‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, abbé séculier de Brantome et d'André, vicomte de BourdeilleChapitre 83 sur 161 · DE L'AMOUR D'AUCUNES FEMMES VIEILLES · texte numérisé non relu

DE L'AMOUR D'AUCUNES FEMMES VIEILLES

ET COMMENT AUCUNES Y SONT AUTANT ET PLUS SUBJECTES A L'AMOUR QUE LES JEUNES,

COMME CELA PEUT PAEOISTBB PAE PLUSIEURS EXEMPLES, SANS E1EN TOMBEE HT ESCANDALISEE.

Puisque j'ay parlé cy-devant des vieilles dames qui ayment à roussiner, je me suis mis à faire ce discours. Par quoy j'accommance , et dis qu'un jour moy, estant à la cour d'Espaigne, devisant avecques une fort honnesle et belle dame, mais pourtant un peu aagée, me dit ces mots : Que ningunas damas lindas, o alo menos pocas, sehazen viejasdela cinta hasta abaxo; a que nulles dames belles, ou «au moins peu, se font vieilles de la ceinture «jusques en bas.» Sur quoy je luy demanday comment elle l'entendoit, si c'estoit ou pour la beauté du corps de ceste ceinture en bas, qu'elle n'en diminuas! aucunement par la vieillesse, ou pour l'envie et l'appétit de là concupiscence qui vinssent à ne s'en esteindre ny s'en refroidir par le bas aucunement. Elle respondit qu'elle l'entendoit et pour l'un et pour l'autre; «car, quant à la picqueure de la «chair, disoit-elle, ne faut pas penser que ■ l'on s'en guérisse que par la mort, quoy- «qu'il semble que l'aage y vueille répugner; «d'autant que toute femme belle s'ayme ex- «tresmement, et en s'aymant ce n'est point «pour elle, mais pour autruy;ct nullement a ressemble à Nantais, qui, fat qu'il estoit, «aymé de soy, et de soy-mesme amoureux, «abhorroit toutes autres amours1.»

La belle femme ne lient rien de ceste humeur; ainsy que j'ay ouy raconter d'une trèsbelle dame , laquelle, s'aymant et se plaisant fort bien souvent seule et a part soy, dans son lit se mcltoit toute nue, et en toutes postures

1 ftraniomc répèle ici plusieurs mois déjà rapportés dans les discours prérédenl* , ainsi qu'il l'indique dans l'espèce de posl-scriptum qui termine le quatrième discours.

se contemploit, s'admiroit et s'arregardoit lascivement, en se maudissant d'estre vouée à un seul qui n'estoit digne d'un si beau corps, entendant son mary nullement égal à elle. Enfin elle s'enflama tellement par telles contemplations et visions , qu'elle dit adieu à sa chasteté et 0 son vœu marital , et fit amour et serviteur nouveau.

Voylà doneques comme la beauté allume le feu et la flamme d'une dame, qui la transporte à ceux qu'elle veut puis après, soit aux marys ou aux serviteurs, pour les mettre en usage; aussy qu'un amour en amené un autre. De plus, estant ainsy belle et recherchée de quelqu'un, et qu'elle ne dédaigne de respondre, la voylà troussée; ainsy que Lays disoit que toute femme qui ouvre la bouche pour dire quelque response douce à son amy, le cœur s'y en va et s'ouvre de mesmes.

Davantage, toute belle et honneste femme ne refuse jamais louange qu'on luy donne; et si une fois elle se plaist ou permet d'estre louée en sa beauté, bonnes grâces et gentilles façons, ainsy que nous autres courtisans avons accouslumé de faire pour le premier assaut de l'amour, quoyqu'il tarde, avecques la continuité nous l'emportons.

Or est-il que toute belle femme s'eslant une fois essayée au jeu d'amour ne le desapprend jamais, et la continuité luy est tousjours Iresdouce et agréable; ny plus ny moins que, quand l'on a accoustumé une bonne viande, on se fasche fort de la laisser; et tant plus on va sur l'âge , tant meilleure est-elle pour la personne, ce disent les médecins: aussy, tant plus la femme va sur l'âge, tant plus est friande dune bonne chair qu'elle a accous-

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tumé ; et si sa bonche d'en haut y prend de la saveur, sa bouche d'en bas aussy en prend bien autant; et la friandise ne s'en oublie jamais ny ne se lasse par la charge des ans, ouy plustost bien par une longue maladie, ce disent les médecins, ou autres accidens: que si Ton s'en fasche pour quelque temps, pourtant on la reprend bien.

L'on dit aussy que tous exercices décroissent et diminuent par l'âge , qui oste la force aux personnes pour les faire valoir , fors celuy de Venus, qui se practique très-doucement, sans peine et sans travail, dans un mol et beau lit et très-bien à l'ayse. Je parle pour la femme et non pour l'homme , à- qui pour cela tout le travail et corvée escheoit en partage. Luy doncques, privé de ce plaisir, s'en abstient de bonne heure, encor que ce soit en despit de luy; mais la femme , en quelque âge qu'elle soit , reçoit en soy, comme une fournaise, tout feu et toute matière; j'entends si on luy en veut donner : mais il n'y a si vieille monture, si elle a désir d'aller et veuille estre picquée, qui ne trouve quelque chevaucheur malaulru ; et quand bien une dame aagée n'en sçauroit chevir bonnement, et n'en trouveroit à poinct comme en ses jeunes ans, elle a de l'argent et des moyens pour en avoir au prix du marché , et de bons, comme j'ay ouy dire. Toutes marchandises qui coustent faschent fort à la bourse, contre l'opinion d'Hcliogabale, que, tant plus il acheptoil les viandes chères , tant meilleures les trou voit- il , fors la marchandise de Venus, laquelle tant plus couste, tant plus plaist, pour le grand désir que l'on a de faire bien valloir la besoigne et denrée que l'on aura bien acheptée; et le talent que l'on a en main, on le fait valloir au triple, voyre au centuple, si l'on peut.

Ce fut ce que dit une courtisanne espaignollc à deux braves cavaltiers espaignols qui prindrent querelle pour elle, et sortans de son logis mirent les espées aux mains et se commancerent à battre : elle mit la teste à la fenestre, et s'escria à eux : Seflores, mis amores se ganan con oro y plata, non con %hlerro; c'est-à-dire : o Messieurs, mes amours t se gaignent avecques l'or et l'argent, cl non «avecques le fer.»

Voylà comme tout amour bien achepté est

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bon. Force dames et cavalliers qui ont trafiqué tels marchés en sçavent bien que dire. D'alléguer des exemples de plusieurs dames qui ont bruslé en leur vieillesse aussy bien n'en jeunesse, ou qui ont passé, ou, pour mieux dire, entretenu leurs feux par seconds et nouveaux marys et serviteurs, ce seroitâ moy maintenant chose superflue, puisqu'ailleurs j'en ay allégué plusieurs; si en rapporteray-jc icy aucuns , car la chose le requiert et sert à ceste cause.

J'ay ouy parler d'une grande dame, qui rencontroit le mot aussy bien que dame de son temps, laquelle, vopnt un jour un jeune gentilhomme qui avoit les mains très-blanches, elle luy demanda ce qu'il faisoit pour les avoir telles : il respondit, en ryant et gaussant, que le plus souvent qu'il pou voit il les frottoit de sperme. «Voylà, dit-elle doneques, «un malheur pour moy, car il y a plus de « soixanteans que j'en lave mon cas(le nommant «tout à trac) , il est aussy noir que le premier «jour; et si je l'en lave encor tous les jours. »

— J'ay ouy parler d'une dame d'assez bonnes années, laquelle se voulant remaryer, en demanda un jour l'advis à un médecin, fon-* dant ses- raisons sur ce quelle estoil très humide et remplie de toutes mauvaises humeurs, qui luy estoient venues et l'avoient entretenue despuis qu'elle estoit vefve, ce qui ne luy estoit arrivé du temps de son mary , d'autant que , par les assidus exercices qu'ils faisoient ensemble, ces humeurs s'assechoient et consommoient. I>e médecin, qui estoit bon compaignon , et qui luy voulut en cela complaire , luy conseilla de se remaryer, et de chasser les humeurs de son corps de cesle façon , et qu'il valloit mieux estre sèche qu'humide. La dame practiqua ce conseil, et l'approuva très-bien, toute surannée qu'elle estoit ; mais je dis avecques un mary et un amoureux nouveau, qui l'aymoit bien autant pour l'amour du bon argent que du plaisir qu'il tiroit d'elle: encor qu'il y ait plusieurs dames aagées avecques lesquelles on prend bien autant de plaisir, et y fait aussy bon et meilleur qu'avecques les plus jeunes, pour en sçavoir mieux l'art et la façon, et en donner le goust aux amants. I.es courlinannes de Rome et d'Italie, quand elles sont sur l'aage, tiennent ceste maxime , que una galia

DES DAMES GALLANTES.

vecchia fà migftor brodo che un'altra K Horace fait mention dune vieille , laquelle fc'agiioit et se mouvoit , quand elle vcnoit là , de telle façon et si rudement et inquictemcnt, qu'elle faisoit trembler non seulement le lict, mais foute la maison. Voylà une gentc vieille! I,es Latins appellent s'agiter ainsy et s'esmouvoir, subare à sue, qu'est à dire une porquc, ou truye.

Nous lisonsde l'empereur Caligula, de toutes ses femmes qu'il eut il ayma Gesonnia , non tant pour sa beauté qu'elle eut , ny d'aage florissant , car elle y estoit desjà fort avancée, mais à cause de sa grande iascivelé et paillardise qui estaient en elle, et la grande industrie qu'elle avoil pour l'exercer, que la vieille saison et practiqueluy avoit apportée, laissant toutes les autres femmes, encor qu'elles fussent plus belles et plus jeunes que celle-là ; et la menoil ordinairement aux armées avecques luy, habillée et armée en garçon , et chevauchant de mesmecosteà coste de luy, jusqu'à la monstrer souvenlcsfoisàscs amys toute nue, et leur faire veoyr ses tours de souplesse et de paillardise.

Il falloit bien dire que l'aagc n'eust rien diminué en ceste femme de beau et de lascif, puisqu'il l'aymoit tant. ÏS'eant moins , avecques tout ce grand amour qu'il luy portoit , bien souvent, quand il l'cmbi assoit et lonschoit à sa belle gorge, il ne se pou voit empescher de luy dire, tant il e.sloit sanglant: «Voylà une belle gorgt\ niais aussy il est bien c tu mon pouvoir de la Kiirc couper.* Hclas ! la pauvre femme fut de mestnc avecques luy occise d'un coup d'espée à travers le corps par un centenier,etsa fille brisée et accra va niée contre une muraille, qui ne pouvoit mais de la meschanceté de son pere.

— Il se lit encor de Julia , marastre de Caracalla , empereur, estant un jour quasy par négligence nue de la moictiédu corps. et Caracalla la voyant, il ne dit que ces mots : « Ilà ! «que j'en voudrais bien , s'il m'esloit permis ! » Elle soudain respondit: « S'il vous plaist, ne asavez-vous pas que vous estes empereur, et tque vous donnez les loix et non pas les recevez?» Sur ce bon mot et bonne volonté, il 'espousa cl se coupla avecques elle.

1 Que d'une vieille poule on fait un meilleur bouillon que d'une autre.

Pareilles quasy parolles furent données & l'un de nos trois roys derniers , que je ne nomme* ray point. Estant espris et devenu amoureux d'une fort belle ethonneste dame, après luy avoir jetté des premières pointes et parolles d'amour, luy en fit un jour entendre sa volonté plus au long , par un honneste et très-habille gentilhomme que je sçay, qui, luy portant le petit poulet , se mit en son mieux dire pour la persuader de venir là. Elle , qui n'estoit point sotte, se deffendit le mieux qu'elle put, par force belles raisons qu'elle sceut bien alléguer, sans oublier sur-tout le grand, ou, pour mieux dire, le petit point d'honneur. Somme, le gentilhomme, après, force contestations, luy demanda, pour fin, ce qu'elle vouloit qu'il dist au roy. Elle , ayant un peu songé , tout à coup, comme d'une desesperade, profera ces mots : «Que vous luy direz? dit elle ; autre «chose si-non , que je sçay bien qu'un refus «ne fut jamais profitable à relu y ou à celle «qui le faisoit à son roy ou à un souverain , et «que bien souvent , usant de sa puissance , il «sçait plutost prendre et commander que re- « quérir et prier. » Le gentilhomme se contentant de ceste response , la porte aussy tost au roy , qui prit l'occasion par le poil cl va trouver la dame en sa chambre, laquelle, sans trop grand .effort de lutle , fut abattue. Ceste response fut d'esprit, et d'envie d'avoir à faire à son roy. Encor qu'on die: qu'il ne fait pas bon se jouer ny avoir à faire avecques son roy ; il s'en faut ce point ; dont ou ne s'en trouve jamais mal, si la femme s'y conduit sagement et consomment.

Pour reprendre ceste Julia, marastre de cest empereur : il falloit bien qu'elle fust putain , d'aymer et prendre à mary ecluy sur le sein de laquellé , quelque temps avant , il luy avoit tué son propre fils ; elle estoit bien putain celle-là et de bascœur.Toutesfois c'estoit grande chose que d'eslre impératrice, et pour tel honneur tout s'oublie. Ceste Julia fut fort aymée de son mary , encor qu'elle fust bien fort en l'aage, n'ayant pourtant encor rien abattu de sa beauté ; car elle estoit très-belle et très-accorte, tesmoing ses parolles qui luy haussèrent bien le chevet de sa grandeur.

Philippe-Maria , duc troisiesme de Milan ,[ espousa en secondes nopecs Bcatricine . vcfve

CLNQUIESME

de feu Facin Cane , estant fort vieille ; mais elle luy porta pour maryage quatre cent mille escus , sans les autres meubles , bagues et joyaux , qui monloient à un haut prii , et qui effaçoient sa vieillesse ; nonobstant laquelle fut soupçonnée de son mary d'aller ribauder ailleurs, et pour tel soupçon la fit mourir. Vous voyez si la vieillesse luy fit perdre le goustdu jeu d'amour. Pensez que le grand usage qu'elle en avoil luy en donnoit encor l'envie.

— Constance , reyne de Sicille, qui , dès sa jeunesse et toute sa vie , n'avoit bougé vestale du cul d'un cloistre en chasteté , venant à s'émanciper au monde en l'aage de cinquante ans , qui n'esloit pas belle pourtant et toute descrepite , voulut taster de la douceur de la chair et se maryer; et engrossa d'un enfant en l'aage de cinquante-deux ans, duquel elle voulut enfanter publiquement dans les prairies de Palerme , y ayant faict dresser une lente et un pavillon exprès , afin que le monde n'en- Irast en double que son fruict fust apposté : qui fut un des grands miracles que jamais on ait vu despuis saincte Elisabeth. L'Histoire de Naples pourtaut dit qu'on le repula supposé. Si fut-il pourtant un grand personnage; mais si sont-ils ceux-là, la pluspart, des braves, que les bastards, ainsy que me dit un jour un grand.

— J'ay cognu une abbesse de Tarascon, sœur de madame dCsez, de la maison de Tallard , qui se deffroqua et sortit de religion en l'aage de plus de cinquante ans, et se marya avecques le grand Chanay , qu'on a veu grand joueur à la cour.

Force autres religieuses ont faict de tels tours, soit en maryage ou autrement, pour taster de la chair en leur aage très-meur. Si telles font cela , que doivent doneques faire nos dames, qui y sont accoustumées dès leurs tendresans? la vieillesse les doit-elle empescher qu'elles ne taslent ou mangent quelquesfbis de bons morceaux, dont elles en ont practiqué l'usance si long-temps ? fit que deviendraient tant de bons potages restaurans , bouillons composés, tant d ambre-gris, et autres drogues escaldatives et confortalives pour eschauffer et conforter leur estomach vieil et froid ? Dont ne faut doubler que telles compositions, en remettant et entretenanl leur débile estomach , ne fassent .encor autre seconde opération soubs

bourre , qui les eschauffent dans le corps et leur causent quelques chaleurs vénériennes, qu'il faut par après expulser par la cohabitation et copulation , qui est le plus souverain remède qui soit, et le plus ordinaire, sans y appeller autrement l'advis des médecins, dont je m'en rapporte à eux. Et qui meilleur est pour elles, est : qu'estans aagées et venues sur les cinquante aus , n'ont plus de crainte d'engrosser , et lors ont pleiniere et toute ample liberté de se jouer et recueillir les arrérages des plaisirs , que possible aucunes n'ont osé prendre de peur de l'enfleure de leur trais- Ire ventre : de sorte que plusieurs y en a-il qui se donnent plus de bon temps en leurs amour* despuis cinquante aus en bas , que de cinquante ans en avant. De plusieurs grandes et moyennes dames en ay-je ouy parler de telles complexions , jusque-là que plusieurs en ay-je cognu et ouy parler, qui ont souhaité plusieurs fois les cinquante ans chargés sur elles, pour les empescher de la graisse, et pour le faire mieux, sans aucune crainle ny escandale.

Mais pourquoy s'en engarderoient-elles sur l'aage? Vous diriez qu'après la mort aucunes ont quelque mouvement et sentiment de chair. Si faut-il que je fasse un conte, que je vais faire.

— J'ay eu d'autres fois un frère puisné qu'on appclloit le capitaine Bourdeille, l'un des braves et vaillans capitaines de son temps. Il faut que je die cela de luy, encor qu'il fust mon frère , sans offenser la louange que je luy donne : les combats qu'il a faict aux guerres et aux estaquades en font fby ; car c'estoit le gentilhomme de France qui avoit les armes mieux en la main : aussy l'appelloit-on en Piedmont l'un des Rodomonls de là. Il fut tué à l'assaut de Hesdin , à la dernière reprise.

Il fut dédié par ses pere et mereaux lettres; et pour ce il fut envoyé à l'âge de dix-huict ans en Italie pour esludier. Et s'arresta à Ferrarc, pour ce que madame Renée de France, duchesse de Ferrare, aymoit fort ma mere; et pour ce le retint là pour vaquer à ses études, car il y avoit université. Or, d'autant qu'il n'y estoitnay ny propre, il n'y vaquoit guieres,ains pluslost s'amusa à faire la cour et l'amour : si bien qu'if s'amouracha fort d'une danioiselle

DES DAMES GALLANTES.

françoise vefve, qui estoit à madame de Ferrare, qu'on appelloit madamoiselle de La Roche !; et en tira de la jouissance, s'entr'aymant si fort l'un et l'autre, que mon frère, ayant esté rappellé de son perc, le voyant mal propre pour les lettres, fallut qu'il s'en retournast.

Elle qui l'aymoit, et qui craignoit qu'il ne luy mes-advinst, parce qu'elle sentoit fort de Luther, qui voguoit pour lors, pria mon frère de l'emmener avecques luy en France, et en la cour de la.reyne de Navarre, Marguerite , à qui elle avoit esté, et l'a voit donnée à madame Iteuéc lorsqu'elle fut maryée et s'en alla en Italie.

Mon frère, qui estoit jeune et sans aucune considération , estant bien ayse de ceste bonne compaignic, la conduisit jusqu'à Paris, où estoit pour lors la reyne, qui fut fort ayse de la veoyr, car c estoit la femme qui avoit le plus d'esprit et disoit des mieux , et estoit une vefve belle et accomplie en tout.

Mon frère, après avoir demeuré quelques jours avecques ma grand'mcre et ma mere, qui estaient lors en la cour, s'en retourna veoyr son perc. Au bout de quelque temps, se degoustant fort des lettres , et ne s'y voyant propre, les quitte tout à plat, et s'en va aux guerres de Piedmont et de Parme , où il acquit beaucoup d'honneur, et les pracliqua l'espace de cinq à six mois sans venir en sa maison; au bout desquels il vint veoyr sa mere, qui estoit lors à la cour avecques la reyne de Navarre, qui se tenoit lors à Pau , à laquelle il fit la rêvera nce ainsy qu'elle lournoit de vespres. Elle, qui estoit la meilleure princesse du monde , luy fit une fort bonne cberc, et, le prenant par la main, le pourmena par l'église environ une heure ou deux, luy demandant force nouvelles des guerres de Piedmont et d'Italie , et plusieurs autres particularités; auxquelles mon frère respoodit si bien , qu'elle en fut satisfaicle ( car il disoit des mieux), tant de son esprit que de son corps , car il estoit très-beau gentilhomme, et de l'aage de vingt-quatre ans. Enfin , après l'Avoir entretenu assez de temps, et ainsy que la nature et la complexion de ceste honnorable princesse estoit de ne desdaigner les belles conversations et entretiens des honnestes gens, de

' La Motbc

propos en propos , tousjours en se pourmenant, vint précisément arrester coy mon frère sur la tombe de madamoiselle de La Roche , qui estoit morte il y avoit trois mois; puis le prit par la main et luy dit : « Mon cousin (car ainsy l'ap- « pelloit-clle, d'autant qu'une fille d'Albret avoit a esté maryée en nostre maison de Bourdeille; «mais pour cela je n'en mets pas plus grand a pot au feu , ny n'en augmente davantage mon «ambition), ne sentez-vous point rien mouvoir «soubs vous et soubs vos pieds? — Non, ma- « dame , rc s pondit-il.— Mais songez-y bien , moa «cousin, luy repliqua-elle.t Mon frère luy respoudit : a Madame, j'y ay bien songé, mais je a ne sens rien mouvoir; car je marche sur une «pierre bien ferme. — Or, je vous advise, dit «lors la reyne, sans le tenir plus en suspens, «que vous estes sur la tombe et le corps de la «pauvre madamoiselle de La Roche, qui est icy «dessoubs vous enterrée, que vous avez tant «aymée ; et puisque les ames ont du sentiment «après nostre mort, il ne faut pas doubler que «ceste honneste créature, morte de frais, ne se «soit esmeue aussy tost que vous avez esté sur «elle. Et si vous ne l'avez senty à cause de l'es- «paisscur de la tombe, ne faut doubter qu'en «soy ne se soit esmeue et ressentie. Et d'autant «que c'est un pieux office d'avoir souvenance «des trespassés, et mesmes de ceux que l'on a «aymés, je vous prie luy donner un Pater « noster et un Ave Maria , et un De profuna dis, et l'arrousez d'eau bénite; et vous acquer- «rez le nom de irès-fidele amant et d'un bon «chrestien. Je vous lairray doneques pour cela, a et pars. » Et s'en va. Feu mon frère ne faillit à ce qu'elle avoit dict, et puis l'alla trouver, qui luy en fit un peu la guerre, car elle estoit coustumiere en tout bon propos et y avoit bonne graee.

Voylà l'opinion de ceste bonne princesse, laquelle la tenoit plus par gentillesse et par forme de devis que par créance, à mon advis.

Ces propos gentils me font souvenir d'un epitaphe d'une courtisanne qui est enterrée à Nostre- Dame del Popolo, où il y a ces mots : Qttœso, vif/for, ne me diutiùs calcatam a/npiiîis calces : « Passant, m'ayant tant de «fois foulée et trepée, je te prie ne me treper «ny ne me fouler plus. » Le mot latin a plus de

CINQUIESME

grâce. Je mets tout cecy plus pour risée que pour autre chose.

Or, pour faire fin, ne se faut esbahir si ceste dame espaignolle tenoil ccstc maxime des belles dames qui se sont fort aymées, et ont aymé et ayment, et se plaisent à estre louées, bien qu'elles ne tiennent guieres du passé; mais pourtant c'est le plus grand plaisir que vous leur pouvez donner, et qu'elles ayment plus, quand vous leur dites, que ce sont tousjours elles, et qu'elles ne sont nullement changées ny envieillies, et sur-tout qu'elles ne deviennent point vieilles de la ceinture jusqu'au bas.

— J'ay ouy parler d'une fort belle et honneste dame qui disoit un jour à son serviteur : « Je ne «sçais que désormais la vieillesse m'apportera tplus grande incommodité (car elle avoit cin- «quante-cinq ans); mais, Dieu mercy! je ne le • fis jamais si bien comme je le fais, et n'y pris a jamais tant de plaisir. Que si cecy dure et continue jusqu'à mon extresme vieillesse, je ne «m'en soucie d'elle autrement, ny ne plains c point le passé. »

Or, touchant l'amour et la concupiscence, j'ay allégué icy et ailleurs assez d'exemples, sans en tirer davantage sur ce subject. Venons maintenant à l'autre maxime , louchant ceste beauté des belles femmes qui ne se diminuent par vieillesse de la ceinture jusques en bas.

Certes , sur cela , ceste dame espaignolle allégua plusieurs belles raisons et gentilles comparaisons, accomparant ces belles dames à ces beaux , vieux et superbes édifices qui ont esté, desquels la ruyne en demeure encor belle ; ainsy que l'on voit à Rome, en ces orgueilleuses antiquités , les ruynes de ces beaux palais, ces superbes cotisées et grands thermes , qui monstrent bien encor quels ont esté , donnent encor admiration et terreur à tout le inonde, et la ruyne en demeure admirable et épouvantable ; si bien que sur ces ruynes on y bastit encor de très-beaux édifices, monstrant que les fbndemens en sont meilleurs et plus beaux que sur d'autres nouveaux : ainsy que l'on veoit souvent aux massonneries que nos bons architectes et massons entreprennent ; et s'ils trouvent quelques vieilles ruines et fondement , ils bastissent aussy tost dessus, et plustost que sur de nouveaux.

J'ay bien veu aussy souvent de belles galleres et navires se bastir et se refaire sur de vieux corps et vieilles carennes , lesquelles avoient demeuré long-temps dans un port sans rien , faire , qui valloient bien autant que celles que l'on bastissoit et charpentoit tout à neuf, cl de bois neuf venant de la forest.

Davantage, disoit ceste dame espaignolle, ne voit-on pas souvent les sommets des hautes tours par les vents , les orages et les tonnerres estre emportés , defraudés et gastés , et le bas en demeurer sain et entier? car tousjours à telles hauteurs telles letnpestes s'adressent ; mesmes les vents marins minent et mangent les pierres d'en haut , et les concavent plustost que celles du bas , pour n'y estre si exposées que celles d'en haut.

De mesmes, plusieurs belles dames perdent le lustre et la beauté de leurs beaux visages par plusieurs accidens,ou de froid ou de chaud, ou de soleil ou de lune , et autres , et , qui pis est, de plusieurs fards qu'elles y appliquent , pensans se rendre plus belles , et gastent tout; au lieu qu'aux parties d'en bas n'y applicquent autre fard que le naturel spermatic, n'y sentant ny froid, ny pluye , ny vent, ny soleil, ny lune , qui n'y louchent point.

Si la chaleur les importune , elles s'en sçavent bien garantir et se raffraischir ; de mesmes remédient au froid en plusieurs façons. Tant d'incommodités et de peines y a-il à garder la beauté d'en haut , et peu à garder celle d'en bas; si bien qu'encor qu'on ayt veu une belle femme se perdre par le visage , ne faut présumer qu'elle soit perdue par le bas , et qu'il n'y reste encor quelque chose de beau et de bon , et qu'il n'y fait point mauvais bastir.

— J'ay ouy conter d'une grande dame qui avoit esté très-belle et bien adonnée a l'amour: un de ses serviteurs anciens l'ayant perdue de veue l'espace de quatre ans, pour quelque voyage qu'il entreprit , duquel retournant , et la trouvant fort changée de ce beau visage qu'il luy avoit veu autresfois , par ce en devint si fort degousté et reffroidy qu'il ne la voulut plus attaquer, ny rcnouvelleravecques elle le plaisir passé. Elle le recognut bien ; et fit tant qu'elle trouva moyen qu'il la vinst vcoyr dans son lict ; et, pour ce, un jour elle contrefit de la malade,

DES DAMES GALLANTES.

et luy Testant venue veoyr sur jour, elle luy dit : «Je sçay bien , monsieur, que vous me desdai- «gnez à cau.se de mon visage changé par mon «aage; mais tenez, voyez (et sur ce elle luy «descouvrit toute la moiclié du corps nud en «bas) s'il y a rien de changé là. Si mon visage «vous a trompé , cela ne vous trompe pas.» Le gentilhomme la contemplant, et la trouvant par là aussy belle et nette que jamais , entra aussy tost en appétit, et mangea de la chair qu'il pensoit estrc pourrie et gaslée. «Et voylà, dit la «dame, monsieur, voyla comme vous autres «estes trompés ! Une autrefois, n'adjouslez plus «de foy aux meuleiïes de nos faux visages ; car «le reste de nos corps ne les ressemble pas «lousjours. Je vous apprends cela.»

— Une dame comme celle-là, estant ainsy devenue changée de beau visage , fut en si grand colère et despit contre luy , qu'elle ne le voulut oneques plus jamais mirer dans son miroir , disant qu'il en esloit indigne ; et se fesoit coiffer à ses femmes , et , pour recompense , se mirait et s'arregardoit par les parties d'en bas , y prenant autant de délectation comme elleavoit faict par le visage aulresfois.

—J'ay ouy parler d'une autre dame, qui, tant qu'elle couchoit sur jour avecques son amy, elle couvrait son visage d'un beau mouchoir blanc d'une fine toile d'Hollande , de peur que , la voyant au visage , le haut ne refroidist et empeschast la batterie du bas , et ne s'en degoustast ; car il n'y avoit rien à dire au bas du beau dassé. Sur quoy il y eut une fort honueste dame, dont j'ay ouy parler, qui rencontra plaisamment, à laquelle un jour son mary luy demandant : pourquoy son poil d'en bas n'estoit devenu blanc et chenu comme celuy de la leste : «Ah ! dit-elle, le meschant traislre qu'il est, « qui a faict la folie , ne s'en ressent point , ny ne «la boit point. Il la fait sentir et boire à autres «de mes membres et à ma leste : d'autant qu'il « demeure tousjours sans changer, et en mesme « estât et vigueur, en mesme disposition , et sur- « tout en mesme chaud naturel , et à mesme « appétit et santé ; et non des autres membres , «qui en ont pour luy des maux et des douleurs, • et mes cheveux qui en sont devenus blancs et «chenus.»

Kllc avoit raison de parler ainsy ; car ceste punie leur engendre bien des douleurs , des

gouttes et des maux , sans que leur gallant du

milan s'en sente ; et , pour trop estre chaudes à cela , ce disent les médecins , deviennent ainsy chenues. Voylà pourquoy les belles dames ne vieillissent jamais par là en toutes les deux façons.

— J'ay ouy raconter à aucuns qui les ont practiquées , jusques aux courtisannes , qui m'ont asseuré n'en avoir veu guieres de belles estre venues vieilles par là ; car tout le bas et mitan , et cuisses et jambes , avoient le tout beau , et la volonté et la disposition pareille au passé. Mesmes j'en ay ouy parler à plusieurs marys qui trouvoient leurs vieilles (ainsy les appelloicnl-ils) aussy belles par le bas comme jamais, en vouloir, en gaillardise , en beauté, et aussy volontaires, et n'y trouvoient rien de changé que le visage, et aymoieut autant coucher avecques elles qu'en leurs jeunes ans.

Au reste, combien y a-il d'hommes qui aiment autant de vieilles dames pour monter dessus, plustost que sur des jeunes; tout ainsy comme plusieurs qui ayment mieux des vieux chevaux, soit pour le jour d'une bonne affaire, soit pour le manège et pour le plaisir , qui ont esté si bien appris en leur jeunesse , qu'en leur vieillesse vous n'y trouverez rien à dire , tant ils ont esté bien dressés , et ont continué leur gentille adresse.

J'ay veu à l'escurie de nos roys le cheval qu'on appelloit le Quadragant , dressé du temps du roy Henry. 11 avoit plus de vingt-deux ans; mais encor tout vieux qu'il estoit, il fesoit très-bien et n'avoil rien oublié ; si bien qu'il donnoit encor à son roy, et à tous 'ceux qui le voyoient manier, du plaisir bien grand.

J'en ay veu faire de mesmes à un grand coursier qu "on appelloit /V Gonzague, du haras de Mantoue , et esloit contemporain du Quadragant.

J'ay veu le Morcau superbe , qui avoit esté mis pour eslalon. Vjc seigneur Marco Antonio , qui avoit la charge du haras du roy, me le monstre à Meun . un jour que je passay par là, aller à deux pas et un sault , et à voiles, aussy bien (lue lorsque M. Carnavalet l'eut dressé , car il esloit à luy ; et feu M. de Ixjnguevillc luy en voului donner irais mille livres de rente; mais

CINQUIESM

le roy Charles ne le voulut pas , qui le prit pour luy, et le récompensa d'ailleurs.

Une infinité d'autres en nominerois-jc. Mais je n'aurais jamais faict , m'en remettant aux braves escuyers , qui en ont prou veu.

Le Feu roy Henry, au camp d'Amiens , avoit choisi pour son jour de battaillc le liay de la paix , un très-beau et fort coursier et vieux ; et mourut de la fièvre, par le dire de plus experts marescliaux, au camp d'Amiens; ce qu'on trouva estrange.

Feu M. de Guyse envoya quérir en son haras d'Esclairon le Bay- Santon, qui servoit là d'estalon , pour le servir en la battaillc de Dreux , où il le servit très-bien.

Aux premières guerres , feu M. le prince prit dans Mena vingt-deux chevaux qui servoient la d'cslalons , pour s'en servir en ses guerres; et les despartit aux uns et aux autres des seigneurs qui estoient avecques luy , s'en estant réservé sa part ; dont le brave d'Avàret eut un coursier que M. le connectable avoit donné au roy Henry, et l'appelloil-on le Compère. Tout vieux qu'il esloit, jamais n'en fut veu un meilleur ; et sou maistre le fit trouver en de bons combats , qui luy servit très-bien. Le capitaine Hourdet eut le Turc , sur lequel le feu roy Henry fut blessé et tué, que feu M. de Savoyc luy avoit donné; et l'appelloit - on le Malheureux; et s'appelloit ainsy quand il fut donné au roy , ce qui fut un très-mauvais présage pour le roy. Jamais il ne fut si bon en sa jeunesse comme il fut eu sa vieillesse : aussy son inaistre, qui esloit up des vaillans gentilshommes de la France, le faisoil bien valloir. Bref, tous tant qu'il en eut de ces eslalons , jamais l'usage n'empescha qu'ils ne servissent bien à leurs maistres, à leur prince et a leur cause. Ainsy sont plusieurs chevaux vieux qui ne se rendent jamais : aussy dit-on que : jamais bon cheval ne devint rosse.

De mesmes sont plusieurs dames , qui en leur vieillesse vallent bien autant que d'autres en leur jeunesse , et donnent bien autant de plaisir, pour avoir esté en leur temps trèsbien apprises et dressées ; et volontiers telles leçons mal-aysement s'oublient : et ce qui est le meilleur , c'est qu elles sont fort libérales et larges a donner pour entretenir leurs chevalliers et cavalcadours, qui preuueul plus d'ar-

gent et veulent plus grand entretien pour monter sur une vieille monture que sur une jeune; qui est au contraire des escuyers , qui n'en prennent tant des chevaux dressés que des jeunes et à dresser : aussy la raison en cela le veut.

Une question sur lesubject des dames aagées ay-je veu faire , à sçavoir : quelle gloire plus grande y a-il à desbaucher une femme aagée et en jouir, ou uue jeune. A aucuns ay-je ouy dire que c'est pour la vieille. Et disoient : que la folie et la chaleur qui est en la jeunesse , sont de soy assez toutes desbauchées cl aysées à perdre ; mais la sagesse et la froideur qui semblent estre en la vieillesse, mal-aysement se peuvent-elles corrompre ; et qui les corrompt en est en plus belle réputation.

Aussy teste fameuse courtisane Lays se vanloil et se glorifioit fort de quoy les philosophes alloient si souvent la veoyr et apprendre à son eschole , plus que de tous autres jeunes gens et fols qui allassent. De mesmes Flora se glorifioit de veoyr venir à sa porte de grands seualeurs romains , plustost que de jeunes fols chevalliers. Ainsy me semble-il que c'est grand gloire de vaincre la sagesse qui pourrait estre aux vieilles personnes , pour le plaisir et contentement.

Je m'en rapporte a ceux qui l'ont expert- • mente, dont aucuns ont dicl : qu'une monture dressée est plus plaisante qu'une farouche et qui ne sçait pas seulement trotter. Davantage, quel plaisir et quel plus grand ayse peut-on avoir en l ame, quand on voit entrer dans une salle du bal , dans des chambres de la reync , ou dans une église , ou une attire grande assemblée , une dame aagée de grande qualité et d'aJta guisa », comme dit l'Italien , et mesmes une dame d'honneur de la reyne ou d'une princesse, ou une gouvernante d'une fille d'un roy , reync ou grande princesse , ou gouvernante des damoiselles ou filles de la cour, que l'on prend, et l'on met en ccsle digne charge pour la tenir sage? On la verra qui fait la mine de la prude, de la chaste, de la vertueuse, et que tout le monde la lient ainsy pour telle , à cause de son aage ; et , quand on songe en soy, cl qu'on le dit à quelque sien fidèle compaignoc

1 Lte Laine apiarcuco.

DES DAMES GALLANTES.

et confident : « La voyez-vous là en sa façon «grave, sa mine sage et desdaigncuse et froide, «qu'on dirait qu'elle ne ferait pas mouvoir une «seule goutte d'eau ? Helas ! quand je la tiens «couchée en son lict , il n'y a gyrouetie au « monde qui se remue et se revire si souvent et «si agilement que font ses reins et ses fesses.»

Quant a moy, je croy que celuy qui a passé par là et le peut dire , qu'il est très-content en soy. Hà ! que j'en ay cognu plusieurs de ces dames en ce monde , qui contrefaisoient leurs dames sages, prudes et censoriennes, qui estoient très - débordées et vénériennes quand venoient là , et que bien souvent on abattoit plustost qu'aucunes jeunes , qui , par trop peu rusées, craignent la lutte ! Aussy diton qu'il n'y a chasse que de vieilles renardes pour chasser et porter à manger à leurs petits.

Nous lisons que jadis plusieurs empereurs romains se sont fort délectés à desbaucher et repasser ainsy ces grandes dames d'honneur et de repulation , autant pour le plaisir et contentement, comme certes il y en a plus qu'en des inférieures, que pour la gloire et honneur qu'ils s'attribuoient de les avoir desbauchées et suppedilées : ainsy que j'en ai cognu de mon temps plusieurs seigneurs , princes et gentilshommes , qui s'en sont sentis très-glorieux et très-coniens dans leur amc, pour avoir faict de mesmes.

Jules Caesar et Octave, son successeur, sont esté fort ardens à telles conquettes , ainsy que j'ay dict ci-devant; et après eux Calligula, lequel , conviant à ses festins les plus illustres dames romaines avecques leurs marys, les contemplant et considérant fort fixement , mesmes avecques la main leur levoit la face , si aucunes de honte la baissoient pour se sentir dames d'honneur et de réputation, ou bien d'autres qui voulussent les contrefaire , et des fort prudes et chastes, comme certainement y en pouvoit avoir peu es temps deces empereurs dissolus, mais il falloit faire la mineeten estre quitte pour cela, autrement le jeu ne fust esté bon, comme j'en ay vu faire de mesmes à plusieurs dames, celles aprèsqui plaisoicnt à ce monsieur l'empereur, les prenoit privement et publiquement près de leurs marys , et , les sortans de la salle, les menoit en une chambre, où il en tirait d'elles 6on plaisir ainsy qu'il Iuy plai-

soit : et puis les retournoit en leur place se rasseoir ; et devant toute l'assemblée louoit leurs beautés et singularités qui estoient en elles cachées, les especifiant de part en part ; et celles qui avoient quelques tares , laideurs et deffectuosités , ne les ccloit nullement , ains les descrioit et les déclarait, sans rien déguiser ny cacher.

'Néron fut aussy curieux, qui pis est encor, de veoyr sa mère morte , la contempler fixement , et manier tous ses membres , louant les uns et vitupérant les autres.

J'en ay ouy conter de mesmes d'aucuns grands seigneurs chrestiens, qui ont bien ceste mesme curiosité envers leurs mères mortes.

Ce n'estoit pas tout de ce Calligula ; car il racontoit leurs mouvemens , leurs façons lubriques , leurs maniemens et leurs airs qu'elles observoient en leur manège, et surtout de celles qui avoient esté sages et modestes, ou qui les contrefaisoient ainsy à table : car, si à la couche elles en vouloient faire de mesmes , ne faut point doubter si le cruel ne les menassoit de mort si elles ne faisoient tout ce qu'il vouloit pour le contenter, et crainte de mourir; et puis après les escandalisoit ainsy qu'il Iuy plaisoit, aux despens et risée commune de ces pauvres dames, qui, pensans estre tenues fort chastes et sages , comme il y en pouvoit avoir, ou faire des hypocrites, et contrefaire les donne da ben l, estoient tout à trac divulguées et réputées bonnes vesseset ribaudes; ce qui n'estoit pas mal employé , de les descouvrir pour (elles qu'elles ne vouloient qu'on les cogneust. Et qui estoit le meilleur, c'estoient, comme j'ay dict, toutes grandes dames, comme femmes de consuls, dictateurs, prêteurs, questeurs , sénateurs, censeurs, chevalliers, et d'autres de très -grands estais et dignités; ainsy que nous pouvons dire aujourd'hui,' en nostre chrestienté les reynes , qui se peuvent comparer aux femmes des consuls, puisqu'ils commandoient à tout le monde; les princesses grandes et moyennes, les duchesses grandes et petites, les marquises et marquisottes, les comtesses et contines, les baronnesscs et chevalleresses , et autres dames de grand rang et riche étoffe : sur quoy il ne

• Femme* de bien , femmes bonnilcs.

C1NQCIKSME

faut doubter que, si plusieurs empereurs et roys en pouvoient faire de mesmes envers telles grandes dames, comme cest empereur Calligula, ne le fissent; mais ils sont chresliens, qui ont la crainte de Dieu debvant les yeux , ses sa i nets commande mens , leur conscience, leur honneur, le diffame des hommes, et leurs marys, car la tyrannie serait insupportable à des cœurs généreux. En quoy certes les roys chrestiens sont fort à estimer et louer, de gaigner l'amour des belles dames plus par douceur et amytié que par force et rigueur; et la conqueste en est beaucoup plus belle.

J'ay ouy parler de deux grands princes qui se sont fort pleus à descouvrir ainsy les beautés, gentillesses et singularités de leurs dames, aussy leurs difformités, tares et deffauts, ensemble leurs manèges , mouvemens et lascivetés, non en public pourtant , comme Calligula , mais en privé avecques leurs grands amys particuliers. Et voylà le gentil corps de ces pauvres dames bien employé. Pensant bien faire et se jouer pour complaire à leurs amants, sont descriés et brocardées.

Or , afin de reprendre encor nostre comparaison: tout ainsy que Ton voit de beaux édifices bastis sur meilleurs fondemens et de meilleures pierres et matières les uns plus que les autres, et pour ce durer plus longuement en leur beauté et gloire; aussy y a-il des corps de dames si bien complexioonés et composés, et empreints en beautés, qu'on voit volontiers le temps n'y gaigner tant comme sur d'autres, ny les miner aucunement.

— Il se lit : qu'Artaxerces, entre toutes ses femmes qu'il eut , celle qu'il a y ma le plus fut Astasia , qui estoit fort aagée , et loutesfois trèsbelle, quiavoit esté putain de son feu frère Daire. Son fils en devint si fort amoureux , tant die estoit belle nonobstant l'aage, qu'il la demanda à son pere en partage , aussy bien que la part du royaume. Le pere, par jalousie qu'il en eut, et qu'il participas! avecques luy de ce bon boucon, la fit prestressedu soleil, d'autant qu'en Perse celles qui ont tel estât se vouent du tout à la chasteté.

— Nous lisons dans Y Mis toi nuls lYaples,qac Lad is la u s, Hongre, et roy de Naples, assiégea dans Tarente la duchesse Marie , femme de feu Ramniondelo de Balzo, et, après plusieurs as-

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sauts et faicls d'armes, la prit par composition avecques ses enfans, et l'espousa, bien qu'elle fust aagée, mais très-belle, et l'emmena avecques soy à Naples; et fut appellée la reyne Marie, fort aymée de luy et chérie.

— J'ay veu madame la duchesse du Valentinois, en l'aage de soixante-dix ans, aussy belle de face , aussy fraische et aussy aymable comme en l'aage de trente ans : aussy fut-elle fort aymée et servie d'un des grands roys et valeureux du monde. Je le peux dire franchement , sans faire tort à la beauté de erste dame, car toute dame aymée d'un grand roy , c'est signe que perfection habite et abonde en elle qui la fait aymer : aussy la beauté , donnée des cieux , ne doit estre espargnée aux demydieux.

Jeviscestedame, six mois avant qu'elle mourut, si belle encor, que je ne sçache cœur de rocher qui ne s'en fust esmeu , encor qu'auparadvant elle s'estoit rompue une jambe sur le pavé d'Orléans , allant et se tenant à cheval aussy dextrement et dispostement comme elle , avoit faict jamais ; mais le cheval tomba et glissa soubs elle. Et, pour telle rupture et maux et douleurs qu'elle endura , il eust semblé que sa belle face s'en fust changée ; mais rien moins que cela, car sa beauté, sa grâce, sa majesté , sa belle apparence, estoient toutes pareilles qu'elle avoit tous jours eu. Et sur-tout elle avoit une très-grande blancheur , et sans se farder aucunement ; mais on dit bien que tous les matins elle usoit de quelques bouillons composés d'or potable, et autres drogues que je ne sçay pas comme les bons médecins et subtils apolicaires. Je croy que si ceste dame eust encor vescu cent ans, qu'elle n'eust jamais vieilly, fust du visage, tant il estoit bien composé, fust du corps, caché et couvert, tant il estoit de bonne trempe et belle habitude. C'est dommage que la terre couvre ces beaux corps !

J'ay veu madame la marquise de Rothelin, mere à madame la douairière princesse de Condé et de feu M. de Longueville, nullement offensée en sa beauté, ny du temps ny de l'aage, et s'y entretenir en aussy belle fleur qu'en la première , fors que le visage luy rougissoit un peu sur la fin; mais pourtant ses beaux yeux , qui estoient des non-pareils du

DES DAMES GALLANTES.

monde, dont madame sa fille en a hérité, ne changèrent oneques, el aussy presls à blesser que jamais.

J'ay veu madame de La Bourdaisiere, despuis en secondes oopees marescballed'Aumout, 'aussy belle sur ses vieux jours que l'on eust dict qu'elle esloilenses plus jeunes ans; si bien que ses cinq filles, qui ont 'esté des belles, nelcffaçoient en rien. Et volontiers, si le choix fusl eslé à faire, eust-on laissé les filles pour prendre la mere ; et si avoit eu plusieurs enfans. Aussy estoit-ce la dame qui se contre-gardoit le mieux, car elle esloit cimemye mortelle du serain et de la lune, et les fuyoil le plus qu'elle pouvoit; le fard commun , pracliqué de plusieurs dames, luy esloit inconnu.

J'ay veu, qui est bien plus, madame de Marcuil, merc de madame la marquise de Mcziercs, et grand-mere de la princesse Dauphin , en l'aage de cent ans , auquel elle mourut, aussy dispostc, fraische el belle et saine qu'en l'aage de cinquante ans : ç'avoil esté une très-belle femme en sa jeune saison.

Sa fille, madame ladicle marquise, avoit este telle , cl mourut ainsy, mais non si aagée de vingt ans, et la taille luy appelissa un peu.

Elle esloit tante de madame de Bourdeille, femme a mon frère aisné , qui luy portoil pareille vertu; car, encor qu'elle eusl passé einquante-lrois ans et ait eu quatorze enfans , on diroit , comme ceux qui la voyent sont de meilleur jugement que moy et l'asseureut , que ces quatre filles qu'elle a auprès d'elle se monslrcnt ses sœurs : aussy voit-on souvent plusieurs fruicts d'hyver, et de la dernière saison , se parangonner à ceux d'eslé , et se garder, et estre aussy beaux et savoureux , voire plus.

Madame l'admiralle de Bryon,et sa fille, madame de Barbezieux, ont eslé aussy trèsbelles en vieillesse.

L'on me dil dernièrement que la belle Paule de Toulouse, tant renommée de jadis, esl aussy belle que jamais, bien qu'elle ail quatre-vingts ans; et ny trouve-on rien changé, ny en sa haute taiiie ny en sou beau visage.

J'ay veu madame la présidente Comle , de Bourdeaux, tout de mesmes cl eu pareil aage,

et très-aymable et désirable : aussy avoit-elle beaucoup de perfections. J'en nommerois tant d'autres , mais je n'en pourrois faire la fin.

— Un jeune cavallier espaignol parlant d'amour à une dame aagée, mais pourtant encor belle, elle luy respondit : A mis complétas desta mariera me /tabla V. M.? «Comment «à mes complies me parlez-vous ainsy?» Voulant signifier par les complies son aage et déclin de son beau jour, et l'approche de sa nuiet. Le cavallier luy respondit : Sus complétas valen mas, y son mas graciosas,que las horas de prima de qualquierotra dama. 4 Vos complies vallent plus, et sont plus belles « el gracieuses que les heures de prime de quel- «qu'autre dame qui soit. » Geste allusion est gentille.

Un autre parlant de raesmes d'amour à une dame aagée, et l'autre luy remonstrant sa beauté flestrie , qui pourtant ne l'estoit trop , il luy respondit : A las visperas se conoce la /testa; «A vespres la feste se cognoist. »

On voit encor aujourd'huy madame de Nemours, jadis en son avril la beauté du monde, faire affront au temps, encor qu'il efface lout. Je la puis dire telle, et ceux qui l'ont veue avecques moy, que ç'a esté la plus belle femme , en ses jours verdoyans , de la chreslienté. Je la vis un jour danser, comme j'ay dict ailleurs avecques la reyne d'Escosse, elles deux toutes seules ensemble et sans autres dames de compaignie, et ce par caprice, que tous ceux et celles qui les advisoient danser ne sceurent juger qui l'emportoit en beauté; cl eusl-on dict, ce dit quelqu'un, que c'estoient les deux soleils assemblés qu'on lit dans Pline avoir apparu aulresfois pour faire esbahir le monde. Madame de Nemours , pour lors madame de Guyse, monstrott la taille plus riche ; et s'il m'est loysible ainsy le dire sans offenser la reyne d'Escosse , elle avoit la majesté plus grave et apparente , encor qu'elle ne fust reyne comme l'autre; mais elle esloit petite fille de ce grand roy pere du peuple, auquel elle ressembloit en beaucoup de traits de visage, comme je l'ay veu pourtraict dans le cabinet de la reyne de Navarre, qui monstroil bien en lout quel roy il esloit.

Je pense avoir eslé le premier qui l'ay ap

CINQUIESME

pellé du nom de petite fille du roy pere du peuple ; et ce fut à Lyon quand le roy tourna de Poulongne ; et bien souvent l'yappellois-je: aussy me faisoit-ellccest honneur de le trouver bon , et l'aymer de raoy. Elle estoit certes vraye petite fille de ce grand roy, et sur-tout en bonté et beauté; car elle a esté très-bonne; et peu ou nul se trouve à qui elle ayt faict mal ny desplaisir, et si en a eu de grands moyens du temps de sa faveur, c'est-à-dire de celle de feu M. de Guyse son mary, qui a eu grand crédit en France. Ce sont doneques deux trèsgrandes perfections qui ont esté en ceste dame, que bonté et beauté , et que toutes deux elle a très-bien entretenu jusques icy, et pour lesquelles elle a e.« pousé deux honnestes marys , et deux que peu ou point en cust-on trouvé de pareils; et s'il s'en trou voit encorun pareil et digne d'elle , et qu'elle le voulust pour le tiers, clic le pourroit ehcor user, tant elle est encor belle. Aussy qu'en Italie l'on tient les dames ferra roi. ses pour de bons et friands morceaux, dont est venu le proverbe, pota ferraresa, comme l'on dit cazzo mantuan.

Sur quoy, un grand seigneur de ce pays là pourchassant une fois une belle et grand princesse de nostre France , ainsy qu'on le louoit à la cour de ses belles vertus , valeurs et perfections pour ia mériter, il y eut feu M. d'Au, capitaine des gardes escossoises, qui rencontra mieux que tous en disant : « Vous oubliez le a meilleur, cazzo mantuan.*

J'ay ouy dire un pareil mot une fois , c'est que le duc de M m unie, qu'on appelloit le Gobin 1 , parce qu'il estoit fort bossu , voulant espouser ia sœur de l'empereur Maximiiian , il fut dict à elle qu'il estoit fort bossu. Elle respondit , dit-on : Non importa purche la campana habbia qualche euffetto , ma ch'el sonaglio sia buono 2 ; voulant entendre le cazzo mantuan. D'autres disent qu'elle ne profera le mot, car elle estoit trop sage et bien apprise; mais d'autres le dirent pour elle.

Pour tourner encor à ceste princesse ferraroisc, je lavis, aux nopeesde feu M. de Joyeuse, paroistrevestue d'une mante à la mode d'Italie,

et retroussée à demy sur le bras â la mode siennoisc; mais il n'y eut point encorde dame qui l'effaçast, et n'y eut aucun qui ne dist : «Geste belle princesse ne se peut rendre encor, «tant elle est belle. Et est bien aysé à juger «que ce beau visage couvre et cache d'autres «grandes beautés et parties en elle que nous «ne voyons point; tout ainsy qu'à veoyrlebeau «et superbe front d'un beau bastiment, il est «aysé à juger qu'au dedans il y a de belles «chambres, antichambres, garde-robbes, beaux a recoins et cabinets.» En tant de lieux encor a-t-elle faict paroistre sa beauté despuis peu, et en son arrière-saison , et mesmes en Espaigne aux nopeesde M. et madame de Savoye, que l'admiration d'elle et de sa beauté, et de ses vertus, y en demeura gravée pour tout jamais. Si les aislcs de ma plume estoient assez fortes et amples pour la porter dedans le ciel, je le ferois; mais elles sont trop faibles; si en parleray-je encor ailleurs. Tant il y a que ç'a esté une très-belle femme en son printemps , son esté et son automne, et son hyver encor, quoyqu'ellc ayt eu grande quanlilé d'ennuys et d'enfans.

Qui pis est, les Italiens, meprisans une femme qui a eu plusieurs enfans, l'appellent scrofa, qui est à dire unetruye; mais celles qui en produisent de beaux , braves et généreux, comme ceste princesse a faict, sont à louer, et sont indignes de ce nom, mais de celuy de benistes de Dieu.

Je puis faire ceste exclamation : Quelle mondaine et merveilleuse inconstance, que la chose qui est la plus légère et inconstante, fait la résistance au temps, qu'est la belle !

1 Du mot italien gobbo , bossu.

' Il n'importe pas que la cloebe ait quelque défaut

Ce n'est pas moy qui le dis ; j'en serois bien marry, car j'estime fort la constance d'aucunes femmes, cl toutes ne sont inconstantes:* c'est d'un autre de qui je tiens ceste exclamation.

J'alleguerois encor volontiers des dames cstrangeres, aussy bien que* de nos francoiscs, belles en leur automne et hyver; mais pour ce coup je ne mettray en ce rang que deux.

L'une, la reyne Elisabeth d'Angleterre qui règne aujourd huy, qu'on m'a dict estre encor aussy belle que jamais. Que si elle est telle, je la tiens pour une belle princesse; car je l'ay en son esté et en son automne. Quant à

son hyver, elle y approche fort, si elle n'y est ; car il y a long-temps que je ne l'ay veue. La première fois que je la vis, je sçay l'aage qu'on luy donnoit alors. Je crois que ce qui l'a maintenue si long-temps en sa beauté, c'est qu'elle n'a jamais esté maryée, ny a supporté le faix de maryage, qui est fort onéreux, et mesmes quand l'on porte plusieurs enfans. Geste reyne est à louer en toutes sortes de louanges, n'estoit la mort de ceste brave , belle et rare reyne d'Escosse , qui a fort souillé ses vertus.

L'autre princesse et dame estrangere est madame la marquise de Gouast, donne Marie d'Arragon, laquelle j'ay veue une très-belle dame sur sa dernière saison; et je vous le vais dire par un discours que jabregeray le plus que je pourray.

Lorsque le roy Henry mourut , un mois après mourut le pape Paul quatrième, Garaffe, et pour l'eslection d'un nouveau fallut que tous les cardinaux s'assemblassent.

Entrautres partit de France le cardinal de Guyse; et alla à Rome par mer avecques les galleres du roy, desquelles estoit gênerai, M. le grand prieur de France , frerc dudict cardinal, lequel , comme bon frère, le conduisit avecques seize galleres. Et firent si bonne diligence et avecques si bon vent en poupe, qu'ils arrivèrent en deux jours et deux nuictsa Civita- Veccliia, et de I* à Rome; où estant M. le grand prieur voyant qu'on n'estoit pas encor prest de faire nouvelle esleclion (comme de vray elle demeura trois mois à faire) , et que ses galleres ne faisoienl rien , au port, il s'advisa d'aller jusqu'à Naples veoyr la ville et y passer son temps.

A son arrivée doncques. le visce-roy, qui estoit lors le duc d'Alcala, le receut comme si ce fust esté un roy. Mais avant que d'y arriver salua la ville d'une fort belle salve qui dura longtemps; et la mesme luy fut rendue de la ville et deschasteaux, qu'on eust dict que le ciel tonnoit estrangement durant ceste salve. Et tenant ses galleres en battaille et en lo-ly, et assez loin, il envoya dans un esquif M. del'Estrange, de Languedoc, fort habille et honneste gentilhomme, qui parloit fort bien, vers le visce-roy, pour ne luy donner Tallarme , et luy demander permission (encor que nous fussions

GALLANTES.

nions que de frais de la guerre) d'entrer dans le port, pour veoyr la ville et visiter les sepulchres de ses prédécesseurs qui estoient là enterrés, et leur jetter de l'eau beniste et prier Dieu sur eux.

Le visce-roy l'accorda très-librement. M. le grand prieur doncques s'advança et recommança la salve aussy belle et furieuse que devant, tant des canons de course des seize galleres, que des autres pièces et d'harquebusades, tellement que tout estoit en feu; et puis entra dans le mole fort superbement, avecques plusd'estendarts, de banderolles, de flambans de taffetas cramoisi , et la sienne de damas, et tous les forçats vestus de velours cramoisi , et les soldats de sa garde de mesmes, avecques mandilles couvertes de passement d'argent, desquels estoit capitaine le capitaine Geoffroy, Provançal , brave et vaillant capitaine, bien que l'on trouvait nos galleres françoiscs très-belles, lestes et bien espalverades, et sur-tout la Reaile, à laquelle n'y avolt rien à redire; car ce prince estoit en tout très-magnifique et libéral.

Estant doncques entré dans le mole en un si bel arroy, il prit terre et tous nous autres avecques luy, où le visce-roy avoit commandé de tenir prests des chevaux et des coches pour nous recueillir et conduire en la ville; comme de vray nous y trouvasmes cent chevaux, coursiers, genests, chevaux d'Espaigne, barbes et autres, les uns plus beaux que les autres, avecques des housses de velours toutes en broderie , les unes d'or, les autres d'argent. Qui vouloit monter à cheval muni oit , qui en coche montoit, car il y en avoit une vingtaine des plus belles et riches et des mieux attelées, et traisnées par des coursiers des plus beaux qu'on eust sceu à veoyr. Là se trouvèrent aussy force grands princes et seigneurs , tant du Règne qu'Espaignols, qui receurent M. le grand prieur, de ta part du visce-roy, très-honnorabtement.II monta sur un cheval d'Espaigne, le plus beau que j'aye veu il y a long-temps, que despuis le visce-roy luy donna. Et se manioit très-bien, et faisoit de très-belles courbettes, ainsy qu'on parloit de ce temps. Luy, qui estoit un très* bon homme de cheval, et aussy bon que de mer, le fit très-beau veoyr là-dessus : et il le faisoit trèsbien vallon- et aller, et de fort bonne grâce, car il estoit l'un des beaux princes qui fust de ce

CINQUIESME DISCOURS

temps là et des plus agréables , des plus accom- offrant et plis, et de Fort haute et belle taille et bien desî; ce qui n'advient guieres à ces grands Ainsy il fut conduict par tous ces seigneurs et tant d'autres gentilshommes chez le visce-roy, lequel l'attend oit , et luy fit tous les honneurs du monde, et logea en son palais, et le festoya fort somptueusement, et luy et sa trouppe: il le pou voit bien faire, car il luy gaigna vingt mille escus à ce voyage.

Nous pouvions bien estre avecques luy deux cens gentilshommes, que capitaines des galleres et autres; nous fumes logés chez la pluspart des grands seigneurs de la ville, et trèsmagnifiquement.

Dès le matin , sortans de nos chambres , nous rencontrions des estaffiers si bien créés qui se venoicnt présenter aussy tost et demander ce que nous voulions faire et où voulions aller et pourmener. Et si nous voulions chevaux ou coches, soudain , aussy tost nostre volonté dicte aussy tost accomplie. Et alloient quérir les montures que voulions, si belles , si riches et si superbes, qu'un roy s'en fust contenté; et puis accommancions et accomplissions uostre journée ainsy qu'il plaisoit à chascun. Enfin nous n'estions guieres gastés d'avoir faute de plaisirs et délices en ceste ville : ne faut dire qu'il y en eust, car je n'ay jamais veu ville qui en fust plus remplie en toute sorte. Il n'y manque que la familière, libre et franche conversation d'avecques les dames d'honneur et réputation, car d'autres il y en a assez. À quoy pour ce coup sceut très-bien remédier madame la marquise de Gouast , pour l'amour de laquelle ce discours se faict, car, toute courtoise et pleine de toutehonnesteté, et pour la grandeur de sa maison, ayant ouy renommer M. le grand prieur des perfections qui estoient en luy , et l'ayant veu passer par la ville à cheval et recognu , comme de grand à grand cela est deu communément , elle , qui esloit toute grande en tout, l'envoya visiter un jour par un gentilhomme fort honneste et bien créé, et luy manda que, si son sexe et la coustume du pays luy eussent permis de le visiter, volontiers elle y fust venue fort librement pour luy offrir sa puissance, comme avoient faict tous les grands seigneurs du royaume ; mais le pria de prendre ses excuses en gré, en luy

, et sa

puissance.

M. le grand prieur, qui est oit la mesme courtoisie, la remercia fort, comme ildebvoil; et luy manda qu'il luy irait baiser les mai nent après disner ; à quoy il ne fallit, sa suite de tous nous autres qui estions avecques luy. Nous trouvasmes la marquise dans sa salle avecques ses deux filles, donne Antonine, et l'autre donne Hieronyme ou donne Joanne (je ne sçaurois bien dire, car il ne m'en souvient plus) , avecques force belles dames et damoiselles , tant bien en point et de si belle et bonne grâce, que, hormis nos cours de France et d'Espagne, volontiers ailleurs n'ay-je point veu plus belle trouppe de dames.

Madame la marquise salua à la françoise et receut M. le grand prieur avecques un trèsgrand honneur; et luy en fit de mesmes, encor plus humble, con mas gran sociego comme ditl'Espaignol. Leurs devis furent pour ce coup de propos communs. Aucuns de nous autres , qui sçavions parler italien et espaignol , accostas m es les autres dames, que nous trouvasmes fort honnestes et gallantes, et de fort bon entretien.

Au départir, madame la marquise ayant sceu de M. le grand prieur le séjour d'un quinzaine jours qu'il vouloit faire là, luy dit: «Monsieur, «quand vous ne sçaurez que faire et qu'aurez « faute de passe-temps, lorsqu'il vous plaira venir o céans vous me ferez beaucoup d'honneur, et «y serez le très-bien venu comme en la maison «de madame vostre mere; vous priant de dispo- «ser de ceste-cy de mesmes et ainsy que la a sienne, et y faire ny plus ny moins. J'ay ce a bon heur d'est re ayméeet visitée d'honnesteset «belles dames de ce royaume et de ceste ville, «autant que dame qui soit; et d'autant que «vostre jeunesse et vertu porte que vous ay- «mez la conversation des honnestes dames, je « les prieray de se rendre icy plus souvent que «de coustume, pour vous tenir compaignie et à «toute ceste belle noblesse qui est avecques «vous. Voylà mes deux filles, auxquelles je «demanderay, encor qu'elles ne soient si accom- « plies qu'on dirait bien, de vous tenir com- «paignie à la françoise, comme de rire, danser,

* Avec le plui grand calme, la meilleure

DES DAMES GALLANTES.

t jouer, causer librement , comme vous faites à «la cour de France, à quoy je m'offrirois volontiers; mais il fascheroit fort à un prince t jeune , beau et honneste comme vous este* , o d'entretenir une vieille surannée, fascheuse et «peu aymablc comme moy; car volontiers « vieillesse et jeunesse ne s'accordent guieres «bien ensemble.»

M. le grand prieur luy releva aussy tost ces mots, en luy faisant entendre que la vieillesse n'avoit rien gaigné sur elle, et que mal aysement il ne passeroit pas celuy-là, et que son automne surpassoit tous les printemps et estés qui estoient en ceste salle. Gomme de vray, elle se monstroit encor une très-belle dame et fort aymablc, voire plus que ses deux filles, toutes belles et jeunes qu'elles estoient ; si avoit-ellc bien alors près de soixante bonnes années.

Ces deux petits mots que M. le grand prieur donna à madame la marquise luy pleurent fort, selon que nous pusmes cognoistre à son visage riant, à sa parolle et à sa façon.

Nous partismes de là extresmement bien édifiés de ceste belle dame, et sur-tout M. le grandprieur, qui en fut' aussy tostespris, qu'il nous ledit.

Il ne faut doneques doubler si ceste belle dame et honneste, et sa belle tronppe de dames convia M. le grand prieur tous les jours d'aller a son logis; car si on n'y alloit l'aprèsdisnée on y alloit le soir.

M. le grand prieur prit pour sa maistresse sa fille aisnée, encor qu'il aymast mieux la mere; mais ce fut per adumbrarla cosa 1 .

Il se fit force couremens de bague, où M. le grand prieur emporta le prix , force ballets et danses. Bref, ceste belle compaignie fut cause que, luy ne pensant séjourner que quinze jours, nous y fusmes pour nos six sepmaiucs , sans nous y fascher nullement , car nous y avions nous autres aussy bien faict des maistresses comme nostre gênerai. Encor y eussions-nous demeuré davantage, sans qu'un courrier vint du roy son maistre, qui luy porta nouvelles de la guerre eslevée en Escosse ; et pour ce falloit mener et faire passer ses galleres de levant en ponant , qui pourtant ne passèrent de huict mois après.

Ce fat à se despartir de ces plaisirs delicieut, et de laisser la bonne et gentille ville de Naples. Et ne fut a M. nostre gênerai et à tons nouf autres sans grandes tristesses et regrets , mais nous faschant fort de quitter un lieu où nou9 nous trouvions si bien.

Au bout de six ans , ou plus, nous altasmc? au secours de Malthe. Moy estant à Naples , je m'enquis si madicte dame la marquise estoit encor vivante; on me dit qu'ouy, et qu'elle estoit en la ville. Soudain je ne faillis dcl'allei vcoyr. Et fus aussy tost recognu par un vieil? maistre d'hostel de céans, qui l'a lia dire à ma dicte dame que je luy voulois baiser les mains Elle , qui se ressouvint de mon nom de Bour dcille,mefit monter en sa chambre et la vcoyr Je la trouvay qui gardoit le lict, à cause d ur petit feu voilage qu'elle avoit d'un costé de joue. Elle me fit, je vous jure, une très-bonne, chère. Je ne la trouvay que fort peu changée , et encor si belle, qu'elle cust bien faict commettre un poché mortel , fust ou de faict ou de volonté.

Elle s'enquit fort à moy des nouvelles de feu M. le grand prieur, et d'affection, et comme il esloit mort , et qu'on luy avoit du t qu'il avoit esté empoisonné, maudissant cent fois le malheureux qui avoit faict le coup. Je luy dis que non, et qu'elle oslast cela de sa fantaisie , et qu'il estoit mort d'un purisy1 faux et sourd qu'il avoit gaigné à la battaillc de Dreux, où il avoit combattu comme un Cœsar tout le jour; et le soir à la dernière charge, «'estant fort eschauffé au combat, et suant, se retirant le soir qu'il geloit à pierre fendre , se morfondit ; et se couva sa maladie , dont il mourut un mois ou six sepmaines après.

Elle monstroit , par sa parolle et sa façon, de le regretter fort. Et notez que, deux ou trois ans auparadvant, il avoit envoyé deux galleres en cours soubs la charge du capitaine Beaulieu, l'unde seslicutenans de galleres. Il avoit pris la bandieredcla reync d'Escossc, qu'on n'avoit jamais veue vers les mers de levant, ny cognue, dont on estoit fort esbahy; car, de prendre celle de France,n'en falloit point parlcr,pourralliance entre le Turc. M. le grand prieur avoit donné charge au dicl capitaine Beaulieu de prendre terre à Naples, et de visiter de sa part madame

1 Une pleurésie.

la marquise et ses filles, auxquelles trois il envoyoit force presensde toutes les singularités qui estoient lors à la cour et au palais, à Paris et en France; car ledict sieur grand prieur estoit la libéralité et magnificence mesme : à quoy ne faillit le capitaine Beau lieu , et de présenter le tout, qui fut très- bien receu, et pour ce fut recompensé d'un beau présent.

Madame la marquise se ressentoit si fort obligée de ce présent, et de la souvenance qu'il avoit encor d'elle, qu'elle me le réitéra plusieurs fois , dont elle l'en ayma encor plus. Pour l'amour de luy, elle fit encor une courtoisie à un gentilhomme gascon, qui estoit lors aux galleres de M. le grand prieur, lequel , quand nous partismes, demeura dans la ville, malade jusqu'à la mort. La fortune fut si bonne pour luy, que , s'addressant à ladicte dame en son adversité, elle le fit si bien secourir qu'il eschappa; et le prit en sa maison, et s'en servit, que, venant à vacquer une capitainerie en un de ses chasteaux, elle la luy donna, et luy fit espouser une femme riche.

Aucuns de nous autres nesceumes qu'estoit devenu le gentilhomme, et le pensions mort , si-non,lorsque nous fismes ce voyage de Malthe, il se trouva un gentilhomme qui estoit cadet de ecluy dont j'ay parlé, qui un jour, sans y penser, parlant à moy de la principalle occasion de son voyage, qui estoit pour chercher nouvelles d'un sien frère qui avoit esté à M. le grand prieur, et estoit resté malade à Naples il y avoit plus de six ans, et que despuis il n'en avoit jamais secu nouvelles, il m'en alla souvenir; et despuis m'enquis de ses nouvelles aux gens de madame la marquise, qui m'en contèrent, et de sa bonne fortune : soudain je le rapporlay à son cadet , qui m'en remercia fort; et vint avecques moy chez madicte dame qui en prit encor plus de langue, etl'alla veoyr où il estoit.

Voylà une belle obligation, pour une souvenance d'amytié qu'elle avoit encor, comme j'ay dict; car elle m'en fit encor meilleure chère; et m'entretint fort du bon temps passé, et de force autres choses qui faisoient trouver sa compaignie très-belle et très-aymable; car elle estoit de très-beau et bon devis, et très-bien parlante.

Elle me pria cent fois ne prendre un autre logis ny repas que le sien , mais je ne le voului

CINQUIESME DISCOURS. 401

jamais, n'ayant esté mon naturel d'estre importun ny coquin. Je l'allois veoyr tous les jours, pour sept ou huict jours que nous y demeurasmes, et y estoit très bien venu, et sa chambre m'estoit tousjours ouverte sans difficulté.

Quand je luy dis adieu, elle me donna des lettres de faveur à son fils M. le marquis de Pescayre , gênerai pour lors en l'armée espaignolle : outre ce , elle me fit promettre qu'au retour je passerais pour la reveoyr, et de ne prendre autre logis que le sien.

Le malheur fut tant pour moy, que les gai leres qui nous tournèrent ne nous mirent à terre qu'à Terracine, d'où nous ailasmes à Rome, et ne pus tourner en arrière; et aussy que je m'en voulois aller à la guerre d'Hongrie ; mais, estans à Venise, nous sceusmes la mort du grand sultan Soliman. Ce fut là où je maudis cent fois mon malheur que ne fusse retourné aussy bien à Naples, où j'eusse bien passé mon temps. Et possible, par le moyen de madicte dame la marquise j'y eusse rencontré une bonne fortune, fust par mariage ou autrement; car elle me faisoit ce bien de m'aymer.

Je croy que ma malheureuse destinée ne le voulut, et me voulut encor ramener en France pour y estre à jamais malheureux , et où jamais la bonne fortune ne m'a monstpé bon visage, si-non par apparence et beau semblant; d'estre estimé gallant homme de bien et d'honneur prou, mais de moyens et de grades point comme aucuns de mes compaignons, voire d'autres plus bas, lesquels j'ay veu qu'ils se fussent estimés heureux que j'eusse parlé à eux dans une cour, dans une chambre de roy ou de rcync, ou une salle, encor à costé ou sur l'espaule, qu'aujourd'huy je les vois advancés comme polirons et fort aggrandis, bien que je n'aye affaire d'eux et ne les tienne plus grands que moy ny que je leur voulusse défier en rien de la longueur d'un ongle.

Or bien, pour moy je peux en cela practiquer le proverbe que notre rédempteur Jesus-Christ a profferéde sa propre bouche : «que nul ne t peut estre prophète en son pays.» Possible, si j'eusse suivi des princes estrangers aussy bien que les miens, et cherché l'advanturc parmy eux comme j'ay faict pour les autres, je serais maintenant plus chargé de biens et de dignités que ne suis de douleurs et d'années. Patience

si ma parque m'a ainsy filé, je la maudis; s'il tient à mes princes, je les donne à tous les diables, s'ils n'y sont.

Voylà mon conte achevé de ceste bonnorable dame ; elle est morte en une très-grande réputation d'a,oir esté une très-belle et honneste

GALLANTÉS?

dame, et d'avoir laissé après elle trae belle et &©• nereuse lignée, comme M. le marquis son aisné fils, don Juan, don Carlos, don Caïsar d'Àvalos, que j'ay tous veus et desquels j'en ay parlé ailleurs; les tilles de mesmes ont ensuyvi leurs frères. Or, je fais fin à mon principal discours.

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