‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de BourdeilleChapitre 76 sur 161 · MADAME DE R AN DAN · texte numérisé non relu

MADAME DE R AN DAN

Madame de Randan, dicte Fulvia Mirandola, de la bonne maison de La Mirande, demeura veufve en la fleur de son âge, et très-belle. Elle fit un si grand deuil de sa perte, que jamais clic n'a daigné se regarder en son miroir, et a desnié son beau visage au blanc cristal qui la desiroit tant veoir; et ne In y pou voit dire comme la dame qui, rompant son miroir, et le dédiant à Venus , luy dit ces vers latins :

Dico tibi Feneri spéculum, quia cernere totem Qualitium nolo , qualis eram uequeo.

«Venus , je te dédie mou miroyr, car, telle «que je suis , je n'ay plus le cœur ni la patience «de m'y regarder; et, telle que j'ay esté d'au- «tresrois, je ne puis. «Madame de Uandan ne

mesprisoit son miroir pour ce subject, car elle, estoit très-belle ; mais , pour un vœu qu'elleavoit faict à l'ombre de son mary, lequel estoit un des parfaicts gentilshommes de la France, pour lequel elle quitta toute mondaineté, jamais ne s'habilla que fort auslcremcnt et religieusement avecques son voile, et ne monslrant jamais ses cheveux, et coiffée plustost négligemment, monstrant pourtant avecques son incuriosité une grande beauté. Aussy feu M. de Guyse, dernier mort, ne l'appelloit jamais que moj ne; car elle s'habilloit et estoit bouchonnée comme un religieux : et ce disoit en riant et gaudissant avecques elle ; car il l'aymoit et honnoroil beaucoup, comme elle estoit très-affectionnée à service et à toute sa maison.

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