QUATRIESME D
M. de Manne de telle demande. Il est encor vivant , qui pourra dire si je ments ; car j'y estois. 11 respondit que jamais il n'en avoit ouy parler, ny à luy nyà d'autres. «Or, je vous « rapprends doncques, dit-elle ; car, il n'y a rien cde si vray qu'il a esté maryé; et est mort maryé réellement avecques ladicte dame de Chaslillon. Je vous asscure que j'en ris bien , contemplant la contenance estonnée dudict M. de Manne, qui estoit fort consciensieux et religieux , qui pensoit savoir tous les secrets de son feu ministre; mais il estoit de Gai lice pour celuy là : aussy estoit-il scandaleux , pour le rang sainct qu'il tcnoit.
Ceste madame de Chaslillon csloit la vefve de Feu M. de Chaslillon, qu'on disoit qui gouvernoit le petit roy Charles huiliesme avecques Bourdillon, Galiot et Bonneval qui, gou vernon tu le sang royal. Il mourut à Ferrare, ayant esté blessé au siège de Ravenne, et là fut porté pour se faire panser. Ceste dame demeura vefve fort jeune et belle, sage et vertueuse, et pour cela fut eslue pour dame d'honneur de la feue reync de Navarre. Ce fut celle-là qui bailla ce beau conseil à ceste dame et grande princesse, qui est escrit dans les cent Nouvelles de ladicte reyne , d'elle et d'un gentilhomme qui avoit coulé la nuict dans son lict par une trapellc dans la ruelle, et en vouloit jouir; mais il n'y gaigna que de belles esgralignuresdans son beau visage et elle s'en voulant plaindre à son frère, elle luy fit ceste belle remonslrance qu'on verra dans ccsle Nouvelle, et luy donna ce beau conseil, qui est un des beaux et des plus sages, et des plus propres pour fuyr scandale, qu'on cust secu donner, et fust-ce eslé un premier président de Paris qui l'eust faict, et qui monslroit bien pourtant que la dame estoit bien autant rusée et fine en tels mystères, que sage cl ad visée: et pour ce, ne faut doubler si elle tint son cas secret avecques son cardinal. Ma grande- mere, madame la seneschalle de Poictou, eut sa place après sa mort , par l'eslcclion du roy François, qui la nomma et l'esleut, et l'envoya quérir jusquesen sa maison; et la donna de sa main à la reyne sa sœur, pour la cognoislre très-sage et très-vertueuse dame , aussi l'appeloit-il nostre c/ievatlier sans reproche : mais non si fine, ny rusée , ny accorte en telle chose que sa precedenie , ny coûYolée en secondes
MUaiOMB. 11.
ISCOURS. 360
nopecs. Et si voulez sçavoir de qui la nouvelle s'entend, c'estoil de la reyne mesme de Navarre, et de l'admirai de Bounivet, ainsy que je liens de ma feue grande merc : dont pourtant me semble que ladicte reyne n'en debvoit celer son nom , puisque l'autre ne peut rien gaigner sur sa chasteté, et s'en alla en confusion, et qui vouloit divulguer le faict , sans la belle et sage remonslrance que luy fit ceste dicte dame d'honneur, madame de Chaslillon; et quiconque l'a leue la trouvera telle. Lt je crois que M. le cardinal , son dict mary, qui estoit l'un des mieux disans, sçavans, eloquens, sages et advisés de sou temps , luy avoit mis ceste science dans le corps, pour dire et remonstrer si bien. Ce conte pourroit eslre un peu scandaleux , à cause de la saincle et religieuse profession de l'autre; mais, qui le voudra faire, il faut qu'il desguise le nom.
El si ce Iraict a esté tenu secret louchant ce maryage, celuy de M. le cardinal de Chaslillon dernier n'a pas esté de mesraes ; car il le divulgua et publia luy-mcsmc assez, sans emprunter de trompette; et est mort maryé, sans laisser sa grande robbe et bonnet rouge. D'un costé, il s'excusoit sur la religion reformée, qu'il tenoit fermement ; et de l'autre , sur ce qu'il vouloit tenir son rang tousjours et ne le quitter (ce qu'il n'eus! faict autrement), et entrer au conseil, là où entrant il pouvoit beaucoup servir à sa religiou et à son part y, ainsy que certes il estoit très-capable, très-suffisant et très-grand personnage.
Je pense que moud ici sieur cardinal du Bellay en a peu faire de mesmes ; car, de ce temps là , il penchoil fort à la religion et doctrine de Luther ainsy que la cour de France en estoit un peu abreuvée : car toutes choses nouvelles plaisent, et aussy que ladiclc dame doctrine licencioit assez gentiment les personnes, et mesmes les ecclésiastiques , au maryage.
Or, ne parlons plus de ces gens d'honneur, pour la reverance grande que nous debvons à leur ordre et à leurs saincts grades. Il faut un peu mettre sur les rangs nos vieilles vefves qui n'ont pas six dents en gueule , et qui se remaryent. Il n'y a pas long temps qu'une dame, vefve de trois marys, espousa en Guyenne, pour le qualriesme, un gentilhomme qui tient assez quelque grade
elle estant de l'aage de quatre-vingts ans. Je ne Bçay pas pourquuy elle le faisoit ( car elle cstoit très-riche et avoit force escus) ; dont pour ce le gentilhomme la pourchassa , si ce n'estoit qu'elle ne se vouloit encor rendre, et vouloit eucor fringuer sur les lauriers1 , comme disoit madamoiselle Sevin], la folle de la reyne de Navarre.
— Jay cognu aussy une grande dame qui , en l'aage de soixante-seize ans, se remarya et espousa un gentilhomme qui n'esloil pas de la qualité de son premier , et vesquil cent ans ; et pourtant s'y entretint belle ; car elle avoit esté des belles femmes en son temps, et avoit faict valoir son jeune et gentil corps en toutes façons, et à maryer, et maryée , et vefve, ce disoit-on.
Yoyladeux terribles humeurs de femmes! il falloil bien qu'elles eussent de la chaleur. Aussy ay-je ouy dire aux bons et experts fourniers : qu'un vieux four est plus aysé à s eschauffer beaucoup qu'un neuf, et quand il est une fois eschauffé, il en garde mieux sa chaleur et faict meilleur pain.
Je ne sçay quels appétits savoureux y peuvent prendre leurs chalans et amoureux ; mais j ay veu beaucoup de gallans et braves gentilshommes aussy affectionnés à l'amour des vieilles, voyre plus que des jeunes; et si me disoit -on que c'esloit pour en tirer des commodités. Aucuns en ay-je veu aussy qui les aymoient d'une très-ardente amour, sans en tirer rien de leur bourse, si-non de leur corps; ainsy que nous avons veu autresfois un très - grand prince souverain 2 qui av. unit si ardemment une grande dame veufve aagée, qu'il quilloit sa femme et toutes autres, tant belles fussent-elles et jeunes, pour couclier avecques elle. Mais en cela il avoit raison, car c'esloit une des belles et aymables dames que l'on eust sceu vcoyr; et son hyver valoit plus certes que les printemps, eslés et automnes des autres. Ceux qui ont practiqué les courtisanes d'Italie, aucuns a-on veu et voiton choisir tousjours les plus fameuses et antiques et qui ont plus traisné le balet, pour y trouver quelque chose de plus gentil,
• Far l'alto venerco.
1 Henri II , qui préforait h la reine sa femme, qui était jeune, la dm-ticsse de Yaleulinois déjà vieille, et qui avait élé la maîtresse du roi sou père.
GALLANTES.
tant au corps qu'en l'esprit. Voylà pourquoy ceste gentille Gleopatre, ayant esté mandée par Marc Antoine de le venir trouver, ne s'en esmeul autrement, s'asseurant bien que, puisqu'elle avoit sceu attraper Jules Gesar et Cnejus Pompejus, fils du grand Pompée, lorsqu'elle estoit encor jeunette fillette, et ne sçavoit encore bien que c'esloit de son monde ny de son meslier, quelle mènerait bien autrement son homme, qui estoit fort grossier, et sentant son gros gendarme, elle estant en la vigueur de son entendement et de son aage , comme elle fit. Aussy, pour en parler au vray. si la jeunesse est propre pour l'amour à aucuns, à d'autres la malurilé d'un âge, d'un bon esprit et longue expérience et d'un beau parler, de longue main practiqués, servent beaucoup pour les suborner.
Un double y a-il, que jay demandé autrefois à des médecins , d'un qui disoit pourquoy il ne vivoit plus longuement, puisqu'en sa vie il n'avoit cognu ny touché vieille, sur cest aphorisme des médecins qui disent :vetulam non cognovi avecques d'autres quolibets. Certes, ces médecins m'ont dict un proverbe ancien qui disoit « qu'en vieille «grange Ton bat bien, mais de vit ux fléaux on «n'en fait rien de bon.» Aussy d'autres disent: «il n'en chaut quel aage la beste ait, mais «qu'elle porte.» Et aussy que par expérience ils ont cognu des vieilles si ardentes et chaudasses, que, venant à habiter avecques un jeune homme, elles en tirent ce qu'elles en peuvent, et l'alambiquenl et sucent tant qu'il a de substance ou de suc dans le corps, afin de se humecter mieux : je dis celles qui, pour l'amour de l'aage, sont asseichées et ont faute d'humeurs. Lesdicts médecins me disoient aulres raisons; mais aux plus curieux je les laisse à leur demander.
— J'ay veu une vieille vefve, dame grande, qui mit sur les dénis, en moins de quatre ans , son troisiesme mary et un jeune gentilhomme qu'elle avoit pris pour son amy; et les renvoya dans la terre, non par assassinat ny poison, mais par atténuation et alambi quement de leur substance. Et, à veoyr ceste dame, on n'eust jamais pensé qu'elle eust faict le coup; car elle faisoit devant les gens plus
> » Je n'ai point connu de vieille.
QUAÎftlBSMG
de la dévote, de la marmiteuse et de l'hypocrite, jusques-là qu'elle ne vouloit pas prendre sa chemise devant ses femmes, de peut de la veoy r nue, ny pisser devant elles : mais, comme disoit quelque dame de ses parentes , elle faisoit ces difficultés à ses femmes et point aux hommes et à ses gallans.
Mais quoy, est-il plus deffensible et aussy plus loisible à une femme d'avoir eu plusieurs marys en sa vie, comme il y en a eu prou qui en ont eu trois, quatre et cinq, ou bien à une autre qui en sa vie n'aura eu que son mary et un amy, ou deux, ou trois? Gomme certes j'en ay cognu aucunes continentes et loyales jusques-là? El en cela j'ay ouy dire à une grande dame de par le monde: qu'elle ne mettoit aucune différence entre une dame qui avoit eu plusieurs marys et une qui n'avoit eu qu'un amy ou deux, avecques son mary, si ce n'est que ce voile marital cache tout; mais, quant à la sensualité et lasciveté, il n'y a pas de différence d'un double; et en cela practiquent le refrain espaignol, qui dit que a/gunas mugeres son de natura de anguilas en relener, y de lobas en excoger; c'est-à-dire, « de nature des anguilles «à retenir, et [des louves à choisir; » car l'anguille est fort glissante et mal tenable, et la louve choisit tousjours le loup le plus laid.
— Il m'a (1 vint une fois à la cour, comme j'ay dict ailleurs, qu'une dame assez grande, qui avoit esté maryée quatre fois, me vint dire qu'elle venoit de disner avecques son beau-frere, et que je devinasse avecques qui ; et me le disoit naïfvement sans y songer malice; et moy, un peu malicieusement, et riant pourtant, je luy respondis : « Et qui diable serait le devin «qui le pourrait deviner? Vous avez esté «maryée quatre fois : je laisse à penser au a monde la qualité des beaux-freres que vous o pouvez avoir.» Alors elle me respondil,et répliqua : « Vous y songez en mal, » et me nomma le beau-frere. o C'est bien parlé, luy re- «pliquay-je, cela; mais nou comme vous « parliez. »
— Il y eut jadis à Rome1 une dame qui
' Environ l'an 400 de l'ère chrétienne. Saint Jérôme
vit les funérailles de la femme, et c'eat lui qui rapporte 1
le fait eu question. Epist. XCI ad Jgeruchiam , de I
Moiwganùa. \
avoit eu vingt-deui marys l'un après l'autre, et pareillement un homme qui avoit eu vingtune femmes. Dont ils s'adviserent tous deux, pour faire un bon concert , de se remaryer ensemble. Le mary à la fin survesquit sa femme : en quoy le mary fut tellement estimé et honnoré dans Rome de tout le peuple, d'une si belle victoire, que, comme victorieux, il fut mené et pourmené en un char triomphant, couronné de lauriers, et la palme en main. Quelle victoire, et quel triomphe !
— Du temps du roy Henry, en sa cour fut le seigneur de Barbazan , dict Sainct-Amant, qui se marya par trois fois l'une après l'autre. Sa troisiesme femme esloit fille de madame de Mouchy, gouvernante de madame de Lorraine, qui, plus brave que les deux premières, eut raison d'elles, car il mourut soubs elle; et, ainsy qu'on le plaignoil à la cour, et qu'elle de mesmes se desconfortoit outrageusement de sa perte, M. de Montpesat, qui disoit très-bien le mot, alla rencontrer : qu'au lieu de la plaindre, on la debvoil exalter et louer beaucoup de sa victoire qu'elle avoit eu sur son homme, qu'on disoit qu'il esloit si vigoureux et si fort et envitaillé, qu'il avoit faict mourir ses deux premières femmes de force de le leur faire ; et ceste-cy, qui ne s'esloit rendue au combat, mais demeurée victorieuse, dcbvoit estre louée et admirée par la cour, pour si belle victoire d'un si vaillant et robuste champion, et pour ce elle-mesme s'en debvoit tenir très-glorieuse. Quelle gloire !
— J'ay ouy tenir ceste inesme maxime decydcvanl d'un seigneur de France: qu'il ne metloit pas plus de différence entre une femme qui avoit eu quatre ou cinq marys, et une putain qui a eu trois ou quatre serviteurs l'un après l'autre; si-non que l'une se colore par le maryage, et l'autre point. Aussy un gallant homme que je sçay , ayant espousé une femme qui avoit esté maryée trois fois, il y eut quelqu'un que je sçay, qui disoit bien : « Il a espousé, a dit-il, enfin une putain sortant du bordeaude «réputation. » Ma foy, telles femmes qui se remaryent ressemblent les chirurgiens avares, lesquels ne veulent toul à coup resserrer les plaies d'un pauvre blessé, afin d'allonger la guerison et en gaigner tousjours mieux la petite pièce d'argent. Aussy , ce disoit une : « Il
m'est beau de s'arrcslcr au beau milan de la «carrière; mais il la faut achever, et aller jus- «ques au bout. »
Je ra'cslonne que .ces femmes , qui sont si chaudes et promptes à se maryer, et mesmes si surannées, n'usent pour leur honneur de quelques remèdes refi igeratifs et potions tempérées, pour cxpellcr toutes ces chaleurs; mais tant s'en faut qu'elles en veulent user, qu'elles s'en aydent du tout de leur contraire. J'ay veu et leu un petit livret d'autresfois, en italien, sot pourtant, qui s'est voulu mesler de donner des receples contre la luxure, et en met trente-deux; mais elles sont si sottes que je ne conseille point aux femmes d'en user, pour ne mettre leur corps à trop fascheuse subjeetion. Voylà pourquoy je ne les ay mises icy par escrit. Pline en allègue une, de laquelle usoient le temps passé les vestales; et les dames d'Athènes s'en servoient aussy durant les fesles de la déesse Cerès, dites Themophoria 1 , pour se refroidir et oster tout appétit chaud de l'amour; et par ce vouloient célébrer ceslc feste en plus grande chasteté, qu'estoit des paillasses de feuilles d'arbre dict agnus cas lus. Mais pensez que durant la feste elles se chaslroient de ceste façon , et puis après elles jetloient bien la paillasse au vent.
J'ay veu un pareil arbre en une maison en Guyenne, d'une grande, bonnette et très-belle dame, et qui le monslroit souvent aux estrangers qui la venoient veoyr, par grande spécialité; et leur en disoit la propriété, mais au diable s\ j'ay jamais veu ny ouy dire que femme ou dame en ait encor osé cueillir une seule branche, ny faict pas seulement un petit recoin de paillasse, non pas mesmes la dame propriétaire de l'arbre et du lieu, qui en cust pu disposer comme it luy eust pieu. Ce fust esté aussy dommage, caT son mary ne s'en fu.st pas mieux trouvé : aussy qu'elle valoit bien qu'on la laissas! se régler au cours de la nature, tant elle csloit belle et agréable, et aussy qu'elle a faict une très-belle lignée.
El, pour dire vray, il faut laisser et ordonner telles receples austères cl froides aux pauvres religieuses, lesquelles, encor qu'elles jeusnent
1 RrautOmc a eu vue un paswee de Pline, I, 24,
cb. a
GALLANTES.
et macèrent leurs corps, si sont-elles souvent assaillies, les pauvrettes , des tentations de la chair; et si elles avoient liberté, au moins aucunes, elles se voudroient raffraischir comme les mondaines; cl bien souvent pour s'estre repenties se repentent , ainsy qu'on voit les courlisannes de Rome, dont j'en allegueray un plaisant conte d'une, laquelle s'eslant vouée au voile, avant qu'aller au monastère un sien amy , gentilhomme françois , la vint veoyr pour luy dire adieu puisqu'elle s'en alloit eslrc recluse; et avant que s'en aller, la pria d'amour; et la prenant, elle luy dit : Fate dunque presto; clïadesso mi verranno cercar per far mi monaca, e menare al monasterio K Pensez qu'elle voulut faire ce coup pour prendre sa dernière main , et dire : Tandem hœc olim meminissejuvabit; c'est-à-dire : « encor a me fait-il grand bien de m'en ressouvenir a pour la dernière fois, d Quelle repentanec et quelle intrade de religion! et quand une fois elles y ont esté professes, au moins les belles, je dis aucunes , je croy qu'elles vivent plus de repentance que de viandes corporelles ny spirituelles. Dont aucunes y a qui seavent y remédier, ou par dispenses et par pleines libertés qu'elles prennent d'ellcs-mesmes; car on ne les traicte icy comme les Romains le temps passé traictoient cruellement leurs vestales quand elles avoient forfaict; ce qui csloit une chose horrible et abominable : aussy csloient-ils payens, et pleins d'horreurs et de cruautés. I Nous autres chrestiens, qui ensuivons la douceur de noslre Christ, debvons eslrc bénins comme luy; et comme il nous pardonne, il faut que nous pardonnions. Je mettrois icy par escrit la façon de laquelle ils les traictoient; mais je la laisse au bout de la plume.
Or laissons ces pauvres recluses, que, ma foy, quand elles sont là une fois renfermées, elles endurent assez de mal; ainsy que dit une fois une dame d'Espaigne, voyant mettre en religion une fort belle et houneste damoiselle: O tristezilla, y en que pecasteis, que tan presto vienes à penitencia,yse)'s metida en sepullura visai c'est-à-dire : o O pauvre misérable, en qnoy «avez-vous tant péché, que si prestement vous
1 * Dëpechez-vou» donc , car on va me venir chercher pour me faire relitfieuic, et memmeoer au couvent, t
QUATRIESME DISCOURS
t venez à pénitence, et estes mise toute vive en «sépulture! » Et voyant que les religieuses lu y faisoient toutes les bonnes chères, recueils et honneurs du monde, elle dit : que todo le hedia, hasta el encienso de la yglesia; c'està-dire, a que tout luy puoit, jusqu' à l'en mis « de l'église. »
Sur ces vœux virginaux Heliogabale en fit une loy : qu'aucune vierge romaine, voire vestalle, ne fust obligée à virginité, disant que les femmes estoient trop imbéciles de sexe pour s'obliger à ce qu'elles ne pourraient garantir. Et, par ce , ceux qui ont inlroduict des hospitaux pour y nourrir , eslever et maryer des pauvres filles, ont faict une œuvre fort charitable, tant pour leur faire sentir le doux fruit du maryage , que pour les destourner de paillardise. Ainsy Panurge, dans Rabelais , despendit force argent du sien pour faire de ces maryages , et mesmes des vieilles laydes, car il y falloit bien enforcer plus d'argent que pour des belles.
— Une question y a-il que je voudrais qui me fust dissolue en toute vérité et sans dissimulation, par aucunes dames qui oiit faict le voyage; à sçavoir, quand elles sont remaryées, comment elles se comportent à l'endroict de la mémoire des premiers marys. En cela il y a une maxime : que les dernières amytiés et iuimytiés font oublier les premières; aussy les secondes nopees ensevelissent les premières. Sur quoy j'allegucray un exemple plaisant, mais non de grand lieu ny notable. Non pourtant qu'il doibve estre fort authorisablc , si est-ce qu'on dît que , soubs un lieu obscur et vil , encor la sapience et science s'y cache. Une grande dame de Poictou demandant une fois à une paysanne, sienne tenancière, combien de marys elle avoit eu , et comment elle s'en estoit trouvée; elle, faisant sa petite révérence à la pilaude, luy respondit de sang-froid : « Je «vous diray, madame, j'ay eu deux marys, a grâce à Dieu. L'un s'appelloit Guillaume, qui
raudeprioit Dieu pourl'ame du trcspassé.bon compaignon et fort ribaud, et, s'il vous plaist, sur quel subject : qu'il la repassoit si bien ; et du premier, m'ente Je penserais que de mesmes en font plusieurs daines convolantes et revolantes; car, puisqu'elles en viennent là, c'est pour ce grand poinct; et, pour ce, qui le joue le mieux est le plus aymé. Et volontiers croyent que le second doibve faire rage ; mais bien souvent aucunes sont trompées, car ils ne trouvent en leurs boutiques l'assortiment qu'elles y pensoient trouver; ou bien a d'aucunes, s'il y en a, il est sichetif , usé et gasté, flasque , foulé , lasche et fripé , qu'on se repent d'y avoir mis son denier; comme j'en ay veu force exemples que je ne veux alléguer. Nous lisons dans Plularche, que Clcomènes ayant espouséla belle Agiatis , femme d'Agis, après qu'il fut mort, d'autant qu'elle estoit extresme en beauté, en devint fort amoureux. Il cognoissoit en elle la grande tristesse qu'elle demenoit pour son mary premier. Il en eut si grande compassion qu'il luy sceut fort gré de l'amour qu'elle portoit à son premier mary , et de l'aymable souvenance qu'elle avoit de luy. De manière que bien souvent il l'en inettoit luy-mesme en propos, luy demandant plusieurs choses et particularités et plaisirs qui s'estoient passés entre eux. Il ne la garda pas long- temps, car elle mourut, dont il en porta un regret cxtresme. Plusieurs tels marys en font de mesmes en telles femmes remaryées.
Il est temps, ce me semble, de faire fin ou jamais non.
— D'autres dames y a-il qui disent qu'elles aymentraieux leurs derniers marys de beaucoup que les premiers :« D'autant, m'ont-elles diet « aucunes , que les premiers que nous espousons, «le plus souvent nous les prenons par le coma mandement de nos roys el reynes maistresses, «par la contraincte de nos pères et mères , pa- «rents, tuteurs, non par la volonté pure de « nous autres:au lieu qu'en nos viduités , comme «estoit le premier; et le second s'appelloit Colas, «très-bien émancipées, nous en faisons telle a Guillaume estoit bon homme, ay.sé de moyens, «esleclion qu'il nous plaist, et ne les prenons «et me traictoit fort bien; mais Dieu pardonne «que pour nos beaux et bons plaisirs , et par «à Colas, car Colas me le faisoit byen. » Mais «amourettes, cl à noslre gentil contentement. » elle disoit tout à trac ce qui se commance par Certainement il peut y avoir de la raison , si ce f., sans le desguiser ou farder comme je le des- • guise. Voyez , s'il vous plaist , comme ccsle ma- 1 ' Rien.
n'cstoit que bien souvent -.les amours qui s accommancent par anneaux se finissent par couteaux, ce dit un vieux proverbe, ainsy que tous les jours nous en voyons les expériences et exemples d'aucunes qui , pensans estre bien traietéesde leurs hommes, qu'elles avoient tirés aucuns de la justice et du gibet, de la pauvreté de la chetiveric du bordeau,et cslevésjes baltoicnt, rossoient , lestraieloient fort mal , et bien souvent leur ostoient la vie; dont en cela c'estoit juste punition divine, pour avoir esté par trop ingrattes à leurs premiers marys , qui leur esloient par trop bons , et en disoient pis que pendre. Et ne ressembloienl pas une que j'ay ouy raconter, laquelle la première nuict de ses nopees, ainsy que son mary la commançoità assaillir, elle se mil à pleurer et à souspirer bien fort , si bien que tout à un coup elle fesoit deux choses fort contraires, l'hiver et Testé. Son mary In y demandoit ce qu'elle avoit à s'attrister , et s'il ne s'acquittoit pas bien de son debvoir. Elle luy respondit : «Helas prou ! mais je me res- « souviens de mon mary , qui m'avoit tant priée «et repriée de ne me remaryer jamais après sa «mort , et que j'eusse souvenance et pitié de «ses petits enfants. Helas! je voy bien qne j'en «auray encor tant de vous. Hé! que feray-jc ? «Je croy que s'il me peut veoyr du lieu où il est «maintenant , il me maudit bien. «Quelle humeur, de n'avoyr point songé à telles considérations, ny avoir esté sage, si-non après le coup ! Mais le mary l'ayant appaiséc et faiet souvent passer ceste fantaisie par le trou du milieu, le lendemain matin , ouvrant la fenestre de la chambre , envoya dehors toute la mémoire du mary premier; car, ce disoit un proverbe ancien , que femme qui enterre un mary ne se soucie plus d'en enterrer un autre ; et aussy un autre qui dit : Plus de mine en une femme perdant son mary , que de mélancolie.
—J'ay cognu une autre vefve, grande dame , bien contraire à ceste-cy , qui ne pleura ainsy ; car , la première nuict et seconde de ses nopees, elle se conjoignit tellement aveeques son mary second, qu'ils enfoncèrent et rompirent le chaslit, encor qu'elle eust une espèce de cancer a un tetin;et, nonobstantson mal, ne laissa d'un seul poincl son amoureux plaisir, l'entretenant par ampres souvent de la sottise et inhabilité
GALLANTES.
! de son premier mary. Aussy , â ce que j'ay ouy dire à aucuns et aucunes, c'est la chose que les seconds marys veulent le moins de leurs femmes, qu'elles les entretiennent de la vertu et val leur de leurs premiers marys, comme estants jaloux des pauvres trespassés , qui y songent autant comme de revenir en ce monde : d'en dire mal tant que l'on voudra. Si en a-il force pourtant qui leur en demandent des nouvelles, ainsi que fit Cleomènes; mais, comme se sentans fort vigoureux et forts, et faisans comparaisons, les interrogent de leurs forces et vigueurs en ces douces charges; comme j'ay ouy dire ù aucuns et aucunes, lesquelles , pour leur faire trouver meilleur, leur font à croire que les autres n'estoient qu'apprenlis, dont bien souvent elles s'en trouvent mieux. Autres disoient le contraire , et que les premiers fesoient rage , afin de faire efforcer les derniers ù faire les asnes desbastés.
Telles femmes vefves seroienl bonnes â l'islc de Scio , la plus belle isle et gentille et plaisante du Levant, jadis possédée des Genevois », et despuis trente -cinq ans 2 usurpée par les Turcs , dont c'est un grand dommage et perte pour la chrestienlé. En ceste isle doneques , comme je liens d'aucuns marchands genevois , la coustume est que, si une femme veut demeurer en viduilé , sans aucun propos de se remaryer, le seigneur la contraint de payer un certain prix d'argent, qu'ils appellent argomoniatico, qui vaut autant dire (sauf l'honneur des dames) c. reposé et inutile. De mesme à Sparte , ce dit Plutarque , en la vie de lasandcr, estoit peine eslablie contre ceux qui ne se maryoient point, ou qui se maryoient trop tard, ou qui se maryoient mal. Je leur ay demandé à aucuns de ceste isle de Scio sur quoy ceste couslume pouvoit estre fondée : ils me respondirent: que pour tousjours mieux repeupler l'isle.Je vous asseurc que nostre France ne demeurera doneques indesertc ny infertille par faute de nos vefves qui ne se remaryent point ; car je pense qu'il yen a plus quisc remaryent que d'autres, et par ce ne payeront de tribut du c. inutile et reposé. Que si ce n'est pour maryage, pour le
1 Génois.
1 LMIc de Cbio fut conquise par les Turcs l'an I5G5. AiiHi Brantôme écrivait ceci en 1001.
QUATRIESMK
moins autrement qu'ils le font travailler et fructifier, comme j'espcre de dire. Non plus ne payeront aussy aucunes de nos filles de France que celles deScio, lesquelles, soit des champs ou de la ville, si elles laissent perdre leur pucellage avant qu'estre maryées, et qu'elles veuillent continuer le niesticr, sont tenues de bailler pour une fois un ducat (dont c'est un très-bon marché pour faire cela (oute leur vie) au capitaine du guet de la nuict , afin de le pouvoir faire à leur plaisir, sans aucune crainte et danger; et en cela gist le plus grand et asseuré gain qu'ait le gentil capitaine en son estât.
Ces dames et filles de ceste isle sont bien contraires à celles de jadis de leur mesme Ne, lesquelles, a ce que dit Plutarche en ses Opuscules, furent si chastes l'espace de sept cents ans, qu'il ne fut .jamais mémoire qu'il y eust eu femme maryée qui eust commis adultère, ou fille qui , hors du maryage, eust esté dépucelée. Miracle incroyable! Croyez qu'aujourd'huy elles ont bien changé.
— U ne fut jamais que les Grecs n'eussent tousjours quelques inventions tendantes à la paillardise ; comme le temps passé nous lisons de la constume de l'isle de Cypre , qu'on dit que la bonne dame Venus, patronne de là, introduisit une loy : que les filles delà, falloit qu'e Iles allassent se pourmenans le long des rivages , costes et orées de la mer , pour gaigner leur maryage par la libéralité de leurs corps aux mariniers, passanset navigeans , qui descendoient exprès, voyrc bien souvent se destournoient de leur chemin droict de la boussollc pour prendre la terre, et là, prenans leurs petits rafraischissemens avecques elles, les payoient très-bien, et puis s'en alloient, les uns à regret pour laisser (elles beautés ; et parainsy ces belles filles gaignoient leurs maryages, qui plus qui moins , qui bas qui haut , qui grand qui petit, selon les beautés, qualités et tentations des fil laudes.
— Aujourd'huy aucunes de nos filles de nos nations chrestiennes ne vont point se pourmener, s'exposer ainsy aux vents , aux pluyes, aux froids , au soleil , aux chaleurs , car la peine est trop laborieuse et trop dure pour leurs tendres et délicates peaux et blanches charnures , mais elles se font venir trouver soubs de riches . pavillons et dans de pompeuses courtines , et là
tirent leur solde amoureuse et maritale de leurs amoureux , sans payer aucun tribut. Je ne parle pas des court isanncs de Rome qui en payent , mais de plus grandes qu'elles. Si bien qu'à aucunes, la phispart du temps, leurs pères, merçs et frères n'ont pas grande peine de chercher argent ny leur en donner pour les maryer : ains, au contraire, bien souvent aucunes y a-il qui en baillent aux leurs, et les advancent en biens et charges, en grades et dignités, ainsy que j'en ay veu plusieurs. Aussy l.ycurgus ordonna : que les filles vierges fussent maryées sans douayre d'argent , à ce que les hommes les espousassent pour leurs vertus , non pour l'avarice. Mais quelles vertus estoit-ce, qu'aux bonnes festes sotemnelles elles chantoient,dansoicnt publiquement toutes nues avecques les garçons, voyrc luttoienl en belle place marchande; ce qui se faisoit pourtant avecques toute honnesteté , dit l'histoire : c'est à sçavoir , et quelle honnesleté en tel estât estoit-cc, les belles filles veoyr publiquement ? D'honnesteté n'y en avoitil point, maisouy bien un plaisir pour la veue, et mesmes en leur mouvement de corps à danser, et encor plus à lutter : et puis quand ils venoient à tomber l'un sur l'autre , et comme dit le latin , Ula sub , Me super, et Me sub , Ma super, c'est-à-dire, «elle dessoubs, luy « dessus , et elle dessus , luy dessoubs. » Et comment me pourroit-on desguiser cela , qu'il y eust là toute honnesteté ? Je croy qu'il n'y a chasteté qui ne s'en csbranlast , et que , se fesant là en public et de jour les petites attaques, qu'à couvert et de nuict et du rendez-vous les grands combats et camisades s'en ensuyvissent. Tout cela se pouvoil faire sans aucun double , veu que ledict l.ycurgus permit à ceux qui estoient beaux et dispos d'emprunter les femmes des autres pour y labourer comme en terre grasse: et si n'esloit chose reprochable à un vieil et lassé de prester sa femme belle et jeune à un gallant jeune homme qu'il choisissoit ; mais il vouloit qu'il fust permis à la femme de choisir pour secours le plus proche parent de son mary , tel qu'il luy playroit , pour se coupler avecques luy , à ce que les enfants qu'ils pourroient engendrer fussent au moins du sang et de la race mesme du mary. I^s Juifs avoient cesle loy de la belle-sa?ur au beau-frerc ; mais nostre loy curestienne a tout habillé cela , encor que nos-
DES DAMES GALLANTES.
ti c saincl Percen nyc baillé plusieurs dispenses fondées sur plusieurs raisons. Kn Espaignc cela s'y pratique fort, mais par dispense.
—Or, parlons un peu, et le plus sobrement que nous pourrons, d'aucunes autres vefves, et puis nous ferons la fin. Il y a une autre espèce de vefves dont il y en a qui ne se remaryent point , mais rayent le maryage comme peste : ainsy que me dit une, et de grande maison, et bien spirituelle, a laquelle ayant demande si elle offriroit encor son vœu au dieu Ilymenéc, elle me respondit : « Par vostre foy, cseroil-il pas fat et malbabile le forçat ou l'es- «clave, après avoir longuement tiré à la rame, «attaché à la cadene, s'il venoit à recouvrer sa «liberté, s'il s'en alloil de son bon gré encor «s'assujettir soubs les loix d'un outrageai cor- «sairc? Pareillement moy, après avoir assez esté «soubs l'esclavage d'unmary. en entreprendre « un autre, que merilcrois-je, puisque d'ailleurs, «sans aucun hasard, je me puis donner du bon «temps? Et une autre dame grande, et ma parente ( car je ne veux prendre le Turc ) , luy ayant demandé si elle n'avoit point envie de convoler! «Ncnny, me respondit-elle, mon ■ cousin , mais bien deconjouyr: » faisant une allusion sur ce mot de conjouyr, comme voulant dire qu'cllcvouloit bien faire à son c.jouyr d'autre chose qu'à un second mary, suivant le proverbe ancien , qui dit qu'il vaut mieux voler en amour qu'en maryage: aussy que les femmes sont bostesses par-tout. Bon celuy-là pour un vieui mot ! car elles reçoivent et sont reines partout ; je dis les belles.
— J'ai ouy parler d'une autre à qui il fut demandé par un gentilhomme qui vouloit tenter le guet pour la pourchasser, et luy demandant si elle ne vouloit point un mary: «Ha! «dit-elle, ne me parlez point de mary, je n'en «auray jamais plus : mais avoir amy, je ne dis «pas.— Permettez donrques, madame, que je « sois cest amy, puisque mary je ne puis estre. p Elle luy répliqua: «Servez bien, et persévérez; « possible le serez-vous. »
Une belle et honneste vefve,de Paagedc trente ans, voulant gaudir un jour avecques un honneste gentilhomme, ou, pour mieux parler, le voulant attirer^ l'amour, ainsy qu'elle vouloit monter un jour à cheval, et ayant pris le devant de son manteau qui s'etoit accroché à quelque
chose et Pavoit un peu deschiré, elle luy dit : « Voilà ce que vous m'avez faict , un tel ; vous a m'avez essarté mon devant. » — « J'en serois « bien marry, dit le gentilhomme, ny de luy « avoir faict du mal, car il est trop jolly et « trop beau. » — « Qu'en sçavez-vous, dit-elle? « vous ne Pavez pas veu. » — « Eh ! voulez- « vous nier, répliqua le gentilhomme, que je « ne Paye veu cent fois quand vous estiez pe- « lite garce, que jC vousretroussoiset le voyois « à mou aysc, comme il me plaisoit ? » — «Ah ! « dit-elle, il estoil alors un jeune adolescent « et sbarbat , qui nesçavoit encor que c'estoit « de son monde. A sl'heure qu'il a mis barbe, « il est irrecognoissable et vous le mesconuois- « triez. » — «Il est pourtant, répliqua encor « le gentilhomme, en mesme lieu qu'il estoit « lors, et n'a point changé place. Je crois que je « le trouverois en le mesme endroict. » — « Oui, « dit-elle, il est là mesmes, bien que mon mary « l'ait assez remué et démené , plus que ne fit « jamais Diogenesson tonneau. » — « Oui, dit « le gentilhomme, mais à st'heure et que peut- « il faire sans mouvement ?» — « Tout ainsy, « dit la dame, qu'un horeloge qui n'est point « monté. » — « Donnez-vous garde doneques , « dit le gentilhomme, qu'il ne vous advienne a comme aux horeloges que vous alléguez, « que s'ils ne sont montés et continuent de ne « l'est re, leurs ressorts se rouillent par cesse « de temps, et puis ne vallent plus rien. » — « Toutes comparaisons, dit la dame, ne sont « pas en tout semblables, car les ressorts de « l' horeloge que vous pensez ne sont point sub- « jects à aucune rouille, et sont tousjours bons, « ou montés ou à monter, à tel temps qu'il « pourra arriver. » — « Ah! plcust à Dieu, re- « pliqua le gentilhomme, quand ce temps et « ceste heure de le monter arrivera, que j'en « puisse cstrcle monteur ou l'horelogeur ! » — « Lorsque le jour et fesle en viendra, dit la « dame, nous ne la chaînerons pas, et en fe- « rons un jour ouvrier. El Dieu garde mal cel- « luy que je n'ayme pas tant que vous. » Et sur ces petits mots traversés et piquants jusque» au cœur, la dame monta à cheval, après avoir baisé le gentilhomme d'un bon cœur, et dit: « Adieu Jusqu'au revoiretà la bonne bouche! » Mais le malheur voululqueceste honnestedame mourut dans six scpmaines,donl il cuida mou-