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ISABELLE DE BOURDEILLE
BARONNE D'aMBLEYILLE.
Isabelle de Bourdeille, née depuis l'an 166*2, I légataire de son père, en 1667, de 1m somme de quinze mille livres, el réduite comme ses autres sœurs pour tous ses droits à celle de trois mille trois cent trente-trois écus un tiers, revenant à dix mille livres, par son dernier teslaraeut de l'an 1581 , n'étoil poiuj encore alors mariée.
Quelques années après la mort de son père* elle épousa François de Jussac, chevalier, seigneur et baron d'Ambleville, dont il sera fait un article particulier après celuy de sa femme. Elle vivoit avec luy en 1594 et 1696, que la vicomtesse de Bourdeille, sa mère, par ses testaments et codicilles faits dans ces années, la pria de se contenter de la dol qu elle •voit eue an mariage, montant à la somme de onze mille trois cent trente- trois écus un tiers; et chargea son héritier universel d'acquitter ce qui se trouverait èire dû de cette dot.
Elle assista eu qualité de haute et puissante dame lsabeau de Buurdei Ile, dame d'Ambleville, au contract de mariage passé a Aubeterre le 12 avril 1697, d'IIippolyle Bouchard, vicomtesse d'Aubelerre, sa nièce, avec Françoisd'Esparbez de Lussan, baron de la Serre.
Le seigneur de Brantosme, oncle de la dame d'Ambleville, la nomma l'une de ses héritières universelles; et madamoiselle Mandela ine de Bourdcille, sa taule , luy fit un legs de la somme de quatre mille livres par ses testament et codicille des années 1611 et 1617.
Elle donna aussi son consentement au contract de mariage passé à Aubeterre le 20 février 1629, d'Isabelle d'Esparbez d'Aubeterre, dite madamoiselle de la Serre, sa petite nièce, avec Pons de Salagnae, baron de Magnac, dans lequel elle est qualifiée très-haute et puissante dame Isabelle de Bourdeille, dame d'Ambleville , paraissant alors veuve.
Enfin, se trouvant alitée par maladie, elle fit son testament chez le seigneur de Fougeré, son gendre, en la paroisse d'Oriole en Xaintonge, le 21 novembre 1630. Par cet acte, elle demanda d'être inhumée dans la chapelle du lieu d'Am-
bleville, où reposoit le cœur de feu son mai y; légua la terre de Richemont qui luy apparie» noit en propre, à François de Jussac, seigneur de Saint Preuil, son fils puîné; substitua cette terre A François de Sainte-Maure, fils du seigneur de FoUgeré, et exclut totalement de celte substitution Claude de Jussac, son fils aîné; mais elle récompensa ce fils atné, en luy transportant le legs de quatre mille livres que luy avoit fait feu madamoiselle de Bourdeille, et qui n'avoit poiul encore été acquitté par M. de Bourdeille, frère de la testatrice. De plus, elle institua le même Claude de Jussac pour l'un de ses héritiers universels, conjointement avec Nicolas et Hipolitte de Jussac, ses autres fils et fille : donna en outre à ce Nicolas de Jussac des terres nommées d'Arloz et les vieilles Fouges, situées dans les paroisses d'Oriole et de la Garde, et fit aussi un legs de la somme de six mille livres A Henriette de Jussac, dame de Chabans, fille puînée de la testatrice. Elle nomma pour exécuteur de ce testament M. de Bourdeille, son frère, chevalier des ordres du roy, et chargea la comtesse de Duretal , sa sœur, du soin de remettre cet acte entre les mains de M. de Bourdeille. Il y a apparence, qu'elle mourut de celle maladie; car les titres domestiques, depuis ce temps, ne font plus mention d'elle.
François de Jussac, baron d'Ambleville, son époux, étoit, avant son maryage, déjà en Maison avec MM. de Bourdeille. Il fut l'un des témoins du contract de mariage de Jeanne de Bourdeille, comtesse de Duretal, passé au château d'Archiac le 8 novembre 1684, dans lequel il est qualifié messire et chevalier seigneur de Saint-Marsault et d'Ambleville.
Il contribua à sauver le duc d'Espcrnon(Jean Louis de Nogaret) de l'assassinat formé contre sa personne à Angoulême en 1688. Cependant il ne paroissoit avoir encore aucune dignité militaire, du moins considérable, en 1595 et 1597 quoyque dès-lors il se trouve qualifié haut et puissant seigneur messire etc., baron d'Am-
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bleville. Mais il étoit capitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances du roy, et gouverneur des villes et château de Cognac en 160*. A ces qualités, il joignit celle de chevalier de Tordre du Roy en 1604, comme le prouvent les contraels de mariage du baron de Mata et du vicomte de Bourdeille, ses beauxfrères. Il parott, depuis ce temps, avoir fait sa résidence ordinaire à Cognac, d'où il écrivit plusieurs lettres au roy et aux ministres, en 1610 et 1612, pour leur rendre compie des affaires de son gouvernement. Ces lettres sont scellées du cachet de ses armes.
En 1614, A l'occasion dés troubles des religionnaires, il proposa à l'évèque de Poitiers de luy donner telfe assistance qu'il désireroit, pourvu qu'il eût le commandement des troupes. Cette proposition fut envoyée au roy; mais on ignore si elle eut sou exécution. Ce qui est certain, c'est que, par le contract dé mariage d Henriette de Jussac, sa fille, avec Gaspard Joumard de Chabans, seigneur de la Chapelle-Faucher, du 26 janvier 1615, il y est qualifié chevalier, seigneur d'Ambleville, conseiller du roy en ses conseils d'État et privé, capitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, lieutenant-général pour Sa Majesté ès-pays d'Angoumois, Xaintonge, Aunis, ville et gouvernement de La Rochelle.
Cette même année, au mois d'octobre, dans le voyage de Leurs Majestés en Guyenne, il vint au-devant d'elles à Barbezieux,â la tête d'une très-belle troupe : pendant le séjour qu'elles firent en ce lieu, le duc d'Espernon y étant tombé malade, à la suite duil emportement qu'il eut contre le comte de Candalc, son fils, dont l'attachement pour le paçty des pn nées , fie luy étoit que trop connu , M. d'Ambleville fut chargé du soin d'accompagner et conduire ce duc â Augouléme; et il y demeura avec luy, jusqu'à ce qu'ayant été averty des mauvais desseins des religionnaires de Cognac, il fut obligé de laisser â Angoulême le duc d'Espernon, dont la sanié comme nçoit à se rétablir, et il s'en revint malade à Cognac, d où il écrivit à M. de Ponchartrain , secrétaire d'État , le 14 du même mois d'octobre, pour l'informer dé tous ces mouvements.
Par ht même occasion, il pria ce ministre de représenter à la reyne qtrït. nVroit encore
riéil reçu de ses gages et pensions de cette année, non plus que ce qui étoit dû de l'entretien de la compagnie de cinquante hommes, commandée par son fils pour la garde de la ville de Cognac; qu'il étoit fort pauvre gentilhomme, et que, sans les bienfaits du roy, il ne luy seroil pas possible de soutenir la dépense à laquelle sa charge i'obligeoit. Celte charge étoit sans doute relie de lieutenantgénéral en Xaintonge et Angoumois, dont le duc d'Espernon, auquel il étoit particulièrement attaché, avoit le gouvernement. La preuve qu'en fournit la lettre cy-dessus,est encore fortifiée par celle qu'il écrivit de Cognac au roy le 28 novembre 1617, pour supplier Sa Majesté de rétablir les pensions qui luy avoient été retranchées, et de le dispenser de se rendre à la cour, attendu la nécessité de sa présence dans sou gouvernement, afin d'y maintenir toutes choses en l'état où les avoit laissées le duc d'Espernon à sou départ.
En 1618, il fil dresser par le vicc-séneschal en Xaintonge un procès-verbal des ravages nouvellement faits dans un bénéfice par le seigneur de Jarnac du party des religionnaires, et il l'envoya au roy le ll août de cette année : mandant à Sa Majesté qu'il se trouveroil heureux qu'elle eût découvert la vérité sur les plaintes portées contre luy; qu'à l'égard de la faule commise par le maire de la ville de Xaintes, sur le fait des étrangers, pour avoir mal compris sa déclaration , il auroil soin d'y pourvoir à l'avenir, etc. Celte lettre est encore une nouvelle preuve du commandement qu'il avoit en Xaintonge, et dout le roy luy témoigna sa satisfaction dans la réponse que Sa Majesté luy fil le 1er de septembre suivant, en le priant d'employer sa dextérité et prudence accoutumées à faire observer ses édits par ses sujets , tant catholiques que religionnaires pour les maintenir en paix.
Il avoit été nommé chevalier des ordres pendant la minorité du roy Louis XIII. Le. rôle ' de ceux qui se trouvoienl dans le même cas que luy fut rapporté au chapitre de l'ordre du Saint-Esprit , tenu le 5 décembre 1619. Mais sa nomination ne paroll point avoir eu d'effet ; on a même douté si elle ne regardoit pas | Jean de Mornay , seigneur d'Ambleville en Nor- ! mandie, qui étoit son contemporain, parce que
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les noms de baptême et de famille ne sont | point spécifiés dans ce rôle. Mais <]uoyqu'ils fussent tous les deux de naissance à mériter cet honneur , il est cependant plus probable que celte nomination à Tordre du Saint-Esprit éloil uniquement pour François de Jussac , attendu ses services et ses emplois distingués dans le militaire ; au lieu que ce Jean de Mornay semble n'avoir jamais suivi le pari y des armes : et même après sa mort , le contraci de mariage de Berlin de Mornay, seigneur d'Ambleville, son fils aîné, de l'an 1623, ne donne à Jean de Mornay pour qualification d'emplois ou de dignité, que celle de gentilhomme ordinaire de la chambre du roy.
Auresie, si François de Jussac n'a point été reçu chevalier des ordre», deux raisons peuvent )ien l'en avoir privé, ainsi qu'il est arrivé à beaucoup d'autres seigneurs : 1° l'éloignemcnt de la cour, n'ayant point quitté son commandement pour s'y rendre; 2° c'est que, depuis la promotion de 1619, il n'y eut point de chevaliers des ordres reçus par le roy jusqu'à celle de 1633; et François de Jussac éloil certainement mort avant 1630. D'ailleurs, si l'espérance de voir effectuer celte grâce ne luy avoit pas été assez sensible pour s'm plaindre, cependant on ne voit aucun vestige de plaintes sur cet article dans ses lettres. Il écrivit, toujours de Cognac, au roy, le 10 may 1620, et par conséquent, après la cérémonie de la réception des nouveaux chevalirrs qui s'étoienl trouvés à la COtir, pour luy témoigner la joye que luy avoit causée la lettre de Sa Majesté du 8 du même mois , par laquelle elle luy avoit fait part de la résolution qu'elle avoit prise de s'approcher de ces quartiers, pour y maintenir son autoritéet la tranquillité publique. Il luy manda en même temps la destination que les religionnaires, dans leur assemblée de lia Roclielle, avoient faite de MM. de Roban , de la Tremouille , de Soubise et de Jarnac , pour remplir les commandements des pays qu'ils occupoient ; et pria Sa Majesté d'ordonner à M. d'Auriac, commandant pour elle en Poitou , de luy envoyer quelques troupes. Il faudrait voir cette lettre du roy, du 8 may 1620, parce qu'elle pourrait donner plus d'éclaircissement sur la nomination de François de Jussac à l'ordre du Saint-Esprit
Quoyque la résidence ordinaire de M. d'Am-
bleville fût à Cognac, il ne laissoit pas de faire quelques séjours dans les autres villes de son commandement. Il étoit revenu d Angoulème depuis deux jours le 23 may 1621 , qu'il écrivit de Cognac au roy, et manda à Sa Majesté, qu'il assembloit des troupes pour empêcher les religionnaircs de se jetter dans Saint -Jean d'Angely; que la noblesse de Xaintooge et partie de celle d'Angoumois étoit allée joindre M. d'Espernon. Ilparait,paruneaulreleltredu21 juillet de cette année, qu'il adresse simplement â monseigneur, (apparemment le connétable de Luy ries), qu'il étoit alors occupé à la démolilion d'une place de guerre : car il mande qu'il a presque abattu* le bastion du côté de la porte de .Niort . et qu'il est actuellement au bastion de la porte de Mata; mais il ne nomme point cette place. Celte lettre est le dernier litre qu'on ait vu de luy. Toutes ces lettres sont scellées du même cachet cj-devant noté.
Il étoit mort avant le testament fait en 1630 par la dame d'Ambieville, sa veuve, qui le qualifie lieulenant-général pour le roy en Xainlonge, Angoumois et Aunis; et qui apprend qu'il avoit été inhumé en la chapelle de Saint- Crespin dans la grande église de Cognac. Aux qualités t y-dessus, le testament de la comtesse de Duretal, sa belle-sœur, de l'an 1641 , luy ajoute celle de gouverneur de La Rochelle ; mais on n'en a point d'autres preuves.
Le seigneur de Brantosme a témoigné, pour le seigneur d'Ambieville, son neveu, moins de mépris personnel, que pour le vicomte d'Aubeterre : mais cet oncle, peu favorable à tous ses parents, n'en a pas moins satisfait sa mauvaisehumeurpard'autresmoyens; car il déclare, dans un état de ses neveux et nièces, qu'il fil en 1602, qu'il ne metloit guères en compte M. d'Ambieville, depuis que, de gayelé de cœur, ce neveu s'éloit distrait de son amitié, et sans sujet. Ensuite, par son dernier testament de 1609, il accuse M. d'Ambieville d'avoir soutenu contre luy Guillaume Malet, seigneur de la Barde Saint- Crespin, dans un procès qui durait entr'eux depuis douze ans au parlement de Bourdeaux , et qui luy tenoit si fort au cœur, qu'il chargea ses héritiers de le poursuivre à toute outrance , sous peine d'exbérédation. Il ajoutoit raali-
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gnement, que cette déférence de M. d'Ambleville pour le seigneur de la Barde venoit de ce que ledit seigneur de la Barde avoit pour grandpère un notaire, portant le nom Mallety en Périgord, lequel avoit épousé la grande-tante de M. d'Ambleville. L'idée désavantageuse que le seigneur de Brantosme a voulu donner, par ce trait méchant, de la noblesse de messieurs d'Ambleville et de la Barde mérite qu'on leur rende la justice qui leur est due.
Messieurs de la Barde Saint -Crespin, du nom de Mallet en Périgord, ont prouvé, en 1667, devant l'intendant de Guyenne, leur noblesse , sur titres, depuis et compris l'an 1520 ; ce qui suffit pour faire voir qu'ils étoient gentilshommes , et que leur alliance n'étoit point déshonorablc pour messieurs d'Ambleville.
A l'égard de la maison de Jussac , voicy ce qu'on en a pu connoitre par les extraits des titresqu'on a vus, et par les preuves de plusieurs chevaliers de Malthe qu'elle a produites. Cette maison étoit établie il y a plus de trois cents ans dans le Périgord, l'Angoumois, et autres pays voisins. Mahieu de Jussac servit dans les années 1413 et 1415, en qualité de capitaine de cinquante arbalestriers à cheval , sous Charles , duc d'Orléans, neveu du roy Charles VI, et petit-fils du roy Charles V. Pierre de Jussac , descendu de ce Mahieu , eut entre autres fils , Jean de Jussac, seigneur de Marafin, écuyer du roy François I , et François de Jussac, sei-
gneur de Ciré et de Bouteille, lesquels ont formé les différentes branches de cette maison. Ce François de Jussac fut l'ayeul du seigneur d'Ambleville, qui a donné occasion à cet article. La branche d'Ambleville, comme dernière cadette, brisoit ses armes d'un la tu bel de cinq pendants. Elle s'est éteinte dans le siècle dernier, et les terres d'Ambleville, de Richemont , deBarret, qu'elle possédoit, ont passé dans les maisons de Sainte Maure et de Chabans. Le plus célèbre des enfants de ce dernier seigneur de Saint-Preuil, maréchal de camp, et gouverneur d'Arras, qui après avoir servi pendant plusieurs années avec braucoup de distinction et de fidélité, eut la tête tranchée à Amiens, le 9 de nouvembre 1641, moins pour le crime qu'on luy fit d'avoir attaqué la garnison espagnole sortant de Ba paume après la prise de celte place sous la simple escorte d'un trompette, que pour satisfaire l'inimitié qu'avoient pour luy le maréchal de * la Meilleraye , et M. des Noyers , secrétaire dÉtat.
Jean de Jussac, seigneur de Marafin , cydessus nommé , ainé de sa maison , est l'auteur des branches connues sous les titres de marquis de la Morinière , des seigneurs de la Folaine, des comtes de Jussac, qui porloient leurs armes pleines, et des seigneurs d'Antraigues et de Beaufort , qui comme cadets, brisoient d'un lambel de trois pendants.
ADRIENNE DE BOURDEILLE