‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de BourdeilleChapitre 137 sur 161 · OC LE CAPITAINE BOCRDEILLE · texte numérisé non relu

OC LE CAPITAINE BOCRDEILLE

Jean de Bourdeille était doyen de Saint- Yricr-la-Perche, au diocèse de Limoges, et prieur de Saint-Vivien près de Xaintes, lorsque son père , par son testament du 28 janvier 1646, lui légua pour tous ses droits la somme de cinq mille livres seulement, attendu la dépense qu'il luy avoitdéjà causée, montant à plus de trois mille livres, tant pour le faire présenter au roy que pour poursuivre les procès de ses bénéfices. 11 fut cependant substitué par ce même testament à ses frères; mais, à la vérité, le dernier de tous, quoyqu'il parût être le second des fils du testateur. C'est pourquoy le baron de Bourdeille obligea les autres puînés, en cas que l'un d eux recueillit la succession , de payer à ce doyen de Sainl- Yrier une somme de six mille livres, comme par supplément de partage.

La vocation de ce Jean de Bourdeille a l'état ecclésiastique ne seconda pas les intentions de son père; car il quitta l'état ecclésiastique pour prendre celuy des armes , et fut depuis connu sous le nom du capitaine de Bour dcille. Voici ce qu'en dit le seigneur de Brantosme, son frère, dans ses Hommes illustres.

I. «Il fut en Piedmont h l'aagc dcdix-lmict a dix-ncu fans; et quoyqu'il fusl haut à la main et bouillant, le prince de Mclfè, Carraceioli, qui commandoit pour le roy, ne le fit jamais mettre en prison pour ses estourderîcs de jeunesse, et se contentoit de luy faire des remonslrances en particulier, l'appellanl son fils; et ce, en considération de l'amylié que ce prince avoit pour sa grand-mere et ses père et nacre : de sorte que , de regret de la mort de ce prince, auquel succéda M. de Brissac, le capitaine de Bourdeille quitta le Piedmont , s'en alla a la guerre d'Hongrie et de Parme , d'où il revint encor en Piedmont, où il avoit une compaignie dans Moudevi. Puis quitta encor ce pays , et s'en vint à la guerre d'Allcroaigne, que le roy Henry dressa, où il fut blessé à mort devant Ghimay, à l'assaut : puis

encor au siège de Metz, blessé de trois harquebusades, dont il pensa mourir, sans un bon secours qu'il eut ; et pour la troisiesme fois il fut tué au siège de Hesdin , d'une canonnade qui luy emporta la teste. »

H. « Lorsque le prince de Melfe estoit à la cour, il mangeoit très-souvent à la table de la senesclialle de Poictou , madame de Vivonne , dame d'honneur de la reyne de Navarre , et avoit cognu le pere de Branthome en Perigord, etc. »

III. A la fin de la vie du maréchal de Saint- André :o Ce prince mourut en 1550. Au retour du siège de Metz , où le capitaine de Bourdeille avoit receu datis une sortie trois grandes harquebusades , deux dans le col, l'autre au milan du bras ; le marescbal de Sainct-André luy fit donner par le roy , sur l'espargne douze ceus escus. »

IV. Dans la digression sur les mestres de camp catholiques de l'infanterie française: a Le capitaine Bourdeille, servant en Piedmont souhs les ordres du mareschal de Brissac, fut tenié par le capitaine Vallesergues, qui en avoit desjà desbauché d'autres, de passer dans le service du grand seigneur en Turquie. Mais il donna la préférence à la guerre qui commanç.l dans le Parmesan, et n'acquiesça pas aux propositions du capitaine Vallesergues. » On sçait que M. de Brissac fut maréchal de France l'an 1550, et que ce fut dans ce temps que commença la guerre dans le Parmesan.

V. Vers le milieu de la vie de M. d'Aussun : o Le capitaine Hautcfort (c'estoit Foucaud , fils de Jean , seigneur d'Hautefort et de Catherine de Chahanes), ayant esté séparé en s»' ballant dans un combat singulier contre un gentilhomme gascon , nommé Pcrrctongue, pendant les guerres d'Allemaigne', où l'armée estoit commandée par le connestoble, Hautcfort fit appellerde nouveau ce gentilhomme par le capitaine de Bourdeille. parce que Hautefort et Bourdeille estoient grands cousins , grands amys et grands confe-

)igitized by GoogI

APPENDICE

derés dès le Piedmont, d'où ils estoient les rodomonts.Le connestableen ayant esté adverty, deffendit tout combat à ces deux champions. Hautefort en fut si outré qu'il en devint fou pendant quelque temps , jusqu'à ne plus porter d'armes, ny raesmes d'babillemens decens. Cependant Haulefort se rendit enfin aux remonstrances du capitaine Bourdeille, qui luy dit qu'il valloit mieux aller ensemble attaquer une belle escarmouche de devant Yvoy où ils estoient , et se monstrer au roy en brave estât de luy faire service. Sur quoy ils montèrent à cheval tous les deux, furent attaquer l'ennemy. Hautcfort y fut tué et le capitaine Bourdeille blessé, ayant eu aussi son cheval tué. » Yvoy fut pris en 1552. La preuve en est dans 17// rtaire des cinq rois , in-8°, édition de 1699 , page 24.

Dans la généalogie faite par le seigneur de Branlosme, de sa maison, il traite le capitaine Bourdeille de grand capitaine, et dit qu'il commanda dans les guerres de Piedmont ; qu'il soutint avec son frère André le siège de Metz sous les ordres de M. de Guise ; qu'il y fut blessé grandement et guéry par un habile chirurgien de Bergerac en Périgord, nommé Loys; qu'après la levée du siège de Metz , ce capitaine et son frère André se jettèrent dans Hédin , ainsi que d'autres braves François; et que le capitaine Bourdeille y fut tué , à l'âge de vingt-sept à vingt-huit ans , d'un coup de canon qui luy emporta la tète et le bras dont il tenoit en main un verre d'eau qu'il buvoit sur la brèche.

Quoyqu'il paroisse un peu d'exagération dans le récit de Brantosme , le fond en est véritable, et prouvé par Y Histoire du siège de Metz, in- i " . page 169 , où il est dit que les deux frères de Bourdeille furent du nombre des seigneurs et gentilshommes qui Vinrent pour leur plaisir à ce siège , lequel fut levé par l'empereur en janvier 1552 ; et le dernier siège et prise de Hédin est du mois de juillet 1Ô53. Voyez l'Histoire des cinq , rois.

A l'égard du commandement que le capitaine Bourdeille eut en Piedmont , on ne sçauroit s'empêcher, attendu sa jeunesse, de le réduire à celuy d'une ou deux compagnies de gens de pied : et le titre de grand capitaine semble

devoir porter la même signification que présente aujourd'huy la qualité de bon officier, qu'on applique aux officiers généraux comme aux subalternes. C'est un sentiment adopté par Brantosme même , qui, dans son discours sur les Duels , dit qu'on appelloit alors capî- ' taine un simple lieutenant. Ainsi le mot de capitaine étoit générique et s'appliquoit à tout officier. Yoicy le récit qu'il fait de deux combats singuliers de ce capitaine de Bourdeille :

a Le capitaine Bourdeille, mon frère, brave et vaillant certes (je ne pense point faillir si je le dis , car il estoit tel estimé de son temps ) , estant en Piedmont , commandant à des gens de pied, il a voit avecques luy- un fort brave soldat, qu'on nommoit le capitaine Tripaudiere, Gascon, qu'il avoil eslevé , dressé, entretenu avecques luy l'espace de six ans, et fait veoyr son monde aux guerres de Piedmont , d'Hongrie et de Parme , le menant lousjours quant et luy , l'aymant fort et luy ayant appris a tirer bien des armes ; car mondict frère les avoit très-belles en la main. Par cas , ceTripaudierc fut suborné, et gaigné par M. Bonnivel , pour lors couronnel en Piedmont, pour estre avecques luy l'un de ses capitaines entretenus , dont il laissa moudict frère, qui, en estant despilé, le fit appcller sur le pont du Pau, qui ne faillit d'y aller tant il s'estoit faict présomptueux; mais en y allant, il fut rencontré par aucuns capitaines, et retourné en la ville et mené à M. de Brissac , pour empescher le combat, qui envoya quérir mondict r'rere pour les accorder. La chose futfort disputée , et mesmes des vieux capitaines delà qui dirent ny avoir aucune raison qu'un petit capitainau, entretenu despuis troisjours, se battist contre le capitaine Bourdeille ( qui ne vouloit que se battre et point s'accorder ), ayant commandé il y avoit long-temps; de plus, qu'il estoit gentilhomme de fort bonne part et bon lieu , appartenant à des plus grands de la France. Force capitaines remonstrerent au capitaine Bourdeille, veu ses qualités , qu'il se faisoit grand tort , et à tous eux, de s'abaisser par trop, que de vouloir se battre contre qui n'avoit pas trois jours qu'il n'esloitque sou simple soldat, sa créature, et fait capitaine nouveau , encor de gayeté de cœur er sans

APPENDICE

subject. A quoy ne vouloit entendre le capitaine Bourdeille ; car il estoit un jeune homme escabreux, vieux capitaine pourtant. Mais enfin, il fui tant persuadé des grands et vieux capitaines de par dc-là, et de ses comparons, de se contenter que ledict capitaine Tripaudiere luy fist une fort grande soubmission, et luy requérant fort ses bonnes grâces et amytiés : à quoy il s'accorda ; mais jamais il ne l'ayma plus, et en fit peu de compte ; car il estoit ennemy d'un ingrat.

« Le capitaine Bourdeille ( mon frère ) eut aussy en Piedmont une querelle contre le capitaine Cobios , gentil et brave soldat gascon, et pourtant grands amys auparadvant. Us s'appellerent sur le pont du Pau . à Thurin. La fortune voulut que mon frère blessast Cobios à la main de l'espée qui luy escliappa aussy tost:mais le capitaine Bourdeille, pourtant , ne luy voulut courir sus, ains luy dit : Amassez voslre espée, capitaine Cobios, car je n'ay pas accoustumé de poursuivre mon ennemy sans ses armes. Cobios luy respondit : Je ne gaignerois rien , capitaine Bourdeille, de l'amasser, puisque je suis blessé à la main, et ne me seroit possible de la tenir. Or bien donc, dit le capitaine Bourdeille, le combat est achevé; et le prit et le mena soubs le bras à la ville pour

le faire panser, et attendant sa guerison pour se rebattre ; mais M. le maresclial les accorda. »

Ce fut donc dans l'intervalle qu'il y cul entre la levée du siège de Meiz et la prise de Hcdin, que le capitaine Bourdeille fit son testament à Paris , le jeudy 29 de juin 1563 , par lequel il est qualifié noble homme Jean de Bourdeille, escuyer, demeurant au pays de Périgueux, étant de présent à Paris, logé a

i l'enseigne de la Cage verte, faubourg Saint- Germain-des-Prés , sain de corps et d'entendement. Il institua pour seule héritière noble et religieuse personne dame Françoise de Bourdeille, sa sœur, abbesse de Ligueux en Périgord; et nomma pour exécuteur de son testa ment, Renaud de Vivonne, escuyer, seigneur de Pisanny en Xaintongc; et noble homme François des Martres, dit de Périgour , seigneur en partie de la Roque Saint-Cbristophle. Il est certain qu'il étoit mort quand la dame de Bourdeille sa mère fit son testament le 26 may 1557, puisqu'elle déclare dans cet acte que Jean de

I Bourdeille, connu depuis sous le nom de seigneur d'Ardelay, avoit eu sa part de la succession de feu Jean de Bourdeille, qui étoit celuy qui a formé cet article. Il ne parott pas que le capitaine Bourdeille ait jamais été marié.

Page 1