G ALLANTE S
elle ne cessa jamais de l'attirer tout à soy par les plus belles parolles de l'amour qu'elle peust dire; dont entr'autres estoit celle-cy : «Peri omettez au moins que je vous ayme si vous ne « me voulez aymer , et ne arregardez à mes me- « rites , mais à mes affections et passions,» encor certes qu'elle emporlast le gentilhomme au poids et en perfections. Là- dessus qu'eust peu faire le gentilhomme? si-non l'aymer, puisqu'elle l'aymoit, et la servir, puis demander le salaire et recompense de son service , qu'il eut , comme la raison veut que, quiconque sert faut qu'on le paye.
J'alleguerois une Infinité de telles dames plustost recherchantes que recherchées. Voylà donc pourquoy elles ont plus de coulpe que leurs amans; car si elles ont une fois entrepris leur homme, elles ne cessent jamais qu'elles n'en viennent au bout et ne l'attirent par leurs regards attirans, par leurs beautés, par leurs gentilles grâces qu'elles s'estudient à façonner en cent mille façons, par leurs fards subtillement appliqués sur leur visage si elles ne l'ont beau, par leurs beaux attiffets, leurs riches et gentilles coiffures et tant bien accommodées, et leurs pompeuses et superbes robbes, et surtout par leurs parolles friandes et à demy lascives, et puis par leurs gentils et follastres gestes et privautés, et par présens et dons. Et voylà comment ils sont pris; et estans ainsy pris, il faut qu'ils les prennent; et par ainsy dit-on que leurs marys doibvent se venger sur elles.
D'autres disent, qu'il se faut prendre qui peut sur les hommes, ny plus ny moins que sur ceux qui assiègent une ville ; car ce sont eux qui premiers font faire les chamades, les somment, qui premiers recognoissent, premiers font les approches, premiers dressent gabionnades et cavalliers et font les tranchées, premiers font les batteries, ou premiers vont à l'assaut, premiers parlementent : ainsi dit-on des mans. Car comme les plus hardis, vaillans et résolus assaillent le fort de pudicité des dames , lesquelles, après toutes les formes d'assaillemens observées par grandes iraportunités, sont contraintes de faire le signal et recevoir leurs doux ennemys dans leurs forteresses. En quoy me semble qu'elles ne sont si coupables qu'on QÏroitbien; car se desfaire d'un importun est
PREMIER DISCOURS
bien mal-aysé sans y laisser du sien; aussy que j'en ay vu plusieurs qui , par longs services et persévérances , ont jouy de leurs raaistresses, qui dès le commencement ne leur eussent donné, pour manière de dire, leur cul à baiser ; Jes contraignant jusques-là, au moins aucunes, que la larme à l'œil, leur donnoient décela, ny plus ni moins comme l'on donne à Paris bien souvent l'aumosne aux gueux de l'bostière, plus par leur imporluuité que de dévotion ny pour l'amour de Dieu : ainsi font plusieurs femmes, plustost pour estre trop importunées que pour estre amoureuses, et raesmes à l'endroit d'aucuns grands, lesquels elles craignent et n'osent leur refuser à cause de leur auctorité; de peur de leur desplaire et en ^recevoir puis après de l'escaudale , ou un affront signalé, ou plus grand descriement de leur honneur, comme j'en ai veu arriver de grands inconvéniens sur ces sujets.
Voilà pourquoy les mauvais marys, qui se plaisent tant au sang et au meurtre et mauvais traitemens de leurs femmes , n'y doivent estre si prompts, mais premièrement faire une enqueste sourde de toutes chose», encor que telle cognoissance leur soit fort fascheuse et fort subjecte à s'en gratter la teste qui leur en démange, et mesmes qu'aucuns, misérables qu'ils sont, leur en donnent toutes les occasions du monde.
— Ainsy que j'ay cognu un grand prince estranger qui avoit espousé une fort belle et bonneste femme; il en quitta l'entretien pour le mettre à une autre femme qu'on tenoit pour courtisane de réputation, d'autres que c'estoit une dame d'honneur qu'il avoit desbauchée; et ne se contentant de cela, quand il larfaisoit coucher avec luy , c'estoit en une chambre basse par dessous celle de sa femme et dessous son lict; et lorsqu'il vouloit monter sur sa maistresse, ne se contentant du tort qu'il luy faisoit , mais, par une risée et moquerie, avec une demye pique, il frappoit deux ou trois coups sur le plancher, et s'escrioit à sa femme: «Brindes, ma femme !» Ce desdain et mespris dura quelques jours, et fsschafort à sa femme, qui, de desespoir et vengeance , s'accosta d'un fort bonneste gentilhomme à qui elle dit un jour privement : « Un tel, je veux que vous «jouissiez de moi, autrement Je sçay un moyen
«pour vous ruiner. » L'autre, bien content d'une si belle adventure, ne la refusa pas. Parquoy, ainsi que sou mary avoit sa mie entre les bras, et elle aussy son amy, ainsy qu'il lui crioit :« Brindes!» Elle luy respondoit de mesme : « Et moy a vous ; » ou bien : « Je m'en « vais vous pleiger. » Ces brindes et ces parolles et responses, de telle façon et mode qu'ils s'accommodoient en leurs montures, durèrent assez longtemps, jusqu'à ce que ce prince, fin et douteux, se douta de quelque chose; et y faisant faire le guet, trouva que sa femme le faisoit gentiment cocu , et faisoit brindes aussi bien que luy par revange et vengeance. Ce qu'ayant bien au vray cognu, tourna et changea sa comédie en tragédie ; et l'ayant pour la dernière fois conviée à son brindes, et elle luy ayant rendu sa réponse et son change , monta soudain en haut, et ouvrant et faussant la porte , entre dedans et luy remontre son tort ; et elle de son caste, lui dict : « Je sçay bien que je suis a morte: lue-moy hardiment; je ne crains point a la mort; et la prends en gré, puisque je me «suis vengée de toy , et que je t'ay fait cocu et «bec cornu, toy m'en ayant donné occasion, «sans laquelle je ne me fusse jamais fdrfaicte; «car je t'avols voué toute fidélité, et je ne «l'eusse jamais violée pour tous les beaux sujets «du monde : tu n'estois pas digne d'une si hon- «nesle femme que moy. Or, tue-moi donc à « st'heure , et , si lu as quelque pitié en ta main , « pardonne , je te prie , à ce pauvre gentil- « homme, qui de soy n'en peut mais, car je «l'ay appelé à mon a y de pour ma vengeance.» Le prince, par trop cruel, sans aucun respect les lue tous deux. Qu'eust faict là dessus ceste pauvre princesse sur ces indignités et mespris de mary? si-non, à la desesperade pour le monde, faire ce qu'elle fil? D'aucuns l'excuseront, d'autres l'accuseront, et il y a beaucoup de pièces et raisons à rapporter là-dessus.
—Dans les Cent Nouvelles de la Hey ne de Navarre y a celle et très-belle de la reyne de Maples, quasy pareille à celle-cy, qui de mesmes se vengea du roy son mary ; mais la fin n'en fut si tragique.
— Or laissons- là ces diables et fols enragés cocus, et n'en parlons plus, car ils sont odieux et mal plaisans, d'autant que jen'aurois jamais fait si je les voulois tous descrire,
DES DAMES GALLANTES.
aussy que le subject n'en est beau ny plaisant.
Parlons un peu des gentils cocus , et qui sont bons compagnons, de douce humeur, d'agréable fréquentation et de saincte patience, débonnaires , traictables , fermans les yeux , et bons hommenas.
Or de ces cocus il y en a qui le sont en herbe, il y en a qui le sçavent avant dt se maryer, c'est-à-dire que leurs dames , veufves et damoiselles, ont faict le sault; et d'autres n'en sçavent rien , mais les cspousent sur leur foy , et de leurs pères et mères, et de leurs parens et amys.
— J'en' ay cognu plusieurs qui ont espousé beaucoup de femmes et de filles qu'ils sçavoient bien avoir esté repassées en la monstre d'aucuns rois, princes, seigneurs, gentilshommes et plusieurs autres; et pourtant , ravys de leurs amours, de leurs biens, de leurs joyaux, de leur argent qu'elles avoient gaigné au mestier amoureux, n'ont fait aucun scrupule de les espouser. Je ne parleray point àst'heure que des filles.
— J'ayouy parler d'une fille d'un très-grand et souverain seigneur, laquelle, estant amoureuse d'un gentilhomme, se laissa aller à luy de telle façon qu'ayant recueilly les premiers fruits de son amour, en fut si friande qu'elle le tint un mois entier dans son cabinet , le nourrissant de restaurais, de bouillons friands , de viandes délicates et rescaldatives, pour l'allambiquer mieux et en tirer sa substance ; et ayant fait soubs luy son premier apprentissage, continua ses leçons soubs luy tant qu'il vcsquit,et soubs d'autres; et puis elle se marya à l'âge de quarante-cinq ans à un seigneur 1 qui n'y trouva rien à dire, encor bien ayse pour le beau maryage qu'elle luy porte.
— Boccace dit un proverbe qui couroit de sen temps, que bouche baisée, d'autres disent fille f, ne perd jamais sa fortune, mais bien la renouvelle, ainsi que fait la lune; et ce proverbe allegue-t-il sur un conte qu'il fait de ceste fille si belle du sultan d'Égypte , laquelle passa et repassa par les piques de neuf divers amoureux , les uns après les autres , pour le moins plus de trois mille Fois. Enfin elle fut
1 Marguerite de France, «rur d'Henri II, qui avait cet âge -là lor»qu'elle épousa le duc de Savoie , a ce que dit Brantôme lui-même.
rendue au roi de Garbe toute vierge , cela s'entend prétendue, aussi bien que quand elle luy fut du commencement promise , et n'y trouva rien à dire, encor bien ayse : le conte en est très-beau.
— J'ay ouy dire à un grand qu'entre aucuns grands, non pas tous volontiers, on n'arregarde à ces filles là , bien que trois ou quatre les ayent passé par les mains et par les piques avant leur estre marys ; et disoit cela sur un propos d'un seigneur qui estoit grandement amoureux d'une grand dame , et un peu plus qualifiée que luy, et elle l'aimoit aussi; mais il survint un empescheraent qu'ils ne s'espouserent comme ils pensoient l'un et l'autre; surquoy ce gentilhomme grand , que je viens de dire, demanda aussy tost :«A-t-il monté au «moins sur la petite beste?» Et ainsy qu'il luy fut respondu que non à son advis, encor qu'on le tinst : «Tant pis, rcpliqua-t-il, car au moins et «l'un et l'autre eussent eu ce contentement, «et n'en fust esté autre chose.» Car parmy les grands on n'arregarde à ces reigles et scrupules de pucellage , d'autant que pour ces grandes alliances il faut que tout passe, encor trop heureux sont-ils les bons marys et gentils cocus en herbe.
— [lorsque le roy Charles fit le tour de son royaume, il fut laissé en une bonne ville que je nommerois bien , une fille dont venoit d'accoucher une fille de très-bonne maison ; si fut donnée en garde à une pauvre femme de ville pour la nourrir et avoir soin d'elle , et luy fut avancé deux cens escus pour la nourriture. La pauvre femme la nourrit et la gouverna si bien , que dans quinze ans elle devint trèsbelle et s'abandonna; car sa mère oneques puis n'en fil cas , qui dans quatre mois se marya avec un très-grand. Ah! que j'en ay cognu de tels et de telles où l'on n'y a advisé en rien!
J ouys une fois, estant en Espagne , conter qu'un grand seigneur d'Andalousie ayant maryé une sienne sœur avecques un autre fort grand seigneur aussy, au bout de trois jours que le mariage fut consommé il luy dit : Seflor hermano , agora que soys cazado con my hermana, y l'haveys bien godida solo, yo le hago saber que siendo lùja , tal y tal gozaron d élia. De lo pasado no tenga
PREMIER DISCOURS
cuydado, que poca cosa es. Delfuturo guardate, que mas y muclio a vos toca K Comme voulant dire que ce qui est fait est fait, il n'en faut plus parler, mais qu'il se faut garder de l'advenir, car il touche plus l'honneur que le passé.
Il y en a qui sont de ceste humeur, ne pensans estre si bien cocus par herbe comme par la gerbe, en quoy il y a de l'apparence.
— J'ay ouy aussy parler d'un grand seigneur estranger, lequel ayant une fille des plus belles du monde, et estant recherchée en maryage d'un autre grand seigneur qui la méritoitbien, luy fut accordée par le pere;mais avant qu'il la laissât jamais sortir de la maison , il en voulut taster, disant qu'il ne vouloit laisser si aysement une si belle monture qu'il a voit si curieusement élevée, que premièrement il n'eust monté dessus et sceu ce qu'elle sçauroit faire à l'avenir. Je ne sçay s'il est vray , mais je l'ay ouy dire , et que non seulement luy en fit la preuve , mais bien un autre beau et brave gentilhomme; et pourtant le mary par après n'y trouva rien amer, si-non que tout sucre. 11 eust esté bien degousté s'il eust faict autrement, car elle estoit des belles du monde.
— J'ay ouy parler de mesmes de force autres pères, et surtout d'un très-grand, à l'endroict de leurs filles , n'en faisant non plus de conscience que le cocq de la fable d'Esope, qui, ayant esté rencontré par le renard et menacé qu'il le vouloit faire mourir, dont sur ce le cocq , rapportant tous les biens qu'il faisoit au monde, et sur-tout de la belle et bonne poulaille qui sortoit de luy : «Ha! dit le renard, «c'est là où je vous veux, monsieur le gallant, «car vous estes si paillard que vous ne faites «difficulté de monter sur vos filles comme sur ■ d'autres poulies; s et pour ce le fit mourir. Voylà un grand justicier et politiq.
Je vous laisse doneques à penser que peuvent faire aucunes filles avecques leurs amans; car il n'y eut jamais fille sans avoir ou désirer un aray, et qu'il y en a que les pères, frères, cousins et parens ont fait de mesmes.
— De nos temps, Ferdinand, roy de Naples,
'*• Monsieur mon frère, présentement que rou> êtes
• marié avec ma soeur, et que vous en jouissez seul, il
• faut que vous sachiez qu'étant tille, tel et tel en ont •joui. Ne vous inquiétez point du passé , parce que c'est «peu de chose ; mais cardez-vous de l'aveuir, parce qu'il t vous touche de plus près. >
«jUKTOKB. ij.
cognut ainsy par maryage, sa tante, fille du roy de Castille , à Haage de treize à quatorz*ans, mais ce fut par dispence du pape. On f~*oit lors difficulté si elle se debvoit ou pouvoit donner. Cela ressent pourtant son empereur Caligula, qui desbaucha et repassa toutes ses sœurs les unes après les autres, pardessus lesquelles et sur toutes il ayma extresmement la plus jeune, nommée Drusille, qu'estant petit garçon il avoit despucellée ; et puis estant maryée avecques un Lucius Cassius Longinus, homme consulaire, il la luy enleva et l'entretint publiquement , comme si ce fust esté sa femme légitime ; tellement qu'estant une fois tombé malade, il la fit héritière de tous ses biens , voire de l'empire. Mais elle vint à mourir, qu'il regretta si très-tant , qu'il en fit crier les vacations de lajustice et cessation de tous autres œuvres, pour induire le peuple d'en faire avecques luy un deuil publiq ; et en porta long-temps longs cheveux et longue barbe; et quand il haranguoit le sénat, le peuple et ses gens de guerre, ne juroit jamais que par le nom de Drusille.
Pour quant à ses autres sœurs, après qu'il en fut saoul, il les prostitua et abandonna à de grands pages qu'il avoit nourrys et cognus fort vilainement : encor s'il ne leur eust faict autre mal, passe, puisqu'elles l'avoient accoustumé et que c'estoit un mal plaisant , ainsy que je l'ay veu appeler tel à aucunes filles estans devirginées et à aucunes femmes prises à force; mais il leur fit mille indignités : il les envoya en exil, il leurosta toutes leurs bagues et joyaux pour en faire de l'argent, ayant brouillé et despendu fort mal à propos tout le grand que Tibère luy avoit laissé; encor les pauvrettes, estans après sa mort retournées d'exil, voyans le corps de leur frère mal et fort pauvrement enterré sous quelques mottes, elles le firent des-enterrer, le brusler et enterrer le plus honnestement qu'elles purent : bonté certes grande de sœurs à un frère si ingrat et des-naturé!
L'Italien , pour excuser l'amour illicite de ses proches, dit que, quando messer Bernardo il bucieco s ta in colera ed in sua rabbia non riceve lege, e non perdàna a nessuna dama.
— Nous avons force exemples des ancien.* qui en ont faict de mesmes. Mais pour revenir à
jiostre discours, j'ay ouy conter d'un, qui ayant maryé une belle et honneste damoisellc à un sien amy, et se vantant qu'il lu y avoit donné une belle et honneste monture, saine, nette, sans sur-ost et sans malandre, comme il dit, et d'autant plus luy estoit obligé, il luy fut respondu par un de la compaignie, qui dit à part à un de ses compagnons : a Tout cela est « bon et vray m elle ne fust esté montée et cheavauchée si jeune et trop tost, dont pour cela «elle est un peu foulée sur le devant.»
Mais aussy je voudrois bien sçavoir à ces messieurs de raarys , que si telles montures bien souvent n'avoient un si , ou a dire quelque chose en elles, ou quoique deffectuosiié ou deffaut ou tare, s'ils enauroient si bon marché, et .si elles ne leur cousteroient davantage? Ou bien, si ce n'esloit pour eux, on en accommoderoit bien d'autres qui le mesritenl mieux qu'eux, comme ces maquignons qui se desfont de leurs chevaux tarés, ainsy qu'ils peuvent; mais ceux qui en sçavent les sis, ne s'en pouvant drsfaire autrement, les donnent à ces messieurs qui n'en sçavent rien ; d'autant (ainsy que j'ay ouy dire à plusieurs pères) que c'est une fort belle desfaicte que d'une fille tarée, ou qui commanceà l'estre, ou a envie et apparence de l'estre.
Que je cognois de filles de par le monde qui n'ont pas porté leur pucelage au licl hymenéan , mais pourtant qui sont bien instruites de leurs mères, ou autres de leurs parentes et amyes , très-sçavantes maquerelles , de faire bonne mine à ce premier assaut; ets'aydentde divers moyens et inventions avecquesdes subtilités, pour le faire trou ver bon à leurs marys et leur monstrer que jamais il n'y avoit esté faict brèche.
La plus grand part s'aydent à faire une grande résistance et deffence à ceste pointe d'assaut, et à faire de» opiniastres jusqu'à l'extrémité : dont il y a aucuns marys qui en sont très-contens , et croyent fermement qu'ils en ont eu tout l'honneur et faict la première pointe , comme braves et déterminés soldats; et en font leurs contes le lendemain malin, qu'ils sont crestés comme petits cocqs ou jolets qui ont mangé force millet le soir, à leurs compagnons elamys,et mesmes possible à ceux qui ont les premiers entré en la forteresse sans i eur sceu , qui eu rient à part eux leur saoul '
GALLANTES.
et avecques les femmes leurs mais tresses , qui se vantent d'avoir bien joué leur jeu et leur avoir donné belle.
Il y a pourtant aucuns marys ombrageux qui prennent mauvais augure de ces résistances, et ne se contentent point de les voir si rebelles; comme un que je sçay, qui, demandant à sa femme pourquoy clic faisoit ainsy de la farouche et de la difficultueuse, et si elle le desdaignoît jusqucs-là, elle , luy pensant faire son excuse et ne donner la faute à aucun desdain, luy dit qu'elle avoit peur qu'il luy fist mal. 11 luy respondit : « Vous l'avez doneques esprouvé, a car nul mal ne se peut cognoistre sans l'avoir a enduré? » Mais elle, subtile, le niant, répliqua qu'elle l'avoit ainsy ouy dire à aucunes de ses compaignes qui avoient esté maryées, et l'en avoient ainsy advisée. aVoylà de beaux advis et entretiens , » dit-il.
— 11 y a un autre remède dont ces femmes s'advisent, qui est de monstrer le lendemain de leurs nopees leur linge teint de gouttes de sang qu'espandent ces pauvres filles à la charge dure de leur despucellement , ainsy que l'on fait en Espaigne, qui en monstrent publiquement par la fenestre ledict linge, en criant tout haut: */ïrgen la lenemos. t Nous la tenons «pour vierge.»
Certes, eucor ay-je ouy dire, dans Vi terbe ceste coustume s'y observe tout de mesmes. Et d'autant que celles qui ont passé premièrement par les picques ne peuvent faire ceste monstre par leur propre sang , elles se sont advisées, ainsy que j'ay ouy dire, et que plusieurs courtisannes jeunes à Rome me l'ont assuré elles-mesmes , pour mieux vendre leur virginité, de teindre ledict linge de gouttes de sang de pigeon, qui est le plus propre de tous : et le lendemain le mary le voit, qui en reçoit un extresme contentement, et croit fermement que ce soit du sang virginal de sa femme; et luy semble bien que c'est un gallant, mais il est bien trompé.
Sur quoy je feray ce plaisant conte d'un gentilhomme, lequel ayant eu l'esguillette nouée la première nuict de ses nopees, et la maryée, qui n'estoit pas de ces pucelles très-belles et de bonne part, se doublant bien qu'il dust faire rage , ne faillit , par lad vis de ses bonnes compaignes, matrosnes, parentes et bonnes amies, d'avoir le petit linge teint : mais le malheur
PREMIER DISCOURS
fut tel pour elle , que le mary fut tellement noué qu'il ne put rien faire, encor qu'il ne (int pas à elle à luy en faire la monstre la plus belle et se parer au montoir le mieux qu'elle pouvoit , et au coucher beau jeu , sans faire de la farouche ny nullement de la diablesse, ainsy que les spectateurs, cachés à la mode accoustumée, rapportoient , afin de cacher mieux son pucellage desrobé d'ailleurs; mais il n'y eut rien d'exécuté.
Le soir, à la mode accoustumée , le réveillon ayant esté porté, il y eut un quidam qui s'advisa, en faisant la guerre aux nonces, comme on fait communément, de desrober le linge, qu'on trouva joliment teint de sang ; lequel fut monstre soudain, et crié haut en l'assistance qu'elle n'estoit plus vierge, et que c'estoit ce coup que sa membrane virginale avoit esté forcée et rompue : le mary , qui estoit asseuré qu'il n'avoit rien faict, mais pourtant qui faisoit du gallant et vaillant champion, demeura fort estonné et ne sceut ce que vouloit dire ce linge teint, si-non qu'après avoir songé assez, sedoubta de quelque fourbe et astuce putanesques , mais pourtant n'en sonna jamais mot.
La maryée et ses confidentes furent aussy bien faschées et estonnëes de quoy le mary avoit faict faul feu , et que leur affaire ne s'en portoit pas mieux. De rien pourtant n'en fut faict aucun semblant jusques au bout de huict jours, que le mary vint à avoir l'esguillette desnouée, et fit rage et feu , dont d'ayse ne se souvenant de rien , alla publier à toute la compaignie que c'estoit à bon escient qu'il avoit faict preuve de sa vaillance et faict sa femme vraye femme et bien damée; et confessa que jusques alors il avoit esté saisi de toute impnissance : de quoy l'assistance sur ce subject en fit divers discours, et jeta diverses sentences sur la maryée qu'on pensoit estre femme par son linge teinturé ; et s'escandalisa ainsy d'ellemesme, non qu'elle en fust bien cause proprement , mais son mary, qui par sa debolesse , flaquesse et mollitude, se gasta iuy-mesme.
— 11 y a aucuns marys qui cognoissent aussy à leur première nuict le pucelage de leurs i, s'ils l'ont conquis oui ou non par la : qu'ils y trouvent ; comme un que je cognois, lequel , ayant espousé une femme en secondes neoces» et luv ayant faict accroire que son
premier mary n'y avoit jamais touché par son impuissance, et qu'elle estoit vierge et puceile aussy bien qu'auparadvant estre mur] moins il la trouva si vasie et si copieuse en plitude, qu'il se mit à dire: «Hé comment! «estes-vousceste pucclle de Marolle, si serrée «et si est roicte qu'on medisoit? Hé! vous en «avez un grand empan ; et le chemin y est a tellement grand et battu que je n'a y garde de «m'esgarer. d Si fallut-il qu'il passast par là et le beust doux comme du laict : car si sou premier mary n'y avoit point touché, comme il estoit vray, il y en avoit bien eu d'autres.
Que dirons -nous d'aucunes mères, qui voyant l'impuissance de leurs gendres, ou qui ont l'esguillette nouée ou autre défectuosité, sont les maquerelles de leurs filles; et qui, pour gaigner leur douaire, s'en font donner à d'autres, et bien souvent engroisscr, afin d'avoir les enfans héritiers après la mort du pere?
J'en cognois une qui conseilla bien cela à sa fille, et de faict n'y espargna rien; mais le malheur pour elle fut que jamais n'eu put avoir. Aussy je cognois un qui , ne pouvant rien faire à sa femme, attitra un grand laquais qu'il avoit, beau fils, pour coucher et dépuceler sa femme en dormant, et sauver son honneur par-là; mais elle s'en apperecut et le. laquais n'y fit rien, qui fut cause qu'ils plaidèrent long-temps: finalement ils se des-iuaryerent.
— Le roy Henry de Caslillc en fit de mesmes, lequel, ainsy que raconte Baptista Fulguosius 1 , voyant qu'il ne pouvoit faire d'enfans à sa femme, il s'aydad'un beau et jeune gentilhomme de sa cour pour luy en faire , ce qu'il fit; dont pour sa peine il lui fit de grands biens, et l'udvauça en des honneurs, grandeurs et dignités : ne faut doubler si la femme ne l'en aynia et s'en trouva bien. Yoyla un bon cocu.
— Pour ces esguillettes nouées, en fut dernièrement un procès en la cour du parlement de Paris, entre le sieur de Bray, trésorier, et sa femme, à qui il ne pouvoit rien faire ayant eu l'esguillelle nouée, ou autre deffaut dont la
1 Bapliftla Fulffosiu», dont le» Factorum el Dictorum memorabilium Itbri M'ont èiè imprimés diverses foi*. Ce fait particulier te trouve dans le chapiire lu du I i*"liwe. *
femme, bien marrie, l'en appclla en jugement. 11 fut ordonné par la cour qu'ils seraient visités eux deux par grands médecins ex péris. Le mary choisit les siens, et la femme les siens; dont en fut faict un fort plaisant sonnet a la cour, qu'une grande dame me lit elle-même, et me le donna, ainsy que je disnois avecques elle. On disoit qu'une dame lavoil faict, d'autres un homme. Le sonnet est tel :