N SIXIESME
à son fil». Il respondit tout follement : qu'il ne sçavoit comment ilfalloit faire. Sur quoy il prit son fils par une main et la oore par une autre , et les mena tous deux en une chambre , et leur dit : a Or je vous veux doncques monstrer comme a il faut faire. » Et fit coucher sa nore sur un bou t du lit, et luy fait bien eslargir les jambes ; et puis dit à son fils : «Or voy comment je fais;» et dit à sa nore : «Ne bougez; non importe, il «n'y a point de mal. » Et en mettant son membre bien arboré dedans , dit : o Advise bien «comme je fais, et comme je dis , Dentros a fuero, dentros fuero. » Et répliqua souvent ces deux mots en s advançant dedans et reculant, non pourtant tout dehors. Et ainsy, après ces fréquentes agitations et parolles, dentro et fuero, quand ce vint à la consommation, il se mit à dire brusquement et viste : Dentro, dentro, dentro, dentro, jusqu'à ce qu'il eust faict. Au diable le mot de fuero. Et par ainsy, pensant faire du magister, il fut tout à plat adultère de sa nore, laquelle, ou qu'elle fist de la niaise , ou, pour mieux dire, de la fine, s'en trouva très -bien pour ce coup, voyre pour d'autres que luy donna le fils et le pere et tout , possible pour luy mieux apprendre sa leçon , laquelle il ne luy voulut pas apprendre à demy ni à moictié, mais à perfection. Aussy toute leçon ne vaut rien autrement.
J'ay ouy dire et conter à plusieurs amans advanturiers et bien fortunés, qu'ils ont veu plusieurs dames demeurer ainsy esvanouyes et pasmées estans en ces doux altères de plaisir ; mais assez aysement pourtant retournoient à soy-mesme : que plusieurs, quand elles sont là, elles s'escrient : «Hélas! je me meurs!» Je croy que ceste mort leur est très-douce.
Il y en a d'autres qui contournent les yeux en la teste pour telle délectation , comme si elles debvoient mourir de la grande mort , et se laissans aller comme du tout immobiles et Insensibles.
D'autres ay-je ouy dire qui roidissent et tendent si violemment leurs nerfs, artères et membres, qu'ils en engendrent la goute-crampe ; comme d une que j'ay ouy dire , qui y estoit si subjecte qu'elle n'y pouvoit remédier.
D'autres font peter leurs os, comme si on leur rehabilloitde quelque rompure.
J'ay ouy parler d'une, à propos de ces
nouyssemens, qu'ainsy que son amoureux la manioit dessusun coffre, que, quand ce fut à la douce fin, elle se pasma de telle façon qu'elle se laissa tomber derrière le coffre à jambes ribaudaines, ets'engagea tellement entre le coffre et la tapisserie delà muraille, qu'ainsy qu'elle s'efforçoit à s'en desgager et que son amy luy aydoit, entra quelque compaigniequi la surprit faisant ainsy l'arbre fourchu, qui eut loisir de veoyr un peu de ce qu'elle portoit . qui estoit tout trèsbeau pourtant ; et fut à elle à couvrir le faict , en disant qu'un tel l'avoit poussée en se jouant ainsy derrière le coffre, et dire par beau semblant que jamais ne l'aymeroit.
Ceste dame courut bien plus grande fortune qu'une que j'ay ouy dire , laquelle , ainsy que son amy la tenoit embrassée et investie sur le bord de son lict, quand ce vint sur la doucefin, qu'il eut achevé, et que par trop il s'estendoit, il a voit par cas des escarpins neufs qui a voient la semelle glissaute , et s'appuyant sur des carreaux plombés dont la chambre estoit pavée , qui sont fort subjects à faire glisser , il vint à se couler et glisser si bien sans se pouvoir arrester, que du pourpoinct qu'il a voit , tout recouvert de clinquant , il en escorcha de telle façon le ventre , la motte, le cas et les cuisses de sa maistresse, que vous eussiez dict que les griffes d'un chat y avoient passé ; ce qui cuisoit si fort la dame qu'elle en fit un grand cri et ne s'en put engarder. Mais le meilleur fut, que la dame, parce que c'estoit en esté et faisoit grand chaud , s'estoit mise en appareil un peu plus lubrique que les autres fois , car elle n'avoit que sa chemise bien blanche et un manteau de sa) m blanc dessus , et les calleçons à part ; si bien que le gentilhomme, après avoir faict sa glissade, fit précisément l'airest du nez , de la bouche et du menton sur le cas de sa maistresse, qui venoit fraischement d'estre barbouillé de son bouillon , que par deux fois desjà il luy avoit versé dedans , et emply si fort qu'il en estoit sorty et regorgé la moictié sur les bords , dont par ainsy se barbouilla le nez , et bouche et moustaches, que vous eussiez dict qu'il venoit de frais de savonner sa barbe : dont la dame, oubliant son mal et son esgratigneure , s'en mit si fort à rire qu'elle luy dit Vous «estes un beau fils, car vous avez bien lavé et «nettoyé vostre barbe , d'autre chose pourtant
«que de savon de Naples.» La dame en fit le conte à une sienne compaigne , cl le gentilhomme a un sien compagnon. Yoyla comment on Ta .s mi , pour avoir esté redict à d'autres ; car le conte estoit bon et propre à faire rire.
Et ne faut point doubler que ces dames , quand elles sont à part, parmy leurs amyes plus privées, qu'elles ne s'en fassent des contes aussy bons que uous autres , et ne s'entredisent leurs amours et leurs tours les plus secrets, et puis en rient à pleine bouche , et se mocquent de leurs gallans , quand ils font quelque faulc ou quelque action de risée et mocquerie.
El si font bien mieux ; car elles se dcsrobent les unes les autres leurs serviteurs , non tant quelquesfois pour l'amour , mais pour en tirer d'eux tous les secrets , menées et follies qu'ils ont faictes avecques elles; et en font leur profit, soit pour eh attiser davantage leurs feux , soit pour vangeance , soit pour s'entre- faire la guerre les unes aux autres en leurs privés devis, quand elles sont ensemble.
Un pareil livre de figures à ce précèdent que je viens de dire, fut faict à Rome du temps du pape Sixte dernier mort , ainsy que j'ay dict ailleurs.
Or c'est assez sur ce subject parlé. Je voudrais volontiers de bon cœur que plusieurs langues de nostre France se fussent corrigées de ces mal-dires, et se comportassent comme celles d'Espaigne ; lesquelles , sur la vie , n'oseroient toucher tant soit peu l'honneur des dames de grandeur et réputation ; voyre les honnorentils de telle façon , que, si on les rencontre en quelque lieu que ce soit, et que Ton crye tant soit peu lugar à las damas 1 , tout le monde s'encline; et leur porte-on tout honneur et révérence ; et devant elles toutes insolences sont deffendues sur la vie.
Quand l'impératrice, femme de l'empereur Charles, fit son entrée à Tolède , j'ay ouy dire que le marquis de Villane , l'un des grands seigneurs d'Espaigne , pour avoir menacé un arguisil 3 qui l'avoil pressé de marcher et de s'advancer , il cuida estre en grande peine , parce que cestc menace se fit en la présence de ïadicie impératrice ; et si ce fust esté en celle de l'empereur , n'en fust esté si grand bruit.
» IMacc am dames.
• Altfuazil.
— Le duc de Feria estant en Flandres , et les reynes Kleonor et Marie marchans par pays, et leurs dames et filles après , et luy estant près de sa maistresse, et venant à prendre question contre un autre cavallier espaignol , tous deux cuiderent perdre leurs vies , plus pour avoir faict tel escandale devant les reynes et impératrices | que pour tout autre subject
De roesmes don Carlos d'Avaloa à Madrid , ainsy que la reyne Isabelle de France m h choit par la ville , s'il ne se fust soudain jeté dans une esglise qui sert là de refuge aux pauvres malheureux, il fust aussy tost este exécuté à la mort. Et luy fallut eschapper desguisé, et a'enfuyr d'Espaigne; dont il en a esté toute sa vie banny et confiné en la plus misérable isle de toute l'Italie , qui est Lipary.
Les bouffons mesmes , qui ont tout privilège de parler , s'ils louchent les dames en palissent ; ainsy qu'il en arriva une fols à un qui s'appelloil Légat, que j'ay cognu. Un jour nostre reyne Elisabeth de France , en devisant et parlant des demeures de Madrid et Valladolid, combien elles estoient plaisantes et delec tables, elle dit que de bon cœur elle voudrait que ces deux places fussent si proches qu'elle en pust loucher l'une d'un pied , et l'autre de l'autre ; et ce disoit en eslargissantfort les jambes. Ledit bouffon , qui ouyt cela , dit : « Et a moy je voudrais estre au beau mitan , con un acarrajo de borrico , para encargar y i plantar la raya. » Il en fut bien fouetté à la cuisine ; dont pourtant il n'avojt tort de faire ce souhait , car ceste reyne estoit l'une des belles , agréables et honnestes qui fust Jamais en Rspaigne , et valloit bien estre désirée de ceste façon , non pas de luy , mais de plus bonnettes gens que luy cent mille fois.
Je pense que ces messieurs les mesdisans et causeurs des dames voudraient bien avoir et jouyr du privilège de liberté qu'ont les vendangeurs de la campaigne de Naples au temps des vendanges, auxquels il est permis, tant qu'ils vendangent, de dire tous les mots, pouilleset injures à tous les passans qui vont et viennent sur les chemins ; si bien que vous les verriez crier, hurler après eux, et les arauder « sans en espargner aucuns, et grands et moyens, et pelits , de quelque estât qu'ils soyent. Et , qui
• Crier haro!
SIXIESME DISCOURS
est le plaisir , n'en espargnent aussy les dames, princesses et grandes, qui qu'elles soyent ; si bien que de mon temps j'ay ouy direct veu que plusieurs d'entre elles , pour en avoir le plaisir, se donnoient des affaires et alloient exprès aux champs, et passoient par les chemins pour les ouyr gazouiller, et entendre d'eux mille sallauderies et parolles lubriques qu'ils leur disoient et debagouloient , leur faisans la guerre de leurs paillardises et lubricités, qu'elles exerçoicnt envers leurs marys et serviteurs, jusqu'à leur reprocher leurs amours et habitations avecques leurs cochers , pages , laquais et estaffiers qui les conduisoient. Et , qui plus est , leur demandoient librement la courtoisie de leur compaignie, et qu'ils les assailleroie nt et traicteroient bien mieux que tous les autres. Et ce disoient en franchissant naïfvement et naturellement les mots sans autrement les desguiser. Elles en estoient quittes pour en rire leur saoul et en passer leur temps, et leur en faire rendre response à leurs gens qui les accompaignoient , ainsy qu'il est permis d'en rendre le change. Les vendanges faictes, ils se font trefvesde tels mots jusqu'à l'autre année, autrement en seroient recherchés et bien punis.
On m'a dict que ceste coustume dure encor, que beaucoup de gens en France voudroient bien qu'elle fust observée en quelque saison de l'année , pour avoir le plaisir de leurs mesdisances en toute seurclé, qu'ils ayment tant.
Or , pour faire fin , les dames doivent estre respectées par tout le monde, leurs amours et leurs faveurs tenues secrettes. C'est pourquoy l'Aretin disoit que, quand on estoit à ce poinct, les langues que les amans et amantes s'entredonnent les uns aux autres, n estoient desdiées tant pour se délecter, ny pour le plaisir qu'on y prenoit, que pour s'entre-lier de langues ensemble et s'entre-faire le signal que l'on tienne caché le secret de leurs escoles; mesmes qu'au cuns lubriques et paillards marys imprudens se trouvent si libres et desbordés en parolles, que , ne se contentans des paillardises et las-'
civelés qu'ils commettent avecques leurs femmes , les desclarent et publient à leurs compaignons et èn font leurs contes ; si bien que j'ay cognu aucunes femmes en hayr leurs marys de mal morlcl , et se retirer bien souvent des plaisirs qu'elles leur donnoient , pour ce subject, ne voulans estre escandalisécs, encor que ce fust un faict de femme à mary.
AL du Bellay, le poète, en ses tombeaux latins qu'il a composés, qui sont très-beaux , en a faict un d'un chien, qui me semble qu'il est digne d'est re mis icy , car il est faict à nostre matière, qui dit ainsy:
Latratu furet excepl, mutus amantes
Sic ptacui domino , sic plaçai doimnœ.
C'est-à-dire :
Par mon japper, i'ay chassé les larrons , et , par me tenir muet ,j'ay accurilly les amans : ainsy j'ay pieu à mon maistre, ainsi J'ay pieu à ma maislresse.
Si doneques on doitaymer les animaux pour estre secrets, que doit-on faire des hommes pour se taire? Et s'il faut prendre advis pour ce subject d'une courtisanne qui a esté des plus fameuses du temps passé, et de grande clergesse en son mestier , qui estoit Lamia , faire le peut-on ; qui disoit : de quoy une femme se contentoit le plus de son amant, c'esloit quand il estoit discret en propos et secret en ce qu'il faisoit ; et sur-tout qu'elle hayssoilun vanteur, qui se vantoit de ce qu'il ne faisoit pas et n'accomplissoit ce qu'il promettoit. Ce dernier s'entend en deux choses. De plus, disoit : que la femme , bien qu'elle fist , ne vouloit jamais estre appellée putain ni pour telle divulguée. Aussy dit-on d'elle que jamais elle ne se mocqua d'homme, ny aussy homme oneques se mocqua d'elle ny en mesdit. Telle dame, savante en amours, en peut bien donner leçons aux autres.
Or, c'est assez parlé de ce subject; un autre mieux disant que moy l'eusl pu mieux agrandir et embellir , c'est pourquoy je lui en quitte les armes et la plume.
SEPTIESME DISCOURS-