‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de BourdeilleChapitre 72 sur 161 · MARGUERITE DE LORRAINE · texte numérisé non relu

MARGUERITE DE LORRAINE

GALLANTES.

ne pouvant aymer son roy d'aujourd'huy, ayant pourtant fort regretté le feu roy et porté le deuil pour luy, encor qu'elle fust de la ligue; mais elle disoit que son mary cl elle luy avoient d'extrêmes obligations. Pour fin, c'est une bonne et sage princesse, et qui a honneur aui regrets qu'elle monstra aux cendres de son mary pour quelque temps, car elle se remarya avecques M. de Luxembourg. Estant sa femme, falloit-il qu'elle bruslast tousjours.

CATHERINE DE CLEVES,

i , dcc de eoïs*.

d'assb, doc ub joïkrsE.

Elle laysse une sœur qui est madamoiselle de Joyeuse, qui l'a imitée on sa prude et chaste vie, laquctle a faict de grands deuils et lamentations pour son mary : aussy cstoit-il un brave, vaillant et accomply seigneur. Et, de plus, j'ay ouy dire que, lorsque le roy d'aujourd'huy fut tant à l'cstroict et pressé dans Dieppe, que M. du Mayne avecques quarante raille bommes le tenoit assiégé et serré comme dans un sac, que si elle enst esté au lieu de M. le commandeur de Chartres, qui commandoit dedans, qu'elle se fust bien revanchée delà mort de son mary autrement que n'avoit faict ledict sieur commandeur, qui , pour les obligations qu'il avoit à M. de Joyeuse , ne le debvoit recevoir ; et despuis ne l'a aymé, mais hay plus que la peste, ne le pouvant excuser d'une telle faute, encor qu'autres l'estiment d'avoir gardé la foy et la loyauté qu'il avoit promise. Mais une femme, justement ou injustement offensée , ne prend rien en payement, comme a faict celle-là

Madame de Guyse, Catherine de Clcves, l'une des trois filles de Nevers (trois princesses certes qu'on ne sçauroit assez louer, tant pour leurs beautés que pour leurs vertus, desquelles j'en fais à part un chapitre); a célébré et célèbre tous les jours fort dignement l'absence éternelle de M. son mary : mais aussy quel mary estoit-cc ! C'estoit le non-pair du monde. Ainsy l'appelloit-ellc en quelques-unes de ses lettres qu'elle escrivoit à aucunes dames de ses plus familières qu'après son malheur elle avoit en estime, manifestant par ces funestes et tristes parolles de quels regrets son ame estoit blessée.

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