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à qui la reync venoil de les donner. Dans la Miile , le prince de Condé , qui avoit assisté à ce conseil, déclara s'être opposé à cet avis, et en rejet ta totalement la faute sur le coadjuteur , et sur le comte de Montrésor.
Quoyque les princes de Condé et de Conty fussent redevables de leur délivrance aux frondeurs, ils se brouillèrent bientôt avec eux, en n'exécutant point leurs promesses. I.es frondeurs se réconcilièrent avec la reyne et le cardinal Mazarin, et obtinrent pour satisfaction de faire arrêter de nouveau le prince de Condé. Le projet de cette entreprise fut conclu chez le comte de Montrésor, où se Irouvèrent le coadjuteur et M. de Lionne, secrétaire d'État. Mais ce dernier révéla ce secret au maréchal de Grammont , qui en fil avertir le prince de Condé. Sur cet avis , ce prince se retira à Saint-Maur le 6 juillet 1661.
Pendant ces divisions, le parlement tenoit presque tous lesjoursdes assemblées des chambres, et les partisans de chaque faction ne mauquoient pas de se trouver au palais. Quelqu'un de ceux de monsieur le prince y fit une insulte, le 13 de ce mois, à madame et madamoiselle de Chevreuse. Elles furent si outrées , qu'étant revenues à l'hôtel de Chevreuse, elles déclarèrent au coadjuteur qiril falloit du sang de Bourbon pour réparer l'affront fait à celuy de Lorraine. Le comte de Montrésor voulut , par 6es remontrances, empêcher le coadjuteur, passionné pour madamoiselle de Chevreuse , d'en tirer la vengeance qu'il projettoit pour le lendemain , luy représentant les cruels inconvénients que cette affaire produiroit nécessairement ; el heureusement elle se termina le lendemain par des excuses que le prince de Conty fit à ces dames , et par quelques coups de bâton distribués a l'undeceux qui lesavoient insultées.
Mais comme M. le prince n'éloit pas plus aimé du cardinal que des frondeurs, il y eut au Louvre , le 17 août suivant , une assemblée générale des compagnies souveraines, dans laquelle fut lu un manifeste de la part de la reyne contre M. le prince. La réponse qu'y fit son altesse, obligea de remettre la discussion de cette affaire à une assemblée des chambres : et comme M. le prince chargeoit nonsentement le coadjuteur, mais même le comte de Montrésor, d'avoir donné des avis loujour s
violents, comme d'ôter les sceaux au premier président Molé , de faire prendre les armes aux bourgeois, et d'aller droit au Palais-Royal , le comte de Montrésor se crut obligé de se trouver pour sa justification à cette assemblée des chambres, qui filt tenue le 21 août 1651; et n'ayant point de charge ni de dignité qui luy donnât séance, il resta dans le parquet des huissiers, et s'y rencontra fort à propos pour contribuer à sauver la vie au coadjuteur en, soutenant un des battants de la portede la salle, entre lesquels le duc de la Roche-Foutault, du parti de M. le prince, avoit pris la tète de ce prélat , dans le dessein de profiter de celle posture pour le faire assassiner.
Quoyque cette séance parût d'abord devoir bouleverser l'État, elle se termina sans effusion de sang , et par une déclaration de l'Innocence de M. le prince, qui cependant, par méfiance , se retira peu de temps après dans son gouvernement de Guyenne.
Le comte de Montrésor ne parott point avoir eu de part aux poursuites faites en cette année contre le cardinal Mazarin , et aux autres intrigues, dans le commencement de l'année suivante. Cependant il conservoit toujours une espèce de liaison avec le coadjuteur devenu cardinal, et fut l'un de ceux qui , après le péril où se trouva cette éminence dans une sédition excitée par les partisans de M. le prince de Condé à l'hôtel de ville en 1652, luy conseillèrent de se retirer à Mézières , ou Charleville. parce que les commandants de ces plates luy estoient dévoués.
Monsieur de Montrésor en qualifié messirc Claude de Bourdeille, chevalier, comte de Montrésor, dans le conlract de mariage de la j comtesse douairière de Mata avec le baron de Lancome, passé à Paris le 17 avril 1652, auquel il assista.
Il luy survint une maladie qui Fut si sérieuse, qu'elle l'obligea de faire écrire son testament par le père Théophile d'Anrtresse! , religieux à Paris, le 13 Septembre 1652, déposé le mène jour entre les mains d'Antoine Hachette , notaire au Châtelet de Paris. Par cet acte, qui ie «pialifte messire Claude de Bourdeille, comte de Montrésor, demeurant rue neuve Saint- Ixniis, paroisse Saint -Gervais, il demanda d'être inhumé sans aucune: cérémonie: institua
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pour son unique héritier François de Bourdeilie son frère, à la charge de payer ses deltes, parray lesquelles se trouvoit une somme de cinq mille livres duc à monsieur Joisel, banquier , pour les provisions de labbayc de Brantosme : légua une pension de deux mille livres à prendre sur sa terre de Montrésor, en faveur de son prédécesseur abbé de Brantosme, qui luy avoit résigné celte abbaye: nomma monsieur du Harlay, son amy, pour son exécuteur testamentaire: donna tous ses tableaux au père Théophile d'Andressel, et sa vaisselle d'argent, tant de Paris que de Touraine,* l'Hôtel-Dieu de Paris: et fitaussy des legs à tous ses domestiques au nombre de neuf.
Le comte de Montrésor, revenu de sa maladie, recommença ses intrigues avec le cardinal de Retz; luy déclarant cependant qu'il n'y prendroit part qu'avec subordination, pour les
ciaiion, il se rendit aux empressements qu'on luy lemoignoit de le voir aller au Louvre, où il n'avoil pas encore paru devant le roy ; et il y fut arrêté prisounicr le 18 décembre 1G52. Cet événement acheva de dissiper la cabale de la Fronde, dans laquelle le discours cy-dessus du comte de Montrésor avoit déjà semé de la division. Le sieur Joly, qui n'avoit pas voulu suivre le cardinal de Retz au Louvre, ayant appris qu'il étoit arrêté , demanda retraite au comte de Montrésor , qui la luy refusa , en luy représentant que sa maison alloit être plus observée qu'aucune autre.
Pendant la prison du cardinal de Retz à Vincennes, ses amy s s'assemblèrent chez la duchesse de Lesdiguières, pour traiter de ses a ffa ires . Le coin I e d e Mon ( r ésor n'osa y paroi t re, ni se commettre, parce qu'il avoit alors quelque affaire fâcheuse sur son compte. Cepen-
intérêts de la maison de Guise. Après l'arrivée daut, dans les propositions que le cardinal
du roy â Paris, il écrivit le 2! octobre 1652, sous la dictée de ce cardinal, un discours fait par cette éminence à Monsieur , duc d'Orléans, sur le dessein de chasser le roy de la ville de Paris ; et la conclusion de ce discours fut d'obéir à Sa Majesté. Le comte de Montrésor le railla sur les scrupules que ce cardinal avoit témoignés dans ce discours; et luy dit que Monsieur avoit plus d'envie d'être à Limours , que la reyne n'en avoit de l'y envoyer. Le lendemain, 22 de ce mois, le roy, en son lit de justice, accorda une amnistie générale.
Comme le comte de Montrésor ne se conduisoit que par la seule ambition de gouverner, et non par aucune vue d'intérêt particulier, il ne fit aucune avance du côté de la cour pour se vendre chèrement, suivant l'usage de ce temps. Cependant l'exemple de plusieurs frondeurs , qui songeaient réellement à leurs intérêts personnels, joint à l'humeur fâcheuse qui le dominoit souvent, l'excita à dire chez le cardinal de Retz, dans une conversation , qu'il falloit regarder comme un schelme ( mot allemand , qui signifie un traître ) quiconque diroit à son éminence qu'elle devoit et pouvoit faire son accommodement avec honneur, sans y trouver l'avantage de ses amis.
Le cardinal de Retz entra en négociation avec le cardinal Mazarin, encore alors ab- Mais sans attendre la fin de cette négo-
Mazarin fit au cardinal de Relz en 1653, pour luy procurer sa liberté, le cardinal Mazarin luy demanda le comte de Montrésor pour l'un des douze aniys et cautions qui seroient garants de la parole que le cardiual de Retz luy donneroit.
Après la disgrâce du cardinal de Retz, le comte de Montrésor n'eut plus d'intrigues avec luy; mais il luy continua son amitié, et luy en donna des marques; car au mois d'août 1653, il le fit avertir par une dame de la ville de Nantes , de se sauver du château de ce lieu où il étoit détenu, parce que la cour avoit pris la résolution de le faire transférer dans le château de Brest ; et lorsque le cardinal de Retz, après s'être sauvé de prison, fut arrivé à Rome en 1654, le comte de Montrésor luy écrivit les dispositions favorables qu'avoit pour son éminence monsieur de Lionne, secrétaire d'État , ambassadeur extraordinaire près les princes d'Italie, et envoyé à Rome; et l'exhorta, mais inutilement, de profiter de cette occasion , que le cardinal de Retz manqua, et dont il eut dans la suite tout lieu de se repentir. Enfin, en 1656, les affaires de ce cardinal, toujours hors du royaume, étaut en plus mauvais état que jamais , le comte de Montrésor luy conseilla de nommer des grands-vicaires agréables à la cour , et de se servir de l'assemblée du clergé , pour obtenir la restitutiou de
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son temporel , projet qui n'eut pas le succès qu'on en altendoit. parce qu'il fut mal exécuté.
La correspondance du comte de Montrésor avec le cardinal de Retz fut toujours soutenue par l'entremise du premier président deBellièvre, à qui ce cardinal avoit laissé un chiffre , dont son éminence se servit pour luy écrire; et ce magistrat communiquoit ces lettres au comte de Montrésor. La mort du premier président Bellièvre, en 1657, termina ce commerce.
Il parott que dès l'année 1653, le comte de Montrésor étoit raccommodé avec la cour, et eti pleine liberté; car il tint avec madame de Cucé, femme du premier président du parlement de Bretagne , sur les fonts de baptême de la paroisse de Saint André-des-Arcs a Paris, le 11 octobre de celle année, Henry-Auguste deThou de Meslay, fils du président deMeslay; et il jouissoit paisiblement en 1654 de son abbaye de Brantosmc. Madarooiselle de Guise , avec laquelle il étoit étroitement uni , pouvoit bien avoir contribué à ce raccommodement; et la vente qu'il luy fit à bon marché de ses terres de Montrésor et de Biards, en l'année 1653, donne lieu de le soupçonner; d'autant plus qu'ayant encore vendu depuis peu la terre d'Argie pour le prix de cinquante mille écus au sieur d'Orival, il ne devoit pas être dans un grand besoin d'argent.
Quoy qu'il en soit , il eut assez de crédit pour faire rétablir son frère aîné dans ses charges. La lettre que luy écrivit , à celte occasionne cardinal Mazarin, le 19 janvier 1655, a été cy-devant rapportée sous l'article du marquis de Bourdeille.
Il passa le reste de ses jours assez tranquillement, et plus occupé de rendre ses soins à madamoisîlle de Guise , que de toute autre chose. Ce qui donna matière a des chansons que voicy :
Chanson sur l 'air de la Fronde.
ne Guise la noble poceile Ne tauroit trouver de mary. De Merazur s'est étonné d'elle.
Four la nièce d'an farory.
De cet amour elle k moque.
Et dit mutent par équivoque :
*te garderaiMontrêtoi-^ ^
Chanson sur l'air des Conlre-Ferités.
LaGniaeestslsage,
Que ion pureté Est tout raolU dedans ion corps.
El jamais Montrésor N'entama ta pièce.
Et tout ce qu'on dit De Tartuffe et de son altesse .
N eat rien qu'un faux bruit.
M. de Monlrésor avoit un logement aux Tuileries , qui communiquoit par la volière avec celuy de madaraoiselle de Guise ; et quelque temps avant sa mort, ayant fait un voyage aux eaux de Bourbon , il luy confia ce qu'il avoit de plus précieux. Après une maladie de deux ans , il mourut au mois de juillet 1663. On a rapporté , à l'article du marquis de Bourdeille, son frère atné, les discussions que ce marquis eut avec madamoiselle de Guise.
On a prétendu qu'il y avoit eu un mariage de conscience entre le comte de Monlrésor et cette princesse ; que même il en étoit né trois enfants, dont un fils et deux filles ; que le fils , portant le nom de La Tour-Bourdeille, avoit été envoyé en Portugal , et qu'étant revenu en France , il avoit depuis disparu ; que les deux filles avoient été mises dans l'abbaye de Montmartre , et que l'une d'elles se uommoit la mère des martyrs ; que c'étoit feu Gabriel de Roquette, évèque dAutun, qui avoit eu la direction et conduite de ces enfans ; mais il ne s'en est trouvé d'autres preuves que la voix publique.
Les défauts du comte de Monlrésor ont été contre- balancés par de bonnes qualités. S'il étoit ambitieux, il n'étoit point intéressé, et a toujours eu en recommandation la sincérité dans l'amitié et dans l'attachement. C'est la raison pour laquelle M. deChavigny de Blot, gentilhomme auvergnat, attaché à Gaston d'Orléans , fit le couplet suivant, lorsque ce prince l'éloigna de sa personne. Ce gentilhomme est connu par ses poésies : il mourut en 1656.
Ce que je prise plus que l'or, El ce qui rail que je respire, Cesl l'amilié de Montrésor, Que j'estime plu* qu'un empire- Ah, le roilà.ah! leTOicy' Celuy qui n'en a nul soucy.
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CLAUDE DE BOURDEILLE