QUATRIESME
rir de destresse; car ces mots piquans, avecques d'autres d'auparadvant , l'avoient mis en tel espoir qu'il s'assuroit l'avoir gaignée, comme de vray ellcl'estoil. Que maudicte soit la maie destinée de sa mort, car c'estoit Tune des belles et honnestes femmes qu'on eust sceu vcoyr et qui valloit un péché véniel et mortel.
Une autre belle jeune dame verve, luy ayant esté demandé par un honneste gentilhomme, si ellefesoit caresme et ne mangeoit point de chair en façon du monde: a Non! dit-elle. » — « Si « ai- je veu , dit le gentilhomme, que vous n'en nfcsiez point d'escrupule et que en mangiez en «ces te saison aussy bien comme en l'autre, et «crue et cuite.» — «C'estoit du temps démon a mari , dit-elle, cela ! mais ma viduité m'a re- « formée et réglé mon vivre. » — « Donnez- «vousgarde,dille gentilhomme, de jeusner tant, «car volontiers ceuxqui se laissent aller au jeusne « et à la faim,après,quand l'appétit leur en prend, a ils ont les boyaux si estroicts et resserrés qu'il «leur en arrive de l'inconvénient. » — «Celuy , «dit-elle, que voulez dire de moy n'est point si «estroict ny affamé que, quand l'appétit m'en «viendra, je ne le rassasie temprement.»
— J'ay cognu une grande dame qui , durant qu'elle estoit fille et maryée, on ne parloit que de son embonpoint. Elle vint à perdre son mary, et en faire un regret si exlresme qu'elle en devint seiche comme bois Pourtant ne délaissa de se donner au cœur joye d'ailleurs , jusqu'à emprunter l'ayde d'un sien secrétaire et d'autres, voyre de son cuisinier, ce disoit-on ; mais pour cela ne recouvra son embonpoint , encor que ledict cuisinier, qui estoit tout gressrux et gras, ce me semble , la debvoit rendre grasse. El ainsy en prenoit et de l'un et de l'autre de ses valets, faisant avecques cela la plus prude et la plus chaste femme de la cour, n'ayant que la vertu en la bouche , et mal disante de toutes les autres femmes, et y trouvant à toutes à redire. Telle estoit ceste grande dame de Dauphinë, dans les Cent nouvelles de la reyne de Navarre , qui fut trouvée couchée sur belle herbe avecques son palefrenier ou mulletier dessus elle, par un gentilhomme qui en estoit
1 Ce fut & elle que Henri IV dit au bal , qu'elle avait employé le vert et le »ec pour divertir la compagnie. Il lui fit celle raillerie, dit Le Laboureur, parce que cette femme n'épargnait la réputation d'aucune dame.
amoureux à se perdre; mais par ainsy guérit aysement son mal d'amour.
J'ai ouy parler d'une fort belle femme dans Naples, qui eut ceste réputation d'avoir affaire avecques un More, le plus laid du monde, <fii estoit son esclave et palefrenier. Mais son estrange avitaillement le fesoit aymer d'elle.
— J'ay leu dans un vieux roman de Jehan de Saintré, qui est imprimé en lettres gothiques, que le feu roy Jehan le nourrit page. Par Alliance du tems passé les grands envoyoient leurs pages en message , comme on fait bien aujourd'huy; mais alors alloicnt par-tout et par pays à cheval: mesmes que j'ay ouy dire à nos pères qu'on les envoyoit bien souvent en petites embassades ; car, en depeschant un page avecques un cheval et une pièce d'argent, on en estoit quitte, elautantespargné.Ce petit Jehan deSatntré (car ainsy l'appelloit-on long-temps ) estoit fort aymé deson maistre le roy Jean,car il estoit tout plein d esprit , fut envoyé souvent porter de petits messages à sa sœur, qui estoit pour lors vefve (le livre ne dit pas de qui elle estoit vefve). Ceste dame en devint amoureuse après plusieurs messages par luy faicts; et un jour, le trouvant à propos et hors de compagnie, elle l'arraisonna, et se mit à luy demander s'il n'aymoit point aucune dame de la cour, et laquelle luy revenoit le mieux; ainsy qu'est la coustume de plusieurs dames d'user de ces propos quand elles veulent donner à aucuns la première poincte ou attaque d'amour , comme j'ay veu pracliquer. Ce petit Jehan de Saintré , qui n'avait jamais songé rien moins qu'à l'amour , luy dit que non encor. Elle luy en alla descouvrir plusieurs , et ce que luy en sembloit. « Encor moins,» respondit-il , après luy avoir presché des vertus et louanges de l'amour Car , aussy bien de ce temps vieux comme aujourd'huy,aucunes grandes dames y estoient subjectes ; car le monde n'estoit pas tin comme il est ; et les plus fines tant mieux pour elles , qui en faisolcnt passcrj de belles aux raarys avecques leurs hypocrisies et naïvetés. Ceste dame dpneques, voyant! ce jeune garron qui estoit de bonne prise , luy va dire qu'elle luy vouloit ly donner une maistresse qui l'aymeroit bien ; mais qu'il la servist bien ; et luy fit promettre , avecques toutes les hontes du monde qu'il eut sur ce coup , surtout qu'il serait secret. Enfin elle se
dcclara à luy,et qu'elle vouloit estre sa dame et amoureuse ; car de ce temps ce mot de maistresse ne s'usoit. Ce jeune page fut fort estonné , pensant qu'elle se moquast on le voulttst faire attrapper ou le faire fouetter. Toutes fois elle luy monstra aussy (ost tant de signes de feu et d'embrasement d'amour , qu'il cognut que ce n'estoit pas moquerie; luy disant tousjours qu'elle le vouloit dresser de sa main et le faire grand. Tant y a que leurs amours et jouyssances durèrent longuement , et estant page et hors de page, jusqu'à ce qu'il luy fallut aller à un lointain voyage, qu'elle l'enchargea à un gros et gras abbé. Et c'est le conte que vous voyez en les Nouvelles du monde advantura/x,d'un valet de chambre delà reyne de Navarre1; là où vous voyez l'abbé faire un affront audict Jehan de Saintré, qui estoit si brave et si vaillant; aussy bienlost après le rendit-il à M. l'abbé par bon eschange, et au triple.Ce conte est très-beau , et est pris de là où je vous dis.
Voylà comme ce n'est d'aujourd'huy que les dames ayment les pages, et mesmes quand ils sont maillés comme perdreaux. Quelles humeurs de femmes, qui veulent avoir des amys prou , mais des marys point ! Elles font cela pour l'amour de la liberté, qui est une si douce chose; et leur semble que quand eltes sont hors de la domination de leurs marys, qu'elles sont en paradis ; car elles ont leur douaire trèsbeau, et le mesnagent; ont les affaires de la maison en maniement ; elles touchent les deniers; tout passe par leurs mains : au lieu qu'elles estoient servantes, elles sont maislresses; font l'eslection de leurs plaisirs et de ceux qui leur en donnent à leur souhait.
Aucunes il y a, à qui leur fasche certes de ne rentrer en second maryage, pour ne perdre leurs grandeurs, dignités, biens, richesses , grades , bons et doux traitements, et par ce se contiennent : ainsy que j'ay cognu et ouy parler de plusieurs grandes dames et princesses, lesquelles, de peur de ne rencontrer à leur «ouhaù la grandeur première, et de perdre leurs rings, n'ont jamais voulu se maryer; mais ne
1 Le litre de re livre est 1rs Comptes (ou Contes ) du monde adi-anturettx , par A. 1). .S- l>. Il a été imprimé à Paris, chez Liliane GrOUlleM , en I5SS, iii-tS" , cl diver: i*$ autres fuis di-puis , tant a Paris qu'à Lyon.
GALLANTES.
laissent pour cela à faire bien l'amour, et le mettre et convertir en jouyssanec; et n'en perdoient pour cela ny leurs rangs, ny leurs tabourets, ny leurs sièges et séances en la chambre des reynes et ailleurs. N'estoient-elles pas bienheureuses celles-là? jouyr de la grandeur, de monter haut , et s'abaisser bas tout ensemble ? De leur en dire mot , ou leur en faire la remonstrance, n'en falloit point parler; autrement il y avoit plus de despits , plus de desmentis, de négatives, de contradictions et de vangeances.
— J'ay ouy raconter d'une dame vefve , et l'ay cognue , qui s'estoit faict longuement sei vir à un honneste gentilhomme , sous prétexte de maryage; mais il ne se meltoit nullement en évidence. Une grande princesse , sa maistresse, luy en voulut faire la réprimande. Elle, rusée et corrompue, luy respondit : «Et quoy, maadame, seroit-il deffendu de n'aymer d'amour a honneste? ce seroit par trop grande cruauté.» Et on sçait que cest amour honneste s'appelloit un amour si bien lascif, et composé de confitures spermatiques : comme certes sont toutes amours, qui naissent toutes pures, chastes et honnestes ; mais après se despucellcnt, et, par quelque certain attouchement d'une pierre philosophai , se convertissent et se rendent deshonnestes et lubriques.
— Feu M. de Bussy , qui estoit l'homme de son temps qui disoit des mieux, et racontoit aussy plaisamment, un jour à la cour, voyant une dame vefve, grande, qui conlinuoit tousjours le mestier d'amour : «Et quoy, dit-il , a ceste jument va-elle encor à l'estallon ?» Cela fut rapporté à la dame, qui luy en voulut mal mortel ; ce que M. de Bussy sceut : «Et bien, «dit-il , je sçay comme je feray mon accord et «rabilleray cela. Dites-luy, je vous prie, que 9 je n'ay pas parlé ainsy; mais bien j'ay dict : «Ceste poultre 1 va-elle encor au cheval? Car a je sçay bien qu'elle n'est pas marrie de quoy «je la tiens pour dame de joyc , mais pour «vieille; et lorsqu'elle sçaura que je l'ay nom- « mée poultre, qui est une jeune cavalle , elle « pensera que je l'ave encor en estime d'une «jeune dame, o Par ainsy , la dame, ayant sceu
1 Suivant Rabelais, on appelle poa/fre une jument non
encore saillie
QUATMBSME
ceste satisfaction et rhabillement de parolles , | s'appaisa , et se remit en amytié avecques M. de Bussy ; dont nous en rismes bien. ToutesFois elle avoit beau faire, car on la tenoit tousjours pour une jument vieille et reparée, qui, toute suragée qu elle estoit, hannissoit encor aux chevaux.
Geste dame ne ressembloit pas une autre dont J'ay ouy parler, laquelle , ayant esté bonne compaigne en son premier temps , et se jeltant fort sur l'aage , se mit à servir Dieu en jeusnes et oraisons. Un gentilhomme honneste luy reroonstrant pourquoy elle faisoit tant de veilles â l'église, et tant de jeusnes à la table, et si c'cstoit pour vaincre et matter les aiguillons de la chair. «Helas! dit-elle, ils me sont tous passés ;» proférant ces mots aussy piteusement que jamais fit Milo Crotoniates, ce fort et puissant lutteur, lequel un jour estant descendu dans l'arène, ou le champ des lutteurs, pour y veoyr l'esbat seulement , car il esloit devenu fort vieux , il y en eut un de la trouppe qui luy vient dire s'il ne vouloit point faire encor un coup du vieux temps. Luy, se rebrassant et retroussant ses bras fort piteusement, regar- . dant ses nerfs et muscles , il dit seulement : «Hélas! ils sont morts. » Si ceste femme en eustfaict de mesmes et sefust retroussée, le traict estoit pareil â celuy de Milo ; mais on n'y eust veu grand cas qui valust ny qui tenta»t.
Un autre pareil traict et mot au précèdent de M. de Bussy fit un gentilhomme que je scay. Venant à la cour, d'où il avoit esté absent six mois, il vit une dame qui alloit à l'académie , qui estoit lors introduite à la cour par le feu roy : « Comment , dit-il , l'académie dure encor? «on m'avoit dict qu'elle estoit abolie. — En « doubtez-vous , luy respondit un , si elle y va ? • Son inagister luy apprend la philosophie, qui «parle et traicte du mouvement perpétuel.» Et de vray, quelque rangement de teste se donnent les philosophes pour trouver le mouvement perpétuel, il n'y en a point de plus certain que celuy que Venus apprend en son cscole.
— Une dame de par le monde rencontra bien mieux d'une autre, à laquelle on louoit fort ses beautés, fors qu'elle avoit ses yeux immobiles, quelle ne remuoit nullement. «Pensez, ,
«dit-elle , que toute sa curiosité est I mettre son « mouvement au reste de son corps , et mesmes «à celuy du milan, sans le renvoyer à ses «yeux.o
Or, si je voulois mettre par escrit et tous les bons mots et bons contes que je sçay pour bien amplifier ce subject, je n'aurois jamais faict. Et d'autant que j'ay d'autres pas à faire, je m'en désiste , et concluray avecques Bocace, cy-dessus allégué : que, et filles, et maryées, et vefvcs, au moins la plus grand part, tendent toutes à l'amour. Je ne veux point parler des personnes viles, ny des champs, nyde villes, car telle n'a point esté mon intention d'en escrire, mais des grandes, pour lesquelles ma plume vole. Toutesfois , si au vray on me demandoit mon opinion , je dirais volontiers: qu'il n'y a que les maryées, tout hasard et danger des marys à part, pour estre propres à l'amour et en tirer prestement l'essence ; car les marys les eschauffent tant , que, comme une fournaise qui est souvent bien embrasée et atisée, elles ne demandent que de la matière, de l'eau et du bois et charbon pour entretenir tousjours leur chaleur ; et aussy qui se veut bien servir de la lampe, il y faut mettre souvent de l'huile ; mais aussy garde le jarret , et les emhusches de ces marys jaloux où les habilles bien souvent y sont attrappés!
Toutesfois il y faut aller plus- sagement que l'on peut et le plus hardiment, et faire comme cegrand roy Henry, lequel, comme il estoit fort subject à l'amour et fort aussy respectueux aux dames, et discret, et par conséquent hien-aymé etreceu d'elles, quand quelquesfois il changeoit de liet et s'alloit coucher en celuy d'une autre dame qui l'altendoit, ainsy que je tiens de bon lieu , jamais il n'y alloit, et fust-ce en ses galeries cachées de Sainct-Gcrmain , Blois et Fontainebleau, et petits degrés eschapatoires, et recoins, et galletas de ses chasteaux , qu'il n'eust son valet de chambre favory, dict Griffon, qui porloit son espieu devant luy avecques le flambeau , et luy après , son grand manteau devant les yeux ou sa robbe de nuict , et son espée soubs les bras; et estant couché avecques la dame, se faisoit mettre son espieu et son espée auprès de son chevet, et Griffon à la porte bien fermée, qui quelquesfois faisoit le guet et quelquesfois dormoil. Je vous laisse à penser, si un grand roy prenoit si bien garde a soy ( car il y en a eu
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. d'attrapés , et des roys et des grands princes , tesmoing le duc de Fteurance Alexandre de nostre temps ), ce que les petits compagnons auprès de ce grand doibvent faire. Mais il y a de certains présomptueux qui desdaignent tout; aussy sont- ils bien attrappés souvent.
— J'ay ouy conter que le roy François, ayant en main une fort belle dame qui luy a long-temps duré, allant un jour inopiné à ladicie dame, et à heure inopinée coucher avecques elle, vint à frapper à la porte rudement , ainsy qu'il dcbvoit et avoit pouvoir , car il estoit maistre. Elle , qui estoit pour lors accompaignée du sieur de Bonnivet, n'osa pasdirele mot des courtisanes de Rome : Non si pùo, asignora è accompagnata >. Ce fut à s'adviser là où son gallant se cacherait pour plus grande seureté. Par cas, c'estoit en esté, où l'on avoit mis des branches et feuilles en la cheminée , ainsy qu'est la coustume de France. Par quoy elle luy conseilla et l'advisa aussy tost de se jetter dans la cheminée , et se cacher dans ces feuillards tout en chemise, que bien le servit de quoy ce n'estoit en hyver. Après que le roy eut faict sa besogne avecques la dame, voulut faire de l'eau; et se levant, la vint faire dans la cheminée , par faute d'autre commodité; dont il en eut si grande envye, qu'il en arrousa le pauvre amoureux plus que si l'on luy eustjelté un silleau d'eau, car il l'en arrousa, en forme de chanlepleure de jardin, de tous cosiés, voyreet sur le visage, parles yeux, par le nez , la bouche, et par-tout ; possible en eschappa-il quelque goutte dans la gueule. Je vous laisse à penser en quelle peine esloit ce gentilhomme, car il n'osoit se remuer, et quelle patience et constance tout ensemble ! Le roy, ayant faict, s'en alla, prit congé de la dame et sortit de la chambre. La dame fil fermer par derrière , et appella son serviteur dans son lict , l'eschauffà de son feu , luy fit prendre chemise blanche. Ce ne fut pas sans rire, après la grande appréhension; car, s'il eust esté descouvert , et luy et elle estoient en trèsgrand danger. Geste dame est celle-là mesme laquelle , estant fort amoureuse de M. de Bonnivet, et en voulant monstrer au roy le contraire , qui en concevoit quelque petite jalousie ,
1 Cela ne se peut, madame e*t eo compagnie.
GALLANTES.
elle luy disoit : «Mais il est bon, sire, de «Bonnivet, qui pense estre beau; et tant plus «je luy dis qu'il l'est, tant plus il le croit ; et je « me moque de luy; et par ainsy j'en passe mon a temps, car il est fort plaisant et dit de très- «bons mots; si bien qu'on ne sçauroit s'en «garder de rire quand on est près de luy, tant «il rencontre bien.» Elle vouloit par là monstrer au roy que sa conversation ordinaire qu'elle avoit avecques luy n'estoit point pour l'aymeret en jouir, ny pour fausser compaignie au roy. Ha ! qu'il y a plusieurs dames qui usent de ces ruses pour couvrir leurs amours qu'elles ont avecques quelques-uns ; elles en disent du mal, s'en moquent devant le monde, et derrière n'en font pas ce beau semblant ; et cela s'appelle ruses et astuces d'amour.
— J'ay cognu une très-grande dame, laquelle, ayant veu un jour sa fille, qui estoit l'une des belles du monde, estre en peine h cause de l'amour d'un gentilhomme dont son frère estoit estomaqué , entr'autres discours que la mere luy dit :«Hé! ma fille, n'aymez plus acest homme là ; il a si mauvaise grâce et faaçon ! il est si laid ! il ressemble à un vray pa- « tissier de village. » La fille s'en mit à rire et moquer, et applaudir au dire de sa mere, et l'a d vouer pour semblance de pâtissier de village ; mais qu'il eust un bonnet rouge, toutesfois elle l'aymoit. Mais , quelque temps après , qui fut environ six mois, elle le quitta pour en avoir un autre.
J'ay cognu plusieurs dames qui on dict pis que pendre des femmes qui aymoient en lieux bas, comme leurs secrétaires, valets de chambre et autres personnes basses , et detesloient devant le monde cest amour plus que poison ; et loutesfois elles s'y abandonnoient autant , ou plus, qu'à d'autres. Et ce sont les finesses des dames, jusques-là que, devant le monde, elles se courroucent contre eux , les menacent, les injurient : mais derrière elles s'en accommodent gallamment. Ces femmes ont tant de ruses ! car, comme dit l'Espaignol, mucho sotte la zorra ; pero sabe mas la dama enamoroda; c'est-à-dire: «Le renard sçait beaucoup, « mais une dame amoureuse sçait bien davan- « lage.
Quoy que fist cesle dame précédente pour osier martel au roy François, si ne peut-elle
QUATRIESME DISCOURS
tant faire qu'il ne luy en restast quelque grain eu ttsle, comme j'ay sceu; et sur quoy il me souvient , qu'une fois m'eslant allé" pourmmerà Chambord, un vieux concierge qui esloit céans, et avoit esté valet de chambre du roy François, m'y reçut fort bonnestement; car il avoit dès ce temps là cognu les miens à la cour et aux guerres, et luy-mesme me voulut monslrer tout ;et m'ayant mené à la chambre du roy, il memonstra un mot d'escrit au costé de la feneslre:« Tenez, dit-il, lisez cela, monsieur; «si vous n'avez veu de l'escrituredu roy mon « maistre , en voylà. » Et , l'ayant leu en grandes lettres, il y avoit ce mot : « Toute femme varie. » J'avois avecques raoy un fort honnestc et habile gentilhomme de Perigord , mon amy, qui s'appelloil M. deRoche, qui me dit soudain :« Pensez ■ que quelques-unes de ces dames qu'il aymoit le « plus, et de la fidélité desquelles il s'asseuroil le «plus, il les avoit trouvées varier et luy faire «faux bons, et en elles avoit dcscouverl quelque «changement dont il n'estoit guieres content , «et, de despit, en avoit escrit ce mot.a Le concierge qui nous ouytdit:« C'est mon! vrayment, «ne vous en pensez pas mocquer : car, de louâtes celles que je luy ay jamais veues et cog- «nues, je n'en ay veu aucune qui n'allast au «change plus que ses chiens de la meute à la «chasse du cerf; mais e'estoit avecques une «voix fort basse, car, s'il s'en fust apperçu , il « lescust bien relevées. » Voyez , s'il vous plaist, de ces femmes qui ne se contentent ny de leurs marys ny de leurs serviteurs, grands roys et princes cl grands seigneurs ; mais il faut qu'elles aillent au change, et que ce grand roy les avoit bien coguues et expérimentées pour telles, et pour les avoir desbauchées et tirées des mains de leurs marys, de leurs meres, et de leurs libertés et viduilés.
— J'ay cognu et ouy parler d'une dame, aymée si très-fort de son prince que, par grand amour qu'il luy porta, il là plongea jusqu'à la gorge dans toutes les sortes de faveurs, bienfaicts et grandeurs, si que son heur esloit incomparable à tout autre; et loutesfois elle esloit si fort amoureuse d'un seigneur, qu'elle ne le voulut jamais quitter. Kl ainsy qu'il lui remonstroit que son prince les ruincroit lous deux : i C'est tout «un, dit-elle; si vous me quittez, je me rui- 0 neray pour vous ruiner ; et j'ayme mieux estre
«appellée vostre concubine que maistressedece « prince. » Voyez quel caprice de femme et quelle lasciveté aussy!
—J'en ay cognu une autre bien grande dame, vcfve, qui en a faict de mesmes ; car, encor qu'elle fust quasy adorée d'un très-grand , si falloit-il avoir quelques menus autres serviteurs, afin de ne pas perdre toutes les heures du temps et demeurer en oisiveté ; car un seul ne peut pas en ces choses y vaquer ny fournir tousjours : aussy que telle est la règle de l'amour: que la dame d'amour n'est pas pour un temps prefix, ny aussy pour une personne prefix ny seule arrestée. Je m'en rapporte à ceste dame des Cent nouvelles de la reyne de Navarre , qui avoit trois serviteurs au coup , et estoit si habile qu'elle les sçavoit tous trois fort accortement entretenir.
La belle Agnès, aymée et adorée de Charles Vil , fut soupçonnée de luy avoir faict une fille qu'il ne pensa estre sienne , et ne la voulut pas advouer. Aussy : telle la mère , telle fut la fille , ce disent nos chroniqueurs. Comme de mesmes fit Anne de Boulen , femme du roy Henry d'Angleterre , qu'il fit descapiter pour se contenter de luy et donner sur l'adultère; et l'avoit prise pour sa beauté , et l'adoroit.
J'ay cognu une dame, laquelle ayant esté servie d'un fort honneste gentilhomme, et puis en ayant esté quittée au bout de quelque temps , se vinrent à raconter de leurs amours passés. Le gentilhomme, qui voulut faire du gallant, luy dit : « Et quoy! penseriez-vous «que vous seule fussiez de ce temps ma mais- « tresse? Vous seriez bien estonnée si, avecques «vous, j'en avois eu deux autres?» Elle luy respondit aussy tost:«Vous seriez bien plus «estonné si vous eussiez pensé estre le seul «mon serviteur, car j'en avois bien trois autres « pour reserve. » Voylà comment un bon navire veut avoir tousjours deux ou trois ancres pour bien s'affermir.
Pour faire fin , vive l'amour pour les femmes! et, comme j'ay trouvé une fois dans les tablettes d'une très -belle et honneste dame qui habloit 1 un peu l'espaignol et l'entendoit très - bien , ce petit refrain escrit de sa propre main, car je la cognoissois très-
* Parlait, de l'espaonol Uablar.
DES DAMES GALLANTES.
bien : Hembra o dama sin campagnero , j esperanza sin trabajo , y navio sin timon, nunca pueden liazer cosa que sea buenai c'est-à-dire : « Jamais femme ou dame sans «compagnon, ny espérance sans travail, ny € navire sans gouvernail , ne pourroil faire «chose qui vaille. » Ce refrain peut cstrebon et pour la femme et pour la vcfve, et pour la fille; car Tune et l'autre ne peuvent rien faire de bon sans la compagnie de l'homme ; ny l'espérance que l'on a de les avoir n'est point tant agréable à les attraper aysement, comme avecques un peu de peine et de travail, rudesse et rigueur. Toutesfois la femme et la vefve n'en donnent pas tant que la fille, d'autant que l'on dit qu'il est plus aysé et facile de vaincre et abattre une personne qui a esté vaincue, abattue et renversée, que celle qui ne le fut jamais; et qu'on ne prend point tant de travail et peine à marcher par un chemin dcsjà bien frayé et battu, que par celuy qui n'a jamais esté faict ny tracé : et de ces deux comparaisons je m'en rapporte aux voyageurs et guerriers. Ainsy est-il des filles; car mesmes il y en a aucunes si capricieuses, qui jamais n" ont voulu se maryer, ainsi vivre tousjours en condition filiale; et si on leur demandoit pou rq uoy, « c'est ainsy, et telle est «mon humeur, » disent-elles. Aussy que Cybellc, Junon, Venus, Thelis, Cerès et autres déesses du ciel, ont toutes mesprisé ce nom de vierge, fors Pallas,qui prit du cerveau de Jupiter sa naissance, faisant veoyr par là que la virginité n'est qu'une opinion conccuc en la cervelle. Aussy demandez à nos filles qui ne se maryent jamais, ou, si elles se maryent, c'est le plus tard qu'elles peuvent, et fort surannées, pourquoy elles ne se maryent. «Parce, disent-elles, que je ne le veux, «et telle est mon humeur et mon opinion. »
Nous en avons veu aux cours de nos roys aucunes du temps du roy François. Madame la régente avoit une fille belle et honneste, qui s'appelloit Poupincourt, qui ne se marya jamais, et mourut vierge de l'aage de soixante ans, comme elle nasquit, car elle fut très-sage. La Brelaudiere est morle fille et pucellc en l'âge de quatre-vingts ans, laquelle on a veu gouvernante de madame d'Angoulesme estant fille.
J'ai cognu une fille de très-grand et haut lieu, de l'aage de soixante et dix ans, qui jamais ne s'est voulu maryer; mais pour cela nelaissoit faire l'amour. Et ceux qui l'ont voulu excuser pourquoy elle ne se maryoit pas , ils la disoient impropre pour femme ny mary, d'autant qu'elle n'avoit point de cas, sinon un petit trou par où elle pissoit. Dieu sçait I elle en avoit bien trouvé un pour s'esbobir ailleurs. Quelle bonne exouse !
Madamoiselle de Charansonnet de Savoye mourut à Tours dernièrement fille , et fut enterrée avecques son chappeau et son ha-, bit blanc virginal, très-solemnellement, en grande pompe, solemnité et compaignie, en l'aage de quarante cinq ans ou plus: et ne faut point mettre en doubte si c'esloit à faute de party, car, estant l'une des belles et honnestes filles et sages de la cour, je luy en ay veu refuser de très-bons et très-grands.
Ma sœur de Bourdeille, qui est à la cour fille de la reyne, a refusé de mesmes de fort bons partys, et jamais n'a voulu se maryer ny ne le fera, tant elle est résolue et opiniastre de vivre et mourir fille et bien aagée ; et s'est jusques icy laissée vaincre à cesle opinion, et à un bon aage.
Madamoiselle de Sertran, fille aussy de la reyne, et madamoiselle Surgie, restèrent aussy à la cour; aussy appelloit-on ceste dernière la Minerve; et tant d'autres.
J'ay veu l'infante de Portugal , fille de la feue reyne Eleonor, en mesme résolution; et est morte fille et vierge en l'aage de soixante ans ou plus. Ce n'estoit pas faute de grandeur, car elle esloil grande en tout; ny par faute de biens, car elle en avoit force, et mesmes en France, où M. le gênerai Gourgues a bien faict ses affaires; ny pour faute de dons de nature , car je l'ay veue a Lisbonne, en l'aage de quarante - cinq ans, une très - belle et agréable fille, de bonne grâce, de belle apparence, douce, agréable, et qui meritoit bien un mary pareil à elle en tout, courtoise, et mesmes à nous autres François. Je le peux dire, pour avoir eu cest honneur d'avoir parlé à elle souvent et privement. Feu M. le grand prieur de Lorraine, lorsqu'il mena ses galleres du levant en ponant pour aller en Escossc, du temps du petit roy François, passant et séjournant à Lis-
QUATR1RSME
bonne quelques jours, la visita {et vid tous les jours : elle le receut fort courtoisement et se pleut fort en sa compagnie, et lui fit tout plein de beaux présents. Entre autres, elle luy bailla une chaisne pour pendre sa croix, toute de diamans et rubis, et perles grosses, proprement et richement elabouréc; et pouvoit valoir de quatre à cinq mille escus , et lui faisoit trois tours. Je croy qu'elle pouvoit bien valoir cela , car il l'engageoit tousjours pour mille escus , ainsy qu'il fil une fois à Jjondres, lorsque nous tournions d' Escosse; mais aussy tost en France il l'envoya désengager, car il l'aymoit pour l'amour de la dame de laquelle il estoit encapriciéet fort pris. El croy qu'elle ne l'aymoit pas moins, et que volontiers elle eust rompu son nœud virginal pour luy; cela s'appelle par maryage, car c'estoit une très sage et vertueuse princesse. Et si diray-je bien plus, que, sans les troubles qui commancerent en France , messieurs ses frères l'ait iroient et l'y tenoient. Il vouloit luy-mesme retourner avecques ses galleres et reprendre mesme route, et revoyr ceste princesse, et luy parler de nopces:et croy qu'il n'en fust poinl esté esconduict, car il estoit d aussy bonne maison qu'elle, et extraie! de grands roys comme elle, et sur-tout l'un des beaux, des agréables, des honnestes cl des meilleurs princes de la chrcslienté. Messieurs ses frères, principalement les deuxaisnés, car ils estoient les oracles de tous et conduisoient la barque, je vis un jour qu'il leur en parloit, leur racontant son voyage et les plaisirs qu'il avoil receus là, et les faveurs : ils vouloienl fort qu'il refist le voyage cl y retournas! encor; et luy conseilloient de donner la , car le pape en eust aussy lost donné la dispense de la croix : et, sans ces maudicts troubles, il y alloit et en fusl sorly, à mon advis, à son honneur et contentement. Ladietc princesse l'aymoit fort, et m'en parla en très-bonne part, et le regretta beaucoup, mïnlerrogeant de sa mort, et comme esprise, ainsy qu'il est aysé , en telles choses, à un homme un peu clairvoyant de le cognoistre.
— J'ayouy dire une aulreraison encor aune personne fort habille , je ne dis fille ou femme, cl possible lavoit-elle expérimenté : pourquoy
aucunes filles sont si (ardivesdesemaryer.Elles disent que c'est propter mollitiem. Et ce mot molli ties s'interprète : qu'elles sont si molles , c'est-à-dire tant amalrices d'elles-mesmes et tant soucieuses de se delicaler et se plaire seules en elles-mesracs , ou bien a vecques d'autres de leurs compaignes , à la mode lesbienne , et y prennent tel plaisir à part elles, qu'elles pensent et croyent fermement qu'avecques les hommes elles n'en sçauroient jamais tant tirer de plaisir : et , pour ce , se contentent -elles en leurs joyes et savoureux plaisirs, sans se soucier des hommes , ny de leurs accointances, ny du maryage.
Ces filles ainsy vierges elpucellcs fussent esté jadis à Rome fort honnorées et fort privilégiées, jusques-là que la justice n'avoit pouvoir sur elles à les senlcncicr à la mort : si bien que nous lisons que , du temps du triumvirat , il y eut un sénateur romain parmy les proscrits , qui fut condamné à mourir, non luy seulement , mais toute sa lignée de luy procréée ; et estant sur l'eschaffaut représentée une sienne fille fort belle et gentille, d'aage pourtant non meure et encor trouvée pucellc , il fallut que le bourreau la despucelast et la desvirgiuast luy-mesme sur l'eschaffaut ; et puis ainsy pollue la repassa par le Cousteau. L'empereur Tibère se dclectoit à faire ainsi desvirginer publiquement les belles filles et vierges, cl puis les faire mourir -.cruauté certes fort vilaine.
Les vestales de mesmes estoient tres-honnorées el respectées , autant pour leur virginité que pour leur religion : car, si elles venoient le moins du monde à faillir de leurs corps, elles estoient cent fois plus punies rigoureusement que quand elles n'a voient pas bien gardé le feu sacré ; car on les enterroit toutes vives avecques des pitiés effroyables. Il se lit d'un Âlbinus , romain , qui , ayant rencontré hors de Rome quelques vestales qui s'en alloieul à pied en quelque part , il commanda a sa femme de descendre avecques ses enfants de son chariot, pour les y monter à parfaire leur chemin. Elles avoieni aussy telle authorité , que bien souvent ont-elles esté crues et entremeltcuses à faire l'accord entre le peuple de Rome et les chevalliers , quand quelquesfois ils avoient rumeur ensemble. L'empereur Theodose les chassa de Rome parie conseil des chrestiens , envers le-
m DES DAMES
quel empereur les Romains députèrent un Symmachus, pour le prier de les remettre avecques leurs biens» rentes et facultés qu'elle* (avoient grandes , et telles , que tous les jours elles donnoient si grande quantité d'auraosnes, qu'elles n'ont jamais permis à nul Romain ny estranger, passant- ou venant, de demander l'aumosne , tant leur pie charité s'estendoit sur les pauvres : et loutesfois Theodose ne les y voulut jamais remettre. Elles s'appelloicnt vestales , de ce mot de resta, qui signifie feu , lequel a beau tourner, virer, mouvoir, flamber, jamais ne jette semence ny n'en reçoit : de mesmes la vierge. Elles duroient trente ans ainsy vierges, au bout desquels se pouvoient roaryer ; desquelles peu sortans de là se trouvaient heureuses, ny plus ny moins que nos religieuses qui se sont dévoilées et ont quitté leurs habits. Elles esloienl fort pompeuses et superbement habillées, lesquelles le poète Prudence descril gentiment, telles comme peuvent estre les chanoinesses d'aujourd'huy de Mous en Hainault , et de Rerairemont en Lorraine, qui se maryent. Aussy ce poète Prudence les blasme fort qu elles alloient parmy la ville dans des coches fort superbes , et ainsy si bien vestues aux amphitheastres veoyr les jeux des gladiateurs et comballans à outrance entre eux, et des bestes sauvages, comme prenans grand plaisir à veoyr ainsy les hommes s'entre tuer et répandre le sang ; et pour ce il supplie l'empereur d'abollir ces sanguinaires combats et si pitoyables spectacles. Ces vestales , certes , ne del> voient veoyr tels jeux : mais pouvoient-elles dire aussy : «Par faute d'autres jeux plus plaia sans , que les autre? dames voyent et pracii- «quent, nous pouvons nous contenter en accux-cy.»
—Quant à la condition de plusieurs vefves , il y en a aussy plusieurs qui font l'amour de mesmes que ces filles ainsy que j'en ny cognu aucunes , et autres qui ayment mieux s'csbaltrc avecques les hommes en cachette , et en toute leur pleiniere volonté, que leur estans subjectes par maryage. Pour ce, quand on en voit aucunes garder longuement leurs viduités , il ne les en faut pas tant louer, comme l'on diroit , jusqu'à ce que l'on sçache leur vie : et ampres , selon que l'on la descouvre , les en faut louer ou mespriser ; car une femme , quand
GALLANTES.
elle veut desplier ses esprits , comme on dit « est terriblement fine , et mené l'homme vendre au marché sans qu'il s'en prenne garde ; et , estant ainsy fine , elle sçait si bien ensorccller et { esblouir les yeux et les pensées des hommes , ' qu'ils ne peuvent jamais guieres bien cognoistre leur vie ; car telle prendra-on pour une prude femme et confite en sapience , qui ser;i une bonne putain, et jouera son jeu si bien à poinct j et si à couvert, qu'on n'y cognoistra rien. J'ai cognu une grande dame qui a demeuré vcfve plus de quarante ans, se fesant estimer la plus femme de bien du pays et de la cour, mais sotto coverto 1 c'estoit une bonne putain, et en avoit entretenu gentiment le mestier l'espace de cinquanlcrcinq ans, et fille, et maryée, et vcfve, et si excortement et finement, qu'on ne s'en est guieres aperceu encor en l'aage de soixante-dix ans qu'elle mourut. Elle fesoit valoir sa pièce comme estant femme, laquelle une fois , estant jeune vefve , vint à estre amoureuse d'un jeune gentilhomme , et ne le pouvant attraper, au jour des Innocents vint en sa chambre pour les luy donner ; mais le gentilhomme lesluy donna fort aysement, qui se servit d'autre chose que de verges. Elle en fesoit bien d'autres.
J'ai cognu une autre dame vefve qui garda sa viduité cinquante ans, tousjours en paillardant gallantement, avecques modestie tres sage, et avecques plusieurs à diverses fois. Enfin , venant à mourir, un qu'elle avoit aymé douze ans, et eu un fils de luy en cachette, elle n'en fit grand cas , jusqu'à le desavouer. N'est-ce pas pour en venir à mon dire touchant aucunes vefves , et qu'on en sçache l'envie et les moyens.
Je sçay bien que plusieurs me pourroient dire que j'ay obmis plusieurs bons mots et contes qui eussent mieux encor embelly et annoblyce subject. Je le crois ; mais,d'icy au bout du monder[ je n'en eusse veu la fin ; et, qui en voudra pren-j dre la peine de faire mieux , l'on luy aura grande obligation.
Or , mes dames , je fais fin ; et m'excusez si j'ay dict quelque chose qui vous offense. Je ne fus jamais né ny dressé pour vous offenser ny
* Soui couvert.