ELIZABETH ET CLAUDE DE FRANCE
Je commancerai par son aisnée, madame Elizabeth de France, ou plustost la faut appeller la belle Elisabeth du monde , pour ses rares vertus et perfections, laquelle fut reyne dEspaigne , et bien aymée et honnoréc de tout son peuple en son vivant, et après sa mort fort plaincte et regrettée d'ieeluy, comme j'ay dict cy devant au discours que sommairement j'ay faict d'elle : par quoy je me contenterai pour le présent de n'en escrire davantage, et paileray de sa sœur, la seconde fille du roy Henry, qui fut madame Claude de France (le nom de son
VIES DES DAMES ILLUSTRES
ayeule) , duchesse de Lorraine , qnl a esté belle, sage, vertueuse, bonne et douce princesse. Si bien qu'on la disoit en tout, à la cour, ressembler à la mere et à la tante, et estre leurvraye image. Elle avoit au visage une certaine gayeté qui plaisoit fort à tous ceux qui la regardoient : en sa beauté elle ressembloit sa mere, et en son sçavoir et bonté elle ressembloit sa tante, que ceux de Lorraine ont tousjours fort esprouvée bonne , tant qu'elle a vescu , comme je î'ay veu moy estant en ces pays là, et après sa mort l'ont trouvée fort à dire. Aussy de sa mort tout le pays en fut comblé de regrets; et M. de lorraine la plaignoit tellement, qu'encor qu'il a demeuré veuf d'elle, jeune, ne voulut jamais se remaryer, disant qu'il n'en pourroit jamais trouver une pareille, et que s'il la pensoit trouver véritablement il se remaryeroit.
Elle luy laissa une belle race, et mourut après de mal d'enfant, à l'appétit d'une vieille sage- femme et grosse yvrognesse de Paris, en laquelle elle avoit plus de fiance qu'en tout autre.
I,es nouvelles de sa mort en vindrent à Rheims, au sacre du roy , dont toute la cour en demeura en deuil et tristesse extrême, pour sa bonté qu'elle desmonstroit à tout le monde où elle pouvoit, quand elle y venoit.
La dernière fois qu'elle y vint, le roy son frère luy donna toutes les amendes de la Guyenne; car ils tiennent que les confiscations n'y ont lieu; mais on y fait les amendes si grandes, que bien souvent elles passent et vallent les confiscations.
Madame de Dampierrc luy en demanda une, moy présent, un jour, d'un gentilhomme que je sçay. Elle luy fil response : « Madame de Dama pierre , je la vous donne de bon cœur , n'ayant «accepté ce don du roy mon frerc , que je n'ay a demandé; mais il me l'a donné de son bon gré «pour ruiner la France , car j'en suis, et ayme «tous ceux qui en sont comme moy : ils auront «de moy plus de courtoisie que d'un autre qui «eust eu le don; et telle qu'ils la voudront de « moy et me la demanderont, je leur donneray. » Comme de vray , ceux qui eurent affaire avecques elle, n'y trouvèrent que toute courtoisie , toute douceur et bonté.
Bref, elle estoit vraye fille de France , et en cela, et en bon esprit et habilité, qu'elle^atousjours bien monstré en secondant
MADAME DIANE DE FRANCE
habillement M. son mary an gouvernement de •es seigneuries et domina t ions
MADAME MARGUERITE DE FRANCE
Après ces le Claude de France vint cesic belle Marguerite de France, reyne de Navarre, de laquelle j'ay parlé par cy devant ; et pour ce je m'en tais, en attendant a un autre temps; car je croy que l'avril en son beau printemps ne produit tant de belles fleurs et verdures diverses, comme ceste princesse nous produit et engendre en toutes saisons de beaux et divers subjet'ts pour dire tons les biens du monde d'elle.