A*»BÉ ET SEIGNEUR DE BRANTOSME
Pierre de Bourdeille, connu sous le nom de j testament du 28 juin 1546, luy donna en par- Brantosme, s'est rendu célèbre par ses Mémoi- tage la jurisdiction de la Commarche, avec res, plus amusants que solides. On ignore le quelques rentes, et il le substitua immédiatetemps de sa naissance: et il n'a pas été possi- ment à André de Bourdeille, qui étoit l'alné ble d'en découvrir l'époque certaine, en ras- de tous les enfants mâles, préférablement à semblant les différentes actions de sa vie ré- | Jean de Bourdeille, encore alors doyen de Saintpandues dans ses œuvres, dont voicy le récit. I Yrier, quoyque ce Jean, connu depuis sous
11 étoit le troisième des enfants maies de J le nom de capitaine Bourdeille, étant le second François, vicomte et baron de Bourdeille, et des enfants mâles, auroit dû précéder Brand'Anne de Vivonne de la Châtaignerayc. 11 fut tosme dans cette substitution ; et principaleêlevé pendant son enfance à la cour de la reyne ment si Brantosme avoit été, comme il l'a de Navarre. Marguerite d'Orléans ou de Valois, prétendu, destiné par son père a l'état ecclésœur du roy François I, dont la dame de Vi- siastique; ce qui ne se trouve point vérifié par ?onne sa mère étoit dame d'honneur. Cette ce testament. Il est vray que Brantosme n'y est reyne mourut en 1549. simplement nommé que Pierre de Bourdeille,
Le baron de Bourdeille son père, par son sans autre qualification; mais tout ce qu'on en
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peut conclure, c'est qu'il n'avoit alors embrassé aucun état.
Il fut envoyé au collège à Paris, étant encore fort petit garçon, et il y faisuil ses études dans un âge peu avancé , lorsque le capitaine Bourdeille son frère arriva en cette ville, revenant de la prise de Cliimay, où il avoit reçu une blessure à l'épaule. On sçait que la ville de Chimay fut prise en 1552.
Il parott que Brautosmc ne continua pas ses études à Paris : 1° parce que le testament que le capitaine Bourdeille son frère fit en cette ville le 29 juin 1553, ne fait aucune mention de luy ; 2° parce que Brantosme étoit à Poitiers jeune garçon étudiant, lorsque la religion prétendue réformée s'y établit, et que la femme d'un avocat, nommée la belle Gotte- -elle, par principe de religion, se prostituoit aux écoliers qui donnoient dans les nouvelles erreurs. On sçait que Calvin, ayant été obligé de sortir de Paris en 1533, se réfugia d'abord à Angouléme, d'où il passa à Poitiers qu'il infecta de son hérésie; et que depuis l'an 1538, Calvin ne parut plus en France. Ainsi , en 1553 , et même depuis, l'établissement du calvinisme à Poitiers pouvoit bien être encore regardé comme nouveau. A ces anecdotes, on ajoutera encore celle-cy, que Brantosme étoit fort jeune à Poitiers, lorsque Antoine, roy de Navarre, y faisoit prêcher son ministre nommé David, que ce prince mena ensuite à la cour de France à Fontainebleau.
Brantosme possédoit dès-lors le doyenné de Saint-Yrier en Limosin, le prieuré de Royan, et un autre bénéfice sous le titre de Saint- Vivien-ès-Xaintes, sur la résignation que luy en avoit fait le capitaine Bourdeille son frère.
Après la mort de ce frère, le roy Henry II, en considération des'services du défunt, luy donna l'abbaye de Brantosme, à la sollicitation „ de M. d'Auzances, que Brantosme appelle son bon cousin. C'étoit Jacques de Montberon, seigneur d'Auzances, fils de Magdelaine de Mareuil,dela branche de Montmoreau, lequel fut chevalier, de l'ordre du Roy, et gouverneur de Melz, etc. Le vicomte de Bourdeille, son frère aîné, paroissoit être encore alors prisonnier de guerre. Il succéda à Pierre de Mareuil, abbé de ce lieu, et évèque de Lavaure, décédé le 20 mars 1556, oncle de M. d'Auzances, et
continua depuis ce temps à porter le nom de Brantosme. C'est pourquoy on le trouve qualifié révérend père en Dieu, messire Pierre de Bourdeille, abbé de Brantosme, demeurant en l'université de Poitiers, claus le testament du 26 may 1557 de la Dame de Bourdeille, .sa mère, laquelle lu^ légua pour tous ses droits la somme de cinq mille livres: et dans le contrat du premier mariage de Claude-Catherine de Clcrmont, sa cousine germaine, depuis duchesse de Retz, avec Jean, sire et baron d'Anuebaut, passé à Poitiers le 28 avril 1558, auquel il assista; ayant de plus la qualité de doyen de Saint-Pierre : doyenné qui, dans l'extrait de cet acte, peut bien avoir été confondu avec celuy de Saint-Yrier. Il ne prit cependant possession de cette abbaye que le 15 juillet 1558, et la tint par luy-mème jusqu'en 1583, et ensuite jusqu'à sa mort, sous le nom de trois confidentiaires, dont l'un d'eux mourut de poison.
La portion de la terre et seigneurie de Brantosme qui avoit appartenue à la maison de Bourdeille pendant plusieurs siècles, avoit été donnée en partage à Jean de Bourdeille, seigneur de Saint-Just et de Crésignac, oncle de Brantosme. On ignore ce que devint ensuite cette portion, et comment Brantosme la fit rentrer dans sa maison.
Brantosme, ayant obtenu du roy la permission de faire une coupe de bois dans la forêt de Saint-Yrier en Limosin, il en eut cinq cents •écus, qu'il employa à faire son premier voyage d'Italie en 1557, et servit en Picdmont. On trouve dans ses Duels le récit de différents combats singuliers qu'il apprit en 1558 en passant dans la ville de Gayelte ; et il y en a quelques-uns dont il dit avoir été témoin.
Il se trouva à Rome pendant la vacance du saint-siége après la mort du pape Paul IV, arrivée le 18 août 1559, et exécuta cette année l'intention qu'avoit eu Pierre de Mareuil, son prédécesseur, de réunir le monastère de Brantosme à la congrégation de Chezal-Benoist. Les conditions sous lesquelles il consomma cette affaire, ne sont point connues. Il paroil seule ment par son testament olographe, qu'il n'eut pas sujet dans la suite d'être content de ses religieux , et que même ils le payèrent d'in-
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gratitudes de tous les services qu'il prétend leur avoir rendus en différentes occasions.
Quoyqu'on ayt raison de reprocher à Brantosme de s'être toujours trop abandonné à des plaintes continuelles et générales, souvent même peu fondées, il parolt d'autant moins permis de le taxer de ce défaut â l'égard de ses religieux, que l'abbaye de Brantosme luy est redevable de son existence, comme l'avoue le Gallia cliristiana en faisant son éloge.
Brantosme, à son retour en France, commença à prendre luy-même le gouvernement de ses bénéfices, dont il avoit laissé la jouyssance pendant douze ans au vicomte de Bourdeille son frère atné, qui jusqu'alors ne luy en avoit donné que quatre cents livres par an, quoyque la valeur de ces bénéfices ( non compris l'abbaye de Brantosme ) fût de plus de deux mille livres de rentes. Ce reproche qu'il fait dans son testament olographe à son frère, mériterait un examen, et parolt venir de l'humeur mordicante de Brantosme, qui n'épargnoit pas plus ses parents que les autres : attendu la différence de l'âge, de la situation, et des services du vicomte de Bourdeille, avec ceux de Brantosme, qui ne faisoit encore que de naître à la cour; comme il le témoigne luymême, en avouant qu'il étoit trop jeune, lorsque le maréchal Strozzy mourut, pour n'avoir conversé avec luy et cette mort arriva en 1669; que lorsqu'il commença â fréquenter la cour, il étoit encor trop jeune pour avoir remarqué et connu le caractère des dames qui la composoient ; que ce ne fut que sur la fin du mariage de la rcync Catherine de Médicis, qu'il commença à les connoltre, et qu'enfin, lors du décès de cette reyne, arrivé en 1589, il y avoit 33 ans qu'il suivoit la cour; d'où il est aisé de conclure, qu'il n'y avoit été introduit que vers Tannée 1556, temps auquel il obtint l'abbaye de Brantosme.
En effet , ce n'est que depuis le retour de ce premier voyage d'Italie , que Brantosme parle de luy-même comme courtisan, et qu'il fait mieux connoltre son attachement pour la maison de Guise, luy donnant pour fondement la liaison qu'avoit eu le feu seigneur de la Châtaigneraye, tué en 1517, son oncle, avec le due de Guise , François de Lorraine. Il parolt qu'il étoit attaché encore plus paaticulièrement
à François de Lorraine, grand prieur de France, et général des galères; déclarant que ce seigneur avoit été l'un de ses bons et premiers maîtres, et qu'il avoit été avec luy en Italie, apparemment dans le voyage que ce seigneur y fit pour conduire à Rome le cardinal de Guise en 1559.
Depuis que Brantosme fut attaché à la cour, il l'a suivit en 1559 et 1560, et se trouva , 1° à Amboise, lors de la conjuration des huguenots, et y vit pour la première fois M. de la Rochedu-Maine , âgé de soixante-dix ans , grand ami de feu son père. 2° Il étoit aussi à Orléans lorsque le prince de Condé y fut arrêté ; et 3° â la cérémonie faite à Poissy , pour la réception des chevaliers de l'ordre de Saint-Michel.
En 1561 , après le sacre du roy Charles IX, le duc de Guise emmena avec luy Brantosme encore lors fort jeune, en son château dè Guise, pour y faire quelque séjour ; mais ils furent obligés de se rendre â Paris pour le jour de la Fête-Dieu, parce que la cour, craignant que les religionnaires ne profitassent de l'absence de ce général pour commettre quelques insolences en cette fête , le roy envoya courriers sur courriers au duc de Gulsé-, pour l'obliger dè revenir à Paris.
Vers la fin de cette année 1561 , François de Lorraine , grand prieur de France, ayant été chargé de conduire en Écosse la reyne Marie Stuart, veuve du roy François II , Brantosme , ainsi que plusieurs autres gentilshommes , l'accompagnèrent dans ce voyage , et eut par ce moyen occasion de voir la cour d'Angleterre, ayant passé à Londres en revenant d'Écosse.
Il arrivoit de ce voyage, lorsque après le colloque de Poissy , le roy Charles IX accorda l'édit de janvier 1562, et qu'on ne voyolt à la cour que des ministres de la religion prétendue réformée. La guerre civile s'étant renouvelée en cette année , Brantosme , tenant le party de la cour, servit à la prise de Blois, aux sièges de Bourges et de Rouen ; et ce fut en ce dernier siège que la reyne mère ( Catherine de Médicis) luy donna des témoignages de bonté, et même de confiance , en luy parlant de différentes affaires, et entre autres de celles de Portugal. Il se trouva aussi à la battaille de Dreux, après laquelle il perdit le grand prieur,
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qui mourut à quelques mois de là d'une pleurésie. 11 paroi t ravoir d'autant plus regretté , que ce seigneur l'aymoit fort , et luy a fait plus d'honneur qu'il ne méritoit, à ce qu'il dit.
Quoyque Brantosme eût embrassé le part y des armes, on ne luy connoit encore jusqu'alors aucune dignité militaire. Aussi le premier testament du vicomte de Bourdeille , son frère atné, datté du 24 may de cette année 1562, ne le qualifie simplement que Pierre de Bourdeille, abbé de Brantosme. Par cet acte, il fut substitué, conjointement avec le baron d'Ardelay , aux enfants de ce frère aîné.
La mort du grand prieur de France ayant donné occasion à Brantosme de s'attacber davantage à François, duc de Guise , son frère, il le suivit au siège d'Orléans, où ce prince fut tué par Poltrot en 1663 ; et quoyque M. d'Aubeterre eût épousé la nièce de Brantosme , il ne laisse pas de l'accuser d'avoir participé à ce meurtre par ses conseils. C'est même un reproche qu'il fit dans la suite au duc deMayennc, voyant que ce duc préféroit les intérêts de M. d'Aubeterre aux siens, dans un différend qu'ils eurent ensemble, et dont il n'a pas voulu donner le détail.
En 1564, il servit à la prise de Vêlez en Barbarie sur les côtes d'Affrique. Ce fut alors que le roy de Portugal l'honora de son ordre de Christ. Après cette expédition, ayant passé à la cour d'Espagne," la rcync Elisabeth de France le fit présenter au roy son époux parle duc d'Albe, ensuite à dom Carlos, à la princesse, et à dom Juan. Il eut avec cette reyne plusieurs conférences, et entre autres sur M. de Bellegarde, depuis maréchal de France, pour lequel le roy Charles IX demandoit à Sa Majesté catholique une commanderie de l'ordre de Calatrava de quinze cents ducats de rentes ; et Brantosme rapporte comme une preuve de la considération que cette reyne avoit pour luy , qu'une fluxion, causée par l'air de la mer, l'ayant empêché pendant deux jours de parottre à la cour, Sa Majesté ne manqua pas de s'informer de sa santé ; et elle luy envoya même son apothicaire, qui le guérit sur-le-champ avec certaine herbe.
A son retour en France, il fut le premier à témoigner à la reyne mere l'envie que la reyne d'Espagne , sa fille, avoit de la voir; et le roy
Charles IX luy ayant fait des questions sur l'état de la marine en Espagne , Brantosme luy en donna un détail avantageux pour Espagne, et profita de cctleoccasion pour luy faire connoltre la nécessité d'une pareille marine en France. Trois mois après son arrivée , il eut ordre, ainsi que plusieurs autres , d'aller au-devant de la reyne d|Espngne, pour l'accompagnera son entrée dans Baronne. En 1565, Brantosme fut revoir sa mai on, dont il étoit absent depuis deux ans; et ensuite, ilentreprit le voyage de Malthe.
Au commencement de l'année 1566 , la cour étant à Moulins , Brantosme et son fréré le baron d'Ardelay, se joignirent à vingt ou trente autres gentilshommes, pour porter du secours à Malthe assiégée par les Turcs. Ils choisirent pour leurs généraux messieurs de Strozze et de Brissac , et emmenèrent avec eux huit cents soldats. Mais comme le roy, pour des raisons d'État , ne vouloit pas permettre Oùvertement ce voyage, M. de Strozze, alors mestre de camp du régiment des gardes, se servit du prétexte d'aller en Provence, et en obtint la permission pour deux ou trois mois. Ce fut dans ce voyage que commença ta liaison de Brantosme avec M. du Gua. Ils portoient tous l'harquebuse et le fourniment, et faisoient actes de simples soldats. Ils prirent leur route par Rome , où le pape leur donna des Àgnus. Étant arrivés à Malthe , ils y furent défrayés par te grand maître, pendant trois mois et demy.
Brantosme eut alors envie de se rendre chevalier de cet Ordre ; mais M. de Strozze, son am y, l'en détourna, et luy représenta qu'il ne devoit si fort dédaigner la fortune qu'il trouveroit en France ( en effet, son frère le vicomte n'avoit point encore d'enfants mâles). En revenant de Malthe, il parcourut différentes villes d'Italie, séjourna un mois à Milan pour apprendre à tirer des armes d'un fameux maître nommé le grand Tappc ; et étant à Rome , avec son frère d'Ardelay, et près de cent autres François, il parut vcrsOstie des bâtiments turcs. Le pape en fut alarmé, et les pria de rester pour le secourir au besoin. Mais Sa Sainteté en fut quitte pour une simple alarme.
Pendant le séjour que Brantosme fit alors à Rome, il dit avoir trouvé, par le secours de bon nombre d'écus françois, plus de complaisance qu'à son premier voyage, dans une femme ,
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nommée Fausline, qui, en se mariant , avoit fait agréer par son mary la condil ion de jouir de la môme liberté dont elle usoit avant son mariage, lorsqu'elle étoit concubine.
Il trouva aussi en cette ville nn comte du royaume de Naples , et riche de douze mille écus de rentes , nommé le comte Jean de Bourdella, ou Bourdelia, qui portoit mêmes nom et armes que luy. 11 en reçut beaucoup de marques d'amitié, et forma liaison avec luy .Ce comte luy dit que ses ancêtres étoienl des confins de la Gascogne, et avoient été attirés en ce pays par les guerres de Naples. Sur le récit qu'en fit Brantosme à son retour en France, son frère le vicomte de Bourdeille et luy cherchèrent dans leurs titres, et y trouvèrent qu'un cadet de la maison de Bourdeille, frère du brave Arnaud de Bourdeille, séneschal de Périgord, et du cardinal de Bourdeille, passa à Naples avec le roy Louis dans le temps des guerres de ce pays , et que depuis on n'en a plus entendu parler. Cette origine parolt fondée, comme on le peut voir cy-devant à l'article des enfants d'Arnaud de Bourdeille , premier du nom , où on a écrit que ces comtes de Bordella ou Burdelia avoient eu en 1710 laeomté de Buendia et le marquisat de Podilla, par les Medina-Celi, qui. descendent des roys de Castille et de Léon.
Avant d'arriver en France, Brantosme visita la cour de Savoye,et eut un entretien avec le duc sur les troubles de Flandres. Au reste, l'accueil qu'on luy fit ne répondit pas apparemment à son attente; car il dit qu'un jour, soupant avec la dame de Poncalier, dame d'honneur de la duchesse de Savoyc , elle luy présenta de la part de la duchesse une bourse de cinq cents écus. Comme cette dame ajouta , que c'étoit en considération de Tamytié que cette princesse avoit pour la dame de Dampierre , Jeanne de Vivonne, tante de Brantosme, il ne voulut pas accepter ce présent , et répondit qu'il luy restoit assez d'argent pour se rendre en France. Si ce présent luy avoit été offert pour marque de l'estime particulière qu'on faisoit de luy, il ne l'auroit peut-être pas refusé.
Son amour-propre se fait encore mieux conottre par les plaintes qu'il fait de la maison de Savoye, en parlant de la parenté qu'il avoit
Quoyque Brantosme continuât jusqu'alors d'être réellement abbé du monastère dont il portoit le nom , l'esprit militaire l'emportant sur l'ecclésiastique, il laissa enfin la qualité sans laisser l'abbaye , pour prendre celle du seigneur de Brantosme.
L'année 1567 , vers la Saint-Michel , les huguenots ayant renouvellé la guerre, par les tentatives qu'ils firent près de Meaux pour enlever le roy Charles IX, on ordonna à tous les mestres de campdefairedenouvellescompagnies. Brantosme, comme l'un d'eux, eut ordre d'en lever deux; mais il se contenta d'en former une, s'en trouvant , dit-il, encore assez chargé. C'est, cependant , le fondement sur lequel il dit dans son testament , avoir eu le commandement de deux compagnies; et il servit cette année à la bataille de Saint-Denis , et voyage de Lorraine, lorsqu'on manqua de combattre les ennemys à Notre-Dame de l'Épine.
En 1568, la paix fut conclue ù Longjumeau, et Brantosme entra avec sa compagnie dans Chartres, dont les habitants ne voulurent point recevoir la colonnelle de M. d'Andelot , parce qu'il étoit religionnaire.
Cette même année , étant avec sa compagnie de gens de pied en garnison à Péronne, M. de Théligny , son amy, luy fit des propositions avantageuses de la part de M. le prince deCondéet de M. l'amiral de Chàlillon, pour leur livrer cette place. Mais quoyque Brantosme eût reçu quelque mécontentement du roy, sans en dire le sujet , il refusa ces propositions. Sa Majesté l'ayant appris quelques jours après , elle luy en sçut très-bon gré , et l'en ayma plus que jamais.
On le trouve qualifié l'un des gentilshommes du duc d'Orléans, depuis Henry 111, à six cents livres de gages, de 1564 à 1569, et huit en 1570 : et aussi de même du roy Charles IX, à six cents livres de gages, depuis l'année 1568 jusqu'en 1570, dans un état de la maison de ce prince de 1560 à 1574 , qui luy donne pour collègues des seigneurs des maisons de Roche- Chouart, Chabannes, d'Ailly, Montluc, Crevant, etc. 11 y a lieu de croire qu'il ne prit cette charge que vers le milieu de l'année 1568. La preuve en résulte d'une quittance,
avec cette maison , aussi bien que de celle qu'il I qu'il donna le 28 mars 1568, sous la seule dénoavoit avec la maison de Nassau. I mination de Pierre de Bourdeille , seigneur de
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Brantosme, de la somme de cinq cents livres , en deux cents écus pistolets à cinquante sols la pièce, que Sa Majesté luy avoit accordé en considération de ses services passés et présents dans les guerres, comme aussi pour l'ayder à supporter les frais et dépenses. Mais par une autre quittance du 1er décembre 1568, de sa pension de deux mille livres par an , il se qualifie noble Pierre de Bourdeille, seigneur dudit lieu , gentilhomme ordinaire de la chambre du roy. Ces deux quittances sont scellées du sceau de ses armes.
Pendant que Brantosme étoit à la cour , le roy Charles IX donna une féte sur la rivière ; et il arriva que, dans ce petit combat, le baron de Montesquiou ( qui depuis tua à Jarnac le prince de Condé) tomba dans l'eau ; Brantosme luy sauva la vie, eu le retirant de l'eau et depuis ce temps, ce baron l'appel ia son père, quoyqu'il fût plus âgé que Brantosme.
En 1569, après la bai taille de Jarnac, où il se trouva, il quitta l'armée du roy, pour se rendre à Brantosme, étant alors attaqué d'une fièvre tierce, qui luy dura dix mois. Pendant le séjour qu'il y fit , l'armée des religionnaires passa en ce lieu, sans y faire aucun dommage, par considération pour luy; et le prince des Deux -Ponts mourut en sa maison. Ces trouppes eurent encore une autre fois pour luy les mêmes attentions, quoyqu'il fût absent. C'est pourquoy il appelle cette abbaye, la plus entière pucellequi fût en Guyenne, malgré les guerres de religion; et attribue la modération des religionnaires en ce lieu , à la considération qu'avoit pour luy le roy de Navarre, et à la parenté qu'il avoit avec Charlotte de Laval , femme de l'amiral de Cbâlillon, laquelle étoit fille d'Antoinette de Daillon.
Brantosme avoit eu dessein de se trouver à la battaille de Lépanie, qui se donna Tan 1571; mais M. de Strozze l'en détourna, en luy proposant un embarquement qui n'eut point d'exécution.
En 1572, Marguerite de France, sœur du roy Charles IX , ayant été mariée avec Henry, roy de Navarre , depuis roy de France sous le nom de Henry IV, Brantosme eut l'honneur d'accompagner cette princesse à son entrée dans Bourdeaux, et même d'être près d'elle sur l'échaffaut, d'où elle répondit aux
compliments de tous les corps de cette ville, avec tant d'éloquence , que la reyne mère en fut charmée, sur le rapport que luy en fit Brantosme à son retour.
L'armement cy-dessus mentionné étoit destiné à faire des conquêtes dans le Pérou, et l'amiral de Châtillon avoit voulu engager MM. de Strozze et Brantosme de l'employer plutôt à faire quelques descentes sur les côtes de Flandres; leur promettant d'y mener aussi des trouppes par terre. Mais Brantosme ne fait point connoltre si ces propositions furent reçues ou non. Il paroit seulement qu'il étoit à Brouage avec M. de Strozze, pour travailler à cet armement, lors du massacre de la Saint - Barthélémy, où l'amiral fut tué, ainsi que M. de Théligny, son allié et son amy, qu'il témoigne avoir fort regretté.
Ce projet d'armement naval étant rompu, M. le maréchal de Biron , que le roy avoit envoyé en son gouvernement de Xaintonge, pour réduire en son obéissance la ville de la Rochelle, vint trouver à Brouage MM. de Strozze et Brantosme, et leur commanda de la part du roy de l'assister en cette expédition. Et comme Brantosme n'étoit plus dans le service . il fut en qualité de volontaire, et sans solde, au siège de la Rochelle , avec son amy M. le colonnel de Strozze, sous lequel il avoit commandé cy-devant une compagnie de gens de pied, qu'il n'a \ oit quitté que par caprice. Les blessures qu'il y reçut furent si légères, que, dans un entretien qu'il eut avec M. de Guise, ils se félicitèrent l'un l'autre d'en avoir été quittes à si bon marché. Cependant, le jour de la première ouverture du Fossé, au mois d'avril, un éclat de pierre luy frappa la main gauche, et luy causa pendant quinze jours une douleur sourde. Il fut aussy blessé (légèrement ) dans une escarmouche , étant aux masudes de la Fosse aux Lions. Son bonheur le suivant par-tout , il se trouva couvert de sang et de cervelles de gens tués près de luy en dif férentes occasions , sans partager leurs mal heurs. A l'assaut qui fut donné en plein jour par l'avis de M. de Revers, M. de Strozze et luy étant avec M. de Longueville au premier échelon, ils pensèrent être tués de deux grenades qui tombèrent à leurs pieds. Un jour, un soldat s'étant assis dans une chaise qu'il
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venait de quitter, fut emporté par un boulet tire de la coulevrine dite la Vache.
Les Rochellois profitant du mouvement que causa dans les assiégeants l'arrivée des Suisses, fireut une sortie, et prirent dix enseignes, qu'ils plantèrent ensuite sur leurs murailles. Le lendemain, comme on parlemeutoit sur des propositions de paii, Braulosine fut à la Rochelle, el engagea les Rochellois à retirer ces enseignes de dessus leurs murailles, pour ne point aigrir les esprits contre eux.
Pendant ce siège, il donna au roy de Navarre la première arquebuse dont ce prince eût jamais tiré. Elle avoil été faite a Milan, douce et légère, dorée d'or moulu. Cetoit un présent que luy avoil fait M .de Strozze lors de son embarquement de Brouage. M. de Strozze établit le premier l'usage du mousquet pendant ce siège.
L'attachement que Brantosme avoit pour luy fut si grand, qu'il le suivit par-tout, et il le luy prouva encore mieux par le secours dont il luy fut , lorsque M. de Strozze reçut deux coups d'arquebuses dans sa cuirasse. Enfin, cette amitié fut si étroite, qucquoyqueM. de Strozze l'eût prié de se retirer, luy faisant offre de luy. procurer une fortune assurée , et de luy continuer son aminé, il ne voulut point le quitter.
Cette liaison cessa par la circonstance suivante. Brantosme étant sur le point de se marier en bon lieu , qui l'eût rendu heureux pour le reste de ses jours, il rompit ce mariage pour aller joindre M. de Strozze à Bourdeaux. A son arrivée, il trouva que M. Strozze luy «voit donné le coup de pied de mulet, cl fait le tour d'un amy ingratissime. Cette action, dont il ne donne point l'explication, pourrait bien regarder des démarches que fil M. de Strozze l'année même de sa mort , pour épouser la vicomtesse de Bourdeille alors veuve. M. de Strozze, dit Branlosme, n'étoitny bon amy, ny mauvais ennemy. Mais c'est un jugement qui mériteroit examen , par l'usage où éloit Brantosme de parler beaucoup et de penser peu. Au reste, l'union qu'il eut avec M. de Strozze > dura vingt-cinq à trente ans, ce qui semble bien long pour Brantosme ; d'autant plus que cVstoit Philippe de Strozze, né eu 1641 , colonel général de l'infanterie,
chevalier des ordres du Roy, mort en 1582, qui par conséquent devoit être moins âgé que Branlosme, et son su|>éricur en dignité.
Au mois de mars 1574 il éloit à Branlosme , et fut convié par le vicomte de Bourdeille, sqn frère, d'assembler des gens de guerre pour luy prêter la main en cas de besoin dans ses fonctions de séneschal de Périgord. Mais il y a apparence qu'il ne fut pas long-temps sans revenir à la cour; car après la mort du roy Charles IX , arrivée le 30 may 1574 , Brantosme assista avec M. de Strozze à l'ouverture du corps de ce prince : el n'ayant reconnu aucune trace de poison, ils en donnèrent avis à mailre Ambroise Paré, premier chirurgien de Sa Majesté, lequel leur fit réponse que ce prince éloit mort d'avoir trop sonné de la trompe à la chasse du cerf; ce qui luy avoit gâté son pauvre corps. Les princes et seigneurs de la cour quittèrent tous le convoy de ce roy à l'église de Saint-Lazare, faubourg de Paris; et il ne resta pour l'accompagner jusqu'à Saint-Denis, que Brantosme, quatre autres gentilshommes de la chambre, et quelques archers de la garde.
Vers la fin de cette année 1574, Brantosme fut employé à négocier la paix avec le sieur de la Noue, l'un des chefs des rcligionnaires. Il eut pour cet effet une conférence à Pons , dont le vicomte de Bourdeille envoya le détail au roy, Henry III, dansses lettres des 15 novembre et 10 décembre 1574. Voicy ce qu'on en trouve dans les historiens: 1574 septembre ou oclohrc l'abbé de Brantosme étoit quelques jours auparavant arrivé eu Brouage, de la pari du roy, pour quelque ouverture de paix et moyens de la négocier; assurant que le roy y éloit fort bien disposé. Le lieutenant de Poitou fut assez long-temps avec luy , tant qu'il y eut jour assigné à Angoulin, distant d'une lieue de la Rochelle. Le 19 dudit mois, et à la conférence de ces affaires avec Brantosme , la Noue et au cuns de la Rochelle disoient qu'ils attendoien leurs députés de Lyon. Les députés arrivèrent trois jours après la conférence , et apportèrent la permission du roy d'euvoyer le prince de Condé en Allemagne, et autres, pourmoycnncrla paix. Le vicomte de Bourdeille, son frère, le renvoya après cette négociation vers Sa Majesté, pour
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luy rendre compte, et le chargea pour elle d'une lettre dattée de Périgueux le 30 janvier 1575.
En considération des services de ces deux frères, le roy, par brevet du 18 juillet 1575, leur dpnna nomination de l'évèché de Périgueux , vacant par la mort de messire Pierre rum iner, pour en pourvoir telle personne capable qu'ils choisiraient, à la charge néanmoins de deux pensions sur le revenu de cet évèehé : sçavoir, nulle livres pour la damoiselle de Bourdeille, leur sœur, Tune des damoiselles de la reyne mère , et huit cents livres pour Antoine de la Sestre, ebautre de l'église de Périgueux, qui avoit aussi eu part à cette négociation.
En conséquence de ce brevet , MM. de Bourdeillc nommèrent à révèché de Périgueux, François de Bourdeille, leur cousin, alors religieux de Saint-Denis en France. Braulosme l'en attribue tout l'honneur , ainsi que des frais de provisions, suivant son style ordinaire. On pe voit cependant pas, depuis ce temps, qu'il ait donné des marques de sou grand crédit à la cour, quoyqu'il continuât d être l'un des gentilshommes de la chambre du roy Henry 111, suivant les états de la maison de ce roy de 1575 à 1589.
H passa cette anuée 1575 à la cour, et logeoit dans la rue de Grenelle, près la rue Saiut- Honoré. Il fut témoin de toute la querelle (le MM. de Bussy et de Saint-Fal, qui fut terminée sans effusion de saug, malgré leur bonne volonté à se battre. Mais Bussy, quelque temps après , ayant failly d'être assassiné dans cette rue de Grenelle, on luy conseilla de sortir. Brantosme, comme son parent et fort bon amy, quoyque travaillé d'une fièvre tierce, se joignit à d'autres gentilshommes, pour luy former une escorte ; et tous ensemble ils accompagnèrent M. de Bussy jusqu'au Petit-Sain t- Antoioe. Cette démarche de Brantosme ne plut pas au roy, attendu que Brantosme étoit l'un de ses gentilshommes ordinaires, et qu'il y avoit lieu de croire que Sa Majesté n'avoil pas de part à l'avis qu'on avoit donné à Bussy de sortir de Paris. Brantosme s'excusa auprès du roy sur sa parenté et son amitié avec Bussy, comme aussy sur le bruit qui avoit couru qu'il devoit être assassiné daus les rues. Sa Majesté reçut cette excuse, parce qu'alors le roy luy portoil bon visage.