‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de BourdeilleChapitre 150 sur 161 · COMTE DE MONTRÉSOR · texte numérisé non relu

COMTE DE MONTRÉSOR

Claude de Bourdeille , comte de Montrésor, n'a pas moins mérité d'occuper une place dans l'histoire de son siècle, par les Mémoires donnés sous son nom au public en deux volumes in-12, et un troisième intitulé Recueil de plusieurs pièces servant à l'histoire moderne, imprimé à Cologne en 1663, que par le rôle qu'il a rempli dans les différentes cabales formées contre les ministres des cardinaux de Richelieu et de Mazarin , sous les règnes des roys Louys XIII et Louys XIV. L'ambition avec laquelle il éloil né, le porta volontiers dans toutes ces factions. Il a été accusé d'avoir eu un air de Calon. sans en avoir le jeu, et plus de disposition pour le conseil dans les affaires périlleuses, que pour l'exécution.

Il étoit encore en bas âge, lorsque M. de Rrantosme, son grand-oncle, par son dernier testament, sans datte, luy fit don de son château de Richemont , dans l'espérance que cet enfant, qu'il trou voit si bien élevé et si joli, auroit grand soin d'entretenir cet édifice, qui étoit son ouvrage, et qu'il célébreroit sa mémoire en disant un jour : voilà un présent que mon grand-oncle m'a fait.

Ce sont les termes de ce testament. Cependant ,

cette destination du château de Richemont n'eut pas lieu, comme on l'a vu cy-devant.

M. de Montrésor, dès son enfance, qu'il faut interpréter par le mot de jeunesse, se donna à S. A.R. M.Gaston, duc d'Orléans frère du roy Louis XIII. Il ne paroll avoir été d'abord auprès de ce prince , que sur le pied de courtisan. Par le contract de marage de Henry de Bourdeille, baron de Mata, son cousin, auquel il assista en 1625, on ne le qualifia encore alors que messire Claude de Bourdeille, comte de Montrésor. Ainsy il y a lieu de croire qu'au reste on ne s'étonnera pas que cet acte luy donne la qualité de comte quoyque la terre de Montrésor n'ait été érigée en comté qu'en 1627, en faisant attention â l'usage pratiqué dans toutes les grandes maisons, de transporter les litres de marquis, de comtes, etc., sous des noms de terres différentes de celles auxquelles ces mêmes titres ont été unis.

La liaison de M. de Montrésor avec son altesse royale devint plus étroite par le premier mariage que ce prince contracta, en 1626, avec Marie de Bourbon-Montpensier , dont M. de Montrésor avoit l'honneur d'être doublement parent. Cette parenté a été cy-

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devant rapportée sous l'article de ses père et mère; niais la mort de celle princesse, arrivée Tannée suivante, ne Iny donna pas le temps de profiter des avantages qu'aurait pu . luy procurer cette alliance.

La proximité de la terre de Montrésor avec Il ville de Bois, où Monsieur faisoit par inter- | valle quelques séjours, avoit bien pu contribuer à cet altachcment.

Après la mort de Guillaume de In Palu, seigneur du Mesnis-Hubert en Normandie, mesire-de-camp d'un régiment d'infanterie, et premier veneur de son allessc royale, M. de Montrésor luy succéda dans cette charge «le premier veneur, pour laquelle il donna une récompense assez considérable aux héritiers du défunt.

Vers l'année 1632, le second mariage de son altesse royale avec Marguerite de Loraine luy donna occasion d'augmenter son crédit sur l'esprit de son maître , en l'entretenant dans la résolution de ne point rompre ce mariage, quoyqu'il ne fût point agréable à la cour, et sur-tout au cardinal de Richelieu, qui avoit des vues différenles pour rétablissement de Monsieur.

Ce ne fut cependant qu'après la prison et la mort du duc de Puylaurent ( Antoine de Lige ) , arrivée en l'année 1635, que M. de Montrésor devint le principal fnvory du duc d'Orléans. La foiblesse de ce prince le réduisit dans la nécessité de se laisser toujours gouverner par quelqu'un. Il écrivit alors a monsieur de Montrésor, qui se trouvoit absent , de se rendre en diligence à Paris, près de sa personne. A son arrivée, son altesse royale luy témoigna la résolution qu'elle avoit prise de se livrer entièrement à ses conseils.

Cette faveur fut dans la suite pour M. de Montrésor une source de disgrâces. l.e cardinal de Richelieu l'avoit déjà employé dans une liste de ceux qu'il projeltoit de bannir; et son animosité augmenta par l'attention qu'eut M. de Montrésor d'écarter d'auprès de son altesse royale les gens soupçonnés d'être livrés à ce ministre.

La mort de Pierrc-Habert de Montmor, évèque de Gahors, et premier aumônier de ce prince, arrivée au mois de février 1636, fournit matière à division dans la maison de

son altesse royale, parce que l'abbé de la Rivière, qui commençoit d'avoir quelque crédit, s'imagina en avoir assez pour emporter cette place de premier aumônier sur M. de Chavigny-Bouihellier, chancelier de M. le secrétaire d'État , qui la demandoit pour l'évèque de Boulogne, son oncle. Cette affaire finit par la disgrâce de l'abbé de la Rivière; et le cardinal de Richelieu profita de cette occasion pour faire congé dier d'auprès de son altesse royale quelques-uns des officiers de ce prince, comme gens à cabale. M. d'Elbene, connu pour agent du ministre auprès de Monsieur, fut chargé do l'iniquité de celle expulsion; et M. de Montrésor, appuyant ceux qui parloient contre d'EIbenc, détermina son altesse royale, peu de temps après, à Iny donner son congé absolu.

M. de Montrésor avoit pour cousin germain Henry d'Escars de Saint-Bonnet, seigneur de Saint-Ybar, attaché au prince Louis de Bourbon, comte de Soissons. L'un et l'autre travaillèrent, chacun de leur côté, à former une union étroite entre ces deux princes, également mécontents du cardinal de Richelieu; et ils réussirent si bien, que son altesse royale, ayant été déclarée général de l'armée destinée à reprendre la ville de Corbie sur les Espagnols dans cette année 1*636, elle s'aboucha à Péronne avec le comte de Soissons, pour résoudre de quelle manière le projet, formé enlr'eux et quelques autres seigneurs de détruire l'autorité et la fortune du ministre, serait exécuté.

Montrésor, quoyque malade, ne manqua pas de suivre son maître en ce voyage ; et comme ce projet consistoit en deux moyens, l'un d î faire au cardinal de Richelieu le même traitement autrefois pratiqué contre MM. de Guise sous le règne de Henry III ; et l'autre, de former un parti dans le royaume assez fort pour le chasserdu ministère, il fut résolu d'éprouver d'abord le premier moyen.

Le secret de cette affaire ne fut confié principalement qu'à MM. de Montrésor et de Saint- Ybar, et Montrésor fait trop entendre que tous deux furent chargés de l'exécution, et de prendre des adjoints, l e bonheur du cardinal le préserva de ce péril par la timidité de Monsieur, et peut-être aussy par le trop de déférence qu'avoit le comte de Soissons pour son

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altesse royale. Aucun de ce» deux princes n'osa donner le signal pour autoriser ceux qui dévoient terminer cette affaire à la sortie d'un conseil tenu à Amiens , après le départ du roy.

Le coup manqué fit recourir au second moyen. M. de Montrésor prit le prétexte d'aller en Périgord chez le marquis de Bourdeille, son père, qu i! n'avoit vu depuis du temps. Il eut ordre des deux princes d'engager le duc d'Espernon de se déclarer pour eux , et a leur donner retraite dans son gouvernement de Guyenne. Le duc de la Valette , quoyque intéressé dans cette entreprise , ne put obtenir de son père de prendre party en celte affaire : et M. de Montrésor, malgré toutes ses sollicitations et remontrances , fut obligé de se contenter , pour toute marque d'amitié du duc d'Espernon, de n'être point arrêté.

Pendant ces négociations , les princes , avertis que le cardinal avoit découvert leur dernier projet , le duc d'Orléans se retira à Bloys , et le comte de Soissons à Sedan. M. de Montrésor en ayant eu avis , revint joindre Monsieur à Bloys. Son altesse royale , après avoir perdu quatre mois de temps dans l'incertitude de prendre un party , et n'avoir pas profité des offres des ducs de Vendosme et de Beaufort , fit sa paix avec le cardinal , sans stipuler les conditions nécessaires pour l'honneur et la sûreté du comte de Soissons et de M. de Mon trésor ; et elle se contenta d'ordonner au dernier de ne point sortir du royaume.

M. de Montrésor obéit aux ordres de son maître , quoyque sa vie fût toujours en danger restant en France ; et il se relira dans une maison à la campagne , où il passa six à sept ans dans une espèce de solitude , pour prouver au ministre qu'il étoit totalement détaché de toute intrigue. Cependant il ne laissoit pas de voir, mais avec précaution , son altesse royale, lorsqu'elle venoit dans son appanage. Dans cet intervalle , l'abbé de la Rivière rentra en grâce auprès de Monsieur.

En 1641 , la mort du comte de Bourdeille , son père , luy procura l'entière possession de la terre de Montrésor. Il hérita , dans cette année, du tiers des biens de la comtesse de Duretal , sa tante ; et la comtesse de Bourdeille , sa mère , par son testament du 22 février 1642 ,

luy légua tout ce que les coutumes des lieux où ses biens étoient situés permettoient de luy donner.

Il ne tarda pas à retomber dans les mêmes dangers qu'il avoit déjà courus. Monsieur ayant conclu avec le duc de Bouillon et M. de Saint-Mars-, grand écuyer de France, favory du roy Louis X 1 11 , de traiter avec l'Espagne , toujours contre le cardinal de Richelieu , son altesse royale vint à Bloys , et manda I M. de Montrésor de la venir trouver. Montrésor, qui contiuuoit de vivre en retraite , s'excusa d'abord de ce voyage , sur ce que depuis peu il s'étoit démis les jambes. Mais enfin , ne pouvant tenir contre les ordres réitérés de Monsieur, il se rendit à Bloys. Son altesse royale luy découvrit son nouveau projet , auquel il n'acquiesça qu'après luy avoir fait connottre toute la répugnance qu'il avoit d'y entrer. Monsieur partit pour Bourbon , et M. de Montrésor revint chez luy , assuré d'être averti en cas que l'affaire fût éventée ; ce qui arriva bientôt. L'abbé de la Rivière , qui avoit repris son crédit sur l'esprit de Monsieur, luy persuada que le comte de Bé thune , intime amy de M. de Montrésor , avoit découvert ce projet , et profita de cette prétendue trahison pour perdre totalement M. de Montrésor.

Celuy-cy avoit pris la route de Sedan , sur la promesse qu avoit fait son altesse royale de se réfugier en cette ville , en cas d'accident : et ayant reconnu que ce prince n'avoit pas tenu sa parole , il se sauva en Périgord , persuadé d*y trouver un asyle assuré , par la bienveillance de cette province pour sa maison ; son frère atné en possédant d'ailleurs le gouvernement.

Monsieur se raccommoda en peu de temps avec le ministre, et abandonna totalement M. de Montrésor , ayant même fait une déclaration en forme à Aigueperce, le 7 juillet 1642 , que s'il se trouvoit quelques négociations faites sur ce sujet entre MM. de Montrésor et de Thou , son altesse royale les désavouoit , comme faites à son insu. A cet abandon, elle ajouta de nouvelles charges, en avouant l'extrême passion que M. de Montrésor avoit toujours eue à la porter dans les factions.

Cette affaire fut poursuivie à toute rigueur, el fit perdre la vie à MM. de Saint-Mars et de

Tnou. Sur l'ordre que M. de Montrésor reçut de Monsieur de sortir du royaume , il passa en Angleterre. Il y trouva plusieurs exilés , et entre autres les ducs de Vendosme et de Beanfort. Leur malheur commun les lia dautaut plus aisément , qu'ils étoient également regardés à la cour comme complices du même fait; parce que des faux monnoyeurs avoient accusé M. de Montrésor d'avoir eu part à un prétendu projet formé par le duc de Vendosme de se défaire du cardinal de Richelieu ; projet qui semble n'avoir eu aucun autre fondement que la déclaration de ces faux monnoyeurs, dont le duc de Vendosme a été soupçonné de s'être servi seulement pour l'usage de leurs métiers. M. de Montrésor, pendant son absence de France , y fut crié à son de trompe , et ses biens saisis. Son altesse royale luy fit écrire qu'elle désirait qu'il se réconciliât avec l'abbé de la Rivière. Montrésor répondit que , quand il seroit en France, il auroit l'honneur d'entretenir son altesse royale , et suivrait les ordres que produirait cet entretien.

Après la mort du cardinal de Richelieu , en

1642 , suivie de celle du roy Louis XIII en

1643, tous les exilés furent rappelles. Le comte de Montrésor étant revenu en France comme les autres , son altesse royale chargea M. de Bellegarde de l'engager à donner du moins des marques extérieures de civilité à l'abbé de la Rivière , qui possédoit alors tout le cœur de ce prince. Montrésor ne put jamais s'y résoudre. Celte conduite luy attira , de la part du duc d'Orléans, des réceptions si froides, qu'il se crut obligé de demander à son altesse royale la permission de vendre la charge de premier veneur qu'il occupoil auprès d'elle. Le duc d'Orléans luy donna quinze jours pour y faire ses réflexions ; mais le comte de Montrésor persista dans sa première résolution , par animosité contre l'abbé de la Rivière, et se retira totalement d'auprès de son altesse , après luy •voir été attaché pendant vingt-deux ans.

Le duc de Beaufort , depuis son retour d'Angleterre, s'étoit persuadé de gouverner la reyne régente, pour les bons traitements qu'il en avoit reçus. Plusieurs seigneurs , dans celte idée , s'éloient attachés a luy. Ou dunnoit à ceux de cette espèce de cabale le nom' d'importants. Quoyque, dans le fond, il n'ait paru aucun pro- |

jet formé entre eux , le cardinal Mazarin en prit ombrage ; et , pour la détruire, flt arrêter le duc de Beaufort , le 2 septembre 1643 , sous le prétexte que ce prince avoit voulu attenter sur sa vie. Le comte de Montrésor continuoit sa liaison avec le duc de Beaufort, mais avec moins de vivacité qu'en Angleterre : et, s'il en faut croire les Mémoires du cardinal de Retz (Jean-François-Paul de Gondy, alors seulement coadjuteur de Paris) , il avoit sollicité ce prélat de s'associer au duc de Beaufort. Cependant , le comte de Montrésor assure n'avoir point pris part aux intrigues de ce duc; ce qui ne parait pas possible , par les marques d'amitié que luy témoignoit le duc de Beaufort, jusqu'à refuser en sa considération le salut à l'abbé de la Rivière. Quoy qu'il en soit , il eut ordre , ainsi que plusieurs amys de ce duc . de sortir de Paris. Sa retraite du service du due d'Orléans ne contribua pas peu à celte nouvelle disgrâce, d'autant plus que ce prince étoit vivement piqué d'avoir été obligé de prendre un commandement du roy pour le forcer d'user de politesses extérieures à l'égard de l'abbé de la Rivière.

Pendant cet exil , il fut passer les fêtes de Noël à Beaumont , chez M. de Ha r la y , son amy; et comme ils se trouvèrent en ce lieu plusieurs amys ensemble, on voulut de celte visite luy faire un nouveau crime. Mais son innocence fut bientôt reconnue par le moyen du comte de Charost (Louis de Béthune), et il revint à la cour au mois d'avril 1644. Il y flt un séjour de deux mois , après lequel 11 partit pour sa terre de Montrésor.

La duchesse de Chevreuse , Marie de Rohan , femme de Claude de Lorraine , duc de Chevreuse , se trouvant à Tours , où elle étoit exilée, le voisinage de sa terre luy donna occasion de quelques visites à cette dame. Elle sortit alors du royaume , et luy revint à Paris ; mais ne pouvant trouver d'employ en France , il arrangea ses affaires , en vendant une partie de son bien, et passa en Hollande, dans le dessein d'y servir.

Peu de temps après qu'il y fut arrivé, la mort des comte et comtesse de Nançay , ses cousin et cousine ( Edme de la Cliastre, comte de Nançay, et Anne de Pugnac , sa femme), l'obligea de retourner à Paris , pour y prendre soiu de leurs I enfants mineurs , qu'ils luy avoient recominan-

APPEiNDICE.

dés en mourant. Il fut nommé tuteur honoraire de ces mineurs , par sentence du lieutenant civil de Paris, du 1er décembre 1646 , dans laquelle il est qualifié raessire Claude de Bourdeille, chevalier, comte de Montrésor.

La duchesse de Chevreuse, en quittant la France avec précipitation , avoîl confié ses pierreries au marquis de Goètquen. Elle écrivit deux lettres au comte de Montrésor pour le prier de les recevoir des mains de celuy qui les luy apporteroit, et de les remettre à celuy qui reviendrait les luy demander. Ge commerce de lettres avec une dame exilée de France et nourrie dans les intrigues, le rendit si suspect à la cour, <iwe » comme il se préparait en 1646 à retourner en Hollande, il fut arrêté dans sa maison à Paris par le prévôt de l'isle, qui le conduisit an château de la Bastille. Il y fut interrogé diverses fois par le lieutenant criminel, et ensuite transféré daps le château deYincennes.

Un historien de Louis XIV raconte aiosy les motifs de cet emprisonnement ; a Au commencement 4e may, Chavigny ne fut pas le seul que le cardinal Mazarin abandonna pour complaire à l'abbé de la Rivière ; il luy sacrifia encore Montrésor, nouvellement revenu d'Angleterre, où il s'etoit réfugié depuis la disgrâce de la duchesse de Chevreuse qu'il aymoit. Cette passion luy fut toujours fatale. De retour eu France , où on a voit oublié la part qu'il avoit prise aux intrigues de cette dangereuse femme, il se trouva favorisé des bonnes grâces du cardinal , qui souhaita de l'engager dans ses intérêts. L'abbé de la Rivière, quisçavoit qu'il éloit amy de Chavigny, empêcha cette liaison , et contribua à le perdre de nouveau. Il faut pourtant avouer que rien ne luy fil plus de tort que son amour pour la duchesse de Chevreuse dont il ne pouvoit se défaire , et à qui on le trouva écrivant lorsqu'on vint pour l'arrêter. Tout ce qu'il put faire pour empêcher que la lettre ne tonifiât entre les mains de leurs communs ennemys , ce fut d'en déchirer et d'en jetter au feu une partie et de manger l'autre. Étrange effet de cette furieuse passion quand elle s'est une fois rendue maltresse d'un cœur trop tendre ou trpp voluptueux 1 Lecomte de Montrésor fut mis en prison ; mais le cardinal dit à ses par rents, qui vinrent luy demander la permission 4'çp solliciter la liberté, que ne le croyant pa.s

criminel d'État, il ne s'opposoit pas à leurs sollicitations, et qu'il ne pensoit pas que son affaire put avoir une fin plus funeste que son emprisonnement. On le tenoit pourtant fort serré, cl on refusoit même de luy donner aucun de ses domestiques pour le servir. Peu de temps après , on le transféra de la Bastille au bois de Vincennes. »

Cette prison , qu'il garda pendant 14 rooia , le fil beaucoup souffrir. Il passa même 4 mois sans pouvoir entendre la messe. Enfin, les sollict talions de Louis de Lorraine , duc de Joyeuse , et sur-tout celles de Marie de Lorraine, appellée madamoiselle de Guise , dont il étoit parent , luy procurèrent la liberté. Il fut élargi d une façon honorable ; car le cardinalde Mazarin luy envoya dans la prison l'évêque de Coutances ( Claude Auvry), et l'abbé Hugon, attachés à son éminence, pour l'en faire sortir; luy demander son amitié, luy offrir la sienne, et l'assurer qu'il alloit jouir d'une pleine et entière liberté.

Le marquis de Bourdeille , son frère, et le comte de Mata, son cousin, présents à celte entrevue, l'emmenèrent àf Paris. Il y passa quelques jours à recevoir des visites : et comme le marquis de Bourdeille se trou voit alors indisposé , le comte de Mata se chargea d'aller à la cour, qui étoit à Amiens , pour remercier le cardinal Mazarin et le pressentir sur la réception qu'on y ferait au comte de Montrésor. Son éminence luy dit que monsieur de Montrésor y serait le très-bien venu. Sur cette réponse , le comte de Montrésor, accompagné du comte de Béthune , son amy ( Hipolite de Bel hune ), et du président de Thou, partit pour se rendre à la cour.

En chemin, il rencontra à Clermont, Monsieur, duc d'Orléans , et se borna seulement à luy présenter ses respects, sans luy faire de remercimenls sur sa délivrance, persuadé que son altesse royale n'y avoit eu aucune part. Dans la même route, il joignit aussy le duc de Joyeuse ; et tous ensemble arrivant à la cour, ils furent descendre chez le cardinal Mazarin. Celte première visite se passa en compliments. Le lendemain, son éminence le retint à dîner avec elle; et après |e dîner, elle passa dans sa chambre, où el|e le fit introduire. \# cardinal luy fit des excuses sur sa prison, et luy représenta que spn commerce de lettres avec madame de Che-

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vreuse en avoit été le motif, parce qu'on s'éluit persuadé qu'il s'agissoil entre eux d'affaires plus importantes que de pierreries. Son éminence !uy témoigna aussy des sentiments avantageux sur le compte de monsieur de Saint-lbar, son cousin , retiré en Hollande : et elle le pressa fortement de se réconcilier, du moins en apparence , avec l'abbé de la Rivière, luy remontrant que celte démarche , désirée par la reyne et par monsieur le duc d'Orléans , faciliteroit sa fortune.

Le comte de Montrésor luy déclara qu'il ne pouvoir se résoudre à la moindre apparence de réconciliation avec l'abbé de la Rivière, parce qu'il le regardoit comme l'un des principaux auteurs delà mort de monsieur. de Thou, comme l'inventeur du faux bruit qui avoit couru sur le comte de Béthune , à l'occasion de l'affaire de monsieur de Saint-Mars cy-devant rapportée , et qu'il ne pouvoit attribuer qu'à luy l'abandon où l'avoit laissé son altesse royale. Il finit par le portrait de cet abbé, en le traitant d'homme très-ambitieux , peu discret , d'un talent médiocre, infidèle et ingrat.

Après cet entretien, le comte de Montrésor suivit le cardinal chez la reyne , dont il fut fort bien reçu. Le maréchal d'Estrées, qui sïntéressoit pour l'abbé de la Rivière, sollicita le cardinal d'engager monsieur de Montrésor à cette réconciliation. Son éminence fit de nouvelles instances le troisième jour sur ce sujet, mais toujours inutilement. Le quatrième jour , le comte de Montrésor se présenta avec le comte de Béthune dans l'appartement de son altesse royale ; et pendant qu'ils atlendoient qu'elle parût, l'alibé de la Rivière passa sans recevoir de salut ni de l'un ni de l'autre; ce qui fit que quand monsieur le duc d'Orléans se montra, son altesse royale ne témoigna pas les reconnoltrc.

Toutes ces menées les déterminèrent à partir le lendemain , qui étoit le cinquième jour. Ils prirent congé du cardinal, sans que son éminence, malgré toutes ses instances réitérées, eût pu obtenir du comte de Montrésor ce qu'elle luy demandoit pour l'abbé de la Rivière. Cependant, elle assura le comte de Montrésor de son estime et de son amitié, et luy promit de luy en donner des preuves. Le comte de Montrésor luy répondit qu'il ne s'en alloit que pour luy éviter toutes les imporlunités que son démêlé

avec l'abbé de la Rivière causoit à son éminence.

Quelque obligation que M. de Montrésor ait reconnu avoir de sa délivrance au duc de Joyeuse et à m ad a moi sel le de Guise sa sœur , elle ne sçauroit diminuer celle qu'il avoit aussy dans cette même occasion au comte de Béthune , et qui se manifeste par la lettre suivante que le cardinal Mazarin écrivit à ce comte.

Lettre du cardinal Mazarin à M. de Béthune. Monsieur ,

J'ay une double satisfaction du service que j'ay rendu à M. de Montrésor, parce que j'ay contribué à sa liberté, puisque je scay que cela vous a donné de la joye. J'ay remarqué en ce gentilhomme toutes les bonnes qualités que vous luy attribuez , qui m'ont fait concevoir autant d'estime que d'affection pour luy, et je m'assure que la façon dont je l'ay traité , l'aura reudu persuadé de cette vérité. Mais quand je ne connottrois pas si bien ce qu'il vaut, ce serait assez de voir qu'il a votre approbation et votre amitié , pour me faire naître le désir de le servir. Aussy ne s'en présentera-t-il point d'occasion dont je ne profite avec soin , comme de toutes celles où je vous pourray témoigner que je suis parfaitement , Monsieur,

Votre très-affectionné serviteur, et trts-vérilable ,

Le cardinal Mazarin.

Dajtée d'Amiens, le 24 juillet 1647.

Malgré les protestations d'amytié du cardinal et les promesses qu'il avoit faites au comte de) Montrésor de luy en donner des preuves, ce' comte ne pouvant oublier le traitement de sa' prison, et ayant d'ailleurs une espèce de mé-j pris pour son éminence, qu'il regardoit comme un homme foiblc et incapable de grandes choses , | résolut aisément de n'être point de ses courtisans assidus; et il se contenta de le voir seulement une fois tous les deux mois. Cependant l'esprit de cabale régnoit toujours à la cour.

En 1648 , la liaison commencée entre le comte de Montrésor et le coadjuteur de Paris devint plusélroite. Ce prélat, qui avoit déjà quelque léger mécontentement du cardinal Mazarin, et qui d'ailleurs pouvoit envier sa place , recevoit cher

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lu y tous les mécontents. Le comte de Mon trésor le sollicita de se faire chef de party contre le cardinal; et la journée des barricades de Paris, arrivée en janvier 1649 , acheva de luy déterminer. Gomme il fallait un chef au-dessus de la condition de coadjuleur, sur le refus que fit monsieur le prince de Coudé d'occuper ceste place, le comte de Mon trésor fut d'advis de traiter avec l'Espaigne; mais le coadjuteur, ne voulant poinct avoir recours à l'étranger , engagea M. le prince de Conty à se mettre à la tète de ce parti, et forma une liaison étroite avec le duc de Beaufort, par l'entremise du comte de Montrésor. Pour appaiser ces troubles , le roy accorda , vers la fin du mois de mars 1649, une amnistie générale, dans laquelle le comte de Montrésor fut compris nommément.

Malgré celte paix , il se forma encore une cabale sous le nom de la Fronde. Le coadjuteur s'en fit le chef, et prit le duc de Beaufort pour luy servir d'ombre. La duchesse de Gbevreuse , que le comte de Montrésor avoit unie avec le coadjuteur, s'y joignit aussy : et ce parti éclata au mois de décembre de cette année , par des prétendus assassinats exécutés en apparence contre le sieur Joly , conseiller au Châtelet de Paris , syndic des Rentiers de l'hôtel de ville , et contre le prince de Gondé. Le premier étoit de l'invention du comte de Montrésor, afin d'obliger le parlement de s'assembler, et de profiter de cette occasion pour engager ce corps dans la même cabale : et le second produisit , de la part du ministère, des perquisitions si vives, qu'elles intimidèrent les frondeurs, au point que la plus grande partie d'entre eux auroit quitté Paris, sans les exhortations du comte de Montrésor, qui les arrêta. L'assemblée des chambres du parlement sur ces affaires les rassura davantage, par le crédit que les frondeurs reconnurent avoir en ce lieu sur le parti de la cour ; ce qui obligea aussy le ministère de s'unir aux frondeurs, pour se délivrer du joug dont le prince de Gondé commençoit à menacer : et cette union fomenta la prison de ce prince , dn prince de Conty , et du duc de langue ville , qui furent arrêtés le 18 janvier 1650.

M. le duc d'Orléans, ayant alors disgracié l'abbé de la Rivière , son favory, le coadjuteur prît sa place dans la faveur de Monsieur , et fut conseillé par le comte de Montrésor d'occuper

aussi au Luxembourg l'appartement de cet abbé, afin d'être plus a portée à gouverner son altesse royale, et de se rendre maître absolu dans son palais : et ce prélat avoue dans ses Mémoires s'être repenti de n'avoir pas suivy ce conseil.

Ce fut à peu prèsdans ce temps , que le coadjuteur fit donner au comte deMontrésor l'abbaye de Notre-Dame de Lannoy ,diocèsedeBeauvais, vacante par la mort de Philippe de Montmorency de Lauresse , du revenu de douze mille livres de rentes. Cependant le comte de Montrésor a prétendu n'en avoir eu l'obligation qu'au duc de Joyeuse : et le cardinal de Retz l'excuse de ce peu de reconnoissance , qu'il luy pardonne en faveur de l'attachement particulier que ce comte avoit pour madamoiselle de Guise , sœur du duc de Joyeuse. Outre cette abbaye , le comte de Montrésor possédoit aussy celle de Brantosme, devenue comme héréditaire dans sa maison.

Dans cette année 1650 , la cabale de la Fronde se divisa en deux bandes , dont l'une ne cherchoit que ses intérêts particuliers, et l'autre n'avoit pour objet que l'honneur du parti. Le comte de Montrésor se tint dans cette dernière classe , et il forma avec messieurs de la Yieuville, de Sourd is, de Fiesque et de Béthune, le dessein de faire une assemblée de noblesse , pour le rétablissement de leurs privilèges. Ce projet fut arrêté et signé le 4 février 1651 : et le 6 de ce mois, cette assemblée se tint chez le duc de Nemours. Le comte de Montrésorfut l'un des commissaires nommés pour examiner l'acte d'union dressé par lecomtede Maure : et comme il avoit repris crédit sur l'esprit de M. le duc d'Orléans, il s'en servit pour engager ce prince à prendre cette assemblée sous sa protection.

Le cardinal Mazarin fut alors obligé de quitter la cour. Les princes furent délivrés de leur prison, et revinrent à Paris le 16 février 1651

Quoique le cardinal fut absent , la reine , ne se gouvernant que par ses conseils, fit un changement dans les ministres , sans en avoir fait part au duc d'Orléans, qui avoit la qualité de lieutenant général de l'état. Son altesse royale tint un conseil particulier sur cette affaire , le 3 avril , dans lequel l'avis du coadjuteur et du comte de Montrésor fut d'envoyer demander les sceaux au premier président Molé,

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