de La Linde , et aussy les seigneurs de Bourdeille et Branthosme, pour saller joindre avecques ledict seigneur de Losse alors qu'il sera besoing pour le service de Leurs Majestés ; et s'il leur plaist de commander audict seigneur de Bourdeille de communiquer 1 le ban el arriere-bandece pays, ledict seigneur aura moyen d'assembler plus de forces : et qu'il plaise à Leurs Majestés de luy en ordonner d'autres, afin qu'il se puisse acquitter de sa charge; car il est entièrement destitué de forces, fors de quelques gentilshommes qui sont bon serviteurs de Leurs Majestés, qui leur font service à leurs despens.

Et si Leurs Majestés veulent que ledict seigneur de Bourdeille fasse fortifier ladicte ville de Perigueux aux despens de tout le pays , veu que , si ladicte ville estoit prise, ce serait la perte de tout le pays; cl peuvent vivre ceux de la religion prétendue reformée selon le dernier edict de pacification. El de toutes les susdictes choses qu'il plaira au roy accorder, et ordonner audict seigneur de Bourdeille en pourchasser lettres en forme, afin qu'il puisse suivre ses commandemens.

Response du roy Charles IX au seigneur de

Enyoyée par La Beylie , le 15 de mart 1574.

M. de Bourdeille, j'ay receu le cayer et procès verbal que m'avez envoyé, bien faict à la vérité, contenant la visite qu'avez faicte ès lieux et endroicts de vostre charge , et sur quoy est besoing de pourveoir. Mais, à prescrit que sont survenus ces remuemens et nouvelletés , je ne vois pas que les provisions que je y pourrais bailler en beaucoup de choses, bien que trèsrequises, y pussent profiter. Par quoy je reserve cela a plus de commodité et opportunité, pour m'arrester à ce qui le plus importe maintenant : et vous diray que j'ay aussy veu le mémoire qui m'a esté présenté de vostre part, qui me tesmoigne vostre grande affection , vigilance et bon devoir dont avez usé pour la conservation du pays de delà , mesmes de ma ville de Perigueux, cognoissant qu'il ne se

pouvoit mieux ny plus à propos, et selon mon intention , en asseurant et confortant mes bons et loyaux subjects de ladicte ville et autres villes et chasteaux circonvoysins , et faisant toucher au doigt aux gentilshommes et autres de la nouvelle opinion la sincérité de mes intentions. Je loue pareillement la prudence et dextérité dont avez usé pour persuader aucuns desdicts gentilshommes de demeurer paisiblement en leurs maisons, et vivre soubs la grâce et bénéfice de mon edict de pacification, et ne bailler ayde, secours, ne assistance aux séditieux et perturbateurs de mon Estât.

J'escris de bonnes lettres aux seigneurs de Caumont , Beynac , Sainct-Geniés et Longa , pour leur tesmoigner le contentement que j'ay de leurs desportemens, suivant mesmes ce que m'en avez escript , les pryant de continuer : et désire aussy que, de vostre part, vous ne vous lassiez de les y entretenir et tous autres que cognoistrez de telle humeur; les asseurant que de ce je vous ay baillé charge expresse et particulière, et que j'auray tousjours souvenance de leurdicte bonne volonté , que jestimerois encor plus s'ils pouvoient traverser dextrement et empescher l'effect des mauvaises intentions de mes perturbateurs.

De ce qu'avez adverty tous les {ïentilshommes et mes bons subjects de se tenir prests avecques leurs chevaux cl armes, pour se rendre la part que je leur manderois lorsque les occasions se présenteraient pour mon service, vous avez très-bien et sagement faict. La prise de Sarlac et de Saincle-Koy m'a grandement desplu; ne doublant point au demeurant que la douceur et tollcrance dont j'ay cy-devant usé envers d'aucuns n'ayt esté mal employée, et qu'ils n'ayent eu de grandes intelligences et baillé les moyens pour faire de telles surprises. Au moyen de quoy je veux el entends que ceux qui demeureront en mes villes, desquels on aura manifeste cause de se desfier, soyent desarmés, et que on leur oste tout pouvoir et moyen de mal faire sans toutesfbis que on les offense aucunement.

Ce m'a esté plaisir d'entendre la continuation de la bonne et obeyssante volonté de la dame d'Aubeterrc , et qu'elle soit résolue de conserver ceste place soubs mon authorité, ainsy que d'abondant vous dites le capitaine qui y a esté mis par le comte de Gayasse vous l'a tesmoigné;

LETTRES

dont je baille advis au seigneur de Ruffec , et luy mande faire tout ce qu'il pourra pour y entretenir ledict capitaine et ses soldats; ou bien, s'il jugeoit que ceux qui y sont ne fussent suffisans, qu'il y en commist d'autres.

Au reste, monsieur de Bourdeille, vous estes, personnage de lel jugement et cognoissance , que n'ignorez point ce à quoy je dois princi* pallement travailler, qui est en somme , et pour toute fin , de me monstrer te( que je dois, ray, et favorable à ceux qui me rendront 1 honneur, subjection et obeyssance qu'ils doivent; comme au contraire bien délibéré d'avojr la raison de ceux qui se sont tant oubliés , et osent entreprendre conlrc mon Estât et authorité , méritant d'estre fort rigoureusement traictés et chastiés , puisque la douceur et voye amiable ne trouve lieu en leur endroict.

Ainsy doneques je vous pryc de vous faire fort par tous les bons moyens que vous pourrez, en vous joignant , selon qu'il sera besoin , aux seigneurs de Lossc , d'Escars, de La Vauguyon , à mon cousin le comte de Yentadour , et autrement vous aydant le mieux et plus vertueusement qu'il sera possible , mesmes en convocquant l'arriére ban ; ce que vous pouvez faire d'autant plus facilement qu'estes seneschal du pays : de soric que j'estime n'estre besoing vous en envoyer autre mandement particulier, pour lequel , en toute advanture, et pour vostre descliarge, je veux que la présente vous serve.

J'eusse bien désiré pouvoir vous envoyer des forces d'icy ; mais pouvez estimer et considérer le peu de moyen que j'en ay , si bien que pour ce regard, et pour la fortification de nui ville de Pcrigucux , aux habitans de laquelle j'escris le contentement que j'ay d'eux , est nécessité csveiïuer et ayder des moyens et commodités qui sont sur les lieux , attendant que Dieu me fasse la grâce d effectuer plus advaut ma droite intention.

Ce porteur vous dira le surplus de mes nouvelles , et de ma bonne disposition, et combien je vous ayme et estime , suivant la ebarge que je luy en ay baillée. A tant , je pryeray Dieu qu'il vous ayl , monsieur de Bourdeille, en sa saincte garde.

Eserit au ciiasleau de Vincennes , le 15 mars ,ô7/i- Charles.

Ht PUIS OOS, DE NkIEVILLE.

fiesponse de la reyne mere au ttigneur de

Bourdeille.

Envoyée par La Beylte , le 15 de mars 1574.

Monsieur de Bourdeille , j'avois tousjour* cru que vous feriez bien , et je suis bien ayse d'estre non-seulement en cestc bonne opinion et asseurance , mais encor l'ay-je accru par le mérite de vostre prudence et vertu. Le roy , M. mon fils , vous fait response si ample et particulière , qu'estant mon intention conforme à la sienne , je ne vous feray la présente plus longue que pour vous pryer estre asseuré que je seconde ledict seigneur roy mon fils en la bonne volunté qu'il vous porte. Pryant Dieu qu'il vous ayt , monsieur de Bourdeille , en sa saincte garde.

Eserit au chasteau de Vincennes, le 15 mars 1574. Catherine.

Gtplus bas, de Neefville,

Response du duc d'Jlancon au seigneur de

Bourdeille.

Envoyée par La Rejlie, le 15 de mars 1574.

Monsieur de Bourdeille, je suis bon tesmoing du contentemeut singulier que le roy , mon seigneur et frère , a de vos bons desportemens , et de la prudence et dextérité dont vous avez usé en ces dernières occasions.

Je vous prye bien fort de continuer, et avoir l'œil au surplus du contenu de la depesche qui vous est présentement faicte, à laquelle je me remets aussy : vous promettant bien que , où l'occasion se présentera devous gratifier, je m'y employeray de très-bon cœur : pryant Dieu qu'il vous ayt , monsieur de Bourdeille, en sa saincte garde.

Kscrit au chasteau de Vincennes, le 15 mars

Vostre bon amy François.

D'ANDRE Dp

Lettre du duc d'Jlançon au seigneur de Bourdeille.

Du 17demar»1574.

Monsieur de Bourdeille , encorquc le roy,* mon seigneur et frère, vous mande , par la depesche que vous baillera ce porteur , que ne partiez de delà , y estant vostre présence bien nécessaire, comme je croy qu'elle est, et à la vérité : tiutesfois je me conforme à son intention pour vous dire que, vous venant par deçà , je seray fort ayse de vous veoyr. Pryant Dieu qu'il vous ayt , monsieur de Bourdeille , en sa 5aincte garde.

Escrit au chasteau de Vincennes, le 17 mars 1574. Vostre bon amy François.

Lettre du seigneur de Bourdeille au roy Charles IX.

Enyoyée par Le Sancet, le 20 de mars 1574.

Sire,

Le seigneur de Losse et moy, avons advisé d'envoyer par devers Vos Majestés lèscindic de ce pays de Perigord , qui vous est fidèle et affectionné subject , pour vous faire entendre que ledict seigneur de Losse , par l'advis et conseil de moy et d'aucuns seigneurs et gentilshommes dudict pays , a ordonné qu'il seroit levé sur icelluy certaine somme de deniers pour la solde des gens de pied qu'il a commandé estre levés pour vostre service, afin de contenir en devoir les soldats , et empescher que le pauvre peuple ne fust par eux pillé et reduict à plus grande nécessité qu'il est à présent , laquelle est (elle que tous les moyens luy défaillent; tellement que la pluspart n'ont de quoy se substanler : et la prinse de Bergerac les réduit encor en plus grande extrémité, pour ce que la pluspart des vivres venoient de ce lieu , duquel il ne faut en espérer désormais que tout mal , pour ce que j'ay esté adverly que, despuis peu de jours, le seigneur de Langoyran y est arrivé en délibération de le fortifier ; ce que importe lx lucoud

pour toute la Guyenne , pour ce que ladicle ville de Bergerac est en une belle et fertile situation sur la rivière de Dordoigne, par le moyen de laquelle les rebelles de Languedoc et Provance se pourroient facilement joindre avecquesceux duPoictou, Anjou et Bretaigne , veu quelle n'est esloignéc que de vingt lieues de Montalban , et vingt-cinq de La Rochelle.

Par ce, sire , je vous supplie très-humblement pourveoîràoe qu'il ne soit baillé temps auxdicts séditieux de la fortifier ; ains , pour mettre empeschement à ce, qu'il plaise à Vos Majestés \ ordonner à tous vos lieulenans qui ont des for- I ces en cestc Guyenne , de venir trouver le seigneur de Losse pour reprendre ladkte ville , et ■ au seigneur de Biron de luy bailler canons et poudres pour effect nécessaires , d'autant que lesdicts séditieux n'ont surprins par deçà ville qui importe plus que celle-là. Ou , si vos licutenans ne veulent joindre leurs forces avecques celles dudict seigneur de Losse, qu'il vous plaise envoyer par deçà un prince ou grand seigneur pour commander à tous, pour ce que les forces, estans séparées comme elles sont à présent , ne vous peuvent faire grand service, ains plustost dommage ; car, à la longue, vostre pauvre peuple sera si foulé, qu'il n'auramoyen de vous secourir.

A cestc cause, je vous supplie très-humblement, sire, y pourveoir , car l'estat de vostre royaume est autre que vous ne pensez , et me donner des forces , desquelles je suis entièrement deMiué, fors d'aucuns gentilshommes qui me sont parens et amys, lesquels se tiennent prests pour s'employer à vostre service lorsque l'occasion se présentera , avecques lesquels toutesfois je ne peux exécuter ce que je desircrois pour vostre service, pour lequel je vous asseure que je n'espargneray jamais ny vie , ny biens. Pryant Dieu, sjre , vous maintenir en santé , prospérité Ires-longue , et très-heureuse vie.

De Perigueux , ce 20 mars 1574

LETTRES

Lettre du seigneur de Bourdeille à la reyne mere.

Envoyée par Le Sancet, le 20 Madame,

Le seigneur de Losse , estant arrivé en ce lieu pour pourveoir aux affaires de ce pays, a esté d'advis d'envoyer par devers vous le scindic d'icelluy, qui vous est fidèle subject, pour vous faire entendre sa délibération et estât dudict pays, et principallemcnt de quelle conséquence r.st a toute la Guyenne la prinsc de la ville de Bergerac, de quoy j'escris au long au roy; et ay chargé ledict scindic vous faire entendre le tout : qu'est la cause qu'à présent , madame , je ne vous en feray aulre discours, mais seulement suppliera) Irès-liumblement Vos Majestés de vouloir faire expédier promptement ledict scindic, et me commander pourvostre service, pour lequel j'exposeray lousjours vieel biens d'aussy bonne volonté que je raya pryer Dieu , madame, vous maintenir en santé , prospérité très-longue et heureuse vie.

De Perigucux, ce 20 mars 1674.

Iirsponse du roy Charles IX au seigneur de

Envoyée par le scindic de Perigord, le 7 d'avril 1574.

Monsieur de Bourdeille , j'ay entendu , par vos Ire lettre du vingliesme du précèdent , et par ce que le scindic de Perigord m'a fa ici entendre , l'occasion pour laquelle le seigneur de Lusse, vous, et autres gentilshommes dudict pays, avez esté d'advis qu'il fust levé sur icelluy certaine somme de deniers pour satisfaire;'! Peotreienemcnt des soldats que ledict seigneur de Losse a faict lever : qui a esté principallement afin d'éviter à la foule de nos subjects , et pouvoir, par ce moyen , contenir lesdicts gens de guerre et soldats en la discipline militaire qu'il est requis; ce qui seroit autrement fort difficile.

J'en ay faict sur ce bien au long entendre ma volonté audict scindic, et expédier les provisions

nécessaires, dont je ne vous feray autre plus long discours, et vous prieray seulement regarder avecques ledict seigneur de Losse des moyens , tant pour empescher la fortification de Bergerac , que des autres places qui importent au pays, et s'il est possible de les forcer ; ne vous pouvant maintenant secourir d'autres forces de deçà , pour m'en trouver si esloigné , et tellement empesché d'ailleurs, qu'il faut que j'y desploye la pluspart de ce que je puis.

Le seigneur de La Valette doit avoir maintenant les siennes prestes. Je luy ay mandé qu'il ayt à en ayder ledict seigneur de Losse, et tous deux marcher unanimement de si bon pied , que je m'aperçoive de la dévotion qu'ils ont â mon service , dont je ne fais double , et que de vostre part vous ne les assistiez, comme vous avez tousjours bien faict ; ce que je vous prye continuer. Pryant sur ce le Créateur , monsieur de Bourdeille, vousavoiren sasainclc et digne garde.

Escrit au boys de Vincennes, le 7 apvril 1674.

Charles.

Et plus bas, Fizes.

Lettre du seigneur de Bourdeille au roy Charles IX , pour le seigneur de Sainct-Geniés.

Du 13 de mars 1574

Sire,

Combien je soye très-asseuré de la bonne volonté et affection que vous portez au seigneur Sainct-Geniés, pour le devoir que luy et ses prédécesseurs ont lousjours continué à vous faire très-humble service, si est-ce que, envoyant par devers vos Majestés pour les supplier de vouloir bailler en sa faveur l'abbaye de Saulve, de laquelle un sien oncle est despuis peu de jours mort paisible possesseur , je n'ay voulu faillir Vous tesmoigner que l'affectionné devoir que ledict seigneur de Sainct- Geniés a eu à vostre service luy a faict oublyef famille, biens et vie, tellement que son chasteau Dayday, qui est en Bearn, y a esté bruslé| luy pendu en figure, et privé du revenu qu'il avoit audict pays de Bearn.

Par ce , sire , je vous supplie très-huniblc-

D'ANDRE DE

nient, en considération de ses services et pertes, de vouloir bailler en sa Faveur ladicte abbaye, afin que à ('advenir il ayt moyen de pouvoir remettre ledict chasteau en son entier , et de continuer le service qu'il désire faire perpétuellement à Vos Majestés ; m'asseurant que telle recompense incitera beaucoup de gentilshommes de vostre royaume , outre ce qu'ils y sont naturellement obligés, à faire le semblable, et suivre les traces dudict seigneur de Sainct- Geniés.

- Je ne vous escris pour le présent , sire, aucune chose des affaires de ce pays , pour ce que despuis les dernières que j'ay escrit à Vos Majestés , il ne s'est passé chose qui mérite vous éstre escrite, si n'est que le seigneur de Losse, après avoir pourvu au bas pays de Perigord , est arrivé aujourd'huy en la ville de Perigueux, pour adviser ce que y sera besoing et ès environs pour vostre service , pour lequel désire exposer vie et biens. Pryant dieu m'en faire la grâce, et vous, sire , vous maintenir en saincle prospérité , longue et heureuse vie.

De Perigueux , ce 13 mars 1574.

Lettre du seigneur de Bourdeille à ta repie mere pour le seigneur de Sainct-Geniés .

Du 13 demar»1574.

Madame,

Le seigneur de Sainct-Geniés envoyant par devers Vos Majestés du roy et vostre , afin de les supplier très-humblement de bailler en sa faveur l'abbaye de La Saulve , qui estoil à un sien oncle, je n'ay voulu faillir vous supplier très-humblement le vouloir gratifier de ladicte abbaye , en rescompense de tant de services qu'il a faict à Sa Majesté et Vostre; mesmement [estant asseuré que, à ces troubles, il a oblyé , ! pour s'acquitter du service qu'il vous devoit , personne et biens. L'exécution en figure que les Bearnois firent de sa personne, bruslement de son chasteau Dayday, et privation du revenu qu'il avoit audict pays de Bearn , me servira de tesmoings. Les autres je les obmets pour n'estre si recens et remarcables , aussy que vous en estes très-asseurée. Et telle gratuité, madame,

sera cause qu'il aura cy-après meilleur moyen à vous faire très-humble service, et poussera beaucoup d'autres gentilshommes à l'imiter et à prier dieu, madame, pour vostre santé, prospérité , longue et heureuse vie.

De Perigueux, ce 13 mars 1574.

Response du roy Charles IX au seigneur de Bourdeille pour le seigneur de Sainct-Geniés.

Du 21 mars 1571.

Monsieur de Bourdeille, outre le tesmoignage que vous m'avez rendu , par vos lettres du 13 du présent , de la singulière dévotion du seigneur de Sainct-Geniés à mon service , j'en avoisdesjà bien bonne cognoissance, et volunté de le gratifier, comme ses semblables en tout ce qu'il me sera possible.

J'ay commandé que l'abbaye de La Saulve fust employée sur les rolles que je verray à la fin de ce mois pour la luy conserver. Les ayant veus, il luy en sera faicte expédition qu'il peut désirer. Partant , je vous prye l'exorter de continuer au mesme zelle qu'il a tousjours eu pour mon service, et, de vostre part aussy, me tenir adverty de ce qui se passera de delà le plus souvent que vous pourrez. Pryant sur ce le Créateur, monsieur de Bourdeille, vous avoir en sa saincte garde.

Escrit au boys de Vincennes , le 21 mars 1574. Charles.

Et plus bas, Vue*

Lettre du roy Charles JX au seigneur de Bourdeille.

Envoyée par La Beylie , le 17 de mars 1571.

Monsieur de Bourdeille, j'eusse bien désiré que fussiez demeuré par de là, y estant vostre présence bien requise ; et ainsy le vous mandois par mes dernières , que vous baillera ce porteur. Toutesfois, j'ay despuis advisé que, si me voulez venir trouver, j'eu seray bien ayse , et de vous yeoyr. Cependant je prye

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Dieu qu'il vous ayt, monsieur de Bourdeille, eu sa saincle garde.

Escrit au ebasteau de Vinccnncs, ce 17 mars 1574. Cn 4it les.

Et plus bas, de Neeftille.

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